Vers la première partie.
Vers la troisième partie

2ème Partie : Montréal (du 18 au 22 Juillet).

En remontant le Saint Laurent sur 250 km, notre groupe est accueilli très chaleureusement à la paroisse Saint Bruno (diocèse de Longueuil) au sud de Montréal. Très vite, je m'aperçois que l'on était attendu depuis de nombreux mois et que la joie est grande pour ces habitants de nous recevoir. Nous sommes hébergés par deux dans des familles. J'ai la chance avec Agnès d'être accueilli à bras ouverts par Isabelle et Alexandre, un jeune couple travaillant dans le domaine médical, et leur fils Emile (9 mois). Ils résident dans un charmant lotissement où les barrières entre voisins sont inexistantes et les pelouses toujours impeccablement tondues.

A peine le temps de barrer son char [fermer sa voiture] qu'ils nous amènent le soir même à la fête donnée en notre honneur à la paroisse Saint Basile.

En écoutant les chansons classiques québécoises, accompagnées au violon et au ruine-abines [harmonica], on commence à rencontrer l'équipe de jeunes qui prépare depuis près d'un an notre venue.
Ils sont une vingtaine, certains ont déjà participé aux JMJ de Rome et ils ont l'air vraiment très motivé.

Soudain, les portes de l'église "grondent" et je m'attache ben ma tuque [je me tiens sur mes gardes]. Mon étonnement est grand de voir une troupe de 15 percussionnistes retontir [arriver par surprise]. Quelle ambiance de folie, tout le village danse au rythme de la samba, des plus jeunes aux aînés [personnes âgées]. En évitant les sapinages [branchesde sapins], des clowns sur leurs échasses déambulent dans la foule. Décidément, ces québécois n'ont pas fini de nous surprendre.

Pas question pour moi de partir sur une balounne [prendre une cuite], car dès le lendemain les activités proposées commencent.

D'abord, un bingo [jeu] pour faire connaissance: peinturer [peindre] avec ses mains ce que représente pour soi la foi. Après un temps de réflexion, je me remémore le passage biblique sur la graine de moutarde qui croît… Donc, j'essaye de reproduire le plus fidèlement possible une graine et un arbre. L'après-midi, une marche de 6 km le long du Saint Laurent nous est proposée afin de rejoindre la ville de Varennes. Certains en profitent pour se faire photographier devant de riches demeures, d'autres ne peuvent résister et plongent sous un chaud soleil dans les piscines. Pour ma part, je fais davantage connaissance avec ces jeunes bénévoles. Certains travaillent déjà, mais pour la plupart, ils sont encore étudiants. Leurs motivations pour participer à ces JMJ sont diverses. Il est vrai que les modèles de transmission sont très différents de ce que leurs parents ont pu vivre. En effet, si hier les générations aînées persévéraient fidèlement dans le témoignage de la foi, aujourd'hui les jeunes partent à la découverte d'horizons nouveaux souvent facteurs de plaisirs. Ainsi, les JMJ s'inscrivent dans ce "butinage" spirituel des jeunes au milieu d'autres activités plus axées sur le social. D'autre part, c'est une bedaine de curé [vérité évidente] que ces jeunes doivent se prendre en main devant la démission de certains parents. Ainsi, je suis agréablement surpris par le dynamisme de Julie qui travaille comme animatrice dans la Pastorale des jeunes de sa paroisse.

L'exemple des saints peut nous donner des pistes de réflexion. C'est pourquoi, en soirée, un spectacle sur la vie de Sainte Marguerite d'Youville nous est proposé. Voilà une femme native de Varennes en 1701, qui perd son mari à l'âge de 28 ans avec un fils à élever. Toute sa vie, elle devra souffrir de l'image croche [malhonnête] de son défunt mari qui faisait commerce de l'alcool avec les indiens. Loin de se désoler, elle décide de fonder la congrégation des Sœurs de la Charité, dites Sœurs Grises, dont la vocation sera de sauver les pauvres gens de la rue.

Ainsi, elle rachètera un immeuble pour y loger orphelins, prostituées, malades. Ce qui lui coûtera la colère des bourgeois de la ville. Il faut l'imaginer avec sa tuque [bonnet de laine] sur la tête, à accueillir tous ces miséreux, surtout durant les longs mois d'hiver où la température peut descendre facilement à -30°C. Une noirceur [nuit],l'incendie ravage leur pauvre logis et toute l'aventure semble s'asseoir sur son steak [échouer]. Mais avec persévérance et foi, elle saura tapocher [frapper] aux bonnes portes généreuses pour tout reconstruire… Et c'est dans le sanctuaire de Mère Youville, construit sur le terrain même de sa maison natale, que nous participerons à la messe présidée par Mgr Leonard, évêque de Namur.

Le lendemain (20 juillet), un rallye par équipes est organisé dans les rues de Saint Bruno, pour connaître la ville. Evidemment, les italiens ne peuvent s'empêcher de tricher et on les étrivera [taquinera] en scandant "Mafiosis"… Sinon entre les tirs à la corde et les lancers de poches d'eau, la bonne humeur est au rendez-vous. L'après-midi, un grand rassemblement (2000 personnes) est prévu par le diocèse à Longueuil, dans un parc où j'ai la surprise de retrouver le père José-Maria, venu avec une centaine de jeunes de la région parisienne. Pour la première fois, on se retrouve dans cette ambiance si festive des JMJ où les drapeaux (belges, français, italiens, allemands…) virevoltent au milieu de nos acclamations. Par chance, les maringuoins [moustiques]nous laissent tranquilles et nous pouvons pleinement assister à la messe, suivi d'un concert pas pire [pas mal] du groupe Yelow Melow.

Réveil en douceur ce matin 21 juillet. Juste le temps de se laver le visage avec la débarbouillette [gant de toilette], que la messe d'adieu à la paroisse Saint Bruno commence. Une messe d'actions de grâces pour ces quelques jours passés ensemble, à échanger sur nos expériences de vie… J'avoue avoir versé quelques larmes de joie, tout comme Michèle, cette jeune de la paroisse qui nous étonne tous par sa vitalité et sa spontanéité. Insidieusement, je remets ma couette [mèche de cheveux] en place, pour la photo de groupe et les jeunes nous remettent des cadeaux (épinglettes [pin's], tee-shirts, drapeaux…). Enfin l'après-midi est laissé libre avec ma famille d'accueil québécoise. On décide de partir visiter Montréal avec son stade olympique, ses grattes-ciel, le port et surtout l'oratoire Saint Joseph mondialement connu. Adossée à la colline, la basilique est imposante, mais son intérieur trop dénudé peut paraître quétaine [de mauvais goût]. Je remarque avec amusement une femme policier charger de faire la circulation devant l'exposition du Saint Sacrement derrière l'autel. Voilà une occupation bien plate [ennuyeuse] si elle n'a pas la foi ! La crypte se révèle plus intéressante avec la vénération du tombeau de frère André, figure emblématique au Canada qui a tant oeuvré pour ce lieu de pèlerinage dédié à Saint Joseph. Dans l'obscurité des centaines de neuvaines brûlent et prêtent au recueillement. Comme à Lourdes, des béquilles sont alignées, signes de guérisons miraculeuses…

On ne pouvait quitter cette ville sans goûter la célèbre "poutine" : des frites recouvertes de fromage. Un dernier regard sur cette ville, avec les feux scintillants d'un feu d'artifice se reflétant dans le Saint Laurent, qu'il faut bientôt repartir vers Toronto où le Pape a convié la jeunesse du monde.

Daniel Bressol


Vers la première partie.
Vers la troisième partie

 Page réalisée par D. Remiot
à partir d'images envoyées par Benoît LYS et d'un texte rédigé par Daniel Bressol .