TROIS ANS DURANT, BEAUCOUP D’ÉNERGIE A ÉTÉ DÉPLOYÉE POUR PRÉPARER LE PÈLERINAGE NATIONAL DE 2008, ANNÉE JUBILAIRE DES APPARITIONS DE LA VIERGE À BERNADETTE SOUBIROUS ET 135E ANNIVERSAIRE DE LA FONDATION DE L’HOSPITALITÉ NOTRE-DAME DE SALUT. AVANT LA FIN DE SON SECOND MANDAT DE PROVINCIAL, ANDRÉ ANTONI AVAIT LANCÉ LE SLOGAN « 20000 PÈLERINS AU NATIONAL DE 2008! », NOMBRE SYMBOLIQUE POUR SIGNIFIER UN OBJECTIF DE MOBILISATION DE L’ASSOMPTION ET DE RENOUVELLEMENT DU PÈLERINAGE.

Les habitués du National ont effectivement perçu que cette année n’était pas tout à fait comme les autres. Le nombre des pèlerins et celui des malades pris en charge, les délégations d’autres pays et continents, la forte présence du Pélé Mosaïque, des propositions pour les bébés, les familles et les couples, une plus forte présence d’Assomptionnistes, un renouvellement des célébrations de l’Hospitalité et de la famille de l’Assomption… autant de traits parmi d’autres encore qui traduisent la mise en oeuvre d’un projet pastoral renouvelé et d’un nouvel élan.

La participation
La grande affluence était immédiatement perceptible sur l’esplanade du sanctuaire, à la grotte et dans la basilique St Pie X. La veille de l’ouverture on pointait 10 000 inscrits et on évalue très raisonnablement à 13 000 le nombre de pèlerins ayant suivi le National, soit le double des années précédentes. Des délégations étrangères - environ 1 500 personnes - souvent accompagnées d’Assomptionnistes ou d’Oblates ( voir encadré), ont fortement coloré cette « édition » 2008, lui donnant plus que par le passé une dimension d’Église universelle. Quant aux malades, les responsables de l’Hospitalité, comptant sur un nombre habituel de défections, avaient fait du surbooking. Il y eut des désistements, mais pas autant que les années précédentes et il a fallu faire preuve d’ingéniosité et d’un surcroît de dévouement pour accueillir les quelques 1 200 malades.

Lourdes comme un chemin d’Emmaüs
Tous les matins (à l’exception du 15 août) l’Eucharistie était célébrée dans la basilique St Pie X qu’emplissaient à eux seuls les pèlerins du National. Les écrans vidéo, une assez bonne acoustique et l’animation des célébrations ont facilité la participation et le recueillement. Alain Marchadour avait été chargé de décliner le thème de la rencontre d’Emmaüs. Une édition spéciale de La Croix a publié les homélies dans lesquelles il a fait le lien entre l’expérience vécue à Lourdes et celle des disciples sur la route et à l’auberge d’Emmaüs.

Un pélé, des pélés
Au fond, le National recouvre des pèlerinages à la carte, dont le but est de rejoindre la diversité des pèlerins et de leurs attentes. Cela en fait sa richesse et sa complexité. Les malades et les handicapés demeurent les préférés, objet d’une infinité de soins et d’attentions, mais il y a aussi les enfants, les adolescents, les familles avec cette année des nouvelles propositions pour les bébés de 6 mois à 2 ans ( Pèlé Sourire) et des rencontres pour les couples animées par le CLER. Le National est le seul grand pèlerinage à proposer une démarche d’ensemble adaptée aux enfants et à leurs parents. 200 familles, 700 enfants étaient concernés cette année, nombre limité par les possibilités matérielles d’accueil et d’animation.

Autre forte particularité du cru 2008, la présence des 850 personnes du Pélé Mosaïque qui n’auraient pas d’ellesmêmes eu les moyens de venir à Lourdes. Grâce à la volonté obstinée de laïcs assomptionnistes, à la générosité de donateurs et de Fondations, à la mobilisation des Comités de l’Hospitalité NDS, à la participation d’associations (fraternités PSA, la Batellerie, Aux Captifs la Libération, la paroisse de Vaulx-en-Velin…), elles ont pu participer à ce grand rassemblement avec un programme et un accompagnement adaptés. C’est un signe fort que les pauvres aient une vraie place parmi nous.

Il y avait encore des activités spécifiques aux délégations étrangères - dont des rencontres avec évêques et cardinaux de leurs pays - aux grands jeunes et, pour tous les pèlerins, la possibilité de participer à des conférences ou de suivre un atelier tel celui Apprendre à prier: quatre soirs durant, le Fr Yves, Carme, y a initié plus de 100 personnes, particulièrement attentives, aux composantes de la vie spirituelle et aux méthodes d’oraison. Les Orantes de l’Assomption proposaient elles aussi, sous la tente Écoute et Parole une expérience de la prière à partir de l’Évangile d’Emmaüs et de la contemplation de Jésus priant.

Le National évolue et tend à sortir des catégories connues. Il demeure un vrai pèlerinage porteur d’une démarche de conversion, mais il est aussi le lieu d’une expérience d’Église universelle, une occasion de rencontres avec d’autres croyants, un temps de ressourcement et de formation, un peu comme une retraite spirituelle. On comprend que nombreux sont celles et ceux qui reviennent fréquemment y puiser l’élan nécessaire à une nouvelle année.

Les jeunes
Les vacances aidant, beaucoup de jeunes sont présents à Lourdes durant le National ; ils contribuent à donner à ce grand rassemblement l’image d’une Église jeune et joyeuse. « Ca fait du bien de voir que l’Église de France n’est pas composée uniquement de personnes du troisième âge comme dans nos paroisses rurales » dit un laïc d’un diocèse de l’Ouest. Ces pèlerins là viennent le plus souvent dans un esprit de service (accueil, encadrement des mouvements de foule, pisciniers, brancardiers, service d’étages dans les accueils de malades, animateurs des pèlés enfants.) mais aussi, semble-t-il, pour se retrouver entre jeunes croyants dans une ambiance festive et parfois tardivement animée. Ils attirent prêtres et séminaristes traditionalistes en mal d’influence et pas facilement contrôlables. Mais cette année, l’Assomption a plus fortement marqué sa présence, en particulier au « Camp des jeunes » où Frères et Soeurs de la « famille » assuraient l’accueil, une présence à la fois vigilante, disponible et amicale. Une innovation : l’accueil-inscription des jeunes où l’on s’est bousculé pour s’inscrire comme brancardiers (1 200 jeunes inscrits en deux jours !), cependant que des temps de sensibilisation à la relation au malade et à la démarche de pèlerinage continuaient à être assurés pour les brancardiers débutants. Nouveau encore : les rencontres-débats sous la Tente Jeunes du village d’accueil : où va ma vie ? L’Eucharistie ; La Résurrection. Nombreux sont encore les jeunes qui ont participé à la veillée préparée et animée par l’Assomption (RA et AA), et plus nombreux encore à la grande et bruyante soirée festive sur la prairie, le soir du 15 août. A ces jeunes bien identifiés, il faut ajouter tous ceux, nombreux, venus seuls ou avec leurs parents. Le National est donc (aussi) un pèlerinage de jeunes et la « pastorale » des grands jeunes reste un défi pour l’Assomption.

La famille de l’Assomption
Plus encore que d’autres années, le National 2008 a donné l’occasion à la famille de l’Assomption de collaborer et de se manifester publiquement. Jacques Nieuviarts n’a jamais envoyé autant de lettres de mission. Jugez-en : 108 à des Assomptionnistes, 5 à des laïcs aa, 24 à des Oblates, 67 à des Petites Soeurs, 9 à des Religieuses (sans compter la communauté de Lourdes très engagée), 12 à des Orantes et associées. Les Conseils Généraux des cinq congrégations étaient aussi très présents. La rencontre de l’après-midi du 14 août dans la basilique St Pie X a fait alterner évocation audiovisuelle de l’histoire de l’Assomption, de ses cinq congrégations et du National, des témoignages de religieuses, religieux et laïcs et des moments de prière. Un peu long, ont dit certains, mais il s’en dégageait l’impression d’une mission commune à travers des charismes complémentaires. L’Assomption était encore visible en ses diverses composantes dans le Village d’Accueiloù une tente d’information lui était réservée. Dans ce Village, PSA et Orantes tenaient aussi des permanences.

L’Assomption encore lorsque plus de cinquante hommes et femmes se sont publiquement engagées dans l’Hospitalité en une cérémonie évoquant celle d’une profession et au cours de laquelle l’esprit de l’Assomption a été souvent mentionné. Assomption, toujours, le 15 août à la Cité Saint Pierre où des membres des Fraternités PSA se sont engagés par promesse dans la Fraternité Notre Dame de l’Assomption. Et il y avait aussi ce groupe bien vivant et dynamique d’Espagnols arborant fièrement sur leurs tee-shirts la mention Laicos Assuncionistas, ces Assomptionnistes (et ces Oblates) des autres contrées de la Province de France mais aussi des USA, du Brésil, du Chili, de Madagascar, du Congo.

Enfin, il faudrait évoquer l’engagement d’un grand nombre de religieux, de religieuses, de laïcs dans l’animation et l’encadrement de ce pèlerinage aux cent visages, ou simplement présents et disponibles pour des confessions ou un entretien. Cette année, une mention spéciale pourrait être attribuée aux Frères vietnamiens, coréens, bulgares ou russes pour la prise en charge de leurs compatriotes. Dans la grande tolérance vestimentaire actuelle, quelques habits assomptionnistes faisaient concurrence ici ou là aux soutanes séculières des prêtres de St Pierre, de St Martin ou de congrégations religieuses mal identifiées. Mais cette année la visibilité de l’Assomption passait surtout par un fort engagement des religieux.

Une cure d’Évangile
Le National évolue à l’image de nos sociétés et de l’Église. Il devient de plus en plus coloré et métissé. Les croyants d’Asie, d’Afrique, de l’hémisphère Sud, les malades, les gens simples et les pauvres y prennent place grandissante au point qu’ils pourraient en devenir le « coeur du coeur ». « Lourdes, c’est une mosaïque de peuples - et plus encore cette année - de jeunes et d’anciens, de handicapés et de bien portants, de chrétiens et de non-croyants. C’est l’entourage même de Jésus. C’est comme dans l’Évangile. Lourdes, c’est une cure d’Évangile, de fraternité vécue. C’est un miracle permanent dont il faudrait s’inspirer dans la vie tous les jours. C’est le signe parlant de l’Eucharistie qui nous rassemble en un peuple de frères, où les petites gens, les pauvres qui seront plus nombreux cette année, ont droit au même respect que les autres. Nous avons tous devant Dieu la même dignité ! Qu’est-ce que Lourdes pour moi ? Une page d’Évangile à vivre » (Claude Maréchal, in www.assomption.org, Newsletter du 15/08/08).

Jean-Michel Brochec


Voix du Rouergue et du Liban

Le caractère exceptionnel du pèlerinage 2008 a été aussi marqué par les chants arabes interprétés par Sr Keyrouz et par la Cantate mariale composée par le P. Gouzes qu’ont exécutée 200 choristes à la basilique St Pie X dans la foulée de la veillée de l’Hospitalité.

Cette Cantate, d’un genre indéterminé, relevait à la fois du concert et de la célébration liturgique, de la tradition latine et de la tradition orientale, des accords de la musique classique et des dissonances contemporaines. Désorientés et peut-être aussi fatigués par l’heure tardive, de nombreux pèlerins ont quitté la basilique. Ceux qui sont restés jusqu’au bout ont réservé une ovation enthousiaste aux exécutants et à leur chef de choeur.

Elles étaient au nombre de 12, accompagnées par des Assomptionnistes et des Oblates, à l’exception des délégations de Cayenne et du Canada. Au total elles représentaient 1500 pèlerins. En voici le détail (fourni par Marie-Pierre Girard, responsable de l’accueil de ces groupes) :
Angleterre: 40 - Bulgarie : 100 (dont des orthodoxes accompagnés par trois de leurs prêtres) - Canada: 60 - Cayenne: 140 (accompagnés par leur évêque, Mgr Lafont) - Chili : 22 - Corée: 24 - Espagne: 53, dont 2 d’Argentine qui s’étaient jointes au groupe - Italie : 100 - Russie: 35 - Turquie: 23 (accueillis par leur évêque, Mgr Pelâtre) - USA: 80 (accompagnés par le Cardinal Mac Carrick, archevêque émérite de Washington) - Vietnam: 850, majoritairement d’Europe ; les pèlerins en provenance du Vietnam étaient accompagnés par le cardinal Pham Minh Man, archevêque d’Ho Chi Minh ville. Environ 200 autres Vietnamiens se sont joints au groupe des inscrits (N.D.L.R.).

Quelques échos

Les prêtres orthodoxes bulgares ont apprécié les liturgies solennelles, (c’est la même structure de l’Eucharistie que dans la liturgie byzantine), la façon de célébrer avec une grande foule, la manifestation d’une Église universelle. Ils ont été impressionnés par l’organisation que ces rassemblements supposent et ils ont été touchés de l’accueil reçu. « Ensemble, nous sommes l’Église du Christ »
(recueilli par JM Brochec, Martin Dulchev interprète).

Avec les Coréens la communication était difficile car ils ne parlaient ni le français ni l’anglais ni l’espagnol. Les Frères ont fait ce qu’ils ont pu pour traduire et commenter. Ils semblent avoir apprécié la procession aux flambeaux, la prière dans la nuit, la foule ; et la beauté de tout ce qui était organisé leur laissait un sourire fort et des yeux ébahis (Marie-Pierre Girard).

L’émotion des Espagnols fut très grande, notamment lors de leur passage aux piscines : ils redoutaient le bain et furent chamboulés d’avoir pu se plonger dans l’eau du baptême et d’avoir pu le vivre dans un esprit de foi. En sortant, ils ont dit le sentiment de paix qui ...

... les envahissait et le bien-être qu’ils ressentaient. Les messes vécues toutes nations confondues et en présence des malades leur ont beaucoup apporté. Ils ont regretté l’après-midi consacréeà l’Assomption car d’une part tout était en français et il y avait peu de religieux. D’ailleurs c’était la seule délégation présente. « Maintenant on doit laisser grandir en nous la semence de foi et d’amour que l’Esprit Saint nous a donnée à travers la grand famille de l’Assomption réuni ces jours-ci à Lourdes ». (Marie-Pierre Girard et Juan Antonio Sanchez, laïcs aa).

De Bret.D. Thomas, président de Bayard Inc. Usa
« Je viens de rentrer du Pèlerinage National de l’année jubilaire du 150e anniversaire des apparitions de Lourdes, et je veux vous dire merci pour la remarquable animation des Assomptionnistes qui ont organisé cet événement. […] J’étais très fier d’être là pour représenter Bayard et la communauté assomptionniste. Cela a été comme un « retour à la maison » pour moi de découvrir votre beau pays dans cette circonstance. Cela a aussi été un honneur de représenter la revue Catholic Digest et de voyager avec 70 autres Américains, dont ma mère, dans ce lieu saint.
Père Benoît, soyez assuré que Catholic Digest est totalement engagé à soutenir d’autres expériences américaines à Lourdes alors que Bayard États-Unis cherche à coopérer avec la mission et le charisme de la Famille de l’Assomption. Merci encore pour l’opportunité qui m’a été donnée de participer à cette merveilleuse expérience et pour le partage de la riche tradition assomptionniste avec nos pèlerins américains » (courriel à Benoît Grière)

ILS ONT LA MÊME ORIGINE MAIS ILS NE VIVENT PAS DANS UN MÊME PAYS; ILS PARLENT UNE MÊME LANGUE MAIS PAS DE LA MÊME MANIÈRE. LEUR PROVENANCE ET LEUR NOMBRE SONT IMPRESSIONNANTS: 250 D’ALLEMAGNE, 200 DE PARIS, 50 DU VIETNAM, 30 DE SUÈDE, 20 DES ÉTATS-UNIS… QU’EST-CE QUI A POUSSÉ CE MILLIER DE VIETNAMIENS À SE RASSEMBLER DES QUATRE COINS DU MONDE?

Spontanément on pense à la présence du cardinal J B. Pham Minh Man, archevêque de Saigon. Mais il faut savoir que sa présence faisait polémique . Un peu avant les JMJ de Sydney, le cardinal Man a écrit une lettre aux trois évêques qui accompagnaient des jeunes de 26 diocèses du Vietnam. Il regrettait que lors de trois dernières JMJ, l’affaire du drapeau jaune avec trois lignes rouges soit allée à l’encontre de la communion entre jeunes vietnamiens. Ce drapeau qui appartenait à la République du Sud du Vietnam avant 1975 est devenu le drapeau des réfugiés Vietnamiens. Mais avec l’arrivée des communistes, le drapeau rouge avec l’étoile jaune au centre est devenu l’emblème officiel de la République Socialiste du Vietnam. Dans sa lettre, le cardinal écrit « Que signifie le drapeau ? Une fois, il est considéré comme le symbole d’un pays, une autre fois, il devient le symbole du capitalisme, du communisme, du nationalisme… La mère (le Vietnam) est toujours la mère qui nous met au monde et qui nous élève qu’elle s’habille en rouge (le drapeau communiste), ou en jaune (le drapeau de l’ancienne République du Sud) ». Ces mots ont provoqué l’indignation des Vietnamiens de la diaspora, surtout les réfugiés politiques. La présence de l’archevêque à Lourdes a été remise en cause. Il lui a été conseillé de ne pas y aller. D’ailleurs, il a annulé ses visites pastorales aux États-Unis et il n’était pas présent à Sydney alors que c’était prévu.

Une promesse tenue
Pour tenir sa promesse envers l’Assomption, il a cependant accepté de venir à Lourdes, mais avec beaucoup de prudence. Lors de sa première conférence devant 600 Vietnamiens, il a fait attention à tous ses mots. Il avait l’air fatigué sans doute à cause de son long voyage mais aussi, probablement, à cause de la pression exercée sur lui. Heureusement cette conférence s’est passée paisiblement comme une rencontre de famille, cela grâce aux Assomptionnistes qui ont fait comprendre que le cardinal était venu à Lourdes comme un pèlerin parmi d’autres. Avec tous, il est venu prier pour l’Église qui est au Vietnam, pour la liberté et la démocratie dans ce pays. De plus, tous les aumôniers des communautés catholiques vietnamiennes en Europe ont été invités à encourager les fidèles à respecter ces rencontres qui, par leur dimension internationale, dépassent les seuls Vietnamiens. Dans sa conférence, il a dressé un tableau de la situation de l’Église du Vietnam, surtout de son diocèse, soulignant l’émergence de problèmes tels qu’un massif exode de la campagne vers les villes, les jeunes qui perdent les points de repères, les changements rapides de la vie politique et économique, l’augmentation des fléaux sociaux… Il a terminé sa conférence en répondant à une question sur le divorce qui commence à augmenter au Vietnam.

Valeurs traditionnelles et intégration
Le lendemain, le 15 août, après la célébration solennelle de l’Assomption, le cardinal est venu à l’église sainte Bernadette pour écouter les responsables des communautés catholiques vietnamiennes en Europe. Ces derniers ont pris le temps de présenter leurs communautés, leurs activités et leurs difficultés. Le grand enjeu est de trouver l’équilibre entre l’intégration dans la société et la sauvegarde des valeurs traditionnelles. Plus à l’aise que la veille, le cardinal Man a exprimé son désir d’accompagner ces communautés, pas seulement en Europe mais aussi dans les pays asiatiques comme la Corée, les Philippines… Il propose à l’Assomption de faire un trait d’union entre ces communautés en commençant par le moyen d’Internet. Un beau projet qui reste à concrétiser.

La dévotion à la Vierge Marie
Revenons à la question du début : pourquoi ce rassemblement à Lourdes ? Marqué par le catéchisme traditionnel, les chrétiens vietnamiens ont une grande dévotion à Marie. Ils récitent le chapelet dans l’église, en groupe ou en famille de manière régulière. Pas de prière sans chapelet donc, et ce n’est pas sans raison. En effet, avant que la Bonne Nouvelle soit annoncée au Vietnam au début du XVIe siècle, ce pays a connu des cultes de la déesse-mère, par exemple dans le bouddhisme celui de la déesse « Quan Am », ce qui veut dire littéralement « attentive à tous les bruits », « sensible à toutes les plaintes, au moindre soupir émis par les mortels ». Comme il leur était interdit de pratiquer le culte des ancêtres, une autre piété populaire, les premiers chrétiens vietnamiens se sont fortement attachés à la dévotion à la Vierge Marie, encouragée par les missionnaires de l’époque. Cette pratique s’est maintenue jusqu’aujourd’hui. Dans son homélie lors d’une messe célébrée pour les Vietnamiens dans la basilique Notre-Dame du Rosaire le 16 août, le cardinal a évoqué deux figures féminines de la Bible : Ève, mère des vivants et Marie, mère des chrétiens. Il a invité les fidèles à suivre le chemin d’espérance ouvert par Marie. « Malgré les souffrances et les épreuves traversées, de la naissance dans des conditions misérables au pied de la croix, Marie a mis toute son espérance en Dieu. C’est pour cela qu’elle est la Mère de Dieu, Notre Dame des martyrs, Notre Dame de la paix… » Cette parole était pertinente parce la plupart des participants sont venus à Lourdes pour remercier Dieu, à travers Marie, de ce qu’ils ont vécu depuis leur départ du Vietnam jusqu’à l’installation dans un pays d’accueil. « Sans la foi en Dieu et la confiance en Marie, confie un participant, je n’aurais pas eu le courage de me mettre debout dans des conditions pareilles : se trouver sur des bateaux remplis d’hommes, de femmes et d’enfants en plein océan, sans savoir où on va ; avoir peur dans les camps réfugié en espérant qu’un jour très proche un pays m’accueillera ; les difficultés aux premiers jours dans le pays d’accueil… »

Un autre anniversaire
Cette année est aussi le 20e anniversaire de la canonisation de 117 martyrs vietnamiens (19 juin 1988). Ces 117 saints martyrs ne représentent qu’un petit nombre parmi ceux qui ont été persécutés à cause de leur foi. Le programme avait prévu un chemin de croix en langue vietnamienne. C’était impressionnant de voir ces centaines de personnes, y compris les personnes malades et âgées, suivre chaque station du Chemin de Croix en disant une prière ou en chantant d’une voix unanime. On se serait cru au Vietnam ! Attirés par cette foule, des pèlerins de différentes origines se sont intégrés au mouvement.

Nguyen C. A., aa,
Paris-François 1er

 

INTERROGÉS, EN UNE SORTE DE MICRO-TROTTOIR, SUR CE QU’ILS AVAIENT AIMÉ ET MOINS AIMÉ, VOICI LES RÉPONSES DE RELIGIEUX ET DE LAÏCS

Ils ont aimé :

  • les célébrations du matin à la basilique souterraine et la procession du 15 août,
  • la communion profonde avec les différentes délégations même si elles se sont peu retrouvées,
  • la présence de nombreuses délégations internationales avec le soutien des communautés assomptionnistes,
  • la présence des malades, des maîtres à penser auprès desquels on puise force et courage.
  • la présence de nombreux jeunes religieuses et religieux de l’Assomption et leur grand investissement dans l’animation pastorale
  • la foule des jeunes, hospitaliers ou non,
  • la participation des jeunes aux liturgies,
  • la belle voix de Sr Keyrouz,
  • la participation massive de la famille de l’Assomption, toutes branches réunies avec les laïcs,

  • l’ouverture du National vers de nouveaux publics : Mosaïque et les « Nations »,
  • les célébrations liturgiques à saint Pie X, pour leurs chants, leur ferveur, leur ambiance priante et joyeuse,
  • les beaux témoignages lors de la présentation de la famille de l’Assomption,
  • la prière pour la France et pour le monde, ouverte, accueillante, qui appelle à la solidarité et qui se termine par un chant en arabe !,
  • les homélies d’Alain Marchadour, en même temps bibliques, émouvantes et populaires,
  • la clôture du pèlerinage après la procession eucharistique : frais, sympathique, malgré la longueur. Le chemin de croix des Vietnamiens.

 

Ils n’ont pas aimé :

  • l’après-midi de la famille de l’Assomption où le caractère international n’a pas été pris en compte et la présence des assomptionnistes insuffisamment visible,
  • notre difficulté à faire corps au delà d’une photo commune sur le parvis du Rosaire (belle initiative),
  • un certain éclatement avec un président du pèlerinage, un prédicateur et d’autres intervenants,
  • une absence de catéchèses auprès des adultes et des jeunes,
  • les excès d’une infime minorité de jeunes qui mobilise trop et cache la générosité et la serviabilité de tous les autres,
  • la cantate trop tardive et trop élitiste, - la longueur des célébrations de l’Hospitalité et de la famille de l’Assomption,
  • le fil rouge de la présentation de la famille de l’Assomption : vaguement poétique, difficile à suivre, n’apportant presque rien à ceux qui nous découvraient par le biais du National,
  • le tournant « tradi » que prend Lourdes, les Assomptionnistes en habit, les célébrations de plus en plus statiques et « romaines »,
  • les prêtres et séminaristes traditionalistes qui se comportent comme s’ils avaient reçu une mission de l’Assomption, et qui font du « recrutement » auprès des jeunes et des moins jeunes,
  • le fait que nos propositions pour les jeunes n’arrivent pas à trouver leur public,
  • les chants dysharmoniques de la « Cantate » Gouzes, d’ailleurs trop longue après la soirée de l’hospitalité,
  • le système informatique de l’intranet qui mécontente tout le monde,
  • l’envoi interminable après la procession eucharistique du 15 août,
  • la chapelle saint Patrick pour la prière des Laudes où nous étions serrés comme des sardines,
  • le pot pour la famille de l’Assomption, formel, moins sympathique, précipité, il a fallu courir pour manger un morceau après.

MOSAïQUES 2008 : LES MERVEILLES DE DIEU

VOICI QUELQUES-UNES DES MERVEILLES QUE LES PÈLERINS LOGÉS À L’HÔTEL RÉGENCE ONT RASSEMBLÉES.

« Rassembler tant de monde, de tant d’horizon… » (une dame)
« J’ai tellement de foule que j’avais jamais vu ; c’était organisé » (une grand-mère)
« Hier soir, deux amis rencontrés par hasard » (un jeune homme)
« L’enfant est venu près de moi, et on a prié » (un prêtre)
« Une merveille : on m’a demandé la 1re étape d’engagement dans l’hospitalité » (une accompagnatrice)
« Le bain que j’ai fait aujourd’hui » (un jeune homme)
« L’adoration du St Sacrement après la procession mariale, j’en reviens pas » (une maman)
« Depuis lundi, je n’ai plus ce mauvais rêve qui vient chaque nuit » (une maman)
« J’ai prié pour vous, pour Dieu, pour toute la vie » Bisous. « Moi, c’est pareil » (un couple)
« Merci beaucoup, vivre, c’est beau à Lourdes, et merci Dieu » (une femme arménienne)
« On est comme une famille, il y a un esprit commun » (une maman)
« Une merveille de Dieu ? Je suis encore en train de chercher… Ce qui m’interpelle, c’est de voir tout le groupe qui est rayonnant. Certains sont venus avec des soucis, ils repartent avec de l’espérance» (un accompagnateur)
« Ici, il y a beaucoup d’enfants. C’est magnifique. La vie de Bernadette, c’est impressionnant : elle était pauvre, c’est les pauvres qui donnent, les riches, ils gardent pour eux. » (une dame)
« Accompagner deux amis dans leur ‘confirmation de mariage’. Être témoin de leur amour, de leur générosité si simple » (un jeune homme)
« C’est émouvant le parcours de Bernadette. Il y a quelque chose dans le coeur qui nous dit de continuer même si les pieds sont fatigués » (une dame)
« Les rencontres avec les personnes que je ne connais pas forcément. Il y a une communion ensemble. Un premier pas, un regard, et il se passe quelque chose, et on se retrouve dans les bras l’un de l’autre. Dans un magasin, un monsieur témoigne ‘le Christ est Vivant’ et il se passe quelque chose et on s’embrasse » (une maman)
« On est fatigué, on marche, on marche, mais on se rend compte le matin qu’on peut se lever et recommencer » (une dame)
« J’étais culpabilisée par un problème familial. J’ai été voir un prêtre, je suis soulagée. J’ai pu avoir au téléphone une personne de ma famille que je n’avais pas eue depuis longtemps : Jésus m’a poussé. J’ai pu me réconcilier après la cérémonie du pardon : plusieurs personnes, pas une seule, avec qui j’étais en froid » (une maman)
« Le chant, c’est merveilleux : tous, on fait un même corps. C’est une merveille de Dieu. On partage dans nos langues : un monsieur rencontré, on chante en espagnol ! » (une jeune femme)

Une réflexion du P. Paul Riou (Lorgues)
Ce qui m’a le plus frappé à Lourdes, c’est cet amoncellement, cette somme énorme de souffrances, de handicaps physiques. Cela se voit. Sans oublier l’amoncellement de souffrances, de handicaps intimes, invisibles… Cela représente, aussi, un capital impressionnant de dévouements, surtout de la part des jeunes, de solidarité, d’amour, d’espérance, de foi, de prière. Dans notre train, un enfant a déclaré, au retour, qu’il avait découvert Lourdes « cité de la joie ». C’est peut-être parce que Lourdes, comme Calcutta, c’est aussi la cité de la souffrance, la cité de l’amour, la cité de Dieu. J’ai été également impressionné par le cheminement liturgique du National, qui fut un chemin de foi. Les homélies du P. Alain Marchadour, de Mgr Vingt-Trois et la causerie de Mgr Lafont, évêque de Cayenne, sont venues donner une vie nouvelle, une vie plus forte, à ce cheminement. Au premier jour, la lecture de l’Exode : Dieu,YHWE, dans sa majesté ne se laisse entrevoir que de dos, sous peine de mort. Mais le second jour, pour ainsi dire, changement d’attitude, d’avis, de la part de Dieu. Dieu se montre, face à face : c’est le texte de St Jean. Il vient planter sa tente au milieu de nos tentes, il vient camper au milieu des hommes même s’ils ne le reconnaissent pas et le rejettent. Mais il suit, piétinant comme nous, nos chemins humains, de souffrance et d’espérance. Et le troisième jour, dans St Luc, Jésus assis avec nous, à la table du Père, rompant et distribuant le pain d’Emmaüs, ce pain qu’il avait entamé au soir du Jeudi saint. Pain rompu, pain partagé, à la tombée de la nuit, quand il se fait tard. Donc pain de lumière, pain de vie, pain d’espérance. L’Eucharistie, qui, selon la parole de Mgr Lafont, suppose et exige un partage, prend une dimension sociale, aussi bien pour les personnes que pour les communautés humaines, nations, groupes de nations, blocs sociaux. Il n’y a pas d’Eucharistie vraie s’il n’y a pas partage. Par l’Eucharistie, nous devenons peuple de frères, peuple d’Évangile, peuple de partage. Et finalement ce mot de conclusion du cardinal André Vingt-Trois : nous découvrons à Lourdes que la mort n’aura pas le dernier mot.

 Webmestre: D. Remiot
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