
VINGT-CINQ JEUNES DE BELGIQUE, DE SUISSE ET D’UN PEU PARTOUT EN FRANCE, ACCOMPAGNÉS PAR DEUX ASSOMPTIONNISTES - BENOÎT GSCHWIND ET TEDDY ELOKO MONGINDA - UNE OBLATE ET UNE RELIGIEUSE DE L’ASSOMPTION, ONT ACCOMPLI EN JUILLET UN PÈLERINAGE EN TERRE SAINTE. DEUX D’ENTRE EUX TÉMOIGNENT DE L’IMPACT DE CES DIX JOURS AU PAYS DE JÉSUS.
IL Y A UN « AVANT » ET UN « APRÈS »
Si je devais vous faire partager quelques épisodes de ce voyage extraordinaire, de quoi vous parlerais-je ? Chaque moment a été unique, chaque endroit traversé a laissé son empreinte. De nos trois jours dans le désert du Néguev, je retiens une immensité rocailleuse écrasée de soleil, où l’on se retrouve seul face à soi-même et à Dieu. Pourtant, même dans le désert, des sources coulent, comme pour nous dire qu’au coeur de nos épreuves, le Seigneur est celui qui pourvoit.
Un grand moment
J’aimerais vous parler aussi de la Galilée, terre fertile et verdoyante,
terre de Jésus le Nazaréen où tant de lieux témoignent
de son passage : depuis Nazareth avec sa synagogue, la maison
de la Sainte Famille, celle de l’Annonciation, et la source où Marie
venait puiser l’eau, jusqu’à Capharnaüm où l’on peut voir la maison
de Saint Pierre, en passant par le lac de Tibériade, théâtre de
multiples épisodes de la prédication de la Bonne Nouvelle. La
traversée du lac en bateau a été pour moi un grand moment : en
contemplant ses rives, les mêmes qu’au temps du Christ, je pensais
à la multiplication des pains, aux séances de pêche de Pierre
et André et des fils de Zébédée, à Jésus marchant sur les eaux et
tendant la main pour en retirer Pierre, qui avait douté…
Prendre le temps de s’arrêter
À Jérusalem, ville trois fois sainte, on éprouve vraiment le sentiment
d’être au coeur du monde. Dans ce carrefour de peuples et
de cultures, il faut prendre le temps de s’arrêter devant les traces
du passage du Christ préservées par les siècles : l’escalier de St
Pierre en Gallicante ; la crypte de son église, identifiée à la prison
du palais de Caïphe où le Christ aurait passé la nuit ; et bien sûr
la basilique du St Sépulcre. Non loin de Jérusalem, nous sommes
montés à Aïn Karim, lieu de la Visitation, où une église commémore
la rencontre de Marie et de sa cousine Élisabeth. On s’y
laisse rejoindre par la joie du Magnificat, pour peu qu’on le laisse
résonner en soi.
« Je crois à la paix »
Bethléem, écrin de la paix de Noël aujourd’hui
encerclée par un mur, m’a serré le
coeur. On ne peut faire abstraction, en Terre
Sainte, de la situation politiquement difficile.
Pourtant, des gestes de paix sont posés,
qui brillent comme des étoiles annonciatrices
d’un avenir meilleur. Je ne résiste pas
à l’envie de vous raconter l’histoire d’un
médecin chrétien palestinien que nous
avons rencontré à Jérusalem. Sa voiture
ayant été attaquée pendant la deuxième
Intifada, il a été atteint par un jet de pierre
et gravement blessé. Comme dans la parabole
du bon samaritain, le secours est venu
de là où on ne l’aurait pas espéré : ce sont de
jeunes Juifs israéliens qui se sont penchés
sur lui, « et pourtant, ils savaient que j’étais
arabe », a-t-il précisé. L’un d’entre eux lui a
donné à boire, pendant qu’un autre ôtait
son tallit (châle de prière) pour lui en bander
le bras. « Je crois à la paix », a-t-il conclu.
Son témoignage a été très applaudi.
J’entends différemment l’Évangile
Le pèlerinage en Terre Sainte n’est pas un
voyage comme les autres. Il y a un « avant »
et un « après ». Depuis mon retour, j’entends
différemment les mots de l’Évangile.
Chaque épisode me rappelle un lieu, une
anecdote. Il s’agit maintenant de ne pas laisser
ce voyage se scléroser à l’état de souvenir,
mais, comme nous l’a dit le père Benoît,
de faire fructifier ce que nous avons reçu en
« inventant la vie qui va avec ». J’ajouterai
que si un tel pèlerinage est important pour
nous, il l’est aussi – et peut-être encore plus
– pour les Chrétiens de là-bas, héritiers
directs de la prédication du Christ, dont la
présence est aujourd’hui menacée. Le jour
de notre départ, nous avons participé à la
messe dominicale dans une petite communauté
catholique de Jérusalem, de rite
syriaque. J’ai trouvé passionnant de rencontrer
ces frères, tellement heureux de nous
accueillir. Notre visite, notre prière sont pour
eux des signes d’espoir qui soutiennent leur
courage. Alors, si vous en avez la possibilité,
si en vous naît ce désir, si quelqu’un – ou
Quelqu’un – vous y invite, je terminerai par
ce mot : allez-y !
Alix Danguy des Déserts
UNE REDÉCOUVERTE
Un pèlerinage en Terre Sainte n’est jamais un voyage banal ; il le fut d’autant moins pour moi qu’il constituait une grande première. En 35 ans, je n’avais jamais connu ni pélé, ni JMJ, m’étant toujours limité à un semblant de pratique religieuse « en privé », loin de tout mouvement collectif.
Un programme assez dense
Notre groupe de pèlerins était très diversifié,
tant par l’origine géographique que par le
parcours : catholiques plus ou moins engagés
(certains ayant déjà quelques Lourdes
ou Compostelle à leur actif), allant du séminariste
en devenir au quasi-païen que j’étais
devenu, d’autres plus proches de milieux
charismatiques, protestants… Nos encadrants
religieux, loin d’austères faces de
Carême (une de mes craintes inavouées),
ont d’emblée joué leur rôle avec une grande
ouverture d’esprit. Un programme spirituel
assez dense avait été concocté par leurs
soins pour ces dix jours : prières du matin et
du soir, célébrations, temps bibliques…
Après des mois de désertion de la messe
dominicale, voici que j’avais droit à une
eucharistie par jour ! Mais quand elle est
célébrée dans les ruines à ciel ouvert d’une
église nabatéenne, en plein désert face à la
montagne ou sur les rives du lac de
Tibériade, on y reprend goût très vite ! Et
quand tout le monde chante avec ferveur
autour de soi, comment rester bouche
close ? J’ai pu ainsi mesurer tout ce dont je
me privais bêtement depuis si longtemps.
Des rencontres marquantes
Le programme était dense, mais nos accompagnants
ont toujours su l’adapter aux circonstances
et aux souhaits exprimés par le
groupe au fil du pélé : que ce soit pour un
« temps piscine » fort bienvenu après une
journée riche mais chaude, ou pour entendre
la messe avec les catholiques syriaques de
Jérusalem. À ce sujet, les rencontres avec les
chrétiens de Terre Sainte ont été des
moments précieux : d’abord avec le Dr Safar,
qui nous avait fort aimablement invité à
cette messe, après avoir retracé pour nous
toute l’histoire et les enjeux de la Palestine
d’hier et d’aujourd’hui. Le père Maroun
Tannous, de l’Église Melkite, nous a décrit le
quotidien de sa communauté. Soeur
Joséphine, des Clarisses de Nazareth, qui du
haut de ses 88 ans, exprime toujours avec
force son amour de l’Eucharistie, a évoqué le
souvenir de Charles de Foucauld, en ce lieu
où il fut simple jardinier. Je n’oublie pas
Farès, notre guide dévoué tout au long de ce
pélé. Tous nous ont transmis un message
pressant : le maintien de communautés chrétiennes
autochtones en Terre Sainte est primordial,
et demande notre soutien et notre
prière.
Les lieux parlent différemment
Le pèlerinage fut (aussi !) un voyage, qui
plus est dans un très beau pays. Les splendeurs
géologiques du Néguev comme la
douceur des collines de Galilée n’auront
laissé personne indifférent. L’Histoire d’Israël
n’était pas oubliée, de la forteresse de
Massada au mémorial de Yad Vashem. Et
bien sûr, les lieux saints, où mieux vaut s’affranchir
de toute attente trop sensible (ce
que nous appelions, avec les pincettes
d’usage, l’aspect « magique »), sous peine
de sévère déception. Même alors, difficile de
surmonter le côté aliénant de certains sanctuaires
donnant à penser que Christ serait
né, mort et enseveli sous les ors et les
nuages d’encens ! J’avoue ne pas y être
totalement parvenu, trouvant davantage le
recueillement dans le désert ou face au Lac.
Pour d’autres pèlerins en revanche, le Saint-
Sépulcre (qui m’avait plutôt laissé… de
marbre) aura constitué un sommet. Une
chose est sûre : des textes d’Évangile parfois
trop connus ont retrouvé depuis un nouvel
éclat.
Au final, que m’auront donné ces dix jours ? Une (re)conversion certes, ainsi qu’un regard neuf sur la Bible, mais surtout la redécouverte de cet esprit de partage, manifesté dans les mille petites attentions que nous avions les uns pour les autres. D’ailleurs, il paraît que c’est à ça qu’on nous reconnaît (Jn 13,35) ! Deux certitudes enfin : le pèlerinage continue, et si Dieu le permet, je retournerai en Terre Sainte.
Christophe Aelbrecht