Anthologie

Famille, influence et spiritualité du côté de saint François de Sales (1851)

Les familles de grand nom se trouvent toujours quelque affinité et quelque lien entre elles, ainsi des d’Alzon avec les de Sales par l’intermédiaire des Roussy de souche cévénole. On trouve effectivement dans l’ascendance paternelle et maternelle d’Emmanuel de telles alliances : Jean Daudé d’Alzon a épousé Madeleine de Roussy tandis qu’une fille de Pierre de Roussy, Marguerite, épousa Jacques de Faventine. Cette parenté nouée aux XVII et XVIIIèmes siècles, donc déjà éloignée au XIXème siècle, fut ravivée lors du séjour à Turin en 1844 de la famille d’Alzon au chevet d’Anatole de Puységur chez les Roussy de Sales, arrière-petits neveux de l’évêque de Genève. A Turin, l’abbé d’Alzon fit la découverte par la marquise de Barolo des œuvres sociales de trois saints prêtres : Don Cafasso, directeur spirituel de la marquise, don Cottolengo et don Bosco sans doute, tous trois promis aux honneurs de l’autel et fervents admirateurs de l’esprit de foi et de piété de saint François de Sales. Or nous retrouvons chez l’abbé d’Alzon ces mêmes accents salésiens : simplicité, droiture, franchise, dévouement, sens du devoir.

Un autre trait majeur unit les figures de François de Sales et du P. d’Alzon, leur action en vue de l’unité avec les protestants. L’apôtre du Chablais a commencé ainsi ses premiers pas dans le sacerdoce et l’on sait que le jeune abbé d’Alzon, n’avait pas d’autre but en venant à Nîmes. C’est bien pour lutter contre l’influence protestante que le Fondateur de l’Assomption a créé dans son diocèse les bibliothèques paroissiales et qu’il s’est fait le propagateur de l’œuvre des Bons Livres fondée en Avignon par le chanoine Bernard, œuvres toutes deux placées sous le patronage de saint François de Sales, diffuseur de tracts et promu par là patron des journalistes. La même inspiration décida le P. d’Alzon en 1853-1854 à fonder l’œuvre de Saint-François de Sales, association de prière et d’action conçue sur le modèle de la Propagation de la Foi, en vue de lutter contre l’influence protestante. On sait qu’il remit ensuite l’œuvre lancée entre les mains de Mgr Gaston de Ségur.

Cette inspiration salésienne, le P. d’Alzon la fortifia par plusieurs pèlerinages à Thorens, pays natal du saint : n’ayant pu le faire en juin 1835 (Lettres, t. A, p. 846), il l’accomplit selon son propre témoignage en 1854 (Lettres, t. I, p. 459) et encore en 1871 à partir de Notre-Dame des Châteaux (Lettres, t. IX , p. 168). L’idée d’attirer à Nîmes une communauté de Visitandines sembla lui sourire en 1852, mais cette fameuse Sœur Marie-Aimée Féval qui en portait le projet, ne sut pas convaincre Mgr Cart de l’opportunité d’une telle fondation contemplative. Plus tard, le P. d’Alzon donna la préférence de ses énergies à l’installation des Religieuses de l’Assomption programmée depuis quelques années et réalisée en septembre 1855, ce que facilita d’ailleurs la mort de Mgr Cart. Cependant la vie des Filles de sainte Chantal lui était chère : ne disait-on pas dans sa famille qu’il devait sa naissance à la prière fervente d’une de ses parentes, Visitandine à Paris ? Lui-même ne s’était-il pas constitué recruteur de vocations pour le proche couvent de la Visitation de Tarascon ? Ne se rendit-il pas à celui du Mans prêcher une retraite en 1868 ?A ses signes et à bien d’autres sans doute (dont l’hommage des journalistes envers  François de Sales proclamé le saint patron pour la presse catholique), le P. d’Alzon, admirateur du docteur de l’amour et de la douceur évangélique n’a cessé d’infuser la spiritualité assomptionniste d’un souffle authentiquement salésien.

Ma chère fille,

Voilà près d’un mois que je suis souffrant ou en retraite. Dans ce moment même, je devrais être enfermé au séminaire (1) mais, comme je sors de Valbonne (2), je pense qu’il me suffit d’aller entendre deux instructions par jour pour achever ma conversion, si faire se peut. Voilà qui me permet de vous écrire aujourd’hui deux mots, pour vous remercier de vos deux lettres que je viens de relire. Elles sont d’une date si éloignée que je n’ose vous en parler. Vous me dites dans la dernière que Monsieur votre père (3) a eu la suette (4), mais j’espère qu’il est entièrement rétabli. Aucun de vos frères (5) ne m’en a rien dit, et Mme de Sales (6), qui est parti pour aller aider M. de Roussy à garder vos sœurs (7), ne savait rien qui pût l’inquiéter au moment de son départ.

Quant à vous, ma chère enfant, j’admire quels trésors de patience vous amassez, si vous voulez profiter de toutes les occasions que Dieu vous fournit. Tous vos projets contrariés, tous vos jours attristés par quelque souffrance, que de mérites pour le ciel ! Mais il faut pour cela une patience d’ange et je suis sûr que, quoique vous l’ayez, vous n’êtes pas fâchée d’entendre de temps en temps quelqu’un vous rappeler la pensée de la volonté de Dieu. En effet, il n’y a rien comme cette volonté divine, qui dispose tout pour notre plus grand bien, pourvu que nous nous en rapportions à elle. Mais  par moments, la pauvre nature n’y trouve guère son compte. Elle voudrait pouvoir se plaindre, se dérober, et Dieu lui ferme la bouche, sous peine de lui faire perdre le fruit de toutes ses douleurs.

Où en êtes-vous pour vos communions ? Et vos méditations, les faites-vous un peu sérieusement ? Adieu, ma chère fille. Si vous voulez m’écrire ici, vers le 10 octobre, je pourrai vous répondre assez facilement.

Tout à vous en Notre-Seigneur.

E. d’Alzon.

E. d’Alzon à Mme Louis de Giry, Nîmes, le 19 septembre 1851,

Lettres, d’après édit. P. Touveneraud, Rome, 1978, tome I, p. 85-86

Mme Louis de Giry, épouse de Louis (1812-1896) est née Constance de Roussy de Sales. Elle est une petite cousine d’Emmanuel d’Alzon. Leur fils unique, Maurice (1847-1870), élève au collège de l’Assomption, mourut à Rome en septembre 1870 aux combats de la Porta Pia.

(1)     Du 15 au 23 septembre se tinrent au grand séminaire de Nîmes la retraite pastorale annuelle et un synode diocésain.

(2)     La Chartreuse de Valbonne (Gard), fondée en 1204, désaffectée en 1792, a été rétablie en 1836 jusqu’en 1903. Elle fut un lieu de ressourcement et de récollection aimé du P. d’Alzon qui y conduisait volontiers élèves et professeurs du collège de l’Assomption. Un ancien chartreux de Valbonne devint  en 1880 assomptionniste, Thédore Defrance, tandis qu’un assomptionniste s’y faisait chartreux, le P. Athanase Malassigné.

(3)     Il s’agit de Jean-Eugène de Roussy de Sales (1787- ?), époux en 1823 d’Armadine de Castillon de Saint-Victor dont il eut 10 enfants. A ne pas confondre avec un parent,  Eugène de Roussy de Sales (1822-1915).

(4)     La suette est une forme atténuée de la malaria encore fréquente dans le Midi de la France au XIXème siècle tandis que la variole était un véritable fléau, peu à peu vaincu par la pratique de la vaccine trouvée par Jenner en 1796, obligatoire en Grande-Bretagne dès 1867, en France seulement en 1902.

(5)     Les frères de Constance se nomment : Emmanuel,  René, Louis, Henri et Joseph.

(6)     Mlle Pauline de Sales (1786-1852), dernière descendante du nom de la famille du saint évêque de Genève, a épousé en 1813 Félix-Léonard devenu marquis de Roussy en 1821 (1785-1857) qui fit une longue carrière administrative : sous-préfet d’Annecy sous le Premier Empire, puis préfet des Ardennes, de la Vendée, des Deux-Sèvres et des Hautes-Alpes sous la Restauration. Ils obtinrent  en 1857 de conserver la particule de Sales en la conjuguant avec celle de Roussy. La famille habitait le château de Thorens en Haute-Savoie, restaurée par Alexandrine de Sales. De cette alliance vient la parenté des Roussy et des de Sales, les d’Alzon étant de leur côté apparentés aux de Roussy.

(7)     Les sœurs de Constance se nomment : Nathalie, Elisabeth, Thérèse et Gabrielle.

Pour aller plus loin dans la réflexion et la recherche

Sur le P. d’Alzon, la famille Roussy de Sales et l’imprégnation salésienne :

Archives familiales des Roussy de Sales.

J.-P. Périer-Muzet, Le Père d’Alzon et la Visitation, dans A Travers la Province, février 1998, n° 140, p. 10-15.

Athanase Sage, Présence de saint François de Sales dans la spiritualité assomptioniste, dans L’Assomption et ses Œuvres, été 1967, n° 550, p. 20-21.

Il a existé un bulletin de l’œuvre de Saint François de Sales dans lequel le P. d’Alzon a publié quelques articles. Sur l’œuvre elle-même, le P. d’Alzon a écrit en 1855 une circulaire adressée aux évêques de France.

Pour une lecture personnalisée

● Quelles sont les racines familiales qui unissent les d’Alzon aux Roussy de Sales ?

● Comment le P. d’Alzon a-t-il marqué dans sa vie son attachement à l’héritage salésien ?

● As-tu quelque idée de traits salésiens dans la spiritualité assomptionniste ?

● Quelles œuvres traditionnelles à l’Assomption offrent-elles une parenté spirituelle avec ce que tu connais de la vie et de l’action de saint François de Sales ? Quel scolasticat A.A. a porté le patronyme de Saint François de Sales ?

 

 Page réalisée par D. Remiot

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