Anthologie

25 L’attention d’un Père pour ses filles

La correspondance nourrie du P. d’Alzon et de Mère Marie- Eugénie de Jésus, depuis leur première rencontre à Chatenay (Isère), en octobre 1838, dans le pays natal de l’abbé Combalot, fait é tat de leur commun désir d’établir à Nîmes une communauté de religieuses pour une œuvre d’adoration et d’éducation. Le projet ne peut aboutir à l’époque de Mgr Cart, assez hostile à la multiplication de couvents dans sa cité épiscopale, mais trouve sa réalisation après sa mort survenue le 13 août 1855. Le 24 octobre arrive à Nîmes Sœur Marie-Eugénie de Jésus, accompagnée des trois religieuses prévues pour la fondation : Sœur Marie- Walburge Howly, supérieure du groupe, Sœur Marie-Elisabeth de Balincourt, nîmoise d’origine, et Marie-Gérard Ernalstein, converse. Le premier logement est improvisé : les Religieuses descendent chez la baronne de Lisleroy, grand’mère maternelle de Sœur Marie-Elisabeth, rue des Lombards n°29, près de l’église Saint-Charles, avant de trouver refuge en novembre dans une modeste maisonnette de la rue Roussy, non loin du collège de l’Assomption et près du couvent des Carmélites. Viennent les rejoindre quatre autres Religieuses : Sœur Marie de la Croix Aubert, Sœur Marie- Aloysia Lawson, Sœur Marie- Laurence Finn, novice, et Sœur Marie-Pélagie Desperroix, converse. Le 9 novembre y est célébrée la première messe par le P. d’Alzon.

Cette installation encore provisoire ne pouvait durer. La correspondance des années suivantes (1856-1858) permet de suivre toutes les étapes de la construction et de l’aménagement d’un couvent établi selon les règles, connu sous le nom de Prieuré de Nîmes : achat d’un terrain rue de Bouillargues, plan de l’architecte Révoil prévoyant les cellules des religieuses, le cloître, le pensionnat, un jardin d’agrément et une clôture. Cette œuvre matérielle à laquelle le P. d’Alzon apporte toute son attention, ne doit pas en masquer d’autres. Comme au collège, sur le même modèle, naissent des rameaux spirituels greffés sur la fondation des religieuses : Association des Adoratrices du Saint- Sacrement, Tiers Ordre féminin de l’Assomption. Les débuts du pensionnat sont encore modestes : 12 é lèves en octobre 1858, mais l’œuvre d’éducation atteindra un grand succès auquel viendra mettre fin la législation républicaine en matière d’autorisation des Congrégations religieuses après la loi de 1901. La Congrégation des Religieuses de l’Assomption est dissoute en décembre 1906. La communauté locale résiste jusqu’au 23 août 1911, date de son expulsion sous escorte de la police. Devenue maison médicalisée pour personnes â gées (Centre Villemin), le lieu retrouve sa vocation première en 1991 avec la création du Lycée d’Alzon, extension de l’Institut d’Alzon dirigé par les Oblates.

« Mes chères filles,

Si vous croyez que je laisserai passer le jour de l’Assomption sans vous souhaiter une bonne fête, vous êtes dans une erreur profonde. D’abord, j’y ai tout intérêt. Nos religieux entrent ce soir en retraite et ont le plus grand besoin que vous leur obteniez des grâces en masse. Ainsi, levez les mains au ciel jusques au 22 (1). Le 22, j’irai à Sedan, je donnerai une espèce de retraite de trois jours à vos Sœurs (2), et ici, c’est un peu votre intérêt à vous que je sanctifie ces membres de votre famille. Enfin, il serait possible que, au lieu de passer par Toulouse, je dusse passer par Nîmes pour aller à Lamalou. Comme il y a là-dessous de grosses choses, veuillez me faire connaître, par une bonne inspiration, où il vaut mieux que je passe (3).

Permettez-moi de vous prier de faire, les unes envers les autres, les commissions que je vais vous donner. Vous voudrez bien dire à notre Mère(4) que je lui souhaite beaucoup de patience pour me déchiffrer, car c’est tout au plus si moi-même je puis me lire. A notre Révérende doyenne (5), que je pense bien à elle et que je vois qu’elle a bien fait de venir planter sa tente sur les bords du Vistre ; tout, à Auteuil, regrette son absence et ma visite m’a fait encore plus apprécier le trésor que nous avons acquis. A Sœur M.-Julienne (6), que son charmant neveu, interrogé deux fois par moi sur ce qu’il voulait lui faire dire, m’a promis d’y réfléchir. A Sœur Marie de la Croix (7), que Sœur M.-Cécile (8) lui envie le bonheur de former les rossignols de Nîmes. A Sœur Aréthuse(9), qu’on aurait grand besoin de ses eaux sur les gazons de Paris. A Sœur M.- Théodore(10), qu’on ne prend pas, à Paris, du chocolat comme celui qu’elle me fait. A Sœur M.-Claver(11), que je la soupçonne d’être la plus sainte de la communauté. Quant à Sœur M.-Angélique (12), vraiment, je suis embarrassé ; mais nous trouverons bien quelque chose, d’ici mon retour. Et maintenant, bonsoir. Je vais, non pas entrer en retraite, mais y faire entrer mon monde, et il faut que je voie ce qu’il y a à faire pour convertir, sanctifier, gronder, encourager notre petite communauté. Tout vôtre, mes chères filles, en Notre-Seigneur. »

Lettre à la communauté de l’Assomption à Nîmes,
Clichy, 15 août 1859,
d’après édit. D.D., tome III, 1991, p. 131-132

(1) Allusion implicite à Ex. XVII, 11.
(2) La communauté R.A. de Sedan a été fondée en 1854 par Sœur Marie-Thérèse (Joséphine) de Commarque (1811-1882), native de La Bourlie.
(3) Le P. d’Alzon est en pourparlers d’union avec le P. Caussette, supérieur des Pères Missionnaires du Calvaire (Toulouse).
(4) Notre Mère désigne ici la supérieure du Prieuré de Nîmes à cette époque, Sœur Françoise-Eugénie de Malbosc (1822-1878), native de l’Ardèche.
(5) Sœur Marie-Augustine, Anastasie Bévier (1816-1895) qui a prononcé ses vœux la même année que Mère Marie-Eugénie. Doyenne s’entend d’âge de profession, car d’autres Sœurs sont plus âgées qu’elle. Native d’Avranches.
(6) Sœur Marie-Julienne de Bure (1819-1884), de Paris.
(7) Sœur Maire de la Croix Aubert (1833-1906), d’Argentan.
(8) Sœur Marie-Cécile de Momigny (1822-1886), de Blois.
(9) Après avoir bien cherché, il semble bien que ce ne soit pas là un prénom de religieuse, mais une allusion à celle qui est chargée de l’arrosage du jardin. Nous ignorons donc qui se cache sous cette charmante et mythologique allusion.
(10) Sœur Marie-Théodore (Virginie) Grefeuil (1831-1881), de l’Aveyron.
(11) Sœur Marie-Claver Monteil (1835-1915), de l’Ardèche.
(12) Sœur Marie-Angélique (Angelina) Poupard (1833-1874), de l’Oise.


Pour aller plus loin dans la réflexion et la recherche :

Sur la communauté de Nîmes, les origines de l’Assomption, t. III (1900), p. 417-440. Marie-Eugénie Milleret, Mame, 1991, p. 79-84.

Sur la figure de la supérieure de la communauté R.A. de Nîmes de cette époque : Mère François-Eugénie de Malbosc, par Mgr de Cabrières, 1900, 382 p.

Sur la spiritualité et le charisme des Religieuses de l’Assomption : textes fondateurs : Textes fondateurs, Auteuil, 1991, 563 pages. Coll. Etudes d’archives.

Sur la vie apostolique des Religieuses de l’Assomption : Un projet éducatif au XIXe siècle, Etudes d’archives, 1988, n° 5. M.-Antoinette du Cœur de Jésus, L’éducation du caractère, Paris, 1946, 229 pages.

Il ne reste pas grand-chose, en dehors de la correspondance conservée des religieuses de Nîmes, des témoignages écrits de la vie de cette communauté : registres du pensionnat, archives ou éphémérides n’ont pas survécu à la grande épreuve des années 1901-1910 (procès, expulsion). La chapelle du prieuré, construite par Révoil en 1886, est aujourd’hui réhabilitée (28 février 2001).

Pour une lecture personnalisée :

  • Comment le P. d’Alzon exprime-t-il son attention, à la fois à l’ensemble de la communauté, et à chacune des religieuses ?
  • Quelles sont les activités privilégiées par les Religieuses de l’Assomption, hier et aujourd’hui ? Comment s’exprime leur charisme ?
  • Les liens du P. d’Alzon avec la communauté R.A. de Nîmes paraissent très intimes. Quelle est sa responsabilité à leur égard ?
  • Quels avantages et quels inconvénients peuvent naître d’une proximité très forte d’une communauté A.A. avec une autre communauté religieuse féminine de l’Assomption ? As-tu des exemples ? Pour une lecture personnalisée

 

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 Page réalisée par D. Remiot

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