L'Affaire d'Italie ou la Question romaine

Bref de Sa Sainteté le Pape Pie IX, 16 juin 1860:

À mes bien-aimés fils Emmanuel d'Alzon, Boucarut, vicaires généraux, à MM. les chanoines et curés, au clergé et aux fidèles du diocèse de Nîmes.
PIE IX, PAPE
Mes bien-aimés, salut et bénédiction apostolique* C'est avec une joie bien sentie que Nous avons reçu la lettre que Vous Nous avez écrite, dans laquelle chaque expression proteste de votre respect et de votre soumission envers Nous et envers le siège auguste de Pierre sur lequel Nous sommes assis. Vous êtes vivement affectés, mes fils bien-aimés, des malheurs et des afflictions qui Nous frappent par l'effet de l'hypocrisie et de l'impudence de plus en plus manifestes de ces hommes qui ne suivent d'autre règle que leurs propres intérêts. Ils ont, en effet, contracté alliance avec des brigands et des criminels, et ne se proposent rien moins que de pousser à la révolte toute l'Italie et de détruire à tout jamais le pouvoir temporel du Saint-Siège. De pareils attentats qui sont commis publiquement tous les jours, sans aucune protestation, même avec l'appui puissamment menteur du suffrage universel, et sous prétexte de réaliser l'unité du peuple italien, sont soutenus et favorisés par des hommes qui, en simulant la piété et en prêchant la paix au monde, préparent la destruction de tout pouvoir légitime. Mais le Seigneur tout-puissant et tout miséricordieux assiste chaque jour son Eglise qui a déjà vu d'autres orages et surmonté des tempêtes autrement graves. Ne vous laissez donc pas abattre, fils bien-aimés; ayez confiance en Celui qui exauce continuellement les prières et les vœux de l'Eglise, et qui regardera avec miséricorde Notre affliction et la vôtre. Ne cessez de lui adresser à cette fin vos supplications et vos hommages; implorez surtout le secours de sa Très Sainte Mère Marie, la Vierge immaculée, qui a terrassé les monstres de toutes les erreurs et de toutes les hérésies. Que la bénédiction apostolique soit le gage de Notre paternelle affection pour vous; qu'elle attire sur chacun de vous, fils bien-aimés, l'abondance des grâces célestes; Nous vous l'accordons avec toute l'affection et toute l'effusion de Notre cœur. Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 16 juin de l'année 1860, de Notre pontificat, la quatorzième.

caricatureL 'affaire d'Italie peut paraître relativement simple dans sa formulation; il s'agit d'un conflit de deux droits: celui de la papauté à garder ses Etats au nom d'une possession légitime, celui de l'Italie à réaliser son unité au nom d'un droit naturel difficilement contestable. Mais en face de la menace qui pèse sur ses Etats, et donc sur son indépendance, d'autant que le Piémont, qui veut faire l'unité à son profit, a un gouvernement anticlérical, Pie IX est décidé à ne rien céder de ses droits et à maintenir la permanence d'un état chrétien comme idéal pour une société politique en voie de laïcisation. Dès lors, par-delà le conflit de droite, il y a plus grave, un conflit portant sur une conception radicalement différente de la société, l'une, chrétienne et surnaturelle, l'autre, laïque et anticléricale. On n'agirait jamais, à peser le pour et le contre d'une option. Seul, le recul de l'histoire permet d'être habile à bon compte. Aussi, dans l'impossibilité, sur le moment, de voir une autre solution que le maintien des Etats pontificaux pour assurer l'indépendance du Saint-Siège, la première urgence était de se lever pour protester et pour se battre, afin d'assurer la liberté de l'Eglise. A vec le Pape Pie IX et une majorité des évêques, le P. d'Alzon s'est engagé dans cette attitude politique qui va prendre un aspect doctrinal en passant du plan temporel au plan spirituel avec la publication de l'encyclique Quanta cura suivie du Syllabus. Ces textes seront la consécration du mouvement ultramontain dans sa formulation plénière de catholicisme intégral.
La Maison de l'Assomption prend une allure militaire et le collège s'exalte à glorifier le Pape. Ce ne sont pas seulement des chants et des poésies à l'adresse de Pie IX, mais c'est toute une armée qui parade dans les cours du collège et les rues de la ville; musique en tête, drapeau au vent, chassepot de bois à l'épaule; la "légion Emmanuel" rend les honneurs aux volontaires pontificaux partant pour l'Italie, et tient ses annales dans son journal: le Zouave pontifical. Quand Maurice de Giry tomba enseveli, le 20 septembre 1870, sous le canon piémontais qui ouvrit la brèche de la Porta Pia, la Maison de l'Assomption eut son héros et son martyr, et ce sera à genoux sur sa pierre tumulaire que les élèves de la première Communion feront leur profession de foi.

page précédente

sommaire page suivante