Depuis
plus de soixante ans, lAssomption est présente à Athènes,
au service des catholiques latins, grecs, mais aussi philippins et francophones.
Au service aussi de loecuménisme. Cette présence discrète
se fait souvent dans des conditions difficiles.
A
quelque distance de lAcropole et du coeur historique dAthènes,
le quartier de Kypsali, dans le nord de la capitale, sest surtout développé
au lendemain de la deuxième guerre mondiale, lorsque de nombreux Grecs
ont quitté leurs îles pour les grandes agglomérations continentales
à la recherche dun emploi.
Dans lune des petites rues qui sillonnent le quartier, la rue Heptamissou:
au n° 32, une petite plaque discrète indique la paroisse catholique
Sainte-Thérèse de lEnfant-Jésus. En ce dimanche matin,
léglise, blanche et lumineuse, un peu en retrait, résonne
des chants de lassemblée. En grec, en anglais ou en français.
Selon les heures.
«
La communauté assomptionniste est établie ici depuis 1934, raconte
le curé actuel, le père Jean Gad. Pendant des années, les
pères ont assuré une messe dominicale dans une petite chapelle,
mais ce nest quen 1975 que nous sommes devenus une paroisse. Prioritairement
au service des catholiques grecs de rite latin, mais nous servons aussi de lieu
paroissial pour la communauté philippine, assez nombreuse à local,
ni chapelle. Nous leur avons ouvert notre maison et notre église. Nous
leur offrons aussi nos services, en dépit de nos différences linguistiques.
Eux sexpriment surtout en anglais, nous seulement en grec et en français.
Malgré tout, on se débrouille. Avec ou sans interprète.
»
Le père Alexandre Psaltis, le supérieur de la communauté, connaît aussi très bien la paroisse. Il en a été le premier curé. Toujours actif, toujours sur la brèche, toujours prêt à rendre service, il est, de ce fait, toujours sollicité. Pour transporter une personne malade ou âgée, pour aider une famille dans le besoin, pour écouter un jeune en recherche, pour collecter ou distribuer des vêtements ou de la nourriture, pour discuter avec un voisin orthodoxe. « Nous avons, témoigne la communauté, de bons rapports avec les prêtres de la paroisse orthodoxe toute proche, la paroisse Saint-Georges.Ainsi quavec un certain nombre de laïcs ouverts. »
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Dans certaines régions, il ny a pratiquement pas de problèmes. Comme à Corfou où larchevêque Mgr Antoine Varthalitis, assomptionniste lui aussi, se félicite des bonnes relations quil entretient avec le métropolite. Mais dans lensemble, la situation des catholiques grecs nest pas facile. Le récent pèlerinage du pape Jean-Paul II à Athènes au printemps dernier (4 et 5 mai) a montré combien était encore grand le fossé entre les deux Églises, orthodoxe (officielle, nationale, majoritaire) et catholique (minoritaire, pratiquement sans statut). Beaucoup de fidèles orthodoxes manifestent à légard des catholiques une hostilité évidente, parfois agressive. Car, comme la poliment et diplomatiquement expliqué au pape, dans son dis-cours daccueil, Mgr Christodoulos, archevêque dAthènes et de toute la Grèce, « notre peuple a amèrement remarqué que la puissante Église de Rome lavait renié dans les moments difficiles ; quelle avait fréquemment opprimé sa conscience ecclésiale; et quelle lavait traité injustement même à légard de ses problèmes nationaux. » La visite du pape et sa demande de pardon « pour toutes les occasions passées et présentes où les fils et les filles de lÉglise catholique ont péché par action et par omission contre leurs frères et soeurs orthodoxes » vont peut-être éclaircir lhorizon. |
Les débuts difficiles de l’Assomption en GrèceLa
mission dOrient fut lune des préoccupations principales
du père dAlzon. En 1863, il se rend à Constantinople
pour étudier le projet dun séminaire à lintention
des Bulgares de rite byzantin. En route il fait escale au Pirée.
Il souhaite linstallation de la congrégation en Grèce.
Une implantation sans cesse différée et reportée.
Pourtant des jeunes, originaires des îles (Syra, Tinos), vont se
former au petit séminaire de Kumkapi, dans la vieille ville de
Stamboul. La congrégation a toujours du mal à sétablir
en Grèce. Les autorités catholiques hésitent à
donner leur accord. Toutefois, deux religieux assomptionnistes, puis trois,
puis quatre assurent un service daumônerie auprès des
frères maristes, des frères des Écoles chrétiennes,
et des soeurs de Saint-Joseph. Finalement le 25 mai 1933, après
8 ans de tractations, Mgr Filipucci, archevêque dAthènes,
accorde la résidence aux assomptionnistes. Le 1er novembre 1934,
jour de la Toussaint, ils prennent possession de la maison, 32, rue Heptamissou.
Près de 70 ans après, les pères Augustin Roussos,
Jean Gad, et Alexandre Psaltis assurent lhéritage et lavenir.
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Car, constatait à regret il y a quelques mois le bureau de presse de larchevêché catholique dAthènes, « malgré le fait que ce qui unit lÉglise catholique et lÉglise orthodoxe est plus important que ce qui les divise, loecuménisme nexiste pas. »
Lunion des Églises, une illusion ou une utopie? Pour le Père Augustin Roussos, 73 ans, doyen de la communauté, il ne sagit ni dune illusion ni dune utopie, mais dune espérance, à laquelle, depuis des années, il sefforce avec ses frères de donner forme. Fidèle en cela à la grande tradition de lAssomption. Dès janvier 1936, deux ans à peine après leur arrivée à la rue Heptamissou, les premiers pères organisaient « loctave de prière pour lunité des Églises ». En janvier 1949, le père S. Salaville installe à Athènes le Centre détudes byzantines, très apprécié par les chercheurs et théologiens, aussi bien orthodoxes que catholiques. Faute de personnel, la bibliothèque a abandonné les lieux. Pour la Roumanie.

Mais le père
Roussos poursuit son combat avec la même ferveur. Grâce à
la « Fraternité doecuménisme spirituel » quil
a créée en 1972 avec une poignée de laïcs, catholiques
et orthodoxes. Riche des intuitions de labbé Couturier et des orientations
du Concile, il sest engagé sur la longue route de lunité.
Avec, pour moyen privilégié, la prière. Moins de 10 ans
après le 29 octobre 1981 , Mgr Nicolas Foscolos, archevêque
catholique,reconnaît
officiellement la Fraternité. Le père Augustin connaît la
modestie de son initiative, il en mesure aussi limportance: une eucharistie
et une rencontre hebdomadaires (à 10 ou 15 personnes), une réunion
mensuelle dune quarantaine de personnes; en janvier, une célébration
oeucuménique lors de la semaine Semaine de lUnité, préparée
et soutenue par la publication dun livret danimation spirituelle
(5000 exemplaires), distribué dans toutes les paroisses catholiques;
au printemps, deux pèlerinages-excursions dans des monastères
catholiques ou orthodoxes aux environs dAthènes.
Malgré tout, une question taraude le père Augustin Roussos (73
ans), le père Jean Gad (64 ans) et le Père Alexandre Psaltis (60
ans): qui prendra le relais? Les trois mousquetaires comptent sur la solidarité
assomptionniste. Le père Alexandre Le Borgne a récemment assuré
une présence de quelques mois auprès de la population francophone
dAthènes. Un religieux anglophone permettrait dêtre
plus actif auprès de la communauté philippine, jeune et dynamique.
Malgré la fatigue et parfois lisolement, ils poursuivent leur tâche.
Hardiment et avec confiance.
À peine 200 000 catholiquesLa Constitution grecque reconnaît et affirme que lÉglise orthodoxe en Grèce est la religion dominante dans le pays. Elle est donc officiellement présente dans toutes les sphères de la vie nationale. Dailleurs, pour beaucoup de Grecs, les deux termes « grec » et « orthodoxe » sont intimement liés. Ils estiment quil est quasi impossible dêtre vraiment grec, si lon nest pas orthodoxe. Doù une certaine discrimination à légard de citoyens hellènes dune autre confession ou religion. Notamment dans ladministration et larmée. « LÉglise orthodoxe orientale », Église officielle de lÉtat, compte environ 97% dune population de 11 millions dhabitants. Les musulmans sont près de 150 000, surtout vers la frontière avec la Turquie. On estime le nombre des catholiques à environ 200 000, dont à peine 40 à 50 000 dorigine grecque. Depuis quelques années, deux autres communautés, constituées démigrés, sont, en effet, venues sajouter à ce groupe. Principalement pour des raisons économiques : les Polonais (de 60 à 80 000), et les Philippins (près de 50 000). Dautres catholiques dorigine étrangère sont aussi établis définitivement en Grèce. Plus de 30 000. Il sagit surtout de femmes qui ont épousé un Grec, quand celui-ci était étudiant ou bien ouvrier hors de Grèce, dans un pays de lEurope ou dans un autre continent. Doù un certain nombre de mariages et de couples mixtes. |
Voir aussi la page sur Athène du site de la Mission d'Orient
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à partir d'un reportage de Bernard Jouanno |
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