L'oecuménisme en marche vers Cologne.
Ils s'appellent Camille, Vincent, Plemen,
Assia, Boris, Valefia ou Wang-Zu. Ils sont
cathotiques, protestants ou orthodoxes.
A l'appel de la famille religieuse de l'Assomption, ils sont venus de dix pays
pour vivre ensemble ces XXèmes journées mordiales de la jeunesse
(JMJ), à Cologne.
L'occasion
de découvertes réciproques.
Venu de France, d'Italie, de Suisse, de Corée du Sud, du Vietnam, de Bulgarie, de Russie, de Roumanie, du Congo, du Burkina Faso, cinquante jeunes, filles et garçons, religieux et laïcs, ont répondu à l'appel du P. Dominique Lang, 38 ans, de la congrégation de l'Assomption. Entre Lyon et Constance, une ville du sud-est de l'Allemagne, ils ont marché trois à quatre heures par jour, reprenant après l'effort l'autocar pour atteindre plus aisément les étapes programmées. Ils ont arpenté ensemble les chemins forestiers, traversé des villages, franchi la frontière. Dormant le soir sur des matelas étalés à même le sol d'écoles, de monastères et de gymnases.
Ensemble, ils ont prié, dit le Notre Père universel en se tenant les mains, chacun dans sa langue maternelle. En swahili pour Emmanuel, le Congolais, en bulgare pour Assia, en Russe pour Sacha, en vietnamien pour Zue. Ensemble, ils ont écouté le pasteur Pierre-Alain Jacot célébrer le culte protestant au Ballon d'Alsace. Ensemble, ils ont entendu le F. Vladimir leur parler de la tradition orthodoxe. Ensemble, ils ont chanté des psaumes en rite byzantin et prié selon la liturgie des chrétiens d'Orient.
50% de protestants en Allemagne.
Une idée tenaillait le P. Lang: réunir des chrétiens de différentes confessions, de diverses nationalités, afin qu'ils vivent ensemble ces XXème Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ)/ "L'oecuménisme, explique le prêtre, est une manière forte de nourrir sa foi. Et puis, ajoute-t-il, ces JMJ se déroulent en Allemagne, un pays où les croyants sont à 50% protestants. c'est l'occasion pour les catholiques de se rendre compte qu'ils ne sont pas les seuls chrétiens au monde." Partis de Lyon, le 6 août, ils se sont arrêtés à la Communauté oecuménique de Taizé (Saône-et-Loire), puis ils sont allés jusqu'à Constance.
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Du 11 au 15, ils ont été accueillis dans ce diocèse du sud de l'Allemagne, avant de rejoindre Cologne et les bords du Rhin, le 16, pour l'ouverture des JMJ, en même temps que des centaines de milliers d'autres jeunes.
Un long voyage en forme de cheminement intérieur.
Vincent et Camille Vergne, 28 et 26 ans, mariés depuis un an, sont tous deux
employés dans une pharmacie à Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne). "Nous nous
sommes inscrits à cette 'Route oecuménique' parce que nous avons été séduits
par l'idée de rapprocher les trois grandes familles chrétiennes. Catholiques
pratiquants, nous ne connaissions ni le protestantisme, ni l'orthodoxie. L'occasion
nous était offerte de combler nos lacunes", avoue le jeune homme. Ce que le
couple retient de son pèlerinage: la beauté de la liturgie orthodoxe qu'ils
ont découverte lors d'une messe au petit monastère Saint-Elie, près de Montbard,
en Bourgogne. "C'est superbe, s'enthousiasme Camille. des ors, de l'encens,
des icônes partout, ce pope et sa longue barbe. Jamais, je n'ai ressenti un
tel degré de solennité et de beauté."
A l'inverse de Camille, Valérie Michina, une Russe orthodoxe de 26 ans, professeur d'anglais à Moscou, s'enthousiasme, elle, de la simplicité des messes dites en France. "A Taizé, j'ai découvert que l'on pouvait prier assise par terre, en jean et en T-shirt. J'ai éprouvé une liberté totale comme jamais auparavent." Orthodoxe elle aussi, son amie Alexandra Morosova, 24 ans, raconte que grâce à cette route oecuménique et à ces JMJ, auxquelles elle participait pour la première fois, elle s'attachera, dès son retour en Russie, "à rechercher dans ses prières les mots qui rassemblent les chrétiens."
Une unité qui ne va pas de soi dans l'Est de l'Europe, comme le remarque Boris Ivanov, un Bulgare catholique, né il y a 23 ans: " Sur 8 millions d'habitants, nous ne sommes que 750 000 catholiques. A peine 10% de la population face à plus de 90% d'orthodoxes. entre les deux confessions chrétiennes, les problèmes sont constants. J'enseigne la catéchèse et combien de fois ai-je entendu des enfants refuser de jouer avec un camarade qui n'était pas de leur Eglise ! Je suis venu à Cologne pour entendre des paroles de fraternité, retrouver les Evangiles des premiers chrétiens qui ne connaissaient pas les divisions actuelles."
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Des
divisions que Plémen et Assia ont défiées. Plemen Kyaychev, 28 ans, traducteur
à Sofia, capitale de Bulgarie, est orthodoxe. En mai 2004, il a épousé Assia,
26 ans, catholique. "On s'est marié à l'église catholique de rite byzantin
(oriental), car les orthodoxes, en Bulgarie, refusent de célébrer les mariages
avec les catholiques", regrette Assia. Ces obstacles ne les ont pas découragés.
"Ici, remarque Plémen, des gens de différentes confessions prient ensemble.
et je constate que leur prière dégage une énergie propre à abattre les murs
qui séparent l'humanité. C'est la première fois que j'entends des catholiques,
des orthodoxes et des protestants chanter ensemble."
A ses côtés, Assia, son épouse, renchérit: "En Bulgarie, je pense trop à moi-même. Ici, aux JMJ, je m'oublie dans les autres. hier, nous avons parlé avec des Vietnamiens. ils nous ont expliqué comment ils vivaient. J'étais tout à coup loin de la Bulgarie et de ses problèmes religieux. J'ai suivi des étides de lettres et je rêve de devenir écrivain. Sur la route de Cologne, je me suis rendu compte que c'est en rencontrant les autres que je pourrai accomplir ce rêve."
Des moments d'amitié qui font le bonheur d'Emmanuel Eloko, 24 ans. Ce jeune Congolais venu en France pour étudier la théologie se définit comme un catholique "très exclusif, très identitaire à l'image de bien des Africains." C'est en France, dit-il, qu'il a appris le sens du mot oecuménisme. "Confusément, j'ai ressenti que je ne pouvais pas continuer à garder ma vision négative à l'égard des confessions chrétiennes différentes de la mienne, que je devais évoluer."
C'est pour découvrir les autres branches du christianisme que le jeune séminariste s'est inscrit à la Route Oecuménique. il s'étonne du changement qui s'est opéré en lui. Emmanuel veut devenir prêtre et aspire à rentrer dans son pays natal, ses études terminées. Là, il entend bien transmettre aux enfants dont il aura la responsabilité dans sa paroisse future "le respect des autres religions" qu'il a éprouvé lui-même en marchant sur les routes de France et d'Allemagne, avec ses frères protestants et orthodoxes.
La rencontre des jeunes avec Benoît XVI ? On en parle peu. Mais la veillée en sa présence, samedi 20 août au soir, à Cologne, est attendue avec curiosité. est-il aussi conservateur qu'on le dit ? Les plus impatients dans le groupe, sont les protestants. "Quand il était cardinal à Rome, remarque Pierre-Alain Jacot, 33 ans, pasteur à Anduze (Gard), Benoît XVI nous appelait "les frères séparés". Nous sommes persuadés que son élection au trône de Saint-Pierre l'a amené à modifier sa vision. Il a déjà accompli un geste fort. A l'occasion du Synode national des Eglises réformées, fin avril, à Aix-en-Provence, il nous a dressé un message, dans lequel il saluait avec chaleur notre rassemblement.
Des quêtes variées, des chemins personnels.
Des pèlerins poursuivent également d'autres quêtes. Engagés au sein de l'Association des chrétiens pour l'abolition de la toture (ACAT) depuis deux ans, Christine Wocial demande régulièrement à ses compagnons d'associer à leurs prières le cas de Pedro, un prisionnier colombien condamné à mort aux Etats-Unis. Là-bas, il attend son heure depuis six ans dans le couloir de la mort de la prison de Stanford, en Floride . Aurélie, une Orléanaise de 18 ans, qui vient de réussir son bac, s'apprête, à l'issue des JMJ, à partir en mission dans un pays étranger pour se mettre au service d'enfants handicappés. Mais la jeune fille ressent également un appel très fort à la vie contemplative chez les bénédictines. Elle se dit "en recherche" et ces JMJ ont été pour elle l'occasion d'avancer dans sa réflexion. Chaque jour, pendant la marche d'approche, elle s'est ouverte de ses interrogations aux jeunes séminaristes qui accompagnaient le groupe. Avec Luc, notamment, aspirant moine à l'abbaye bénédictine d'Encalcat (Tarne). Une belle occasion pour avancer sur son chemin spirituel.
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Cette page est la reproduction, avec autorisation, d'un article de Luc Balbont (photos de Nicola Gleischauf) paru dans le Pèlerin n°6403 du 18 août 2005.