Le
P. d'Alzon aimait sa terre natale, il la connaissait. Il y avait là, toute la
richesse d'un passé culturel et religieux, tout un trésor de vertus chrétiennes
et humaines. On pouvait tabler sur cela en vue d'un renouveau religieux. Il
le fallait même puisque le monde moderne, centralisateur et rationaliste, au
nom du progrès divinisé, pensait, en effaçant le passé, balayer la religion.
Aussi, le P. d'Alzon, que les gens de sa terre appelaient "Moussu Dauzon",
dans leur langue, suivait de près ce mouvement littéraire appelé depuis 1854
le "Félibrige", qui s'était constitué pour le maintien de la langue provençale
et des divers dialectes de la langue d'oc. Reboul, Roumanille, Aubanel et Mistral
furent les poètes du Félibrige et le P. d'Alzon voulut que le triomphe des Félibres,
à l'occasion de la parution en Avignon, le 2 février 1859, de Mireille, poème
chrétien de Mistral, eût lieu à l'Assomption, les 12 et 13 mars. Mistral fut
couronné pour son œuvre et l'on fredonna la "Magali" de Mireille; Jean Reboul,
le lendemain, au banquet offert à l'Assomption, après avoir remercié les autorités
présentes, ajouta: "Grand merci au supérieur de l'Assomption qui nous
a reçus avec des paroles où déborde le cœur et à bras ouverts; l'Assomption,
où tout fleurit, où chaque fleur porte son fruit, aux pieds de Dieu et sous
sa bénédiction." Il faut ajouter, en effet, que toute la fête fut organisée
au profit des Conférences de Saint-Vincent de Paul du collège: "Jour béni,
déclare encore Jean Reboul, où la charité nous a fait venir de près ou
de loin pour nous trouver ensemble autour d'elle comme des enfants autour d'une
mère, pour nous toucher les mains comme des frères! Aimons les pauvres, et qu'en
tout temps Dieu nous soit en aide!" Invité en 1893 pour le centenaire
du collège, Frédéric Mistral n'a rien oublié du triomphe qui lui fut réservé
d'abord à Nîmes, avant de recevoir les honneurs de Paris.
Au
moment où le curé d'Ars s'éteignait dans son humble presbytère des Dombes, écrit
le P. A. Sage, le P. d'Alzon se relevait de longues années de souffrances et
de tortures inouïes. Comme l'or que l'on vivifie par le feu, Dieu l'avait travaillé
et laminé par l'épreuve. Mais avec ses forces revenues, il se retrouvait enrichi
des lumières dont sa nuit avait été traversée, et il comprenait qu'il était
de son devoir d'en faire bénéficier les âmes confiées à la sollicitude de son
zèle. Une formule longtemps poursuivie et qui s'était soudain présentée sous
sa plume dans une lettre adressée à l'un de ses disciples (le P. Picard), présentait
à ses yeux les expériences de ces années de crucifiement: "Souvenez-vous
que l'esprit de 1'Assomption est l'amour de Notre-Seigneur, de la Sainte Vierge,
sa Mère, et de l'Eglise, son épouse." Ce triple amour se cueille sur
l'arbre de la croix, corme un de ses fruits les plus savoureux; il soutient
dans l'épreuve, il dirige dans les voies de la perfection, il attise le zèle
pour le salut des âmes. Voilà ce que le P. d'Alzon expose avec une franchise
parfois abrupte, mais toujours vivifiante dans les pages du Directoire
qu'il écrivit en septembre-octobre 1859, destiné d'abord aux religieuses de
l'Assomption et offert ensuite à ses religieux et peu après aux Oblates de l'Assomption.
(A. Sage. Commentaire du guide spirituel de vie intérieure).