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Les congrégations religieuses vieillissent et peinent à attirer les jeunes catholiques


Article paru dans l'édition du Monde du 11 Août 2010

Seuls les ordres fermés et à la règle stricte font encore recette, notamment auprès des étrangers


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Derrière leurs hauts murs parfois millénaires, leurs « clôtures » mystérieuses, leurs tenues immuables, les moines, les moniales et les membres des 400 communautés religieuses présentes en France ne sont pas à l'abri des transformations du monde catholique. Ils sont même aux avant-postes des évolutions liées à la déchristianisation.

Alors que la désaffection qui touche les vocations chez les prêtres se confirme d'année en année - avec 83 ordinations, 2010 a atteint un niveau historiquement bas -, le monde des congrégations religieuses vieillit et se réduit aussi de manière irrémédiable. En à peine dix ans, elles ont perdu près d'un tiers de leurs effectifs, chez les hommes et les femmes.

Cette évaporation s'explique par des évolutions sociologiques connues : la sécularisation de la société française, la diminution du nombre des familles catholiques, viviers traditionnels de religieux et de religieuses, la désaffection pour un mode de vie radical (célibat, chasteté, pauvreté et, pour certains, retrait du monde) perçu par beaucoup comme anachronique.

Mais d'autres facteurs interviennent. « Auparavant, on entrait dans la vie apostolique pour une mission précise : faire de l'humanitaire, travailler dans l'éducation ou être missionnaire à l'autre bout du monde. Aujourd'hui, il n'est plus besoin d'être religieuse pour vivre ce type d'expériences ; ne demeure donc que l'appel irrationnel de la vocation », analyse Florence de la Villéon, membre de la congrégation de la Société du Sacré-Coeur et vice-présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref).

La plupart des religieuses apostoliques - les « bonnes soeurs » engagées dans la vie civile - ont depuis longtemps remplacé le voile par une simple croix au revers d'un gilet. Cette discrétion correspond moins aux aspirations des nouveaux catholiques, qui recherchent une affirmation identitaire et visible. « On constate chez les jeunes un désir de visibilité et le besoin d'une annonce explicite », constate Florence de la Villéon.

Pour ces femmes, dire au monde leur engagement chrétien suppose le port de l'habit religieux ou, démarche plus radicale encore, le passage derrière la « clôture » d'un monastère. « Dans une société qui n'est plus chrétienne, l'entrée dans un monastère constitue une forme de témoignage «héroïque» de la vocation chrétienne », confirme le Père Benoît Grière, provincial de France des assomptionnistes, une congrégation apostolique à la tête du groupe de presse Bayard.

Quitte à opérer ce choix, certaines se tournent vers les communautés les plus rigoristes et parfois les plus fermées. « Les jeunes femmes qui choisissent la vie religieuse aujourd'hui sont souvent en quête de structures rigides, elles ont besoin de savoir à quelle heure on mange, à quelle heure on prie. Ce cadre, elles ne le trouvent pas dans la vie de nos communautés apostoliques », témoigne encore Florence de la Villéon.

Cette évolution traverse aussi les ordres masculins. « Les monastères qui attirent le plus sont les lieux les plus traditionalistes », confirme dom Guillaume Jedrzejczak, trappiste et ancien Père abbé du Mont-des-Cats. Ainsi, l'abbaye bénédictine Notre-Dame-de-Fontgombault (Indre), où l'on célèbre la messe en latin, abrite encore 60 moines, un chiffre élevé.

Ces dernières années ont par ailleurs été marquées par la hausse continue du nombre d'étrangers entrant dans les ordres en France, qu'ils viennent directement d'Asie ou d'Afrique ou qu'ils soient issus de l'immigration. « Les noviciats reflètent la société », souligne Marie-Chantal Geoffroy, supérieure du monastère de la Visitation de Voiron (Isère). Chez les 900 assomptionnistes présents dans le monde, la part des Français oeuvrant dans cette congrégation pourrait prochainement devenir minoritaire. Dans la province de France (qui regroupe douze pays), seuls 10 des 92 jeunes en formation ou en début de « carrière » sont français. Une évolution qui fait écho à celle observée chez les prêtres : dans les séminaires, 15 % des futurs prêtres sont aussi étrangers.

Mais ce renfort venu des anciennes terres de mission du catholicisme ne suffit pas. Régulièrement, des fermetures de monastères interviennent. La Fondation des monastères, qui, depuis 1969, recueille dons, legs et donations afin de venir en aide aux communautés religieuses en difficulté, développe depuis un an des activités de conseil auprès des communautés obligées de fermer. « Quand il ne reste que deux ou trois soeurs dans un endroit, on ne peut plus parler de communauté. Il faut donc le fermer ou le fusionner », explique la supérieure Marie-Chantal Geoffroy, qui ne nie pas le traumatisme que cela peut représenter pour des femmes et des hommes qui ont passé cinquante ou soixante ans de leur vie dans le même monastère.

Dans le même temps, ces lieux demeurent prisés de personnes, de toutes confessions, en quête de quiétude. Le succès de l'hôtellerie monastique ne se dément pas. « Dans mon diocèse, notre offre ne suffit pas à la demande », confirme Marie-Chantal Geoffroy. « Nous avons des chrétiens en retraite, des gens qui recherchent une écoute, d'autres, croyants ou non, qui sont en quête de silence et de sens. » Chaque année, elle accueille aussi quelques femmes « en clôture ». Ces visiteuses se soumettent à la règle de silence : durant leur séjour, elles ne s'adressent qu'à la soeur qui s'occupe d'elles.