Eveil d’une vocation, E. d’Alzon (1829-1832)

© P. J.-P. P.-M, Rome, nov. 2009.

Parler de l’éveil de la vocation d’E. d’Alzon[1], événement qui s’est déroulé il y a quelque 180 ans pour ce qui regarde l’attrait sacerdotal, ne me semble pas, malgré l’éloignement dans le temps, un défi insoutenable, ceci pour plusieurs raisons :

° Tout d’abord nous possédons son témoignage personnel direct, grâce notamment à deux de ses lettres conservées, la première à son ami Luglien d’Esgrigny, écrite de Paris, en date du 24 janvier 1830[2], la seconde à son cousin Edmond d’Alzon, écrite de Lavagnac, en date du 10 juillet 1832. J’ai moi-même commis à ce sujet deux chapitres, l’un dans l’Anthologie alzonienne, t. I, chap. 3 : Genèse d’une vocation sacerdotale[3], l’autre dans l’Anthologie alzonienne tome II, chap. 5 : Le ressort d’une vocation sacerdotale[4]. Il me suffira dans un premier temps de les relire ici et de les commenter.

° La vocation sacerdotale d’E. d’Alzon appartient, au-delà de son expression personnelle, au vocabulaire biblique, évangélique, théologique typique qui recoupe parfaitement ce que l’on peut connaître dans l’histoire chrétienne comme processus possible de cheminement intérieur d’une âme. Ce sera un deuxième niveau de lecture du récit vocationnel d’E. d’Alzon : A.A.A. (appels, attraits, aptitudes).

° Environnement, médiations, contexte ecclésial et politique sont également à prendre en compte dans la lecture de ce document pour comprendre le parcours de vie d’un homme en son temps. Nous sommes dans la première partie du XIXème siècle, en France, sous la Restauration, dans le contexte concordataire et gallican.

° Les étapes d’un parcours personnel qui ont conduit E. d’Alzon au sacerdoce forment la trame d’un récit historique à purifier d’inévitables scories, mi-légendaires mi- hagiographiques  : plan d’études, plan de vie, conseils de direction et vie spirituelle, formation théologique au grand séminaire, choix d’un régime d’études autodidacte à Rome, réception des ordres.

 

1/ D’abord lecture des deux lettres.

On y retrouve bien les ‘ingrédients’ fondamentaux d’un éveil vocationnel, en plusieurs temps ou étapes :

* attrait du sacerdoce dès l’âge de l’adolescence (10-12 ans), désir perçu de façon fugitive et exprimé sous l’angle d’une ‘idée’ qui plaît, d’une grâce. Passivum divinum.

* concurrence d’une autre possibilité, celle d’une carrière militaire, désir contrarié par le milieu familial.

* retour du désir vocationnel exprimé cette fois sous la forme d’une décision, d’un engagement personnels : ‘me vouer à la défense de la religion’, ‘désir de défendre la religion’, expressions typiques de l’époque. Conséquences profondes : dégoût ou désenchantement pour les fonctions publiques (magistrature, politique), primat absolu du religieux, établissement d’une autre échelle de valeurs.

* influence sociale et service ecclésial : société malade, avenir obscur, monde agité, variable, incertain, désir de rupture d’avec le monde plutôt que d’établissement dans une fonction, une carrière, un emploi. Influencer la conscience morale de l’homme dans le choix ou le sens de l’Amour véritable.

* effacement d’un plan de carrière au bénéfice d’un plan de vie : ‘me consacrer à Dieu’, détachement et sacrifice, acceptation du joug. ‘m’attacher à quelque chose de fixe, d’immuable, de sûr’, une cause qui en vaut la peine.

* La coloration affective de ces passages et transformations est significative du parcours intérieur, réflexif, décisionnel, spirituel d’E. d’Alzon : désir et réflexion, attrait et décision, relativisation des perspectives humaines, alternance de phases d’enthousiasme et de répugnance, assurance dans la joie ‘don de l’Esprit’ et ‘signe d’atteinte de l’intimité de l’être’.

* Coloration éthique ou morale : passer de l’égoïsme envahissant à l’amour purifié ou épuré.

 

2/ Structure biblique et évangélique de la vocation sacerdotale d’Emmanuel d’Alzon.

En lisant ce témoignage personnel d’E. d’Alzon, on ne peut manquer d’être frappé par sa résonance biblique :

* la vocation est un appel (vocare) avant d’être un choix réflexif de conscience et de volonté humaine, qui s’exprime sous la forme d’un désir inspiré par Dieu devant lequel cèdent progressivement tous les obstacles ou toutes les alternatives pour faire place à l’engagement personnel, devant lequel les épreuves elles-mêmes, mûries dans la foi, vont être relues comme autant des signes (malaise au grand séminaire, affaire Lamennais, climat d’intrigues à Rome, confiance dans le oui donné à l’Eglise). Dieu appelle en vue d’une mission : ‘défendre la religion’, ‘se préparer par des études fortes’, ‘se consacrer à Dieu’

* L’engagement appelle toutes les ressources de la personne : grâce, réflexion, volonté, jugement, désir, discernement, clarification et simplification. L’appel de Dieu laisse l’homme libre de sa réponse : il peut y avoir acquiescement immédiat ou différé, hésitation, refus ou adhésion etc… Le premier signe de l’engagement d’une personne, c’est son désir de conversion et celui de conformer sa vie à la volonté de Dieu. D’Alzon dira subir une espèce de conversion le jour de la fête de saint Bernard en août 1830 et il fait de la recherche de la volonté de Dieu le leitmotiv de sa vie. En tout, E. d’Alzon va manifester une grande forme de liberté dans son engagement vers le sacerdoce.

* Mais parler d’appel de Dieu ne doit pas laisser croire que Dieu se manifeste directement. Il appelle toujours grâce à des médiations : des événements, des rencontres, des paroles lues ou entendues etc… Il est évident qu’il en fut de même pour d’Alzon, même s’il n’en parle pas, peu ou qu’indirectement, allusivement : la famille, le milieu intellectuel et engagé de la jeunesse parisienne autour de Bailly, l’attachement aux idéaux et aux combats affichés du prêtre Féli de Lamennais, l’adhésion aux doctrines ultramontaines face au courant gallican, la subordination des choix et préférences politiques à l’absolu divin, autant d’appels à engager sa vie, des signes de vie spirituelle forte (prière, participation aux sacrements) etc...

* Le cheminement de d’Alzon est lisible dans l’évolution des expression utilisées : choix d’une carrière, attrait du sacerdoce, d’un plan de formation à un plan de vie, sacrifice des liens, rupture d’établissements, portement du joug ou du poids (‘fardeau du sacerdoce’) obligations de l’état clérical. Evidemment au-delà de toute expression, il y a aussi le champ du mystère personnel, celui du dialogue de l’âme avec Dieu, toute vocation chrétienne, baptismale, à sa naissance étant suscitée, selon la foi, par l’Esprit Saint qui est à l’origine d’un appel à suivre le Christ. On a des repères chronologiques très sûrs pour fêter le bicentenaire d’une naissance physique (30 août 1810) ou spirituelle (baptême : 2 sept. 1810), mais cela devient plus difficile pour fixer la date de naissance d’une vocation sacerdotale dont la maturation s’étend sur plusieurs années! Et pourtant au plan des symboles et des significations, la deuxième date serait plus riche… La référence du calendrier devient alors la date d’ordination (Rome, 26 décembre 1834) qui est une forme d’aboutissement du chemin engagé. D’Alzon le sentait bien puisque déjà il préférait célébrer la date de son baptême à celle de son anniversaire.

Cet engagement d’E. d’Alzon dans la voie sacerdotale peut être également lu et interprété à travers la grille conciliaire de Vatican II avec la triple dimension baptismale du ministère consacré-prêtre qualifiée prophétique, royale et sacerdotale.

Prophétique, c’est l’aspect provocation, rupture.

Royale, c’est l’engagement définitif dans une mission confiée ou reçue en Eglise.

Sacerdotale, c’est l’aspect don de soi et don de sa vie, sans retour, pour l’évangélisation de sa propre vie (conversion) et des autres (salut des âmes), réalité que E. d’Alzon saura évoquer et approfondir plus tard comme religieux avec l’A.R.T. Ce sont là aussi les marques des trois naissances d’E. d’Alzon : naissance spirituelle (baptême), naissance vocationnelle, naissance ministérielle ou ecclésiale.

 

III. Environnement, médiations, contexte ecclésial et politique

* Le premier environnement qui compte pour un jeune, c’est celui de sa famille. Or nous connaissons très bien celle d’Emmanuel d’Alzon, notamment pour la période 1829-1832. C’est un milieu humain privilégié, composé de chrétiens-engagés, à partir d’un climat familial[5] équilibré et riche, uni, cultivé et parfaitement soudé. Depuis 1823, la famille d’Alzon (père Henri né en 1774, mère Jeanne-Clémence née en 1787, mariage en 1806, Emmanuel et ses deux sœurs Augustine 1813 et Marie-Françoise, 1819) vit à Paris, rue de Vaugirard par désir de regroupement (le vicomte est élu député, siège au Palais-Bourbon) et pour faciliter le parcours de formation scolaire d’Emmanuel (1823-1824 : collège Saint-Louis ; 1824-1828 : collège Stanislas ; 1828-1830 : faculté de droit place du Panthéon). Pas de dissension interne, au contraire une entente heureuse que semblent favoriser des moyens de vie importants, des relations sociales/publiques et des contacts d’influence, des pratiques et des convictions communes consenties (pratique religieuse, sentiments royalistes, loisirs de qualité). Emmanuel a été catéchisé à Saint-Thomas d’Aquin, communié et confirmé en juillet 1824 à Saint-Sulpice. Très tôt il s’est adonné à des pratiques apostoliques (ex. visite aux malades de l’Hôtel-Dieu, générosité envers les nécessiteux).

* Un deuxième type d’environnement qui marque le jeune E. d’Alzon parisien est celui de son milieu intellectuel ambiant, particulièrement choisi : c’est celui des conférences et réunions du cercle Bailly rue de l’Estrapade. Il y développe sens de l’amitié, apprentissage de la parole publique, échange des opinions, ouverture aux questions de société. C’est un domaine dans lequel il se sent parfaitement à l’aise, attentif et inventif.

* Pour d’autres aspects de sa vie et de sa vocation, on est renseigné parfois allusivement : lectures (livres, journaux, revues évoqués dans la correspondance), rencontres (qui, quand, où ?), direction spirituelle et intellectuelle (Lamennais), participation à la vie sacramentelle (prière, eucharistie, confession).

* Pour ce qui relève du contexte ecclésial, on ne peut dissimuler de forts contrastes quant aux milieux de la Restauration. Nous avons des témoignages éloquents et contradictoires entre une fraction de la jeunesse et du monde intellectuel éloignés et hostiles à l’influence religieuse, une reprise forte des ordinations (environ 2000 par an), une bourgeoise libérale détachée des dogmes et, au contraire, des masses rurales sociologiquement imprégnées des traditions chrétiennes. Les journées révolutionnaires de juillet 1830 sont marquées par un courant anticlérical très prononcé (abattage des croix, saccage d’églises, mauvais traitements et insultes à l’égard du clergé).

* Le contexte politique aussi change rapidement entre 1829 et 1832 : on sait les dérives gallicanes de l’alliance du trône et de l’autel sous Charles X, les maladresses de la monarchie, la percée des doctrines ultramontaines, la laïcisation rampante sous la monarchie de Juillet selon l’esprit de la Charte, la revendication des catholiques libéraux, l’opposition à mort entre royalistes légitimistes et orléanistes… L’épiscopat est encore fortement aristocratique, le clergé partagé pour ne pas dire divisé entre les ‘anciens’ en charge qui ont connu la Révolution, les schismes : anti-concordataires, constitutionnels plus ou moins réconciliés, les réfractaires, les gallicans, les ultramontains et les ‘plus jeunes’ qui ont le regard tendu vers l’avenir, vers Lamennais, vers Rome et les idées libérales… A l’époque de d’Alzon, ce n’était pas plus simple, plus apaisé ou plus tranquille que de nos jours entre tendances et sensibilités ecclésiales d’une part et opinions ou rivalités politiques d’autre part.

 

IV Quelques étapes significatives du parcours d’E. d’Alzon vers le sacerdoce.

On peut épingler quelques faits significatifs de son calendrier personnel :

1/ Une formation intellectuelle (scolaire) qui ne phagocyte pas les attentions d’une formation religieuse/spirituelle adaptée, ou en d’autres termes une bonne harmonie entre ‘animus et anima’ : première communion le jeudi 1 er juillet 1824 et confirmation le jeudi 8 juillet 1824, à Saint-Sulpice par Mgr de Quélen. On sait par la correspondance d’E. d’Alzon qu’il a toujours gardé le souci de pratiques ou d’engagements apostoliques à tout âge : à Paris, visite aux malades ; à Lavagnac, instruction religieuse aux valets entre 1830 et 1832 ; à Montpellier, durant son séminaire, catéchisation d’enfants. Même à l’intention des séminaristes de Montpellier, cette ferveur apostolique ne le quitte pas : création d’une Association du Sacré-Cœur (25 mars 1832), 3 mai 1833 Consécration à Jésus-Christ.

2/ Une soif de formation personnelle et d’ouverture aux attentes spirituelles des hommes de son temps, conjuguée à une piété forte :cela est déjà très manifeste depuis ses années de fin du secondaire (1826-1828) et ses années universitaires (1828-1830) : en octobre 1826, E. d’Alzon s’inscrit à la Congrégation mariale ; le 19 juin 1828, il s’agrège à l’Association pour la défense de la religion catholique ; en 1828 il devient membre de la Conférence religieuse des abbés de Salinis-de Scorbiac, des Bonnes Etudes, de la Société littéraire (11 nov.) ; en 1830 il participe à la diffusion de l’Agence générale pour la défense de la liberté religieuse (Lamennais).

3/ De mai 1830 à mars 1832, il accomplit une sorte de retraite prolongée à Lavagnac où la part des activités intellectuelles et spirituelles est particulièrement développée : lecture des auteurs classiques et ouvrages de théologie, de la Bible, de la Patrologie et exercices religieux quotidiens (messe, prière, confession). Temps de discernement pour sa vocation.

4/ Le mercredi 14 mars 1832, scène fameuse de son départ de Lavagnac pour son entrée au séminaire de Montpellier : « J’étais dans un bouleversement inconcevable » ! C’est le viens-suis-moi évangélique radical du jeune homme riche qui ne regarde pas en arrière, le pas décisif d’une kénose accomplie dans le sens d’une libération intérieure gratuite et totale. Cet engagement est suivi le lendemain, jeudi 15 mars 1832, par le franchissement des portes du grand séminaire : un jeune homme mûr, aristocrate distingué, redingote noire avec un large col au revers rouge, ce qui a frappé l’imaginaire de compagnons d’origine plutôt modeste, plus jeunes, qui sentent la morue ! Passage immédiat à l’habit clérical, la soutane. Le temps de séminaire fut un temps de grâce et d’épreuve : impressions, conviction, corrections chez E. d’Alzon à ce sujet...

5/ Samedi 16 juin 1832 : réception de la tonsure (chapelle de l’évêché ou du grand séminaire ?).

6/ Samedi1 er juin 1833 réception des quatre ordres mineurs (acolyte, portier, lecteur, exorciste) : chapelle du grand séminaire.

7/ novembre 1833-juin 1835 : théologie poursuivie à Rome. Embarquement à Marseille le mercredi 20 novembre ; arrivée à Rome le lundi 25 novembre à 23 h., sous la pluie. Logement chez les Minimes à partir de décembre.

8/ Samedi 29novembre- vendredi 26 décembre 1834 : retraite préparatoire à Sant’Eusebio chez les jésuites de Rome.

9/ Vendredi 12 décembre 1834 : signature du serment anti-mennaisien.

10/ Dimanche 14décembre 1834 : réception du sous-diaconat (chapelle privée d’Odescalchi)

11/ Samedi 20 décembre 1834 : réception du diaconat à la cathédrale Saint-Jean de Latran.

12/ Vendredi 26 décembre 1834 : réception du sacerdoce dans la chapelle privée du cardinal Carlo Odescalchi.

13/ Samedi 27 décembre 1834 : première messe à l’autel de la confession Saint-Pierre dans les cryptes vaticanes de la basilique.

14/ Mardi 19 mai 1835, départ de Rome. Dimanche 5 juillet : entrevue à Nîmes avec l’évêque de Mgr de Chaffoy.

15/ Samedi 14 novembre 1835 : installation provisoire à Nîmes chez son grand’oncle Liron d’Ayrolles, rue de l’Aspic n° 16.

 

Conclusion…

Il n’est jamais facile, même pour la personne concernée, de rendre compte de sa vocation sacerdotale ; a fortiori pour son entourage ou devant les mass-media. Emmanuel d’Alzon l’a tenté à plusieurs reprises dans sa correspondance, à l’endroit de quelques amis et parents. Il sait y faire la part des choses, celles des opinions, des convictions, de l’appel de la grâce et des réponses du cœur, de la volonté et de l’intelligence, mais aussi du mystère. Ce genre de vérité ou de questionnement lucide n’appartient légitimement qu’à la conscience. D’une certaine manière, la vocation sacerdotale d’Emmanuel d’Alzon semble plus éprouvée que celle d’i$un séminariste commun, déjà parce qu’elle fut mise en œuvre à l’age adulte. Ce qui ne lui a épargné ni les tiraillements intérieurs ni les incompréhensions de l’extérieur. Lorsque sa décision fut prise, il s’en ouvrit à sa famille, à quelques proches, consulta des prêtres et s’en remit à la grâce de Dieu. On sait que sa formation théologique fut un peu sui generis, d’une part sur les bancs du séminaire de Montpellier (mars 1832-juin 1833), puis en autodidacte étudiant en chambre à Rome avec l’appui de quelques amis théologiens, avec le complément temporaire de quelques cours au Collège Romain. C’est précisément à Rome qu’il vécut de l’intérieur le drame de l’affaire Lamennais et il en apprit sans doute par là plus sur les pratiques ecclésiastiques que dans les meilleurs traités d’ecclésiologie. Même un prêtre ‘libre’ s’engage par rapport à une institution dont tous les rouages n’ont pas été révélés dans les saintes Ecritures et dont tous les serviteurs ne sont pas élevés aux honneurs de la gloire du Bernin ! Mais une foi qui ne connaît pas le feu de l’épreuve peut-elle délivrer de futurs fruits d’engagement indestructible, de discernement travaillé et d’inventivité libératrice ? Emmanuel a fait le pas du sous-diaconat et du sacerdoce en toute connaissance de cause. Ne l’a-t-on pas obligeamment ‘invité’ à signer un formulaire anti-mennaisien ? N’est-il pas allé se faire ‘frotter’ un mois chez les Jésuites de Saint-Eusèbe, lui qui n’éprouvait pas beaucoup de sympathie pour l’école des ‘apprentis-pharisiens’ ? On peut en effet porter l’habit du moine et préparer dans son officine le venin du mensonge et de la calomnie. Il est dans le cœur d’Emmanuel une certitude qui ne faiblit jamais, celle d’avoir répondu sans détour à l’appel de Dieu, pour le service spirituel de l’homme : « Je suis convaincu avant tout que ce n’est pas en faisant ma volonté que je ferai celle de Dieu. Il y a bien des choses que je n’aurais pas faites, si je n’avais fait que ce que je voulais ». L’Eglise, malgré ses rides et ses faiblesses, n’est pas qu’une institution humaine. Elle passe les générations et les siècles non comme un empire terrestre qui connaît tôt ou tard son apogée et son déclin. Mais plutôt comme cette réalité permanente dans la vie d’un être qui a pris naissance un jour du temps pour être accompagné par son fondateur le Christ durant l’existence jusque dans l’éternité céleste. Prêtre pour l’éternité.

 

[1] Dans son cas précis, cette vocation a au moins trois composantes : ecclésiale (oui à l’Eglise), sacerdotale (oui à l’appel-mission) et religieuse (oui dans la consécration à vivre pour Dieu selon la forme des vœux), avec perspective d’approfondissement et de réponse graduelle. Pour les deux premières, engagement en 1834, pour la troisième, engagement à partir de 1845.

[2]Lettres du P. d’Alzon, t. A, Paris, B.P., 1923, pages 38-41.

[3]Anthologie alzonienne. Le Père Emmanuel d’Alzon par lui-même, t. I, Rome, 2003, pages 29- 32. Livre traduit en portugais, en anglais, en espagnol.

[4]Anthologie alzonienne. Le Père Emmanuel d’Alzon par lui-même, t. II, Rome, 2007, pages 25- 28. Livre traduit pour l’instant en anglais, en espagnol.

[5] C’est une fable éculée de répéter que la famille du P. d’Alzon a cherché à le dissuader d’un engagement ecclésial pour des raisons successorales (titre, lignée, fortune). Il est vrai que la maman d’E. d’Alzon et tel ou tel parent (la rumeur dit qu’un oncle aurait volontairement avantagé Emmanuel dans sa succession s’il avait renoncé) ont pu être dans un premier temps être chagrinés dans leurs projets humains par une telle perspective ; mais la conviction intime de sa mère, après avoir pesé le bien et le bonheur ultimes de son fils, fut bien d’accueillir et de faciliter sa démarche, après une période d’observation, non de le contrecarrer. Mme d’Alzon dit un jour : « Je sais qu’Emmanuel est perdu pour nous ».

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