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L'abbé Emmanuel d'Alzon , un prédicateur d'influence
Le fondateur des Augustins de l'Assomption, et du journal La Croix ,
ne voulut jamais quitter Nîmes. Prédicateur hors pair, correspondant avec une trentaine d'évêques, le pape, des intellectuels, il exerça une influence importante sur l'Église de France du XIX e siècle. Son credo ? « Ouvrir des horizons pour les myopes, allumer des brasiers pour les gens qui ne réclament que des chauffe-pieds. » 200 ans après sa naissance, les assomptionnistes espèrent toujours sa béatification. « Le père d'Alzon, je l'écouterais même si j'étais assise sur une fourchette ! » , affirmait une protestante nîmoise du XIX e siècle. Il faut dire que les prêches du fondateur des Augustins de l'Assomption, le dimanche après les vêpres, étaient extrêmement courus, y compris par les protestants. Au début de sa carrière ecclésiastique, le jeune Emmanuel d'Alzon pensait d'ailleurs que sa mission était de convertir les protestants. Son évêque, soucieux de préserver la paix religieuse, l'orienta plutôt vers les oeuvres de jeunesse et d'éducation. Ce qui fait que dans la ville où il passa 40 ans, Emmanuel d'Alzon est surtout connu pour avoir donné son nom à un lycée privé ! Et en cette année de jubilé (Emmanuel d'Alzon est né au Vigan en 1810), cela agace un brin les assomptionnistes, qui ont ouvert, il y a quelques mois, un espace muséographique, histoire d'éclairer les Nîmois sur cette figure majeure du XIX e siècle catholique. « C'est paradoxal mais beaucoup de gens connaissent Nîmes, dans le monde, grâce à Emmanuel d'Alzon, et pas les habitants de sa ville... », note le père Gullung, économe général de la congrégation, qui a supervisé la création du lieu de mémoire. C'est l'occasion d'approcher le destin étonnant de ce jeune homme riche. Son père, le vicomte Henri Daudé d'Alzon, est député à plusieurs reprises. Sa mère, née Faventine de Montredon, est une des grosses fortunes du Languedoc. En 1816, la famille s'installe au château de Lavagnac, près de Montagnac, dans l'Hérault, où Emmanuel reviendra souvent se ressourcer. Il bénéficie des avantages de sa naissance : l'accès à la culture et à l'éducation, mais aussi le sens de la politique. En 1823, son père décide d'installer la famille à Paris, et Emmanuel fréquente les meilleurs établissements de la capitale. En ces années 1830, les milieux intellectuels catholiques sont en pleine effervescence, et les idées du prêtre et penseur Lamennais touchent le jeune Languedocien, qui s'interroge sur la façon de réconcilier l'Église avec le monde moderne post-révolutionnaire. Renonçant à une carrière militaire, Emmanuel rejoint le séminaire de Montpellier. Un choc assez rude, le bouillonnement intellectuel parisien est loin et c'est à Rome qu'il achève sa formation. Il y est ordonné prêtre, puis choisit de s'installer à Nîmes où, vu son rang, l'évêque ne peut que le nommer vicaire général, alors qu'il n'a pas 30 ans. On le décrit comme un actif, un impulsif, doté d'un franc-parler. Pendant quarante ans, il fait le choix de rester à Nîmes et refuse plusieurs offres de siège épiscopal. En 1844, il a même fait le voeu de renoncer aux dignités ecclésiastiques. Ce qui ne l'empêche pas d'aller fréquemment à Rome, et d'être en contact avec 32 évêques. Sa correspondance compte 40 000 lettres. Ce maintien volontaire à Nîmes n'amoindrit pas l'influence qu'il exerce sur l'Église de France. Il crée La Croix Revue, qui deviendra La Croix, puis Le Pèlerin, piliers du groupe toujours bien vivant Bayard Presse. Mais c'est aussi la fondation de deux congrégations, les Augustins de l'Assomption et les Oblates de l'Assomption, des ordres missionnaires , qui le caractérise. Et quand d'Alzon quitte sa chère ville de Nîmes, c'est pour aller implanter ses religieux dans l'Empire ottoman. Auparavant, il a repris le collège de l'Assomption, recrutant des professeurs laïcs et insufflant des méthodes pédagogiques novatrices. En 1880, il décède à Nîmes. Pas moins de 30 000 personnes assistent à ses obsèques. Emmanuel d'Alzon fut déclaré vénérable par le pape Jean-Paul II en 1991, mais les assomptionnistes espèrent sa béatification. À Nîmes, on y croit très fort. Edith LEFRANC
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