
Une alliance laïc-religieux exemplaire et fondatrice,
Germer-Durand (1838)
Le nom de ce professeur reste attaché à la mémoire du collège du P. d’Alzon et à celui de la ville de Nîmes. Bien qu’originaire d’une famille du Nord de la France à Saint-Riquier, près d’Abbeville, toute la vie de ce laïc de relief, enseignant agrégé (1837), se déroula, après le temps de ses études, dans le Midi. D’abord engagé dans les rangs de l’enseignement public, il connut les collèges royaux de Nîmes et de Montpellier. Le P. d’Alzon réussit à le convaincre de le rejoindre, ainsi que son ami Monnier, dans l’entreprise de re-fondation du Collège de l’Assomption. On peut dire qu’il partagea pleinement les idées du P. d’Alzon et même qu’il communia à ses réalisations, non seulement comme enseignant et pédagogue, mais comme chrétien militant. Il entra dès 1845 dans l’Association du Tiers-Ordre de Nîmes, comme sa femme, parallèlement, dans la branche féminine, et il s’intéressa vivement au glorieux passé de l’Eglise de Nîmes, diocèse et département, en publiant le Cartulaire du Chapitre de Nîmes, un Dictionnaire topographique du Gard (1868) et les Inscriptions antiques de Nîmes (réédition 1893). C’est le nom de M. Germer-Durand qui figure comme directeur de publication sur le journal lancé à Nîmes en 1848 par le P. d’Alzon, La Liberté pour tous et, de même, La Revue de l’Enseignement chrétien lui doit non seulement plus d’un article mais plus largement son orientation littéraire et pédagogique comme son animation rédactionnelle. A la passion de l’étude, M. Germer-Durand joignait celle de la recherche archéologique et bibliographique, autant de raisons qui le firent entrer à l’Académie de Nîmes (où un portrait de lui sur toile est conservé) et au Comité d’Art chrétien et choisir comme bibliothécaire de la ville. Il fut décoré des insignes d’Officier d’Académie et de la croix de la Légion d’honneur.
C’est avec joie que ce couple accueillit la vocation sacerdotale et religieuse à l’Asomption d’un de ses enfants, le dernier garçon, Joseph (1845-1917) qui, comme directeur et professeur à Notre-Dame de France à Jérusalem, se fit un nom dans l’épigraphie biblique palestinienne. Ce dernier aimait aussi taquiner la muse et a laissé des poésies, certaines inédites, empreintes de douceur romantique et de ferveur familiale (Pages d’Album). Mme Cécile Germer-Durand (1818-1886), devenue veuve en octobre 1880, entra elle-même en 1882 dans la famille des Oblates de l’Assomption. Elle n’hésita pas à se joindre au groupe des missionnaires en Orient, à Andrinople, avant de revenir finir ses jours en France. C’est dire combien toute la famille a comme baigné dans l’enfance de la première Assomption, partageant ses engagements et ses combats, vibrant de ses aventures et de ses souvenirs. Le nom des Germer-Durand mérite bien de figurer en première page de cette cohorte de laïcs qui à toute époque ont œuvré à la ‘geste apostolique’ de l’Assomption, et particulièrement en cette heure où se dessine cette Alliance Laïcs-Religieux qui a vu le jour dans les faits bien avant le textes.
Mon cher ami,
Vous avez été si puissant auprès de Salvandy (1) pour faire rester à Nîmes un professeur du collège (2), que je suis convaincu de l’effet de votre ascendant pour en faire partir un autre. Voici le fait. Depuis que les Facultés de lettres ont été établies dans plusieurs villes de France, les Commissions d’examen pour le baccalauréat sont ou vont être supprimées ; d’où il résulte, pour les professeurs des villes où ces Commissions subsistaient, une perte assez considérable : dans les classes supérieures, pour les droits d’examen ; dans les classes inférieures, pour les préparations des aspirants au baccalauréat. Un jeune homme de mes amis, M. Durand (3), professeur de troisième au collège de Nîmes, vient d’apprendre que le professeur de rhétorique au collège de Montpellier vient de demander une chaire à la Faculté des Lettres de Toulouse, et comme Montpellier vient de recevoir une Faculté de lettres, mon protégé pense que, s’il pouvait obtenir la place de celui qui va en partir, il y trouverait de grands avantages qui vont lui être enlevés à Nîmes par la suppression de la Commission d’examen.
M. Durand a quelques droits à cette place, premièrement à cause des bonnes notes qu’il a toujours obtenues, et ensuite à cause de son talent réel. Au concours d’agrégation de 1837, il est sorti avec le numéro 1, et ordinairement les premiers numéros obtiennent une chaire de rhétorique. Il y a quelque temps qu’il a refusé de l’avancement, parce que s’étant marié à Nîmes (4) il préférait les avantages qu’il trouve dans la famille où il entrait à un poste plus honorable ; mais aujourd’hui, obligé de demander son changement, il voudrait être éloigné le moins possible de la ville qu’il a longtemps habitée. Je vous supplie de mettre de l’intérêt à ma demande…
Emmanuel.
E. d’Alzon à son ami d’Esgrigny, Nîmes, le 19 novembre 1838,
Lettres, d’après édit. Siméon Vailhé, B.P., 1925, tome B, p. 28-29.
(1) Le comte Narcisse-Achille de Salvandy (1795-1856) est un écrivain et un homme d’Etat français. Natif de Condom (Gers), il est connu par l’abbé d’Alzon et d’Esgrigny à Paris durant leur jeunesse étudiante. Académicien (1835), ministre de l’Instruction publique (1837-1839, 1845-1848), il contribua à fonder l’Ecole française d’Athènes.
(2) Il s’agit du Collège Royal de Nîmes qui a ses origines lointaines dans le Collège des Arts fondé en 1539. Passé aux mains des Jésuites entre 1644 et 1762, il devient l’Ecole Centrale en 1795, puis le Lycée Impérial en 1802 organisé par le savant Tédenat, encore rebaptisé Collège Royal de 1815 à 1848. Le professeur en question maintenu à Nîmes est Jules Monnier (1815-1856).
(3) Tel est bien le nom originel de Louis-Eugène dit Germer-Durand (1812-1880), enseignant agrégé, démissionnaire de l’Université en 1844 pour venir prendre la direction des études au collège de l’Assomption, collaborateur et ami très dévoué du P. d’Alzon. Il s’agissait à cette date (1838) d’obtenir une mutation de poste pour Germer-Durand de Nîmes à Montpellier.
(4) Eugène Germer-Durand a épousé à Nîmes Cécile Vignaud (1818-1886) dont naîtront six enfants : Jean (1839- vers 1919), Daniel (1841), Michel (1842-1843), François (1843-1906), Joseph (1845-1917) et Elisabeth (1848-1851).
Pour aller plus loin dans la réflexion et la recherche
Sur la famille Germer-Durand :
Dictionnaire de Biographie française, t. XV, col. 1334 (Joseph), 1334-1335 (Eugène), 1335 (François et Jean). Supplément au Dictionnaire Biblique, t. III, col. 613-615 (Joseph), Notices Biographiques, t. II, p. 1269-1270 (Joseph). Pages d’Album du P. Joseph G.-D. (notice biographique sur Eugène par le romancier Lamothe, ami du professeur, p. IX-XXVIII). Lettre à la Dispersion, Paris, 1922, p. 69 et suivantes. Lettres d’Alzon, t. B, p. 14 n.-15 n. (Eugène). Pages d’Oblation, t. I, p. 21-24 (Sœur Cécile G.-D.) et Souvenirs, 1887, n° 52, p. 339-341 ter (Sœur Cécile).
Règle de l’Association de l’Assomption, dans Lettres d’Alzon, t. B (édit. Vailhé), p. 507-512.
P. Emmanuel d’Alzon, Instructions aux Tertiaires de l’Assomption 1878-1879, Paris, B.P., 1930, 193 p.
Claude Savart, Le Père d’Alzon et la direction spirituelle des laïques d’après sa correspondance, dans Emmanuel d’Alzon dans la société & l’Eglise du XIXe siècle, Le Centurion, 1982, p. 259-278.
Alliance Laïcs-Religieux. Recueil de Textes. Paris, Denfert-Rochereau, 2006, 36 p.
Pour une lecture personnalisée
● Qu’appelle-t-on à l’Assomption l’Alliance Laïcs-Religieux ? Connais-tu la genèse et le développement de ce courant à l’Assomption ?
● Quelle définition donnerais-tu pour ta part aujourd’hui d’un laïc engagé à l’Assomption comme volontaire apostolique associé, en respectant le caractère propre d’un laïc et celui d’un religieux ?
● Le P. d’Alzon, puis plus tard la famille de l’Assomption, ont-ils en ce sens agi par pure nécessité pratique ou ont-ils pressenti pour les laïcs du temps une vocation baptismale pleine ?
● L’Eglise de ton pays sait-elle faire toute leur place aux laïcs ? Comment ? La rénovation conciliaire du diaconat permanent te semble-t-elle parlante ?
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