15 Formation d’un des premiers disciples : Etienne Pernet
La formation des premiers religieux de l’Assomption s’est faite au berceau du Collège de Nîmes. Nous connaissons les noms des premiers compagnons du P. d’Alzon qui, avec lui, commencent à Noël 1845 un noviciat non autorisé par l’évêque, Mgr Cart : il s’agit de René- Eugène Cusse, nîmois (1822-1866) dont le parcours sera sinueux, de l’abbé Eugène Henri (1815-1874), nîmois, prêtre diocésain qui reprendra sa liberté pour finir curé de Remoulins, l’abbé Charles Laurent (1821-1895), natif d’Uzès, prêtre novice qui fera une seconde entrée, définitive, à l’Assomption en 1852, l’abbé François Surrel (1806-1857), prêtre diocésain nîmois, prototype de ces vocations éphémères qui ne feront que passer, mort curé de Saint- Ambroix, et enfin un autre vétéran, l’abbé lyonnais Paul-Elphège Tissot (1801-1895), qui ne s’engagera qu’en 1852.
On peut légitimement s’interroger sur le contenu de la formation religieuse propre au temps du noviciat de cette époque, mais on ne dispose pour cela que des lettres du Fondateur luimême et, éventuellement, des quelques relations que les différents candidats à la vie religieuse de ce temps nous ont laissées. Le Fondateur n’a eu d’autre maître des novices que le Saint-Esprit, mais il a su partager avec ses compagnons son idéal de vie, sa foi et ses nombreuses activités apostoliques. Il est clair que les premiers candidats, tous astreints aux multiples fonctions d’un collège, n’avaient guère de loisirs en dehors des temps d’exercices religieux, pour parfaire leur formation. Le Père d’Alzon faisait fond sur leurs dispositions intimes et leurs capacités d’enseignement, cherchant à établir avec chacun une relation personnelle faite de confiance, d’ouverture et, parfois, de reprise en main. Les témoignages en ce sens ne manquent pas. Il aime aussi stimuler leur ferveur en les entraînant au pèlerinage de Rochefortdu- Gard ou en les conviant à quelques jours de retraite à la Chartreuse de Valbonne.
Avec eux, il va élaborer à partir de 1850 les chapitres des premières Constitutions de l’Assomption, quasi ligne à ligne puisque, dit-il, il ne veut rien imposer qui n’ait déjà fait les preuves de l’expérience. C’est ainsi d’ailleurs que nous connaissons ce texte achevé en 1855, grâce à la copie qu’en a conservée le futur P. Galabert. Ce chemin expérimental de vie commune ou de compagnonnage, dans le feu des occupations d’un collège, est le bain formateur de la première Assomption. Malgré ses limites et même ses échecs, ne doit-on pas à cette « formation sur le tas », la solidité des premiers piliers dont celle d’E. Pernet?
« Je puis vous assurer, mon cher ami, que vous avez le plus grand tort du monde de vous croire un étranger parmi nous. Tous les maîtres de la maison vous aiment, les religieux vous considèrent comme un frère, et moi, je vous l’assure, je vous envisage comme un fils que j’aime de tout mon cœur. Soyez bien sûr que votre extrême modestie vous empêche de voir les sentiments d’affection qu’on a pour vous et qui, je l’espère bien, iront toujours se développant ; car, si Dieu, comme j’en suis convaincu, est le principe, le lien et le terme de notre union, il ne fera qu’augmenter ce qu’il est bon de mettre entre nous d’amitié et de sympathie. Aussi, mon cher enfant, n’avais-je aucune pensée de vous adresser des reproches, à moins que ce ne fussent les reproches les plus tendres, des reproches du cœur, parce que vous sembliez ne pas nous aimer autant que nous vous aimons. Mais tout cela viendra, j’en suis sûr, quand nous nous connaîtrons mieux et que la timidité qui vous empêche de vous épanouir aura été mise à la porte. Vous savez ce que dit Saint Jean : Charitas perfecta foras mittit timorem(1). Dépêchez-vous d’avoir pour nous une charité parfaite, je vous assure que nous vous la rendrons bien. Comme vous, je souffre de ne pouvoir retourner à Nîmes comme je le voudrais, mais ma santé est loin d’être rétablie (2). J’ai eu dernièrement une rechute et j’ai été obligé de prendre bien des précautions. Enfin, il faut l’espérer, Dieu nous réunira. Tout doit être, en attendant, pour nous une occasion d’épreuve et d’exercice. Hélas ! Nous devrions partout être des saints, des imitateurs de Dieu, comme des bien-aimés : Imitatores Dei ut filii carissimi (3). Alors, l’absence, la réunion, la séparation, le retour, seraient pour nous un moyen de sainteté. Veuillez, dès que vous aurez reçu ma lettre, faire dire à la poste de m’adresser mes lettres au Vigan, poste restante(4). Je laisse à M. Cardenne(5) la place nécessaire pour répondre à vos injures et je suis tout à vous en Notre-Seigneur avec le cœur le plus affectueusement dévoué ».
Lettre du 11
septembre 1849,
Lavagnac,
d’après édit. S.V., t.
III, p. 486-487
(1) 1 Jn IV, 18
(2) La santé du P. d’Alzon, un thème permanent dans la
correspondance du fondateur.
(3) Eph. V, 1.
(4) Du 12 au 21 septembre, le P. d’Alzon, qui se soigne à Lavagnac
d’une cholérine, va se rendre au
Vigan.
(5) Lavagnac a toujours été du vivant du P. d’Alzon un
lieu d’accueil et de repos pour les religieux
qui bénéficient ainsi à la campagne d’une hospitalité familiale.
Rappelons que jusqu’en 1860 y vivent
Augustine et Mme d’Alzon, jusqu’en 1864, M. Henri d’Alzon
et jusqu’en 1869 Mme Marie de Puységur
avec ses enfants. Le comte Anatole de Puységur, né en 1813,
est décédé en juillet 1851, laissant trois
enfants de son mariage, célébré le 20 mars 1837, avec
la dernière sœur d’Emmanuel : Alix (1838-
1895), Marthe (1839-1845) et Jean (1841-1910). On connaît la destinée
de cette descendance : Alix
se fit carmélite à Paris, av. de Messine, en 1858, sous le
nom de Sœur Marie-Thérèse de l’Enfant-
Jésus. Les troubles de la guerre et de la Commune en 1870-1871 achevèrent
de détruire un équilibre
fragile. Le P. d’Alzon sut lui trouver un asile au carmel de Saint-Chamond
(Loire), puis une maison
de santé où sa nièce resta une vingtaine d’années,
avant d’être recueillie au Carmel de Narbonne,
où elle mourut en juillet 1895. On connaît le mot cruel du cardinal
Caverot sur les religieuses malades :
Malheureusement Notre-Seigneur s’occupe des cœurs, mais pas des
têtes ! Marthe est morte enfant
à
Lavagnac, sans doute d’un anévrisme. Quant à Jean, il épousa
en 1872 à Paris Clotilde de Quinsonas
dont sont nées trois filles : Alix (1873-1952) devenue Mme de Tocqueville,
Marie-Clotilde (+1920),
devenue Mme Suarez d’Aulan et Isabelle (+1964) devenue Mme de Rodez-Bénavent.
Un garçon, prénommé
Emmanuel, n’a pas vécu. Cf. chapitre 43, « Le mariage
de Jean de Puységur ».
Pour aller plus loin dans la réflexion et la recherche :
La
personnalité humaine et spirituelle du P. Pernet
est bien dessinée
dans les différents travaux qui lui ont été consacrés,
dont :
|
|
|
|