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Message du Supérieur Général
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 Promenade écologique dans le jardin épistolaire du P. d’Alzon

L'évolution de la question environnementale

de d’Alzon à la conférence de Copenhague.

 Jean-Paul Perrier-Muzet, a.a

L’idée de consulter et de répertorier les données proprement écologiques[1] des Lettres du P. d’Alzon[2] est forcément un peu insolite et originale, en tout cas inhabituelle chez les commentateurs et analystes de la pensée du Fondateur assomptionniste[3]. Le plus souvent, au moins dans le passé, on se prévalait à son sujet uniquement de préoccupations d’ordre théologique, spirituel ou encore socio-politique, comme il était convenu sans doute pour un homme d’Eglise frotté en priorité aux grandes disciplines religieuses. On limitait souvent les investigations, comme dans le cas des encyclopédies religieuses[4] et des catéchismes[5] à une partie étroitement morale : en dehors du croire, du célébrer-prier, la réflexion sur l’agir humain n’abordait guère l’activité humaine dans son rapport à la création.

Mais voilà que l’écologie est entrée solidement dans notre environnement mental. Ce qui, dans les années 1970, passait encore pour un divertissement plus ou moins romantique/bucolique ou une passade ‘post-soixante-huitarde’ de la part de mouvements ou groupuscules contestataires à la mode, est devenu au fil des années une sérieuse prise de conscience d’enjeux planétaires de premier ordre dont plus personne ne peut esquiver l’urgence aujourd’hui.

Dans le monde ecclésial catholique, il y eut bien quelques frémissements ou ‘gémissements’ de pensée écologique, à l’époque de la contestation anti-consumériste première manière : gaspillage des biens naturels, nuisances pour l’environnement ou encore distorsion scandaleuse des niveaux de vie entre les sociétés dites développées et les autres du Tiers-Monde. Mais il faut bien dire que dans l’euphorie et l’optimisme des ‘trente glorieuses’ (1945-1975), la priorité de la pensée théologienne allait à d’autres thèmes économico-sociaux plus consensuels du développement solidaire, du partage des richesses, de la découverte de nouvelles possibilités ou potentialités de croissance quantitative de l’homo faber, de gestion maîtrisée des ressources. Mais avec les ‘risques majeurs’ devenus évidents des modifications du milieu naturel, désenchantement et inquiétude prennent aujourd’hui la première place[6], face à l’utopie du progrès illimité et face à la revendication d’un train de vie de privilégié, synonyme de confort, de puissance et de vanité, au détriment du respect de la nature, devant ce que nous constatons tous avec réalisme dorénavant : raréfaction des ressources, disparition des espèces, accumulation des déchets, multiplication des nuisances, surpopulation, dégradation de la qualité de la vie, réchauffement de la planète, déséquilibres climatiques. La ‘mort de Dieu’ semble annoncer la ‘mort de l’homme’, l’apocalypse semble devoir succéder rapidement à la marche funèbre de l’eschatologie.

 

De l’âme et de l’esprit sous une nature méridionale.

 

Et que devient dans tout cela le P. d’Alzon en son siècle qui n’était ni consumériste comme le nôtre, ni encore industrialisé et pollué comme notre planète, ni surpeuplé ou urbanisé comme nos banlieues modernes tentaculaires ? Je vous propose de lui rendre visite à travers une promenade en butinant sa correspondance, dans l’univers encore bucolique et rural du château de Lavagnac ou de la propriété de La Condamine au Vigan, même s’il nous faudra bien faire aussi le détour par ses résidences urbaines d’adoption, les villes laborieuses de Nîmes, de Montpellier[7] (cadre urbain) et celles de ses séjours temporaires (Rome huit fois[8], Paris au moins 50 fois[9], Constantinople une fois[10], Notre-Dame des Châteaux[11] – propriété de 4 ha 5 selon IX, 159 - deux fois[12]). Grand voyageur, le P. d’Alzon a roulé sa bosse par monts et par vaux en tous sens. Il semble par contre qu’il n’avait pas le pied marin. Roulis et tangage mettent à mal son estomac et lui font regagner presto sa cabine. Pour autant, il n’est pas insensible au paysage marin :

« Qui n’aime pas la mer est indigne d’être poète » : VIII, 9. En route pour Rome en novembre 1869, il note à Oneglia :

« Le voyage est charmant, la mer que nous côtoyons poétique, mais nous ne nous laissons pas prendre aux flots enchanteurs de la traîtresse » : VIII, p. 10. Ses réflexions et impressions de voyage le long de la Côte d’Azur et de la riviera en avril 1877 ne manquent pas de charme : XII, 74-75 (palmiers, plantes tropicales, vues sur la mer, criques, rochers, troupeaux, forteresses).

 

A cheval sur deux départements, l’Alzonie de la ‘mar a las Cebenas’

 

Le Gard et l’Hérault, ou pour le dire en termes plus régionaux, la Provence et le Languedoc, furent en effet les points cardinaux du cadre général de la vie du P. d’Alzon, même si l’on compte au service des intérêts de l’Eglise et de la famille des congrégations religieuses de l’Assomption ses nombreux déplacements temporaires[13], surtout vers Paris, Rome et l’Orient.

Sa terre natale du Vigan, au pied des Cévennes avec son sommet venté du Mont Aigoual et les massifs de l’Espérou et de la Séreirède où l’on peut tout à loisir explorer des grottes, des cascades et des bois (t. VI, p. 132-133), sa terre de mission assomptionniste de l’Espérou à partir de 1866 et ses versants montagneux en partie dénudés où la lande le dispute aux sombres châtaigneraies, rappelle quelque chose de son tempérament impétueux et rude. Le cours de l’Hérault, nerveux et encaissé dans sa première partie, dit également le rythme effréné des activités du vicaire général.

Mais durant 45 ans, le cadre de vie du P. d’Alzon, c’est prioritairement : Nîmes où l’on déguste avec plaisir la brandade[14] et la paella, la plaine du Vistre, rivière dont les cours d’eau affluents et eaux pluviales dans Nîmes sont de nos jours canalisés par un  réseau de cadereaux souterrains, l’arrière pays gardois calcaire couvert de mazets[15] (où l’on déguste les cagaraules – escargots locaux - arrosés d’un vin généreux rouge ou rosé), et de garrigues, à la végétation sombre et touffue faite de bruyères, de genêts, de cistes, d’arbousiers, de pins d’Alep, de chênes-verts, de buis et de micocouliers, où aussi, grâce aux eaux de ravinement infiltrées,  les ceps de vigne s’accrochent et s’enracinent dans les terres basses gorgées de sable et de galets, où enfin chantent toujours aussi infatigables d’invisibles cigales aux mélodies monotones et criardes ; tout cela contraste avec la ligne bleue profonde de l’azur méditerranéen où à l’Est le regard se perd du côté du Ventoux et des Alpilles, à l’Ouest avec la ligne des Corbières et le Canigou. Terre d’histoire, la plaine de Provence qui s’est donnée au royaume de France à la mort du comte Charles III en 1481, n’a cessé de lutter contre les inondations et les divagations du Rhône au moyen de digues, de canaux, en Camargue et, entre les bras du delta, d’étangs de salines couvertes de salicornes, mais aussi contre les rafales du Mistral au moyen de lignées de cyprès et de palissades de roseaux pour protéger les mas. Quant à la plaine du bas-languedoc oriental, recouverte par cette mer de vignes la plus dense au monde (t. VII, p. 38), baignée en été par un soleil généreux dont les routes sont protégées de l’excessive ardeur grâce à de splendides alignements de platanes, elle n’est pas épargnée selon les caprices de la météo et des saisons par les débordements de l’Hérault, par les traverses du cers et du marin (XII, 231), et même, en hiver, par de véritables tempêtes de neige qui enferment les habitants de Lavagnac dans une douillette solitude[16]. Le P. d’Alzon a circulé en tous sens d’Aix à Avignon et Arles, de Nîmes à Narbonne en passant par Montpellier, Pézenas, Béziers, Agde et Sète ; il a honoré et, pour certains, ressuscité les pèlerinages de Saint-Gilles, des Saintes-Maries de la Mer, de Saint Guilhem, de Saint-Martin de Londres, de Rochefort, de Notre-Dame du Suc, du Mont-Bouquet (Mater Admirabilis), de Notre-Dame de Bonheur et de Notre-Dame de Prime-Combe. Quant au cours du Rhône, il l’a traversé plus d’une fois, de Beaucaire à Tarascon, et il l’a remonté en bateau d’Avignon à Pont-Saint-Esprit et jusqu’à Lyon. L’âme provençale est façonnée par cette diversité de paysages et de sentiments : elle n’évite pas toujours les excès sonores du Tartarin à la mode d’Alphonse Daudet, mais elle connaît aussi le raffinement de Racine qui a goûté en été l’air lumineux d’Uzès, les farces à la mode de Molière qui a fait de prometteurs débuts à Pézenas, les douceurs poétiques de Reboul, de Mistral et des Félibres, et même les silences intérieurs du Petit Chose. Quant aux facilités baroques d’un christianisme méridional qualifié d’affectif et d’extériorisé dont on retrouve des expressions colorées dans les peintures naïves d’ex-voto, comme ceux exposés au sanctuaire de Rochefort-du-Gard, elles trahissent certainement le côté populaire d’une foi qui ne partage pas nécessairement les truculences du curé de Cucugnan ou les errances du Père Gauchet, mais au contraire sait apprécier les émotions du cœur qui élèvent l’âme aux nobles régions de l’art, du bien et de la vérité, ce secret alliage des fondamentaux supérieurs et des passions sublimées.

 

Une vive sensibilité au monde et au mode de vie rural

 

La première évidence qui s’impose, à la lecture des 8.000 correspondances du corpus d’Alzon, c’est l’extraordinaire variété des notations d’ordre végétal notamment qui parsème son écriture, non pas à la façon d’un Linné (1707-1778) ce suédois[17] qui a détaillé et a classé les espèces botaniques, mais plutôt à la manière d’un amoureux de la nature, d’un promeneur ou d’un excursionniste attentif aux paysages visuels[18]. Images et comparaisons tirées de l’observation de la nature ne manquent pas sous la plume du P. d’Alzon qui savait filer la métaphore, comme le fabuliste Jean de La Fontaine décrivait les animaux[19] pour parler des humains, sans oublier d’ailleurs les végétaux comme dans la fable du chêne et du roseau (l’image est reprise dans d’Alzon t. VI, p. 95 : ‘soyons roseaux et pas trop chênes’):

« Vous êtes comme ces belles pousses de l’année qui se balancent avec grâce sous le souffle du vent, mais qui veulent des tuteurs et cassent si l’on s’appuie trop sur elles. Je vous souhaite de devenir bois dur »[20]. Ou encore :

« Non, ma chère enfant, je n’oublie pas mes petits oiseaux, après les avoir mis en cage, et même après en avoir attrapé, comme ce soir, je leur rends la liberté quand je m’aperçois qu’ils ne peuvent pas être mis dans la cage du bon Dieu » : juin 1863 à sœur Françoise-Marie Rozet, Lettres du P. d’Alzon, t. IV, p. 307. La métaphore peut aussi être empruntée au monde de la pêche :

« Si dans vos promenades sur les bords du Gardon, vous pouviez me pêcher quelque bon novice de l’Assomption, tâchez donc de nous l’envoyer. Je vous assure que nous en avons grand besoin, non pas que nous en manquions ; à vous je puis dire que trop souvent c’est la qualité qui manque. On mange fort inutilement de l’argent à nourrir et à habiller de fort tristes oiseaux de passage » : à Mme Varin, 8 août 1864[21].  Même image en octobre 1864 au P. Saugrain :

« Prions beaucoup pour ce cher petit nid de la Congrégation et demandons à N.-S. d’y mettre des oiseaux qui ne s’envolent pas au premier caprice » : V, p. 163. Pour soutenir Angelina Chaudordy et la faire passer du stade des désirs à leur réalisation, le 10 mai 1865, il lui écrit sur le mode comparatif des végétaux :

« Vous m’avez fait l’effet d’une personne pleine de bons désirs, mais désirs qui expirent avant d’arriver à la réalisation, comme tous ces petits fruits dont, après la floraison, se chargent les arbres d’un verger, mais qui tombent par l’effet de la gelée, du brouillard ou du vent, avant la maturité. On aurait eu une très belle récolte, si… » : V, p. 303. Un peu après, le 22 oct. 1865, à la même, il poursuit semblablement :

« Votre âme est comme ces jardins engourdis, pendant l’hiver, sous une double couche de feuilles mortes et de neige. Mais vienne le printemps, tout reverdit, et le repos de la saison morte décuple la vigueur de la végétation, aux premiers beaux jours. Vous avez été assez longtemps sous votre neige et dans votre sommeil » : V, 428. Le P. d’Alzon a en tête une parabole toute évangélique, tirée du même réalisme agricole :

« Vous avez mis la main à la charrue, ne regardez pas en arrière » : V, 304, IX 254. On revient encore aux oiseaux avec ce rapprochement amusé :

« Frère Germer est une vraie caille qui engraisse et maigrit du matin au soir » : t. V, p. 336. Lui-même, malade, se sent quasi condamné à une forme de vie végétative de légume (IX, 44).

 

L’humain, un concentré de la nature

 

Sous la plume du Fondateur et en fonction de ses humeurs, l’Assomption prend parfois les traits d’une ménagerie : le P. Hippolyte pousse habituellement des cris d’aigle ; le P. Galabert bien que médecin, est souvent réprimandé pour être négligé comme un cochon, le novice Eugène Nermel semble un ours mal léché (IX, 192) ; le Frère Germer dort comme un loir ; le noviciat du Vigan lui semble une volière où on lui mange son blé, l’alumnat des Châteaux une jolie pépinière de vocations (IX, 270) mais qui a besoin de boire et de manger (IX, 304), et il lui arrive à lui-même, en repos à Lavagnac, de se prendre pour un mollusque (IX, 36) ou une marmotte (X, 317, 358 ; XII, 516 ; XIII, 168) ou encore une huître (XIII, 388)! Le Frère Norbert Mathieu, tout neuf du froc, a dévalé patatras comme une boule dans l’escalier du noviciat (IX, 199). D’Alzon sait aussi devenir lyrique pour évoquer comme un cours d’eau aux bras ramifiés les différentes sources de l’unique esprit de l’Assomption :

 « C’est cette communication réciproque qui est la vraie source de ce que j’ai pu dire. Nous avons acheté sur un des plus hauts points des Cévennes une petite propriété, où se trouvent deux ravins. Chacun a une petite source qui aboutit à un ruisseau commun. Quand les eaux sont mêlées, qui peut dire où est la véritable origine du ruisseau ? » : IX, 108 (à Sœur M.-Gabrielle de Courcy, 11 juillet 1871). Mais malgré cette diversité humaine qui rappelle et celle de l’animal et celle du végétal, le P. d’Alzon n’en perd pas sa capacité d’analyse et sa lucidité :

« Il y a chez certains Savoyards une finesse normande, qui ferait croire que les flots de la mer et les bosses des montagnes sont une même chose »[22]. On ne la lui fait pas ! Très vite cependant et toujours refait surface en lui le sens religieux et surnaturel de toute destinée humaine : sa véritable géographie est surtout celle du cœur et de l’âme ; collèges, alumnats, couvents, noviciats sont prioritairement des parterres de vertus à cultiver, des fleurs[23] et des fruits de sainteté à cueillir et développer.

 

Une tradition monastique de la vie religieuse

 

Il ne faut pas oublier non plus dans ce registre que la vie religieuse, spécialement monastique, a souvent encouragé les expériences en botanique[24] et en horticulture[25] et n’a jamais dédaigné les revenus de produits agricoles de qualité mis en vente dans des ‘magasins ou boutiques monastiques’ : alcools, vins, spiritueux[26], élixirs, infusions, céréales, pâtés, fromages (Roquefort, VII, p. 114), laitages (caillé t. V, p. 156 ; lait[27] : t. V, p. 334), bonbons (XII, 9) café, biscuits, gaufrettes, chocolats, pots de miel, fruits confits (XII 9), pâtes de fruit, confitures, produits homéopathiques, épices (cannelle, girofle : VII, 124)… Certaines formes de vie monastique sont même directement connectées à la vie agricole[28].

 

Cadres ruraux : le végétal, l’animal et le minéral

 

Entre 1810 et 1816, E. d’Alzon vit dans le cadre champêtre du Vigan[29], mais il est encore trop petit pour avoir noté par écrit quelque impression ou tenté la confection d’un herbier[30]. C’est seulement à partir de 1864 que l’Assomption va s’établir durablement au Vigan, d’abord avec le noviciat des hommes, puis en 1865 avec la fondation des Oblates, ensuite avec un alumat à partir de 1874. Pour autant, d’Alzon a toujours vanté le charme de cette localité des Cévennes, ainsi à Marie Correnson, le 10 août 1864 :

« Quand vous aurez bien établi que vous détestez la campagne, je me figure que vous viendrez prendre vos quartiers d’été au Vigan. Vous aurez de belles prairies, de belles eaux, de jolies collines et des châtaigniers, comme on n’en voit qu’en Suisse » : t. V, p. 114 ou encore à Sœur Françoise-Marie Rozet, le 12 juillet 1865 :

« Je prends au Vigan un repos comme vous ne sauriez vous en douter. Je contemple les prairies et les montagnes, je fais des promenades champêtres, je bois du lait sortant de la chèvre ou de la vache, je regarde passer les nuages, j’entends gazouiller l’hirondelle et chanter la fauvette, je regarde couler l’eau. Quelle vie n’est-ce pas ? L’eau, les nuages, les prairies, les montagnes, le lait, les hirondelles, les fauvettes, et je suis sûr que l’eau ne vous en vient pas à la bouche » : t. V, p. 357. Cette région des Cévennes pratiqua à grande échelle la culture des vers à soie[31] (t. V, p. 174 ; VII, p. 110) et la culture du mûrier (X, 50). On sait que c’est sur un terrain des d’Alzon, au pré de la Condamine, que se tiennent les traditionnelles grandes foires annuelles agricoles du Vigan (t. V, p. 404 ; IX 262 n.).

A partir de 1816, par contre, Emmanuel adolescent rayonne à partir de la magnifique campagne de Lavagnac[32] et sa plume sait décrire les charmes de cette résidence aristocratique ainsi que son riche environnement naturel :

« C’est quelque chose de délicieux que la promenade à la campagne… Tout est admirable : la beauté du ciel, la pureté de l’air rafraîchi par le voisinage de l’Hérault, notre solitude » »[33]. A partir de 1835 bien sûr[34], le jeune prêtre a pour cadre de vie principal la ville de Nîmes[35], de tradition textile, mais Lavagnac reste le centre familial attractif[36], toujours le cadre de référence des temps de vacances, de repos ou de détente[37] ou de simple évasion pour E. d’Alzon, « où il a commencé en mai 1830 l’étude des paysans ; grands et petits, car ici tout est paysan », écrit-il à d’Esgrigny[38]. Mais d’une façon générale, même d’un centre urbain comme de celui de Nîmes, la campagne et la vie rurale ne sont jamais loin du cadre de vie mental de tout français du XIXème siècle. Même en milieu urbain[39], on cherche à vivre avec les agréments de la campagne (espace, parc, petits élevages comme clapier, poulailler[40], écurie pour les chevaux, potager, verger etc…).

 

De l’agriculture vue par E. d’Alzon

 

Emmanuel d’Alzon s’intéressait-il à l’agriculture ? A certains moments, il prétend que non[41] ; à d’autres moments, tout fait penser le contraire, notamment la dernière lettre conservée qu’il ait écrite à sa mère[42] ou encore ce persiflage à Mme Valat, 29 août 1864 :

« Je vais me faire agriculteur, en attendant que je sois agronome… Dès ce matin, j’ai laissé les électeurs et tout le reste du genre animal pour m’occuper du genre minéral. Je deviens savant. Je sais tout le charbon, le fer, le zinc, le plomb, l’argent, le soufre, le marbre blanc, gris, noir et rouge de nos environs  » : t. V, p. 125.

En IX p. 256, il ajoute à sa liste l’albâtre et l’onyx. Il y a en tout cas une pointe de soulagement dans son annonce le 11 novembre 1860 à Sœur M.-Marguerite Mac-Namara : « Je suis propriétaire foncier »[43]. Ce qui est certain par contre, c’est que le cadre de vie rural l’a beaucoup inspiré, d’abord en tant qu’ouverture aux réalités à la fois sociales et économiques de son milieu naturel et familial (rapport à la domesticité) : Le Vigan, Lavagnac, mais aussi d’autres lieux. N’oublions pas qu’à Mireman (Gard), propriété aux portes de Nîmes estimée entre 45. 000 et 60.000 fr., puis 150.000 (t. V, 441, 447), E. d’Alzon a lancé entre 1852 et 1857 une colonie agricole[44] dont l’une des activités consistait en la production de cultures maraîchères sur un terrain de 6 ha, grâce à des orphelins apprentis et à un corps instructeur de Frères convers. Clichy[45] offrait des perspectives semblables. L’aventure des alumnats qui a commencé à Notre-Dame des Châteaux en 1871 a toujours été combinée avec un maximum d’autarcie agricole[46] (potagers pour les légumes[47], élevages pour la viande, laitages et fromages : bétail et basse-cour (X, 74) pour la viande et les oeufs[48], vergers pour les fruits (poiriers : X, 363), ruchers pour le miel et le sucre)[49].

 

Lavagnac et La Condamine

 

Le domaine de Lavagnac, comme celui du Vigan, a fonctionné au XIXème siècle selon le mode ancestral des grandes propriétés foncières d’autrefois, avec fermes, fermages, affermages (VI, p. 16), arrérages (VII, 180) et fermiers entourant le château sur les communes de Montagnac (197 ha[50]), de Saint-Pons de Mauchiens (6 ha), (Montmau[51] : 64 ha 55 a), de Saint-Pargoire (1 ha 81), d’Usclas 3 ha 93), de Cazouls, de Bélarga (moulin), d’Adissan et de Lézignan-la-Cèbe. Sur le Vigan, on a retenu les noms de quelques propriétés foncières[52] : le Moulin du Pont, la Condamine (pré 2 ha 88, jardin 1 ha 14), La Valette (10 ha 20 a), l’Elze[53] (4 ha 18 avec usine et le mas du Buis), Bagatelle (4 ha 92), Anglas (62 ha), la Celle, Arènes (6 ha de prairies ; bois Saint-Paul 11 ha 53) ; à Dourbies, les deux domaines de Canchaux et de Dominicature, à Campestre le domaine du Viala, le tout provenant de l’héritage en 1851 de Jean-Maurice de Faventine, prestement liquidé. Qui dit fermes, fermages et fermiers, jardiniers dit aussi cultures, basse-cour, pigeonnier, écuries, haras (t. III, p. 283) et élevage d’animaux domestiques pour les travaux des champs, le trait[54] et le transport[55]. En dessous de Lavagnac, sur l’Hérault (moulin de Roquemengarde), une prise d’eau avec canal et machinerie alimentait de grands réservoirs pour alimenter jardins, bassins et étang ou pièce d’eau[56].

 

Dans le détail, il conviendrait de spécifier un peu le type de cultures vivrières et de rendement agricole qui sont pratiquées de part et d’autre. Il est évident qu’au Vigan, ce qui l’emporte, en dehors des pairies et pâturages pour petit bétail (troupeaux de moutons également à Lavagnac : t. III, p. 283; chèvres), c’est l’élevage du mûrier t. III, 347 (vers à soie, t. A, p. 11 ; à Rochebelle, t. V, p. 321)  avec équipement de filatures encore très artisanales, du châtaignier (farine ; t. A, p. 227, 233, 368 ; t. III, 339 ; X, 278), du noyer (t. A, p. 228) et de vergers à pomme (t. A, p. 368, III, 339; cidre, jus, alcools ou ‘esprits’ ou eau-de-vie : t. A, p. 277 ; 350). Vergers (fruits, confitures : t. V, p. 326), cultures maraîchères (oignons ; épinards t. A, p. 513, IX 44 ; t. C, p. 13 ; asperges à Nîmes : t. III, p. 225, IX 44 ; fèves, haricots, salades, artichauts : t. XI, 39, concombres (XII, 538), fraises et framboises : t. A, p. 602, t. IV, p. 408 (à Perpignan), pommes de terre (XI, 39) travail du bois forment d’utiles compléments de ressources (cultures en terrasses, terrassiers ou faïsses). Les cours du collège de Nîmes sont bien ombragée grâce à des marronniers (IX, 112) où se donnent les leçons de gymnastique et les exercices paramilitaires. Pour ce qui est du domaine de Lavagnac, la diversité est beaucoup plus grande, en raison du climat méditerranéen et du relief de plaine : dans les grandes étendues, cultures vivrières des blés (t. A, p.  11 ; 28, 191; VII, 18, 38, 98)[57], de l’olivier (huile : t. A, p. 222), de pommes de terre (Lettres, t. II, p. 210), du maïs, de l’amandier (t. A, p. 191, 277), du cerisier (t. A, p. 51, 198 ; t. V, p. 318), du citronnier (t. A, p. 561 ; XIII, 144), de l’oranger (à Rome : t. A  p. 569 ; 580 ; t. B, p. 54, à Perpignan : t. IV, p. 408 ; à Cannes : t. V, p. 51, 52, mais aussi à Lavagnac, en serre, t. XII, p. 231) du melon d’eau (à Mireman : t. I, p. 73, 349), un peuplier de Caroline (dans le parc d’Auteuil : t. II, p. 204), de l’abricotier (rue François Ier); dans les serres (t. XII, p. 231), des cultures maraîchères[58], des grenades (t. VIII, p. 9), des vergers de poiriers (X, 363) et d’oliviers (X, 363 ; XI, 30, 32 ; XII, 225) ; puis on sait que le Languedoc s’adonnera peu à peu dans la seconde moitié du XIXème siècle à la grande monoculture de la vigne (III, 341 ; V, 411 ; d’où raisin de table : V, 135[59], vin blanc, rouge, clairette, vin d’Alicante V, 423, 438, 440, VII, 98 ; vin de Tokaï VIII, 353; VI, p. 145 vinaigre, alcool ; muscat de Sérignan : XII, 403 ; vin de Bordeaux : XII, 462 ; vin de Malaga : XII, 465) ; pour le gros bétail abondant (bœufs : t. B, p. 56, vaches, chevaux : t. B, p. 30, 56, t. III, p. 220, t. V, 378 ; X, 95 ; XI 10, 200, 202, 445 juments, mules, ânes (XI, 47), ègues[60], taureaux  (t. III, p. 347) notamment pour les jeux de corrida : VI, p. 141 ; cavalcades : XII, 359, 370 ; XIII, 54), il est fait mention de nombreux fourrages (t. VII, p. 21, 38) : luzernes, avoines, seigle (t. III, 282, 347 ; t. V, p. 139, 411 ; VII, 18, 25, 38, 169 ; X 75). A noter que l’on trouve dans d’Alzon de nombreux noms d’animaux domestiques[61]. Il est évident que le système autarcique fonctionne encore largement à cette époque, mais les allusions commerciales et artisanales ne manquent pas : ventes, achats de bétail, d’engrais, d’équipement de matériel agricole (pressoirs, comportes, cornue t. III, p. 270, cuves et tonneaux, bouteilles (t.III, p. 347 ; V, 135, 463 ; VII, 18), muids  et foudres (t. V, p. 139 ; VII, p. 164, 169), cabaux (t. III, 347)[62], moulins à farine, moulin à huile, meule, outillage agricole fer et bois, presse, attelages avec chars, charrettes (Lettres, t. II, 210 ; t. V, p. 340, 424), tombereaux; travaux de dépiquaison[63], de ramonetage, de vendange (t. A, p. 368 ; t. B, p. 57 ; t. III, p. 270, 335), de fauchaison, de fenaison (t. III, p. 347 : sainfoins ; VII, 103 foins de Lavalette), de moisson (t. II, p. 227), de cueillette, de labours[64], de semailles, de repiquage, de chaulage[65] (t. II, p. 210), de plâtre (t. III, p. 270), de drainage (fossés, chaussées : t. III, p. 347), d’assolement…

Bien sûr, Emmanuel d’Alzon au temps de sa jeunesse a exercé des activités physiques qui n’étaient pas tant de l’ordre du travail manuel ou du rendement économique que de l’ordre du passe-temps ou de la distraction, notamment des activités sportives : natation, escrime, équitation, chasse, marche, sans doute pour se délasser des préoccupations intellectuelles et garder un équilibre de vie[66]. Il lui est arrivé par la suite, occasionnellement, de travailler manuellement : « On m’a fait piocher ces jours-ci, aussi ne puis-je tenir une plume » : VI, p. 86 (10 juillet 1866) ou encore en mai 1867 après les ravages d’une grêle :

« Les prés sont hachés, les jardins dévastés comme si un régiment de cavalerie les eût traversés au galop. Ne parlons pas des vignes et des fruits… Aussi, me suis-je mis au travail des mains comme les moines ; j’ai ramassé trois fagots de branches de mûrier… Ma pauvre échine, après trois quarts d’heure a fini par demander grâce » : VI, 252.

Il trouvait aussi, dit-il, du plaisir à aménager une berge de l’Hérault pour un accès plus facile ; mais surtout il aimait les parties de chasse (chasse au fusil[67], chasse au filet[68], chasse avec chiens pour le lièvre : t. II, 137 ; t. V, 417) et de cheval dans la campagne, sur un petit camarguais que son père lui avait offert[69]. Un de ses premiers portraits de septembre 1824 par Pauline Lebrun ne le représente-t-il pas avec un oiseau empaillé à la main ? Les termes de gibier à poil, à plume (t. A, p. 22, 85), ne sont pas absents de ses écrits : carnier, gibecière, quadrupèdes, volatiles, échassiers (IX, 125), perdreaux et perdrix bartavelles, perdrix rouges du Midi, (t. A, p. 22 ; t. V, p. 417 t. X, p. 76 ; XI, 333), lièvres (t. V, p. 417 ; XII, 249), cailles (t. A, p. 29 ; 86, 91), terrier de lapin (t. A, p. 125). De même assez étonnante est sa connaissance des espèces d’oiseaux : rossignols (t. A, p. 51, 56 ; t. IV, p. 307), serins (t. A, p. 198), courlis (t. A, p. 218), martins-pêcheurs (t. A, p. 219), hirondelles (t. A, p. 233), fauvettes (t. V, p. 357; VI, 89), pinsons (t. A, p. 148), moineaux (t. IV, p. 206 ; IX, 37), coucous (t. A, p.  108)[70], pigeons (t. B, p. 54), alouettes (t. B, p. 56 ; XII, 111), becfigues (t. I, p. 98), vanneaux et sarcelles (t. V, p. 415), bécasses, étourneaux (X, 11), pies et pies grièches (t. V, p. 415 ; VII, 275 ; IX 203, 371 ; XI, 389), ortolans, colombes ou tourterelles (t. V, p. 390 ; XIII, 33), grives, tourds (litornes) et merles (t. VII, 144 ; XI, 122), auxquelles s’ajoutent les espèces ‘sauvages’ et campagnardes, plus ou moins sympathiques d’oiseaux, d’insectes[71] et autres bestioles : hiboux, chouettes ou crécerelles (t. A, p. 29 ; t. VII, p. 154 ; XII, 338, 594), vautours (t. A, p. 228), aigles (t. V, p. 81, 390 ; X, 161), corbeaux[72], grillons (t. A, p. 29), sauterelles (t. A, p. 29), cigales (t. III, 348), rats, souris, vers de terre, vipères (t. III, p. 144), mouches de coche et autres (t. III, p. 213 ; t. V, p. 365 ; IX 391), les abeilles-avettes (Instruction capitul. de 1868 ; VI, 368) et guêpes (VI, p. 162 ; X, 291 : guêpier), les caméléons (X, 176), les écureuils aux Châteaux (XI, 228) le phénix et la génisse Io mythologiques (t. IV, p. 207 ; IX 415), les puces à Rome (t. VIII, p. 450, 457, 458 ; X, 89), les punaises à Nîmes (t. IV, p. 362), les moucherons, moustiques, taons (VIII, 106 ; IX 415 ; X, 89), les araignées tarentules (X, 106), les crapauds (t. V, p. 164 ; VIII, 443), les lézards (t. VII, 18), les chenilles (XII, 276) les grenouilles et sirènes, sans oublier les bêtes sauvages, fauves et féroces, les renards (t. VI, p. 132), les loups (t. V, p. 220 ; t. VI, p. 132 ; IX 286), les lions, (t. V, p. 390), les tigres (XIII, 403), les ours , les éléphants (VIII, 106) etc….

La nature de Lavagnac est aussi une nature d’agrément : parc, allées, pièce d’eau, marronniers (t. A, p. 183, 243 ; t. V, p. 248 ; XI, 423), cyprès (t. A, p. 198), platanes (t. A, p. 85 ; à Nîmes : t. III, p. 164 ; t. III, p. 180 ; VI, p. 377), micocouliers[73], chênes verts (t. A, p. 28), pins parasols (t. A, p. 480 ; 580), ormeaux et ormes (t. A., p. 493 ; t. IV, p. 316), peupliers (à Nîmes, t. III, p. 220), bosquets, buis, haies, buissons, mousses, lierres, pelouses, plate-bandes. Les parterres sont éclatants de coloris : roses blanches (t. A, p. 51, 56 ; t. B, p. 30 ; t. II, 542 ; t. V, p. 126 ; X, 350, 354, 361 ; XI, 32 ; XII 290 ; XIII, 33), immortelles (t. A, p. 155), lilas (t. A, p. 198 ; t. II, p. 414), acacias épineux (t. II, 468), lys (t. V, p. 124, 126, 195), violettes (X, 361), feuillages aux coloris variés, vignes, orangers et camélias (t. XII, p. 74, 231, 368 ; XI, 33). Le château possède des serres et une belle orangerie. Nombre de confidences du P. d’Alzon font sentir son attachement à ce lieu enchanteur[74].

De plus, du fait de sa proximité avec la Méditerranée (Sète, Grau-du-Roi), Lavagnac offre un atout touristique à la mode, celui des plages et des bains de mer, et un éventail d’activités élargi au monde de la mer (pêche, élevage de poissons et de crustacés), de là sans doute quelques notations pittoresques de la part d’Emmanuel. Il écrit ainsi à Mère M.-Eugénie de Jésus à propos d’éventuelles visiteuses, en septembre 1864 :

« En donnant aux Sœurs un livre sur la conchyliologie et en leur ordonnant de vous apporter une collection, de coquilles ramassées par elles, vous leur auriez fait passer d’interminables journées au bord de la mer »[75]. On trouve quelques noms de poissons et de crustacés dans d’Alzon : morue (au séminaire de Montpellier), harengs (VII, 114), sole (XIII, 144), mollusque, huître (t. V, p. 327 ; VI, 67 ; IX, 36 ; XIII, 388), truites et écrevisses (t. V, p. 385 ; X, 243 ; XII 538), saumons (XI, 61 ; XII, 538), mais aussi carpes, anguilles, thons ou merlans (XII, 538)…

 

Le P. d’Alzon ‘assistant du Créateur’ pour les R.A.

 

Il y a encore eu au moins deux autres expériences marquantes de vie rurale dans un cadre urbain pour Emmanuel d’Alzon, c’est d’abord son séjour de repos au château de la Thuilerie à Auteuil en 1857, pour l’établissement provisoire d’un noviciat assomptionniste (1857-1859), avant et pendant la construction du grand couvent des R.A. (avril 1856-août 1857). C’était alors un vaste domaine naturel[76] avec parc et bois, acheté au comte Migeon, avant le lotissement entrepris à partir de 1926 qui a provoqué la disparition du couvent gothique de Mère M.-Eugénie, construit sous la direction de Verdier. Emmanuel d’Alzon qui avait alors grand besoin de repos pour sa santé ébranlée, comme aussi d’être soustrait aux pénibles affaires du collège de Nîmes, y trouva refuse et se constitua gardien mais aussi conseiller pour les travaux d’aménagement du parc[77].

De même il assura un concours efficace pour le cadre environnemental du prieuré RA. de Nîmes, rue de Bouillargues, en 1858-1859, notamment pour l’aménagement de l’extérieur[78] : parc, jardin potager, pelouse, haies, et le choix du personnel domestique (jardinier). Il fit venir des plants d’arbres du domaine de Lavagnac pour soulager les finances des Religieuses, mais aussi du pépiniériste Dussaud et de la ville de Bagnols (t. V, p. 248). Il sait décrire les charmes d’un paysage vu de sa fenêtre à travers le feuillage d’un tilleul, ainsi à Lamalou en septembre 1859[79], avec la palette d’un peintre-photographe et les couleurs du rêve. A Consantinople en mars 1863, on le voit déjà mélanger rêves apostoliques en Asie et implantations bien assises[80]. A Rochelle du Vigan en avril 1865 (t. V, p. 288), il vante les avantages extérieurs d’une maison louée pour les Oblates :

« une colline charmante, de l’eau, des fruits, des légumes, une prairie, des mûriers… du vin, des fruits ». Plus loin, il évoque la récolte de fraises excellentes (t. V, p. 318). Au Frère Emmanuel Bailly, en cure à Cauterets, en septembre 1863, il écrit enthousiaste et un brin coquin ou jaloux :

 « Jouissez de vos monts et de vos vaux, et de vos sapins, et de vos prés, et de vos moutons, et de vos vaches, et de vos truites, et de vos eaux… Moi aussi, je vais me promener et beaucoup trop, et pendant la nuit, en certains lieux dont la description ne se fait pas ! » (Lettres, t. IV, p. 363). En clair, le P. d’Alzon est indisposé quant à sa vie intérieure, réalité aussi de la nature !

 

Du végétal à la science médicale.

 

Enfin, autre dimension importante pour la vie humaine au XIXème siècle, l’utilisation de plantes médicinales et de produits naturels dont on tirait des applications pharmaceutiques. N’oublions pas en effet que la pharmacopée du XIXème siècle était encore très traditionnelle et que le pharmacien du village restait plus proche de l’herboriste, de l’apothicaire et du droguiste que du laborantin chimiste, car le premier restait attaché à la connaissance des plantes médicinales aux vertus éprouvées[81], des pratiques curatives et des soins transmis, même si bien sûr la pharmaceutique chimique progresse aussi au XIXème. Le P. d’Alzon est devenu également, en partie par nécessité, un adepte convaincu des bienfaits du thermalisme médical, préventif et curatif[82].

Il y aurait matière pour un chercheur, doué de connaissances médicales, de faire à ce sujet une étude approfondie sur la question médicale à travers les écrits du P. d’Alzon, la manière dont il fait état des maladies et de leurs symptômes[83], que ces maladies l’aient affecté lui personnellement ou son entourage et ses relations, mais également les remèdes et moyens utilisés de son temps[84]. Il y a là tout un pan de la connaissance humaine qui permet d’approcher l’état d’une société à une époque donnée.

 

L’entrée du P. d’Alzon dans un monde nouveau, marqué par la Révolution industrielle.

 

Progrès techniques et technologiques

 

C’est surtout à partir de la Monarchie de Juillet que la France entre dans une ère économique nouvelle, marquée par une révolution industrielle : l’utilisation de la force motrice de la vapeur, grâce à l’exploitation du charbon, et son application tant au machinisme qu’à un nouveau mode de transport, le chemin de fer.

Ce progrès technique a eu des conséquences sociales non moins importantes mais d’une ambivalence redoutable. A l’amélioration progressive des conditions de vie générales (logement, hygiène, alimentation, déplacement, éducation, longévité, travail), on peut opposer aussi pour d’importantes masses de population déplacées de la campagne vers les villes le fait bien avéré d’une paupérisation ou prolétarisation aux traits appuyés (bidonvilles, exploitation, déracinement) à l’origine de réflexions globales dites socialismes dont celui de Karl Marx (1818-1883) semble offrir le type de réalisation le plus achevé ou le plus substantiel : définition de classe et de conscience ouvrières, idéologie communiste, organisation révolutionnaire.

 

P. d’Alzon technophile

 

Le P. d’Alzon a bénéficié de certaines transformations économiques de son siècle. Technophile sans problème d’états d’âme particuliers, il a adopté sans retard le chemin de fer et la navigation à vapeur (hélice, turbine hydraulique); il a utilisé sans restriction le timbre-poste et le télégraphe, s’est fait photographier lui et les élèves de l’Assomption, a découvert le téléphone, a acheté pour les Oblates une machine à coudre, a porté une montre. Mais automobile, électricité et avion n’appartiennent pas aux réalités de son époque. Des transformations innovantes, présentées au public lors des expositions universelles (Londres 1851, Paris 1855, Londres 1862, Paris 1867, Vienne 1873, Philadelphie 1876, Paris 1878) n’atteignent pas encore le monde de l’Assomption comme ascenseurs, frigorifiques, eau courante, chauffage central, utilisation du fer et du béton dans l’architecture, développement de la chimie… Le P. d’Alzon se montre favorable aux progrès et aux évolutions du monde agricole : machinisme et mécanisation, cultures nouvelles, engrais et traitements, un monde qui lui est naturel à la différence de celui qui se met en place, lié à la civilisation industrielle.

 

Doctrines sociales et catholicisme

 

Quels auteurs ‘socialistes ou socialisants’, le P. d’Alzon a t-il connus ? Plutôt des penseurs à mi-chemin des doctrines philosophiques et économiques : c’est ainsi qu’il a certainement entendu parler de Saint-Simon (1760-1825), de Fourier (1772-1837), de Michel Chevalier (1806-1879) et de Proudhon (1809-1865), le plus souvent d’ailleurs dans un sens négatif et polémique et à travers les contre-propositions du catholicisme social, de tendance conservatrice et traditionaliste, qui cherchait à réformer la société en restaurant l’autorité des propriétaires, des patrons et des pères de famille: société Saint-Vincent de Paul, œuvres de patronages et de charité, d’éducation populaire, de colonies agricoles, d’orphelinats. Le P. d’Alzon, viscéralement anti-bourgeois, a abordé les questions sociales sur le plan classique de la doctrine catholique qui cherchait à promouvoir la justice prioritairement par l’action charitable. Il a correspondu personnellement avec Frédéric Le Play (1806-1882), le P. Vincent de Paul Bailly l’a sensibilisé à l’action de Léon Harmel (1829-1915), type du patron chrétien. De même qu’en politique, le P. d’Alzon privilégia le primat absolu du point de vue religieux sur toute autre considération de parti ou de préférence partisane, de même sur le plan de l’action sociale, ce qui l’engagea dans les années 1870 à organiser des comités catholiques plutôt qu’à se joindre au mouvement des cercles ouvriers d’Albert de Mun (1841-1914) ou de René de La Tour du Pin (1834-1924), favorables eux à des systèmes de représentation corporatiste et promoteurs de législation sociale en faveur des travailleurs.

Le P. d’Alzon, homme d’Eglise fils d’aristocrate, n’a pas craint le contact avec le milieu populaire. Ses initiatives en ce domaine sont connues, y compris sa générosité comme homme privé. Quand sa parole publique aborde sous un biais ou sous un autre la question sociale, c’est toujours sous l’angle de sa responsabilité spirituelle de chrétien solidaire en vue de promouvoir des moyens et des actions compatibles avec la morale chrétienne de l’époque : responsabilité et conscience personnelles, volontariat, charité, non-violence, respect de la propriété privée et de la légalité. Il n’éprouve que répulsion à l’égard des partageux de 1848, des communeux de 1871, des anarchistes et autres révolutionnaires rouges (‘pétroleurs’ et ‘pétroleuses’, ‘fauves de Nouméa’), catégories sociales souvent connotées sous sa plume à des colorations confessionnelles ou idéologiques d’adversaires typés : protestants, francs-maçons, impies, sodomites, sectaires, républicains

 

Révolution industrielle dans le Gard du XIXème siècle

 

Le P. d’Alzon a passé toute sa vie apostolique active à Nîmes, une ville très marquée par l’activité textile, à la fois traditionnelle et innovante, et donc typée quant à ses principales catégories professionnelles : la bourgeoisie commerçante, liée au négoce du monde artisan et industriel qui a détrôné depuis la Révolution l’ancienne classe dirigeante des aristocrates, le milieu populaire tant proprement ouvrier que plus largement domestique. Le P. d’Alzon, à la différence de Mère Marie-Eugénie de Jésus dont la famille appartient à la bourgeoisie d’affaires, à la finance et à la banque, est certainement plus lié par tradition familiale à l’aristocratie qu’à la haute bourgeoisie, par ailleurs de tradition protestante à Nîmes, mais il ne s’interdit de pénétrer dans aucun milieu influent et ouvert.

La ville de Nîmes, comme toute ville d’importance (elle passe de 35.000 habitants en 1830 à 69.000 en 1880) est connue pour ses fonctions ‘tertiaires’ et ses corps de fonctionnaires - traditionnellement les élites sociales - représentées par des corps et des traditions spécifiques : la magistrature, la justice (Tribunal, Commerce, Cour d’appel), la politique (élus, représentants, conseil général) et l’administration (préfecture, hôtel de ville), l’armée (casernes, citadelle), le clergé (séculier, régulier, couvents, confréries, associations, temples, synagogue), l’éducation (académie, collèges, musées, écoles, pensions, bibliothèque), le Trésor public, les Postes et Télécommunications, les Hôpitaux, hospices, maisons de soins et de santé (chirurgiens, soignants, chercheurs), le milieu pénitentiaire etc… La fonction touristique et hôtelière n’en est pas absente en raison des particularités nîmoises : monuments anciens, jeux, jardins publics, promenades, musées, tauromachie et cavalcades, eaux gazeuses, thermalisme etc…

 

Le premier rôle du textile

 

Une ville est également peuplée de ‘professions libérales’ : avocats, notaires, avoués, huissiers, médecins, pharmaciens, architectes, artistes, banquiers, chimistes : cette réalité sociale est bien présente dans les écrits du P. d’Alzon. Mais le plus grand nombre, selon l’extrême diversité des revenus et des situations, compose la classe ouvrière de gens de très modeste à moyenne condition, apprentis, maîtres, jusqu’à la hiérarchie supérieure des personnes spécialisées et des cadres : petits artisans et commerçants, petits magasiniers, domestiques, modistes, chausseurs, couturiers, tailleurs, magnans et magnarelles, gantiers,  chapeliers, chemisiers, bonnetiers, tapissiers. Les textiles nîmois sont réputés pour leurs tapis, leurs étoffes diverses[85], les foulards, les gants, les chapeaux, les châles, les galons et rubans. La chaîne industrielle textile est aussi très variée, d’un bout à l’autre de la chaîne de production, entre magnaneries, magasins et comptoirs d’import-export, ourdissages, filatures, tissages, dévidoirs, cardages, moulinages, battages, peignages, étirages, teintureries, passementeries… Elle est alimentée par des fabriques de machines spécialisées, des ateliers d’entretien et de réparation, des centres d’apprentissage et elle se trouve connectée à une autre chaîne industrielle, celle chimique des colorants et adjuvants naturels (dont l’empois et l’amidon, la garance) ou artificiels. Le P. d’Alzon cite la fabrique de Bertrand-Boulla et les ateliers Thomas. Ce travail textile est également bien présent au Vigan et dans les Cévennes.

 

Pôles industriels miniers et sidérurgiques dans le Gard

 

            La Révolution industrielle est elle présente particulièrement dans deux bassins gardois : le bassin d’Alès (houille-anthracite, pyrite, alumine, antimoine : fonderies, verrerie, forges, fours, hauts fourneaux, laminoirs, puits) et celui de Bessèges-sur-Cèze ouvert en 1809 (houille, fer, fonte, bronze, mines de Lalle : société Lorraine-Escaut : tubes d’acier), à cause des mines de charbon de La Grand-Combe et de l’activité métallurgique qui en découle avec l’extraction de sites métallifères voisins à Rochebelle d’Alès et des forges de Tamaris. L’industrie chimique s’est installée à Salindres (Péchiney). La correspondance du P. d’Alzon évoque à ce sujet mines et fours à chaux (Lanerte), elle fait état également d’une visite de sa part à l’Ecole des mines d’Alès, en octobre 1867. En août 1872, il a l’occasion de visiter l’orphelinat du P. Halluin à Arras et de se rendre sur le site des Brebis, à la fosse du puits des petits mineurs de Bully. Une prise de contact sur le terrain, avec une réalité sociale digne des pages de Germinal.

 

Ce secteur industriel d’Alès et des Cévennes, en pleine expansion au XIXème siècle, connaît son déclin à partir du milieu du XXème siècle, avec fermeture progressive des puits (Rochebelle en 1968, puits Ricard à La Grand Combe en 1978, puits Destival en 1984 et puits des Oules en 1985). Les verreries ont fermé les unes après les autres : celle de Rochebelle, la plus ancienne créée en 1788, dans les années 1960, celle de Bessèges déjà en 1920. L’aciérie de Bessèges vit ses derniers jours en 1987. Les charbonnages de ce 5ème bassin minier de France sont abandonnés totalement dès 1964. La population de ces villes-champignons du XIXème siècle a décru fortement, à l’exception de celle d’Alès (13.500 en 1835, 40. 000 en 2007 ; mais à La Grand Combe : 5.200 en 2007 contre 14.500 en 1954 ; 3.200 à Bessèges en 2007 contre 11.000 en 1880). Les friches industrielles, les crassiers, les carcasses des usines, des puits et des chevalements donnent aux paysages actuels un air d’insalubrité et de délabrement qui font croire à des sites bombardés qu’essaient en vain de masquer localement des constructions modernes, style HLM des années 1960, constituées de barres uniformes. Dans un premier temps, les municipalités ont cherché des solutions de remplacement : ex. à Alès fabrique de pianos Rameau et Pleyel, constructions mécaniques Ducros, production de moteurs Crouzer, de voitures PGO, de disjoncteurs Merlin-Gerin, de casques motos Conti ;  plus soucieuses d’écologie, elles veulent de nos jours à la fois fortifier la mémoire d’un passé industriel glorieux en faisant vivre des musées et des sites témoins (Musée de la Mine, Musée minéralogique, Musée du Mineur), en renouvelant le parc immobilier passablement dégradé et en rasant les friches devenues dangereuses. L’histoire a retenu une catastrophe particulièrement tragique en octobre 1861, survenue à Lalle, à cause d’inondations meurtrières qui ont inspiré un épisode du roman Sans Famille (1878) d’Hector Malot (1830-1907), dont on ne trouve curieusement aucun écho dans d’Alzon.

 

Ouverture sur un présent d’avenir

 

Mais pour conclure cette étude déjà trop longue, disons que le P. d’Alzon est un bon témoin ecclésial de son temps : il demeure encore fortement ancré dans la tradition, disons terrienne, d’une civilisation largement rurale, mais il est aussi attentif à ce monde nouveau, d’esprit scientifique, technicien et mercantiliste, en proie aux frénésies, convulsions et disparités socio-économiques d’un âge et d’une mentalité jusqu’alors inconnus. S’il n’y est pas par principe opposé, s’il adopte même des changements et des transformations qui lui facilitent la vie, il ne devient pas pour autant un chantre ou un adepte inconditionnel des temps nouveaux. Il y cherche toujours en priorité la trace de Dieu et, par voie de conséquence, celle de l’homme accordée à son Créateur, sachant de l’intérieur que le salut de ce dernier est révélé en sa plénitude et en sa vérité ultime dans la tradition biblique vécue en perfection par le Christ: Justice et paix s’embrassent quand sont aimés d’un même mouvement et dans l’harmonie Dieu et le prochain. L’écologie devient alors cet autre nom de l’Alliance où l’invention humaine épouse en tout bien et tout honneur, fait grandir et resplendir en toute situation et en tout visage la beauté de la création divine.

La visite épistolaire du P. d’Alzon demeure agréable tant que sa description des lieux, des situations et des sites conserve cet attrait humain d’une découverte et d’une promenade personnalisée ; elle se voile d’un nuage d’interrogations, de sombres prévisions et de franches désapprobations quand la marche est comme ralentie et obscurcie sur une route semée d’intentions et d’agissements supposés humains dont la seule finalité perceptible commencerait et finirait seulement avec des valeurs financières, commerciales, mercantiles et matérialistes. Un horizon limité au présent, mais sans avenir ; un parcours commencé avec un compagnon de route et poursuivi avec seulement une tête monstrueuse de chiffres, de calculs et de statistiques. Quel serait le caractère d’humanité d’un siècle dont l’homme ne demeurerait pas le centre et dont le centre ne serait pas éclairé au soleil de Dieu ?

 

© P. J.P. P.-M., février 2010.

 

 



[1] Comment repérer le vocabulaire proprement écologique de l’époque ? Principalement par celui traditionnel consacré à la flore (espèces végétales) et à la faune (espèces animalières), auquel on peut joindre le vocabulaire ayant trait au monde minéral et bien sûr celui qui évoque l’usage par l’homme du donné naturel de la création et sa transformation à des fins économiques (commerciale, agricole, industrielle, touristique).

[2] Premier objectif limité volontairement à ce genre d’écrits du P. d’Alzon, appelé série B dans le corpus informatique (correspondance), formant de nos jours un ensemble de 18 volumes, complétés par 4 autres d’études (t. XVI : Prosopographie, t. XVII : Géographie ; Anthologie t. I et II) :

Série Vailhé : t. A, B, C (1822-1850), édités de 1923 à 1926,

Série Touveneraud : t. I et II (1851-1858), édités en 1978

Série Deraedt : t. III à XIII (1859-1880), édités de 1991 à 1996

Série Périer-Muzet : t. XIV et XV (inédits) et études : Prosopographie, Géographie, Anthologies, édités de 2003 à 2007.

[3] Pas de traces d’interrogation ou d’investigation de type écologique ou environnementale chez les principaux commentateurs, éditeurs, analystes du P. d’Alzon : Vailhé (1873-1960), A. Sage (1896-1971), Touveneraud (1926-1979), Deraedt (1923-2002), Tavard (1922-2007) etc..

[4] Quelques coups de sonde significatifs : rien dans les encyclopédies religieuses et dictionnaires spécialisés d’autrefois, d’avant 1980 : D.T.C. Dictionnaire de théologie catholique (1899-1972) ni dans le D.B. Dictionnaire de la Bible (1891-1912) et S.D.B. Supplément au Dictionnaire de la Bible (1926- lettre en cours T) ou le Dict. de droit canonique de Naz (1924-1965) ou encore le Dictionnaire Apologétique de la foi catholique de d’Alès (1909-1928). Mais c’est déjà moins vrai avec des encyclopédies plus contemporaines : Catholicisme (1947-2000 : Tables, t. XVI A-K : écologie col. 615-617) ou le Dictionnaire de Spiritualité (1932-1994). Les dictionnaires et encyclopédies modernes de Bible, de théologie, de spiritualité ou des religions contiennent tous de nos jours des articles ayant trait de près ou allusivement à l’environnement.

[5] La théologie de la création et une réflexion d’ordre éthique sur la civilisation technologique et la responsabilité humaine n’ont vraiment commencé qu’à partir des années 1960-1970. On en trouve quelques traces dans la Constitution conciliaire de 1965 Gaudium et Spes (I, chap. 3 L’activité humaine dans l’univers, n° 34/1, 3 ; 35/1. A l’instigation de Vatican II (Exhortatio catechesi tradendae, 1970, les épiscopats nationaux ont été invités à élaborer des catéchismes pour adultes, d’où en France : Le Catéchisme pour adultes (1991), précédant de peu la publication sous Jean-Paul II du Catéchisme de l’Eglise catholique (édition définitive en 1997), de division tridentine, cherchant à adapter et à harmoniser l’enseignement de l’Eglise. Pour cette question complexe qui occupe de nos jours le devant de la scène internationale, il est nécessaire de se référer au domaine global de la pensée sociale de l’Eglise (création-rédemption, travail, profit, entreprise…).

[6] On parle volontiers aujourd’hui d’éco-théologie : cf Documentation catholique, 3 janvier 2010, n° 2437.

[7] Montpellier, rue des Trésoriers de la Bourse, Maison Joubert : Lettres du P. d’Alzon, t. I, p. 644 : adresse familiale. De mars 1832 à juin 1833, le jeune séminariste d’Alzon logea au grand séminaire, alors situé rue de Castelneau (ancien couvent des Capucins-Récollets, emplacement des actuelles archives départementales). Présentation dans Anthologie Alzonienne, t. I, ch. 5, pages 37-40 (Un séminariste en cage, 1832).

[8] Comme étudiant séminariste, le jeune Emmanuel d’Alzon a logé de 1833 à 1835 au couvent des Minimes, Sant’Andrea delle fratte, derrière la Place d’Espagne. Il donne la description des lieux avec le cloître planté d’orangers : Lettres du P. d’Alzon, t. A, p. 460 (à Augustine d’Alzon, 14 décembre 1833) et t. I, p. 168 et n. 2 (à E. Germer-Durand, 25 mai 1852).

[9] A Paris, seraient à détailler plusieurs lieux où a logé et vécu de passage Emmanuel d’Alzon : d’abord l’hôtel Crapelet au n° 9 de la rue de Vaugirard (1823-1830) avec les collèges de Saint-Louis (Bld Saint-Michel n° 42-44) et de Stanislas (Hôtel de l’abbé Terray ou Fleury, à l’emplacement des actuelles rues Sainte-Beuve, Vavin, Bréa et Jules Chaplain); les différentes adresses parisiennes des R.A. où s’est rendu E. d’Alzon en visite : rue de Vaugirard n° 108 (1839-1842 : Visitation,), impasse des Vignes n° 26 correspondant à l’actuel n° 5 rue Rataud dans le Vème (1842-1845), rue de Chaillot n° 76 (actuels n° 94-96 dans le XVIème), de 1845 à 1857 ; enfin rue de l’Assomption à Auteuil, actuel n° 17, ancien n° 25 rue des Tombereaux, en novembre 1856 (Lettres, t. II, p. 156). Le P. d’Alzon évidemment s’est rendu à plusieurs reprises dans les lieux assomptionnistes de la capitale : collège Saint Charles rue du Faubourg Saint-Honoré à l’emplacement de l’actuel couvent dominicain de l’Annonciation n° 222, entre 1851 et 1853 ; à Clichy-la-Garenne, dans l’ancienne Aumônerie de France, pavillon Vendôme, rue du Landy n° 7, entre 1853 et 1860 (Présentation dans Anthologie Alzonienne, t. I, ch. 18, pages 97-102 (Première fondation à Paris, 1851) ; puis à partir de 1861, à Paris au n° 8 de la rue François Ier, sur un terrain découvert par le frère Vincent de Paul Bailly (Présentation dans Anthologie Alzonienne, t. I, ch. 29, pages 153-156 (Une ‘bicoque’ à Paris, 1860). La chapelle primitive de 1862 où a prêché E. d’Alzon a été agrandie en 1866, entièrement reprise en 1898 sous le nom de Notre-Dame de Salut. Picard y fit bâtir en arrière un grand bâtiment en pierres (1873-1874).

[10] Le P. d’Alzon y accomplit un voyage en 1863 et logea à l’archevêché latin du délégué patriarcal apostolique, quartier Pancaldi, près de la paroisse cathédrale du Saint-Esprit construite en 1845 par Mgr Hillereau. A deux reprises, le P. d’Alzon visita le quartier de Kadi-Köy, sur la rive asiatique (Eglise de l’Assomption). Présentation dans Anthologie Alzonienne, t. I, ch. 32, pages 169-172 (L’Orient entre mystères et mirages) et t. II, chap. 36, pages 175-179 (Une aventure, Constantinople, 1863).

[11] A épingler particulièrement cette lettre pleine d’esprit, d’observation, d’à-propos et d’humour du P. d’Alzon aux alumnistes des Châteaux du 27 décembre 1874 : « Le P. Pierre Descamps ne me dit rien. Je ne sais ni combien il y a de vaches, ni combien de lapins, ni combien d’élèves, ni combien de poules, ni combien de cochons. Le cheval se porte-t-il bien ? La fontaine coule-t-elle ? Les sapins poussent-ils ? Tout cela m’intéresse énormément. Avec les sapins on fait des poutres, avec les vaches du lait, avec les lapins du civet, avec les élèves des alumnistes, avec les cochons du lard et du jambon. Tout cela est très important à savoir » : Lettres, t. X, p. 375. A l’alumnat Saint-Joseph de Nice en 1875, les alumnistes travaillent la terre selon XI, 15 et 29, 33. Aux Châteaux, ils font un chemin : XI, 223, 228 : « Certes, quand je vois nos enfants des Châteaux grimper aux arbres comme des écureuils, tailler des rochers, traîner les branches coupées, scier, piocher du matin au soir, je comprends à merveille que ce travail n’est plus fait pour mes 65 ans ».

[12] Sanctuaire savoyard perché à 1.000 m. d’altitude au dessus de la petite cité de Beaufort-sur-Doron, sur un verrou glaciaire portant les ruines d’un ancien château fort médiéval, site encore habité au XIXème par le chanoine Martinet qui passa à l’Assomption par l’intermédiaire de l’abbé Désaire. L’Assomption y fit construire le bâtiment de l’alumnat en 1873, rasé depuis. Le P. d’Alzon fait la description enthousiaste du site à l’une de ses dirigées nîmoises, Louise Chabert, le 23 août 1871 (Lettres du P. d’Alzon, t. IX, pages 165, 166). On dirait qu’il découvre les Alpes pour la première fois alors qu’il les a traversées en juin 1835 : vallées, neiges éternelles, troupeaux de vaches et de génisses, bois, chamois, chalets. Présentation dans Anthologie Alzonienne, t. I, ch. 42, pages 221-224 (Notre-Dame des Châteaux).

[13] Appartiennent à son vocabulaire déambulatoire les vocables de ‘course’, de ‘caravane’, d’escapade, de ‘promenade’, de pèlerinage à pied, de voyage, de visite, d’expédition, d’invasion etc…

[14] Comme souvent, ex. la pizza, la brandade était à l’origine un mets plutôt populaire, faite de morue émiettée, de pommes de terre et d’ail pilé avant de devenir une spécialité branchée. Quant à la paella, elle vient d’Espagne et mélange allégrement riz, épices, moules, crustacés, viandes et chorizo selon les goûts.

[15] Le mas est la ferme ou maison de campagne, de style traditionnel, typique de la Provence. Le mazet nîmois est un refuge précaire estival pour fuir la chaleur, petit bâtiment rural dans la garrigue fait de pierre sèches. Dans tout le Midi méditerranéen jusqu’en Calabre, on a construit des bories, sorte de huttes rondes en pierres sèches pour rassembler les troupeaux la nuit ou par temps de pluie. En Auvergne, on a le buron, cabane de berger ; dans les Pouilles de l’Italie méridonale, .

[16] Anthologie Alzonienne, t. II, ch. 48, pages 249-256 (Au coin du feu, à Lavagnac 1876).

[17] Le nom du savant classificateur n’apparaît pas dans ses écrits ; par contre on trouve : plante 79 fois, plantes 62 fois ; planter : 55 fois ; botanique 2 fois et Buffon, le naturaliste français par excellence, académicien, intendant du jardin du Roi (1707-1788), auteur d’une Histoire naturelle célèbre : 5 fois.

[18] Emmanuel d’Alzon affectionnait à Lavagnac des promenades et rêveries solitaires dans la campagne. A l’Assomption de Nîmes, il encourageait des excursions collectivement collégiennes (Mas-Boulbon, Valbonne, Rochefort, Pont du Gard) et l’on sait qu’à Lamalou, d’Alzon pratiqua des ascensions acrobatiques, notamment pour atteindre l’ermitage Saint-Michel : Lettres du P. d’Alzon, t. II, p. 84 (à Clémentine Chassanis, vers le 23 1856). En juillet 1871, il descend encore à pied de l’Espérou au Vigan : « En descendant sur les cailloux qui venaient heurter contre mes talons il me semblait que j’allais moi-même voler dans le ravin comme une grosse pierre. C’est dommage, car le spectacle est en certains endroits admirable » : IX, 105.

[19] Le P. d’Alzon n’était pas en reste si l’on en juge par cette confidence faite de Paris, le 28 août 1863 au P. Vincent de Paul Bailly : « Je suis allé voir les animaux du Jardin d’acclimatation, mais j’ai pensé sans cesse à un novice. Ah ! les jolies bêtes qu’il y avait là ! » : Lettres du P. d’Alzon, t. IV, p. 361. Ce jardin parisien, ouvert au public en 1860, était situé au nord-ouest du Bois de Boulogne. Déjà sous Charles X, en 1829, tous les badauds de Paris étaient allé s’extasier devant une girafe africaine, première pensionnaire du genre au Jardin des Plantes et au Zoo des animaux exotiques (actuel Museum d’histoire naturelle). Le P. d’Alzon n’avait pas une haute idée sur la morale antichrétienne des fables de La Fontaine : X, 161.

[20] Lettre écrite vers le 10 décembre 1862 à Sœur M.-Marguerite Mac-Namara : Lettres du P. d’Alzon, t. IV, p. 142.

[21] Lettres du P. d’Alzon, t. V, page 110.

[22] Lettre du 12 octobre 1874 à V. de P. Bailly, dans Lettres du P. d’Alzon, t. X, p. 317.

[23] Ce qui ne dispense pas les novices de cultiver des fleurs dans leur jardin pour la chapelle (XIII, 313) !

[24] Ce n’est pas tout à fait un hasard si c’est un moine autrichien Johann Gregor Mendel (1822-1884) qui est à l’origine de la découverte des lois de l’hérédité et de la génétique.

[25] Il ne manque pas d’alcools ou de digestifs à base de plantes d’origine monastique aux vertus curatives de médicinales plus ou moins prouvées. Le P. d’Alzon semble s’en souvenir quand il plaisante avec le Frère Alexis Dumazer pour trouver des ressources au noviciat du Vigan : « Enfin, j’ai une idée. Puisqu’il y a la liqueur des Chartreux, celle des Trappistes, l’eau des Carmes, le kermès des Dominicains, plus l’élixir des Jacobins, est-ce que nous ne pourrions pas avoir quelque drogue qui empêcherait les gens de mourir et qui ferait vivre le noviciat ? Nous l’appellerions essence de l’Assomption ou de tout autre nom qui vous serait agréable. Le P. Cusse avait dans le temps fa briqué quelque chose de cette espèce » : lettre du 18 juillet 1864 dans Lettres du P. d’Alzon, t. V, p. 95.

[26] D’Alzon s’inquiète en septembre 1864 à ce sujet des règles du marché commercial avec l’étranger : « Tâchez de savoir ce qui en est réellement de l’affranchissement des droits anglais pour nos vins et spiritueux. La mesure a-t-elle réellement une valeur commerciale ? Cela pourrait augmenter les revenus de Montmau de quelques milliers de francs… Le gouvernement anglais vient de prendre une mesure qui facilite considérablement la vente des vins, c’est l’exemption des droits de douane pour les bouteilles de vin et d’eau-de-vie, que les Anglais peuvent porter en rentrant chez eux »: t.V, p. 138-139.

[27] Le P. d’Alzon ne devait pas détester le lait (t. V, p. 334, p. 349, 363). On montre au Musée de Nîmes une tasse en question qui lui était attribuée et offerte lors de ses visites aux fermiers de l’Elze.

[28] Ce qui fait écrire par exemple à d’Alzon en direction du P. Galabert, le 16 mai 1865 : « Avec des religieux convers qui vous cultiveront une terre, vous ferez comme certains Trappistes, qui, avec le produit de leur travail, entretiennent un magnifique séminaire » : t. V, p. 310. Chez les prêtres séculiers, à la campagne, s’est perpétuée longtemps une tradition horticole, le ‘jardin de curé’, dans le but de nourrir (légumes de table), de soigner (plantes médicinales) et de fleurir l’autel.

[29] Sœur Thérèse-Marie Foy a parlé à plusieurs reprises, et à juste titre, dans sa biographie du P. d’Alzon pour l’an 2000 des asphodèles des Cévennes, plantes florales à hampe et fleurs ornementales en étoiles, mais le mot est absent des écrits du P. d’Alzon. Par contre on trouve le nom d’une plante médicinale toxique, la digitale (t. XIV, p. 361) utilisée pour la digitaline.

[30] Cette pratique était alors très en vogue, sur les pas d’un herborisateur célèbre Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), partisan d’un retour à la nature. On connaît au XIXème siècle un botaniste méridional de réputation, le baron Guillaume-Michel-Jérôme Laugier de Chartrouse (1772-1843), auteur d’une Nomenclature patoise des plantes des environs d’Arles (1838) et propriétaire d’une collection d’oiseaux léguée à la ville d’Arles qui complète celle donnée par Buffon. Un de ses petit-fils, le fils de l’agronome et député Etienne-Henri-Jules Laugier de Chartrouse (1804-1877), propriétaire des domaines de Chartrouse et du Grand Badon en Camargue (800 hectares), étudia au collège de l’Assomption. Le collège de Nîmes eut en 1872 un professeur herboriste en la personne de l’abbé Boulay (IX, 398).

[31] Le ver à soie est la chenille du bombyx du mûrier qui s’enferme dans un cocon dont on dévide le fil. L’élevage du ver se fait dans un local appelé magnanerie par les magnans et magnanarelles ; cette activité à la fois agricole et industrielle s’appelle la sériciculture. A partir de 1865 le savant chimiste et biologiste Louis Pasteur (1822-1895) s’intéressa aux maladies qui ravagèrent les vers à soie et ruinèrent cette activité. Il vint même à Alès en juin 1865 pour combattre la pébrine et la flacherie (X, 80 n. 2).

[32] Description des lieux à Eugène de La Gournerie, 23 janvier 1831 : « Il est bon que vous sachiez que Lavagnac est sur une hauteur et que, quoique mon père l’ait fait rebâtir en partie, on lui a conservé ou rendu ses quatre tourelles, dont l’effet n’est pas mal du tout » : Lettres du P. d’Alzon, t. A, p. 184. Autre description de Lavagnac à d’Esgrigny, le 25 novembre 1831 (Lettres du P. d’Alzon, t. A, p. 242-243). Présentation dans Anthologie Alzonienne, t. I, ch. 2, pages 25-28 (Rêveries d’un jeune homme romantique à la campagne).

[33] Lettre du 14 juin 1830 à d’Esgrigny, dans Lettres du P. d’Alzon, t. A, p. 82. De même, au premier janvier 1859 à M. Marie-Eugénie de Jésus : « Je suis venu passer les premières heures de 1859 avec ma famille et j’en aurais du scrupule, si le repos eût pour moi été aussi facile ailleurs. Je profite de la beauté du temps pour me promener et je trouve la différence de la nuit au jour entre ce que j’étais, il y a trois ans, et ce que je suis à présent ». Lettres du P. d’Alzon, t. III, p. 5.

[34] Entre 1832 et 1835, d’Alzon a connu comme lieux de séjour ou de résidence : le grand séminaire de Montpellier qui avait une maison de campagne (Lettres, t. A, p. 409 : sans doute ce qu’on appelle le Château d’Ô, folie du XVIIIème siècle rachetée en 1821 par Mgr Fournier comme résidence épiscopale d’été, sécularisée en 1905, l’évêché de Montpellier étant situé de 1814 à 1905 rue des Carmes, en face de Saint-Guilhem grand séminaire) et la ville de Rome dont la visite des alentours (Monts Latins, Sabins, Monte Porzio, Monte Cassino, région de Naples, Abruzzes, Toscane, Piémont, Alpes) lui a procuré des journées de divertissement bien agréables. Il a vu dans la campagne romaine des troupeaux de vaches et de buffles (t.A., p. 491).

[35] On y a retrouvé ses différentes adresses : d’abord un ou deux mois en 1835 chez son grand-oncle, le chanoine vicaire général Daniel-Xavier Liron d’Airolles rue de l’Aspic n° 16, puis de 1836 à 1839 rue de l’Arc-Dugras, de 1839 à 1845 dans un appartement de l’hôtel Grandgent rue des Lombards, à partir de 1845 au collège de l’Assomption, rue de la Servie d’où il ‘ne s’échappera’ qu’en 1872-1873 pour ressusciter l’œuvre Argaud au Mont-Duplan (IX, 364 n.), quartier des Moulins-à-vent (maison Prophète), lieu dit aussi Pic Arnaud : Présentation dans Anthologie Alzonienne, t. II, ch. 44, pages 225-229 (Le P. d’Alzon aux Moulins-à-vent, 1872). Cette résidence, louée puis achetée à Mgr Plantier sous conditions en juin 1872 pour 20.000 francs, comprenait dans un enclos : maison, jardin et dépendances.

[36] Encore en 1876 : Anthologie Alzonienne, t. II, ch. 48, pages 249-252 (Au coin du feu, à Lavagnac, 1876).

[37] « J’ai dû passer quatre ou cinq jours à Lavagnac, à cause d’une messe dont on avait besoin ce matin. Le repos dont j’y ai joui m’a prouvé que si je passais six mois en solitude complète, je reviendrais à mon élasticité d’esprit d’autrefois » : lettre du 14 septembre 1856 à Juliette Combié dans Lettres du P. d’Alzon, t. II, page 126. Lettre du 16 octobre 1872 de Lavagnac à Marie Correnson : « Hier j’ai bien marché huit heures, mais avec la lenteur d’un propriétaire flanqué d’un  curé » : IX, 442.

[38] Lettres du P. d’Alzon, t. A, page 70 (lettre du 25 mai 1830).

[39] Le gonflement de l’habitat urbain au XIXème siècle ne provient-il pas du flux migratoire des populations rurales déracinées, déjà au temps de la Monarchie de Juillet et de l’instauration du Second Empire ? On a pour preuve de l’aspect rural de certains quartiers urbains au XIXème siècle cette remarque de l’abbé d’Alzon quand il rendit visite pour la première fois aux R.A. de Paris à l’impasse des Vignes : « C’était en août 1843. Je me rappellerai toujours mes premières impressions, la première fois que j’ai vu l’Assomption. En traversant le jardin pour aller à la maison j’aperçus une religieuse près d’une vache qu’elle paraissait garder : c’était Mère Marie-Gonzague, depuis supérieure à Bordeaux, très jeune alors : cela m’est resté dans l’esprit comme un charmant tableau » : Notes et Documents, t. II, p. 432.

[40] Particularité amusante : le P. d’Alzon assimile sans vergogne le ‘moucharabieh oriental’ à une cage à poulet ! Lettres, t. IV, p. 236.

[41] «  Je parle en quasi-propriétaire foncier. Cependant je dois avouer, à ma grande honte, que je m’occupe bien peu d’agriculture. Croiriez-vous que je vis dans une ignorance habituelle du prix des esprits ? » Lettre du 30 septembre 1832 à d’Esgrigny (Lettres du P. d’Alzon, t. A, p. 350)

[42] Lettre du 29 août 1860 (t. III, pages 282-283) dont j’ai tiré le chapitre 26 de l’Anthologie alzonienne, t. I, pages 139-142 (Le P. d’Alzon, gentleman-farmer).

[43] Lettres du P. d’Alzon, t. III, page 347.

[44] Le terme est à la mode au XIXème siècle. Il recoupe à la fois une réalité économique (mise en valeur de terrains cultivables) et une préoccupation sociale (encadrement d’une population de conditions modestes). On a comme exemples contemporains la colonie agricole des Varin d’Ainvelle à Servas, celle des Matelles de l’abbé Soulas et de ses Sœurs auxiliatrices garde-malades, celle aussi des moines trappistes en Algérie,  Staouëli (1842-1904), un domaine de 1020 ha transformé en ferme pilote, celle de Courbessac (IX, 211), celle de Marquès du Luc, directeur d’une colonie agricole pénitentiaire III, 511 et IX 194 ! Quand il s’est agi de penser à un premier établissement, même provisoire, de l’Assomption en Bulgarie en 1863, le P. d’Alzon penchait plus pour une ferme agricole que pour un collège ou une école : Lettres du P. d’Alzon, t. IV, p. 177 : « Où allons-nous avec un  collège… Je préférerais presque les fermes agricoles » à Galabert, 17 janvier 1863. En 1871, le P. d’Alzon essaya un orphelinat agricole sur ses terres à Montmau et Galabert, de même, à Karagatch, faubourg d’Andrinople (sur un terrain de 4 ha. Au confluent de la Maritza et de l’Arda : XII, 170 n. 2) où l’on plante des vignobles : XII, 220 n. 2.

[45] L’acquisition par l’Assomption de ce domaine en avril 1853 comprenait le pavillon de chasse d’Henri IV, dit par la suite pavillon Vendôme (la Grande Aumônerie), entouré de huit hectares de terrain, avec allées de tilleuls, parc, potager, verger, prairie en bordure de Seine. Siméon Vailhé, Vie du P. d’Alzon, t. II, page 70. Malheureusement, le P. d’Alzon qui y a séjourné plusieurs fois entre 1853 et 1860, n’en a pas donné de description.

[46] On a une idée de cette volonté d’autarcie avec le plan de production établi à N.-D des Châteaux en 1875 : « Avec plus d’eau, on aura plus de foin ; avec plus de foin, plus de vaches et plus de lait, plus de fromage etc… mais en outre, avec plus de vaches, plus de fumier, plus de pommes de terre et plus de légumes » : XI, 222-223.

[47] Inutile de détailler la liste des légumes que peut produire un potager sous nos climats ! Le P. d’Alzon n’ignore pas que de leur assemblage ou de leur mélange on tire une jardinière ou une macédoine : XIII, 9 !

[48] Il y a bien sûr la série des œufs de consommation pour la cuisine (t . VII, p. 27) et les œufs pour la reproduction (à couver et à faire éclore : t. V, p. 67, 424 ; X, 74). On dispose déjà de couveuses (X, 74). A V. de P. Bailly, le 17 octobre 1865, directeur du collège de Nîmes : « Je vous prie d’épargner les poulets de votre basse-cour pour les jours de l’ordination. Je vais probablement vous envoyer [de Lavagnac] deux ou trois douzaines de volatiles » : t. V, p. 420 ou encore VI, 209 : « Il vous arrivera une caisse de volailles vivantes : ce sont des poules d’excellentes pondeuses. On peut tuer les vieilles de la maison ».

[49] Ainsi en plein hiver, par temps de neige, le P. d’Alzon rassure le P. Emmanuel Bailly sur son alimentation à Lavagnac, le 9 janvier 1876 : « La viande de boucherie manque, on tue des poulets. Nous avons des œufs, des pommes de terre, du jambon, des truffes, une cuisinière… » : Lettres du P. d’Alzon, t. XI, p. 334.

[50] Dont sont certainement comptés les 150 ha de Montmau, situés sur la commune de Saint-Pons de Mauchiens confiés aux Boudet en 1860: t. III, 342. Combien faisait le domaine de La Conseillère, voisin des terres de Lavagnac ?

[51] Propriété appartenant au P. d’Alzon à partir de 1860 et dont il vante le point de vue, la douceur du climat, la salubrité, la facilité de communications, au point de rêver d’en faire une maison d’études en 1865 : t. V, p. 232. Il est question de sa vente en juin 1872, à Jean de Puységur (IX 372), de nouveau en mai 1875 (XI, 86, 95, 97), en novembre 1875 (XI, 301 et 302 n, 303, 305). L’acte de vente de Montmau à J. de Puyégur est daté de décembre 1875 : XI, 308 n., à hauteur de 185.000 francs.

[52] Le 26 décembre 1871, il annonce à Mère M.-Eugénie de Jésus que les Domaines ont l’intention de l’exproprier au Vigan de 3 ha de terrain (IX, 259) pour l’implantation de la ligne de chemin de fer auxquels il veut aliéner 1 ha à lotir (IX, 260).

[53] Propriété vendue en  février 1872 à hauteur de 62.000 francs : IX, 302. A la place de la ferme fut construite une filature : IX, 391.

[54] Attelages pour les charrois agricoles, mais aussi attelages pour le transport des personnes avec des noms de véhicules variés, encore utilisés au XIXème siècle : carrosse t. A, p. 209), fiacre (t. III, 359 ; VIII, 10 ; X, 42), diligence (t. V, p. 288), la malle-poste, voiturin (t. A, p. 691), coupé, rotonde ou banquette (t. VI, p. 375), calèche, tilbury, sulky,  omnibus à chevaux (t. III, p. 359 ; VIII, 10), coche (‘mouche du coche’, d’où cocher), cabriolet (t. A, p. 68), traîneau (t. XI, p. 334-335), tombereau (XI, 336), fourgon, chariot, carriole, barreau, roulotte, milord, dormeuse, berline, limousine, hirondelle, voiture (t. V, p. 88), estafette (courrier avec dépêche V, 413), patache (diligence peu confortable), convoi, wagon… Les Oblates en Orient tâteront encore du char à bancs ou char à bœufs turc dit le tartaraba. Sur mer et sur les fleuves, il y a les coches d’eau (ex. le Pyroscaphe de Jouffroy d’Abbas en 1783, le Pionnier), les bateliers avec rames, voiles et halage,  les compagnies Abeilles et Parisiens sur la Saône, les bateaux à vapeur (bateaux à feu) avec roues à aubes (Messageries maritimes, Messageries impériales), les luxueux yachts à voile ou moteur ou patin à glace, et, sur le Bosphore, les fameux caïques, barques légères et rapides (t. IV, p. 235).

[55] Bien sûr, on trouve mention dans les Lettres de canards (7 occurrences dont V, 398, 426, 432 et  XII, 233 : ‘Si vous saviez comme il est bon de ne rien faire et de vivre un peu de la vie du pur bipède, comme les canards que je vois de ma fenêtre dans le bassin’, novembre 1877 à E. Bailly), de pintades, de dindons et d’oies (t. V, 398 ; VI, p. 15) de coqs (t. V, 291, 424 ; VI, 89 ; VII, 115), de poules-poulets (espèces : Crève-cœurs, fléchois : t. III, p. 488 ; t. V, p. 291, 395, 398, 424, 426, 432 ; VI, 392 ; VII, 25), de pigeons (t. II, p. 97), d’ânes, de bardes t. V, p. 340) et ânesses (cf Nonotte, celle d’Auteuil), de chèvres (t. V, p. 318), de taureaux, de chevaux, de bœufs, de vaches et veaux (t. VI, 253 ; IX 257, 339 ‘veau gras’), de porcs et cochons (t. II, p. 358 ; X, 375 ; XIII, 350), de moutons, de chiens (barbet, épagneul à poil long et frisé : t. A., p. 623 ; levrette : t. A, p. 670, 793 ; t. V, p. 291 ; t. VI, 281 ; IX, 217), de lapins (t. VII, p. 404 ; la peau de lapin est utilisée pour sa fourrure : XII, 63), de chats (t. A, p. 530 ; t. V, p. 291 ; IX 217), d’escargots (t. A, p. 674), mais aussi de serpents (XII 253), de sangsues, de rats (VII, 120), de souris et même d’animaux fantastiques ou mythologiques (dragon, phénix)… Au total un bestiaire développé ! Le P. d’Alzon estime aussi que le Parlement français ne manque ni de bœufs, ni d’ânes ni de mulets (IX, 263) !

En ce qui concerne les taureaux, leur élevage est traditionnel, de temps immémorial, dans la plaine de la Camargue. Leur viande est appréciée, mais aussi leur usage pour jeux et combats. C’est en 1863 que fut rétablie à Nîmes la pratique espagnole de la corrida avec mise à mort : « Dimanche, il y avait grand spectacle aux Arènes ; on a tué sept taureaux, qui fuyaient les coups et avaient la plus grande envie de vivre. A la boucherie, on n’eût pas mieux fait » : lettre du 13 mai 1863 à Vincent de Paul Bailly dans Lettres du P. d’Alzon, t. IV, p. 294. Anthologie alzonienne, t. II, chap. 39, pages 193-196 (Au cœur des Arènes : tauromachie et corrida 1866).

[56] Lettres du P. d’Alzon, t. XIV, page 434 n. 1. On évoque des cygnes et des paons (XII, 467) à Lavagnac.

[57] Blés est un terme générique, mais il existe des variétés locales comme le roussillon, la touselle (épi sans barbe : III, p. 283). Le P. d’Alzon sait qu’en Orient on fait du couscous avec de la semoule de blé dur (t. IV, p. 356). Le muid est une unité de mesure qui équivaut à 114 litres dans le Languedoc ; le setier ou sèterie (séterée) est une mesure agraire encore utilisée. Unités, poids et mesures au système décimal sont des décisions encore récentes de la Ière République et de la Révolution, envers lequel le monde paysan résiste.

[58] Par contre, même si le P. d’Alzon appréciait de temps en temps un bon cigare, il n’est dit nulle part qu’à Lavagnac on ait cultivé la feuille à tabac. De même il n’est pas fait mention de riz, culture qui allait être fortement développée en Camargue, après les premiers essais de rizière entrepris par Etienne Noël Godefroy (1795-1847) dans les années 1840 (Domaine de Paulet).

[59] C’est un parent du P. d’Alzon qui a popularisé la culture du chasselas dans le Midi. « Nous avons des raisins gros comme ceux de la Terre Promise » : t. V, p. 135 (en septembre 1864). D’Alzon fournissait du vin de sa propriété agricole de Montmau aux congrégations de l’Assomption qui en souhaitaient : t. VI, p. 145, t. VII, p. 51. En VII, 165, il est question de ‘nouvelle maladie de la vigne’. S’agit-il déjà du phylloxéra dont il sera abondamment question à partir de 1874 ? (ex. X, 325 ; XI, 342 ; XII 71, 74, 576 ; XIII, 343).

[60] L’ègue (t. III, p. 282) est un cheval de trait, transformation méridionale du latin equus.

[61] Miss Flora (t. A, 670, 793 : chienne d’Augustine d’Alzon), Pataud (t. C, p. 635 : chien de Mme de Puységur à Paris), Fido (le chien de Saint-Coux: t. V, 201 ; VI, p. 65 ; XI 516-517), Spitz (t. VI, p. 31 : peluche ?), Azor et Minet (VI, p.. 229).

[62] Comporte, synonyme de cornue ou de gerle, est dans le Languedoc une cuve en bois cerclée de fer pour le transport du raisin. Les cabaux sont des biens attachés au bail, aussi bien animaux qu’outils aratoires.

[63] Procédé de battage des céréales pour séparer le grain de l ‘épi par foulage d’animaux sur une aire t. III, p. 282). On récolte la paille. Le ramonétage est le procédé de nettoyage du grain de son enveloppe (pousse) grâce à un appareil à cylindre.

[64] Pour les petites surfaces à retourner, la bêche ; pour les grandes, la charrue (t. II, p. 204 : à M. M-E. de Jésus, 27 février 1857). A remarquer que c’est le méridional déjà cité Laugier de Chartrouse qui a développé au XIXème siècle l’usage de la charrue, dite Dombasle (du nom de l’agronome lorrain, 1777-1843 qui a perfectionné cet instrument avec fers, versoirs métalliques allégés), alors que l’araire en bois était encore très répandu. Il existait depuis longtemps l’araire à coutre (fer tranchant) et l’araire à avant-train.

[65] Procédé d’amendement des sols lourds, qui consiste à répandre de la chaux en poudre pour les rendre poreux et fertiles. L’assolement est un procédé de culture par succession et alternance rotative de cultures sur un même terrain. La jachère est l’état d’une terre labourable laissée temporairement en repos.

[66] On le voit à l’âge de la maturité pratiquer des exercices plus pénibles dans les prés du Vigan, comme ramasser des branches de mûrier : Anthologie alzonienne, t. I, c hap. 36, pages 189-192 (Le P. d’Alzon dans les prés).

[67] « J’ai tiré sur un oiseau de proie au vol quand mon fusil n’était pas prêt, et je l’ai manqué » : lettre écrite vers le 15 décembre 1855 à M. Marie-Eugénie de Jésus (Lettres du P. d’Alzon, t. I, p. 633).

[68] Il s’agit de piéger certains oiseaux comme les cailles et de les prendre vivants avec un fil à la fois très fin et très résistant. La pratique de la chasse au filet sur le domaine public ou dans des propriétés privées sans autorisation s’apparente au braconnage. Emmanuel d’Alzon le faisait sur les propriétés familiales.

[69] Dans la proche parenté des d’Alzon, on devait aussi pratiquer les courses de chevaux aux différentes allures avec trot, galop, obstacles, comme il le signale allusivement en V, 55 : « J’aurai besoin d’éperon et de cravache » et très nettement en V, 415 : « Emmanuel de Roussy se prépare pour les courses de Béziers où il se présentera sur un cheval de mon neveu [Jean de Puységur] avec une casaque soie-bleue, chevron jaune, toque blanche ».

[70] Le rossignol est un passereau au chant varié et harmonieux ; le serin un chanteur à bec court et plumage jaune ; un courlis un échassier migrateur à long bec courbe ; un martin-pêcheur, un petit oiseau au corps épais et à long bec, de plumage bleu et roux ; le vautour un rapace de grande taille au bec crochu ; le pinson un passereau chanteur au plumage bleu verdâtre coupé de noir, à bec conique.

[71] Comment ne pas signaler les travaux d’entomologie d’un contemporain du P. d’Alzon, Jean Henri Fabre (1823-16915), auteur des Souvenirs entomologiques (1879-1907) ?

[72] Avant les actuels travaux de restauration de Lavagnac et de son domaine par les frères anglais Cox, nous avons plusieurs fois constaté que les appuis de fenêtre et autres ouvertures de la belle façade du château étaient encombrés par des nids d’éperviers.

[73] Le micocoulier du Midi est un arbre de l’espèce orme.

[74] A M. Marie-Eugénie de Jésus, vers le 16 décembre 1855 : « Adieu, mon enfant. Je pense bien souvent à vous. Je voudrais vous montrer ces arbres, ces champs, ces montagnes qui ont tant de vie et de souvenirs pour moi » : Lettres du P. d’Alzon, t. I, p. 634. Marie-Eugénie de Jésus fit un passage à Lavagnac fin décembre 1855.

[75] Lettres du P. d’Alzon, t. V, p. 128.

[76] Force est de nous contenter des éléments plutôt vagues donnés par la rédactrice des Origines de l’Assomption, t. III, 1900, page 461 : « Auteuil était alors une solitude. Une magnifique propriété entourée de bois, de vergers, de villas cachées dans les arbres, était offerte à l’Assomption, pour un prix relativement modeste ». Sur un plan-des lieux daté de 1901, il est indiqué pour l’ensemble une superficie de 45. 927 m2, soit presque 4, 6 ha (Une lettre de Mère Eugénie du 30 avril 1855 parle de ‘entre 5 et 7, 5 arpents’ rue Franklin à l’entrée de Passy). Le château primitif, dit pavillon de chasse sous François Ier, avait été reconstruit à la fin du XVIIIème siècle : La Thuilerie avec une tour cernée de lierre. Bonaparte, familier des lieux au temps de la Comtesse de Brienne, l’appelait le ‘château invisible’. Les Religieuses en firent leur pensionnat tandis que furent édifiés en 1856-1857 le grand couvent (n ° 25, devenu de 1912 à 1924 le Cours Dupanloup et démoli en 1926), puis en 1865-1866 le petit couvent dit de l’Immaculée Conception (n° 17), ce dernier transformé après 1906 en pension de dames Villa Saint-Michel à partir de et redevenu à partir de 1953 le centre de la Congrégation R.A.

[77] Plusieurs lettres témoignent de son intérêt et de son soin à surveiller les travaux à Auteuil : t. II,  pages 204, 209-210.

[78] Lettres du P. d’Alzon, t. II, 369 (jardin potager, haie protectrice, arbres verts, arbres fruitiers, plantations), 375 (mur à élever, plantations à protéger), 413 (clôture du terrain), 414 (mur d’enceinte, champ labouré), 416 (fenêtres, jardiniers, droit de plantation), 459 (plans et desseins de Révoil), 461 (début des travaux), p. 466 –467 (constructions du couvent et du pensionnat, cloître, fondations), 471 (première pierre, fondations) ; t. III, p. 113, puits à roue p. 166, maison ou loge du jardinier p. 119…

[79] Lettre à Sœur Françoise-Eugénie de Malbosc, t. III, page 147 : « Figurez-vous que j’ai là, en face de ma petite fenêtre, à travers un tilleul un peu desséché, au bout d’un vallon encore tout frais, un joli village, admirablement posé sur la croupe d’une colline et qui s’encadre entre deux branches agitées par le vent, de sorte que j’en vois successivement les diverses maisons rien qu’en levant la tête. Je me dis quelquefois : si ma fille eût été bergère, elle eût aimé, à coup sûr, une maison blanche, bien proprette et qui se détache d’un bouquet d’oliviers ».

[80] « Je puis avoir pour 25.000 à 30.000 francs, à trois quarts d’heure à pied de Constantinople, la plus belle vue sur le Bosphore. Ce que c’est ? Il faut l’avoir vue pour s’en faire une idée. J’aurais une terre, un jardin potager avec puits pour 15.000 francs, et y adhèrent un terrain acheté par les Anglais pour y faire un collège… Le terrain n’est pas très grand et reviendrait à 2 ou 3 francs le mètre. Mais quand on a devant soi le Bosphore, l’Asie, le mont Olympe, la mer de Marmara, Scutari, Chalcédoine et Constantinople, et, derrière d’immenses plaines, on peut se contenter d’un local plus restreint » : lettre du 24 mars 1863 à M.Eugénie de Jésus, Lettres du P. d’Alzon, t. IV, p. 234-235.

[81] Parmi celles-ci on relève le camphre (t. A, p. 480), substance aromatique provenant du camphrier, arbuste d’origine asiatique ; le vin de Malaga (t. A., p. 561 ; VI, p. 15) ; le pavot pour soulager les maux de dent (t. B, p. 112 ; VIII, 113) et l’opium ou laudanum utilisé comme calmant de même que la morphine (t. III, p. 316 ; V, p. 413, 431 ; VIII, 104) ; du lait d’ânesse (t. C, p. 236, 507) ; l’application de sangsues (t. C, p. 491), les ventouses ; t. I, p. 430, 438) ; l’inévitable saignée (t. C, p. 585 ; t. I, p. 432, 438) ; le cataplasme ou sinapisme avec farine de lin et de moutarde (X, 289), le traitement à l’amidon, pour faciliter la digestion (t. C, p. 601) ; l’affusion, moyen thérapeutique qui consister à verser de l’eau chaude ou froide en nappe et d’une faible hauteur sur une partie du corps (t. I, p. 177), la prophylaxie (t. V, p. 262), l’iode contenue dans l’eau de mer (t. III, p. 228 ; IX 251), lait de jument (III, 335), les infusions (thé, tilleul, orange : t. XII, p. 231, 304), le sirop de digitale ou digitaline pour ralentir le pouls et élever la pression artérielle (t. XIV, p. 361), la poudre de valériane ou herbe-à-chats, utilisée comme calmant antispasmodique (t. V, p. 346), le sirop de gomme (VII, 270), le sirop de jujube (t. B, p. 240), la réglisse (t. VII, p. 114) ; l’huile de foie de morue (t. XIV, p. 500), l’alcool de Riqlès pour la digestion (IX, 325), l’origan ou marjolaine, plante qui passe pour avoir des propriétés digestives, le chocolat t. IV, p. 181 ; VII, p. 31), poudre anti-puces (t. IV, p. 199), pilules du Dr Cronier contre les maux de dents (t. X, p. 76), condiments comme la moutarde (t. V, p. 65) des pommades (t. V, p. 252), le quinquina (VI, 213), la quinine (XIII, 143), des pastilles pour l’estomac (VI, 393), de la musculine Guichon (VIII, 412), des purgatifs (VII, 127), des bains de siège (X, 138), des bouillottes (t. VI, p. 413), des douches (t. VII, p. 131), des vaccins (VIII, 542), des gargarismes (t. IX, 84), de l’eau gazeuse (XI, 171), des béquilles (IX, 336), un cornet d’audition pour les sourds, de l’insecticide contre les insectes (X, 286), le collyre pour les yeux (X, 289), un cautère (XIII, 390). Enfin on peut constater que le P. d’Alzon n’ignore pas les pratiques et avancées homéopathiques (IX, 410), du vermifuge (XI, 39, comme du bénéfice de la thalassothérapie et de l’hydrothérapie en général (bains de mer : V, p. 372 ; IX 369 ; XI 22). D’Alzon vante les effets des eaux de Cauvalat au Vigan : V, 388 ; IX, 405.

[82] E. d’Alzon s’est rendu en cure thermale à Eaux-Bonnes (juillet 1847), à Sète (t. C., p. 601 : bains de mer) à Eaux-Bonnes en juillet-août 1847, à Vichy (juillet 1854), à Bagnères de Luchon en 1868, mais surtout à Lamalou, treize fois (mai-juin 1856, septembre 1856, juin 1857, sept. oct. 1857, mai 1858, sept. 1858, mai 1859, sept. 1859, avril 1860, sept. 1860, oct. 1860, août 1879). Il bénéficia des eaux de Cauvalat au Vigan (IX, 405). Marie-Eugénie de Jésus de son côté fréquenta Cauterets, Spa et Ems ; le P. Picard : Amélie-les-Bains et Kissingen en Bavière (t. V, p. 81). Sur Lamalou : Anthologie Alzonienne, t. I, ch. 21, pages 119-122 (D’Alzon à Lamalou, l’épreuve de santé, 1856). Il demanda la grâce de ‘guérisons spirituelles’ dans des hauts lieux de pèlerinages, locaux, nationaux : La Consolata à Turin, N.-D. des Victoires à Paris, Fourvière à Lyon, La Garde à Marseille, La Salette, Lourdes, Paray-le-Monial, Rochefort, Valbonne, L’Espérou, Saintes-Maries de la Mer, Saint-Gilles, Alès, Gignac, Montpellier (N.-D. des Tables), La Grande Chartreuse, Annecy, Thorens etc…

[83] Au point de vue du vocabulaire, nous avons déjà répertorié notamment chez le P. d’Alzon les termes médicaux suivants ayant trait à des maladies : infection, accès pernicieux (IX, 358), abcès (IX 86), éruptions et boutons (IX, 352), orgelet (IX, 402), rhumatismes (t. V, p. 252, 373), arthrite (t. V, p. 388), crachement de sang, gelures, crampes (t. VII, p. 32 ; IX 252), enflures (IX, 85, 90), pus, attaque (ex. t. IV, p. 163), congestion cérébrale (XIII, 362), démangeaisons, apoplexie t. V, p. 338 ; X, 128 ; XIII, 60), anévrisme (IX, 358), haut mal ou épilepsie (t. V, p. 347 ; X, 310), surmenage, cancer (IX 296, 349, 377, 378), hypertrophie cardiaque (t. IV, p. 241 ; XIII, 276), attaque (XIII, 288), fièvre bilieuse, fièvre muqueuse (X, 25 ; XIII, 63), typhus (t. V, p. 399 ; VII, 63), typhoïde (t. VI, 161 n. ; t. VII, 97 ; X, 239 ; XII, 462 ; XIII, 63), rougeole (t. I, p. 426), scarlatine, ozène, fluxion de poitrine (t. IV, p. 400), caillot de sang (XIII, 61), vérole (t. V, p. 95), petite vérole (VIII, 540 ; XIII, 64), variole (thèse de Galabert), choléra (t. V, 376, 418), cholérine (t. V, p. 121, 415), purpura (IX, 5), coqueluche (t. VI, p. 122), suette (t. V, p. 93), catarrhe (VII, 244), malaria, angine, toux et quinte (X, 142), hernie (XI, 102 ; XIII, 206, 223), rhume, maux de tête et céphalées ou céphalalgies (t. IV, p. 208 ; VI, 211 ; IX 362), goitres (XI, 189), bronchites (t. V, p. 65 ; XIII, 93), pleurésie (X, 251), saignements du nez (t. V, p. 363), hypertrophie du cœur (t. VI, p. 77 ; X, 128), maux de dents (t. VI, p. 143), caries, maux de langue (t. IV, p. 178), maux d’estomac, maux des yeux, maux de gorge, maux de jambes, maux de ventre et désordres intestinaux, aphonie, gale (t. V, p. 158 ; X 153), évanouissements, syncopes (IX, 341), surdité, insomnie, indigestions et indispositions, coliques (t. V, p. 99), vomissements (IX, 307), vomissements de sang (t. V, p. 122), blessures et coups, fractures, handicaps, insensibilité d’un membre, péritonite, consomption, anémie, hystérie (t. VII, p. 293), folie (IX, 35), crétinisme-idiotisme (t. VI, p. 182, 187 ; XI, 295), maladie mentale, tocade (VI, 254), dépression nerveuse, bégaiement (t. V, p. 408), épilepsie, ramollissement du cerveau (t. V, p. 85), tuberculose et tubercules, lumbago (X, 358), mal de poitrine (t. V, p. 70), cors au pied (t. V, p. 420), ophtalmie (XI, 327), fluxion de poitrine (pneumonie : VI, p. 86), handicaps comme surdité, boiterie, cécité, difformité, courbatures, charbon, rage (XI, 201) etc…

[84] La chirurgie a progressé souvent du fait des guerres et champs de bataille : amputation avec ou sans anesthésie (VI, 245 ; IX 251, 409), entailles, coupures, fractures (t. VII, p. 226, 233 ; XIII, 63), prothèse, opération, blessure par balle ou par obus (extraction), chutes, accidents, brûlures etc… Mais on trouve aussi dans les écrits du P. d’Alzon l’évocation d’autres causes accidentelles ou criminelles : fractures et chutes (notamment de cheval : III, 242), noyades (XIII, 356), inondations t. V, p. 410), coupures, incendies, attentats, ruades, empoisonnement, accidents liés à la naissance, accidents liés au travail et aux aléas de la vie…

[85] On distingue bien sûr entre les matières premières naturelles, soit produites sur place soit coloniales et importées, soit pures, soit mélangées dont les apprêts varient en fonction des usages, des modes ou des besoins : la laine (animal), la soie (ver), le lin (plante), le coton (plante), le poil (animal), la toile (mélange de lin, de coton et de chanvre), le chanvre (plante), le jute (plante), le raphia (plante), le sisal (plante). Dans le détail on fabrique du coutil (toile serrée et croisée, en fil ou coton), de la mousseline (toile de coton claire, fine et légère ; le même tissu, de soie ou de laine, s’appelle singalette ou tarlatane), de l’indienne (toile de coton peinte ou imprimée, originaire d’Inde), du vichy (toile de coton teinte en fil à carreaux, rayée), de la batiste ou du linon (toile de lin très fine), le taffetas (tissu de soie à armure unie), le calicot (toile de coton assez grossière), la cretonne (toile de  coton très forte), le crêpe (tissu de soie ou de laine fine avec apprêt), la filoselle (bourre de soie mélangée à du coton), le crépon (crêpe de coton épais), de la lustrine (tissu de coton d’armure croisée, apprêté et glacé, pour doublure), de la percaline (toile de coton lustrée pour doublure), de la serge (tissu d’armure sergé en laine, sec et serré), de la flanelle (tissu de laine peignée ou cardée doux et pelucheux), du velours (tissu à deux chaînes superposées), de la ratine (tissu de laine épais, cardé), du jean (toile de coton très serré bleu), du denim (tissu sergé de coton), de l’organdi (mousseline de coton légère et empesée), la gaze (tissu léger et transparent, de soie, de lin ou de laine, à armure complexe, à fils sinueux), de la moire (étoffe en poils de chèvre, ou  apprêt par écrasement des tissus), du boutis (tissu de deux épaisseurs de soie, technique de broderie), du burrat ou bourrat ou bourrette (tissu de soie grossière), du fleuret (tissu de soie tirée de la bourre du cocon), de la singalette (mousseline de coton très claire et apprêtée), de la grisette (étoffe grise), d’un chocart (tissu noir velouté), du damas (étoffe tissée de satin avec dessin apparent), de la guipure (dentelle sans fond), de l’armoisin (taffetas léger apprêté appelé aussi armoise), du satin (étoffe de soie, moelleuse et lustrée), du feutre (tissu agglutiné de poil ou de laine obtenu en foulant), du cachemire (tissu en poil de chèvre, mêlé de laine), tulle (tissu léger à mailles)…