À
dix minutes de marche de l'Empire State Building, dans la chaleur torride et
humide de ces premiers jours de juillet à New York, Enguerran et les
seize autres membres du groupe Anglais, Prière et Solidarité arrivent
dans la maison de briques rouges, prêtée par les Petites Surs
de l'Assomption (PSA). Heureusement, l'air climatisé du lieu, l'accueil
amical de Curtis, et un peu de Pepsi rafraîchissent les jeunes exténués
après un long voyage en avion puis en métro. Mais pourquoi donc
aller si loin pour faire l'expérience de la vie communautaire et du service
des pauvres ?
À l'initiative du frère Didier Remiot, et pour la dixième fois, l'Assomption accompagne un groupe d'une vingtaine de jeunes pour un séjour de trois semaines au cur de Manhattan. Chacun peut approfondir sa vie spirituelle, améliorer son anglais, rencontrer la pauvreté et découvrir the Big Apple. La ville fait rêver par elle-même et chaque jour donne l'occasion de parcourir les lieux incontournables (Central Park, Metropolitan Museum, Statue de la Liberté, Wall Street) comme les plus pittoresques. Mais le projet n'est pas d'abord touristique.
Le lever à 7h30
est exigeant en cette période de vacances faisant suite à une
année d'étude ou de travail. La première prière
du jour réunit tout le monde dans la chapelle provisoire aménagée
dans le salon éclairé par le soleil matinal passant à travers
les fenêtres sur le jardin. Par le chant, les psaumes et la méditation
des textes bibliques, chacun s'éveille lentement durant une petite demi-heure.
La prière du soir rassemblera nos efforts et nos fatigues du jour. Les
plus énergiques ont auparavant préparé la table du petit
déjeuner qui est partagé après ce temps de louange au Seigneur.
Rapidement, Fr. Benoît sonne le rappel de son équipe. Avec Véronique,
Samuel et Michael, il va à Harlem pour repeindre un petit appartement
d'un couple âgé d'origine portoricaine. Par ailleurs, l'autre équipe
du matin rejoint la cuisine de God's Love we deliver (nous portons l'amour de
Dieu).
Elle participe à la préparation des 2400 repas quotidiens portés
à des malades du sida. Dans la cuisine surchauffée mais ventilée,
équipé de bonnet, gants et tablier, chaque volontaire coupe ardemment
des légumes en morceaux en veillant à ses doigts. La lame du couteau
fait saigner quelques étourdis. De son côté, la deuxième
moitié du groupe reste à la maison pour le cours d'anglais quotidien
avec Ileana ou Cecilia. Inversant les rôles, les anglicisants du matin
mettent la main à la pâte, l'après-midi. Le contact est
direct avec les sans-abri, les pauvres, essentiellement des hommes noirs qui
viennent manger dans les soupes populaires (Soup kitchen) réunies par
le Momentum Project et organisées dans des églises des différentes
confessions chrétiennes et des synagogues de Manhattan, du Bronx, du
Queens et de Brooklyn. " J'ai découvert des situations de
pauvreté auxquelles je n'avais jamais été confrontée
", avoue Anne.
Ces trois semaines n'auront pas été de trop pour redécouvrir ensemble, dans la prière, la vie communautaire et la pratique de la charité, que Dieu est présent, même dans une mégapole.
Fr. Vincent Cabanac, a.a.