Anthologie

Prologue

Un homme, quelle que soit sa qualité ne peut être défini seulement par des mots, encore moins par ceux des autres. Le meilleur de lui-même n’est-il pas à relever d’après ses propres écrits ? C’est l’essai que nous tentons dans ces pages, à travers la reprise et l’étude de la correspondance du P. d’Alzon, chapitre après chapitre, en respectant la chronologie de sa vie et en choisissant quelques lignes de force de sa pensée comme de son action. Nous faisons précéder ces extraits d’une brève présentation synthétique du personnage :

D’Alzon, une forte personnalité

Emmanuel d’Alzon, un fils de Cévennes qui vécut toute son existence (1810-1880) dans la Rome du Midi au XIXe siècle, Nîmes : méridional d’origine, d’allure et d’esprit, tel peut être défini géographiquement et psychologiquement l’homme d’Eglise, vicaire général de son diocèse pendant 40 ans, qui fit naître les deux familles religieuses des Augustins (1845) et des Oblates de l’Assomption (1865) et contribua fortement à la formation des Religieuses de l’Assomption.

De ses attaches familiales cénevoles (Le Vigan), Emmanuel garde plus d’un trait : vif et même impétueux dans ses choix comme dans ses aversions, fidèle aux idées, aux hommes comme aux causes qu’il embrasse, il se définit volontiers lui-même, avec un tempérament tout d’une pièce, « catholique avant tout », c’est-à-dire en son temps ultramontain, anti-libéral, prompt à l’action et généreux dans ses engagements.

De même, sous sa plume voisinent aussi bien les expressions d’allure romantique les plus policées, toutes de finesse et de sensibilité, que les saillies incandescentes frappées du plus pur esprit ironique ou marquées « à la Veuillot » du talent du polémiste.

Le vocabulaire alzonien, particulièrement riche dans une correspondance volumineuse, ne craint pas de juxtaposer les épithètes ou diminutifs les plus familiers et les plus chaleureux aux invectives ou rappels à l’ordre les plus directs. Son adverbe favori n’est-il le fréquent « rondement », décliné sur tous les tons et asséné parfois avec une brutale franchise?

Des évolutions significatives

Et cependant ce méridional « pur-sang » qui fréquentera plus souvent Rome que Paris, échappe aussi aux classifications et stéréotypes trop faciles. Sur le plan politique par exemple, s’il est vrai qu’il se révèle, de sa naissance à sa mort, d’un anti-libéralisme presque viscéral et sans faille, nous remarquons aussi qu’il ne refuse pas les évolutions qui s’imposent à lui comme à son temps : 1848 fait de lui un « républicain du lendemain » ; ses convictions monarchistes ne lui interdisent pas, à la fin des années 1860, de regarder vers la démocratie naissante.

Aristocrate de grand nom, à la tête d’une puissante fortune quand il hérite de sa famille (1860), il ne se lie ni à la classe dominante, la bourgeoisie, ni à ses intérêts. Cet aristocrate sait parler au peuple et entend entraîner ses congrégations au service des besoins populaires. L’éducation des élites qu’il développe à Nîmes en reprenant le collège de l’Assomption (1844) mobilise un temps les forces vives de ses religieux ; mais très vite, Emmanuel laisse libre cours à d’autres initiatives qui cherchent à atteindre les masses : orphelinat du P. Halluin à Arras (1868), alumnat (1871) pour milieux populaires que l’on a pu appeler « le sacerdoce des pauvres », pèlerinage des foules à partir de 1872 et création avec le P. Vincent de Paul Bailly dès 1873 d’une presse populaire qui deviendra une puissante centrale d’opinion, la Bonne Bresse.

L’enfant ou le jeune homme habitué dans les années 1816-1832 à la demeure princière de Lavagnac (Hérault), au style et aux mœurs d’allure seigneuriale de cette aristocratie provinciale, mourra pourtant pauvre et dépouillé sous l’humble froc de religieux « moine - apôtre », le 21 novembre 1880. C’est là l’itinéraire authentique d’une vie évangélique, véritable paraphrase positive du « jeune homme riche » selon Matthieu 19, 16-22, laquelle a su rompre le cours obligé d’un destin personnel très typé pour être infléchie avec « hardiesse, générosité et désintéressement » en direction de rivages et d’enjeux plus universels.

Le don d’une vie ecclésiale « pleine»

Nous nous interdirions effectivement toute compréhension possible de la vie d’Emmanuel d’Alzon si nous ne la référions pas au choix volontaire qu’il a fait d’engagements ecclésiaux progressifs, mûris à la lumière d’une foi vive, personnalisée, engagée et ouverte à l’universel : Emmanuel aime redire son triple enracinement ecclésial ou ses trois « naissances spirituelles » : son baptême en l’église Saint Pierre du Vigan (2 septembre 1810) qu’il n’oublie pas de célébrer annuellement comme son « vrai » anniversaire, son ordination sacerdotale à Rome (26 décembre 1834) au terme d’une souffrance vive du fait de son amitié mennaisienne, et son choix de la vie religieuse en la chapelle du collège de Nîmes (24 décembre 1845 et 1850) au prix de cinq années d’épreuves personnelles et communautaires. Baptisé, prêtre et religieux ne sont pas les trois termes successifs d’une vie inquiète ou inconstante de sa part, ce sont les trois jalons d’un parcours spirituel vécu en Eglise et pour l’Eglise, tant sur le plan d’une vie d’intériorité forte - « aimer le Christ, la Vierge et l’Eglise : vivre tout Jésus-Christ » - que sur le plan d’une action apostolique vigoureuse : « faire advenir le règne de Dieu en moi et autour de moi », devise dont il fait sa bannière.

Emmanuel est l’homme d’un engagement total, découvert et vécu au fil d’une expérience pleine de sève ecclésiale. La foi dans sa vie est le « don d’une conquête » sans cesse recommencée, sans cesse élargie et sans cesse poursuivie.

L’épreuve de santé qui, en mai 1854 oblige le P. d’Alzon à réduire ses activités et à se soigner sérieusement par des cures d’eau à Lamaloules- Bains (Hérault), marque une sorte de reprise et de concentration de sa vie et de son œuvre où la dimension apostolique se trouve comme ressaisie à la flamme de cet amour dévorant du Christ et de l’Eglise qui absorbe toute son existence.

Emmanuel, accueillant aux évolutions du temps et meneur d’hommes, aimant l’étude qui s’investit dans le champ des actions à entreprendre pour la société et pour l’Eglise, n’a pas le tempérament d’un solitaire. Vivant dans le bain de la jeunesse de son collège, s’entourant de collaborateurs laïcs, prêtres et religieux, il n’envisage sa vie personnelle, sacerdotale et religieuse qu’en termes d’équipe, de communauté et de communion. L’esprit qui l’anime et qu’il développe lui est inspiré par une foi qui déborde tout naturellement les limites d’un diocèse, d’un pays ou d’un continent, pour lui-même, pour les combats qu’il mène et pour les champs apostoliques qu’il assigne à ses deux congrégations. Vaste comme la foi, universel comme l’Eglise, unifié comme sa vie.

Place maintenant à l’évocation de sa vie selon sa propre voix. Puissent ces 50 chapitres aviver le désir de mieux le connaître et surtout enflammer le cœur de toutes celles et de tous ceux qui cherchent à vivre de son esprit au service de l’Evangile pour le monde d’aujourd’hui.

 

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 Page réalisée par D. Remiot

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