Préface
Suite au centenaire de la fondation des Assomptionnistes célébré en 1950, une quantité de publications a vu le jour et a permis une étude sérieuse de la vie du fondateur, de son itinéraire spirituel et de ses actions au service de l’Eglise et de la société de son temps. Je pense en particulier à une collection de lettres inédites (Souvenirs Intimes - Extraits de lettres inédites 1850-1880, Paris, 1950), au recueil abondant des principaux écrits du Père Athanase Sage (Les écrits spirituels, Rome, 1956), et également à l’étude faite par le Père Athanase sur la pensée spirituelle du P. d’Alzon (Un maître spirituel du XIXe siècle, Rome, 1958). La récente célébration du 150e anniversaire en l’an 2000 a également donné lieu à la publication de nouveaux ouvrages qui nous rapprochent de cet important personnage du XIXe siècle et des congrégations qu’il a fondées.
Depuis la publication en 1956 de ses Ecrits spirituels, on a fait un grand effort pour pour rendre accessible à un plus large public la correspondance à travers laquelle le Père d’Alzon communiquait l’inspiration derrière ses nombreux projets et ses réflexions les plus intimes. Cet effort a consisté en la publication de lettres rassemblées en treize volumes, d’abord par le P. Pierre Touveneraud et ensuite par le P. Désiré Deraedt (de1978 à 1996), ce qui représente environ quelque 5000 lettres. C’est un travail d’érudit qui a été réalisé et le résultat est impressionnant. Si impressionnant qu’en fait, on peut redouter la lecture d’un tel ouvrage et penser que seulement quelques personnes familières avec ce type de documents peuvent y arriver. Le fait également qu’aucune lettre ou très peu d’entre elles n’aient été traduites, veut dire que cette œuvre est restée totalement inconnue pour les non-francophones. Le résultat est un portrait incomplet de l’homme, et dans certains cas une véritable incompréhension de sa personnalité et de ses objectifs. D’où l’importance considérable de cette publication aujourd’hui.
Je considère que le présent ouvrage est un complément essentiel aux Ecrits spirituels publiés en 1950. Les deux nous fournissent un portrait fiable d’Emmanuel d’Alzon. Les Ecrits spirituels rassemblent en un seul volume l’œuvre officielle du fondateur : le Directoire (la doctrine spirituelle de sa famille religieuse), quelques éléments des premières Constitutions, et d’autres documents fondateurs (Adresses aux Chapitres, lettres aux formateurs, Circulaires aux religieux, méditations et conférences de retraites, discours divers, quelques lettres plutôt officielles et doctrinales). Le caractère de ces documents, tous de nature « officielle » et publique, nous fournit une excellente idée de leur auteur, cependant, une fois encore, elle reste limitée. Par exemple, nous en apprenons très peu sur l’évolution de la pensée du fondateur et de son cheminement spirituel, sur les personnes qu’il a côtoyées et leurs réactions vis-à-vis de sa pensée et de ses initiatives et en fin de compte, nous n’obtenons qu’une vague perception de sa véritable personnalité. Une lecture rapide des documents et notamment des Ecrits spirituels pourrait nous donner l’impression que la pensée du P. d’Alzon était plutôt classique et peu originale, dont les sermons et les considérations spirituelles manquaient d’imagination et d’humanité, et dont la personnalité était quelque peu austère et refoulée.
Ceux qui avaient déjà découvert la correspondance du P. d’Alzon pressentirent le besoin d’aller plus loin. Cela donna lieu à la publication del’ensemble des lettres, mais encore pour la plupart des gens, la personnalitédu P. d’Alzon révélée par ce recueil important restait encore inconnue. C’est à dire, jusqu’à maintenant.
Comme les Ecrits spirituels permirent une re-découverte du Père d’Alzon soixante-dix ans après sa mort, ce volume permet finalement de découvrir un « nouveau » d’Alzon presque 120 ans après son décès. Dorénavant, je crois que celui qui, aujourd’hui, veut connaître le Fondateur, savoir qui il était et quelle était sa véritable pensée, devra se référer à ces deux volumes.
Si ce livre n’était autre qu’une anthologie des principales lettres du P. d’Alzon et de leurs traductions dans les langues officielles de la Congrégation, il aurait déjà trouvé à juste titre sa place dans les bibliothèques de l’Assomption. Mais l’auteur a remis chacune des lettres dans son contexte historique précis, avec des références qui satisferont les plus érudits et qui permettront à n’importe quel lecteur d’en savoir plus selon ce qu’il recherche. Nous souhaitions depuis longtemps une biographie moderne sur le Père Emmanuel d’Alzon qui compléterait les deux volumes importants de Siméon Vailhé sur le P. d’Alzon en 1926-34. Ce travail demandera beaucoup de recherches, mais je pense que déjà le Père Périer-Muzet en a établi les bases en rédigeant les préfaces historiques pour chaque lettre choisie pour cette anthologie.
Le P. Périer-Muzet, l’Archiviste de la Congrégation, a une fois de plus rendu un très grand service à ses confrères et à l’Eglise en général, et il l’a effectué avec sa grande compétence d’historien. Je prie pour que son travail, traduit dans les quatre langues officielles de la Congrégation, devienne une source de renouveau comme le fut celui de Père Sage il y a cinquante ans, dans la fidélité à l’esprit donné à l’Eglise, à travers le P. d’Alzon, pour le plus grand service du peuple de Dieu.
Fr. Richard
E. Lamoureux, a.a.
Supérieur Général
Rome, 2 février 2003
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