SOKODÉ AU JOUR LE JOUR (OU PRESQUE)
CETTE ANNÉE, « LA PLUIE DES MANGUES », CELLE QUI VIENT NETTOYER LES MANGUES DES POUSSIÈRES DE
L’HARMATTAN, A TARDÉ… ELLE EST ENFIN ARRIVÉE. DISCRÈTE ICI, ABONDANTE AILLEURS, MAIS LAISSANT
DÉJÀ PRÉVOIR ICI ET LÀ CE QUE SERONT LES PISTES ET LES ROUTES DURANT LA VRAIE SAISON DES PLUIES.
UNE SAISON S’ACHÈVE, UNE SAISON COMMENCE ! PLACE DÉSORMAIS À LA CHALEUR DES NUITS, DES MATINS
ET DES JOURS…
Depuis le 14 février 2008, la communauté est à nouveau au complet.Avec un prêtre de plus. Roger Randriarinala est en effet revenu au bercail après deux mois à Madagascar où il a été ordonné le 22 décembre au milieu des siens. Jean-Paul Sagadou représentait la communauté de Sokodé. Dès son retour, Roger a été très sollicité. Tout le monde, religieuses en tête, voulait avoir la bénédiction du nouveau prêtre. Le 25 février, il a célébré une messe solennelle de prémices à la paroisse Notre-Dame de l’Assomption. Mgr Djoliba, l’évêque de Sokodé, a tenu à y être présent. Discrètement. Pour quelques invités (prêtres voisins, religieuses et orantes de l’Assomption…), la fête s’est poursuivie à la communauté par un repas pris en commun.
Au début de l’année 2008, deux jeunes « regardants » que la communauté connaissait depuis déjà quelque temps, ont, selon leur souhait, rejoint la communauté pour faire une expérience concrète de la vie religieuse assomptionniste. L’un, Marcel, est Togolais, 28 ans, il a entamé des études supérieures en philosophie. L’autre,Auguste, 32 ans, est Béninois, et a pendant plusieurs années vécu à Dakar où il a enseigné. Nous sommes donc 7 à faire communauté. De 6 nationalités différentes. Cinq religieux : 2 RD Congo, 1 Burkinabé, 1 Malgache, 1 Français ; et 2 « regardants » : un Togolais et un Béninois. Tout ce petit monde de cultures et de générations différentes essaye au jour le jour de mettre en forme le projet de l’Assomption en Afrique de l’Ouest. Le projet de l’Assomption en Afrique de l’Ouest
Et de fait, petit à petit, le projet prend corps.
En s’appuyant sur les trois axes donnés par
la Province de France et ses partenaires de
l’Afrique et de Madagascar : la paroisse et la
pastorale de terrain, les jeunes et les
médias… Tout ne va pas au même rythme.
Un certain nombre de choses demeurent
dans le flou. Mais disons pourtant que les
choses avancent.
La paroisseJean-Baptiste Katembo en a été nommé responsable et administrateur de la paroisse Notre-Dame de l’Assomption érigée le 21 octobre 2007. Sans être ses « vicaires », les autres religieux de la communauté lui donnent un sérieux coup de main. Pour les messes et les célébrations, pour les animations de groupes (chorales, groupes bibliques, jeunes, servants de messe, charismatique…), et pour lancer quelques initiatives « originales ».
C’est ainsi que pour clôturer la Semaine de prière pour l’unité, nous avons pu organiser au temple protestant de l’Eglise évangélique presbytérienne du Togo une célébration oecuménique. La quête organisée pour l’occasion a été donnée d’un commun accord à un institut de Sokodé pour aveugles et mal voyants. A l’occasion de cette célébration, émouvante à certains égards, des contacts ont été pris qui ont déjà eu des suites. Le pasteur est venu un soir avec sa jeune épouse partager très simplement le repas de la communauté. Les chorales, catholiques et
évangéliques, ont promis d’unir encore leurs voix sous la direction de leur unique « maître de chant ». Au début du Carême, nous avons aussi proposé aux chrétiens de la paroisse une matinée dominicale (de 7 heures à 14 heures) de retraite-formation. Sur le thème du prochain synode africain (octobre 2009) : « L’Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix ». La formule a beaucoup intéressé. Aussi bien les enfants que les jeunes et les adultes. Tous en redemandent. Comme le raconte Luc dans les premiers chapitres des « Actes », les chrétiens semblent se faire tous les jours plus nombreux à la paroisse. Chaque dimanche, il faut ajouter des bancs à l’extérieur de l’église pour accueillir les fidèles. Il est clair que la chapelle actuelle est bien trop petite, et que le besoin d’un nouveau lieu de culte se fera sentir de plus en plus. Mais pour le moment, les efforts visent surtout à créer une véritable communauté paroissiale, « vivante, viable et vivable », dynamique, fraternelle et missionnaire. Avec la confiance de l’évêque et l’engagement des uns et des autres, tout le monde s’y emploie.
Ayant jeté l’ancre au coeur d’un ensemble scolaire (le complexe
Assomption : plus de 2000 élèves de la maternelle à la
Terminale en quatre établissements), la communauté ne pouvait
ignorer la réalité de la jeunesse, par ailleurs très présente
et très active dans la paroisse. Jean-Paul donne des cours de
philosophie à l’ITC, Marcel et Auguste, les deux « regardants »
assurent des heures de formation humaine et spirituelle, René
Mihigo s’occupe de la chorale du lycée Sainte-Marie… et
connaît tout le monde. En outre, la porte des uns et des autres
est largement ouverte pour accueillir, guider, consoler, discerner,
orienter.
Mais beaucoup de jeunes de Sokodé fréquentent d’autres établissements.
Un grand nombre ont quitté leur village et leur
famille et doivent étudier dans des conditions souvent difficiles.
Il leur fallait un lieu de rencontre, de reconnaissance et
de rassemblement. D’où le projet imaginé par Jean-Paul d’une
aumônerie des jeunes de Sokodé, quels que soient les origines
ethniques, les appartenances religieuses (il y a beaucoup de
musulmans !) et les établissements. Avec patience et détermination,
il a su mobiliser quelques religieuses, prêtres, éducateurs
et lycéens, et les convaincre de la valeur et de la nécessité
d’une telle initiative. Mgr Djoliba a entendu l’appel et n’a
pas hésité à s’engager dans le projet au cours d’une messe
solennelle de lancement à laquelle ont participé plus de deux
mille jeunes. Et en confiant à Jean-Paul la responsabilité de
l’entreprise.
A pied ou en moto, en voiture ou par téléphone, Jean-Paul et ses collaborateurs mobilisent les jeunes, les invitent à se rencontrer, à s’organiser, à prendre la parole, à se parler. Ils ont déjà participé à plusieurs émissions de radio (sur la radio diocésaine Sainte-Thérèse) sur des thèmes variés : la vie des jeunes à Sokodé, les relations entre jeunes chrétiens et musulmans, la vocation et la vie religieuse… Ensemble, ils ont organisé des marches et des pèlerinages. En insistant beaucoup sur l’estime de l’autre, l’accueil et le respect des différences. La veille des Rameaux (Journée mondiale de la Jeunesse), la marche de quelques kilomètres à la sortie de Sokodé a permis des rencontres inédites et des échanges de qualité. Pour le moment, les réunions se tiennent à l’ombre des manguiers. Une « aumônerie » semble nécessaire. Mgr Djoliba en est d’accord. Une maison du diocèse, actuellement libre, pourrait convenir. Avec quelques travaux et aménagements. Affaire à suivre !
Il demeure plus flou. L’an dernier, Jean-Baptiste avait pris pied dans la radio diocésaine dont il avait d’ailleurs assuré une direction intérimaire pendant quelques mois. Cette année, il continue à intervenir comme commentateur de la Parole de Dieu. Les nominations sans doute de bonne foi de la part de l’évêque (mais sans échanges et consultations préalables) de Jean-Baptiste et de Bernard Jouanno à des postes de responsabilité dans la pastorale diocésaine des moyens de communication sociale n’ont pas facilité les passages de relais… Mais le chantier est ouvert.
Bernard Jouanno n’a pas pour autant délaissé son ancien
métier. Pratiquement chaque mois, il profite d’un voyage à
Lomé pour donner un coup de main à la réalisation de « Parole
de Vie », un petit frère africain de « Prions en Eglise », édité
par les soeurs de Saint-Augustin. Profitant du 150e anniversaire
des apparitions de la Vierge à Lourdes, il a aussi préparé
de quoi faire une petite plaquette sur le sujet… A paraître
peut-être bientôt. Devenu sans le vouloir correspondant du
diocèse pour le mensuel « Présence chrétienne » de la conférence
des évêques du Togo, il soumet régulièrement des
papiers à l’arbitraire d’une rédaction en chef distante et lointaine.
La formationSans être toujours explicitée, elle est aussi l’un des axes majeurs de notre présence. Dans la paroisse, dans les collèges et lycées, dans les aumôneries, à travers la radio et les publications. Dans l’accompagnement des deux « regardants » qui partagent notre vie communautaire, et de nombreux jeunes rencontrés. Et aussi lors de conférences, sessions et retraites qu’assure tel ou tel, mais tout particulièrement René Mihigo très sollicité par les congrégations féminines. Pour être encore plus « performant », il vient de suivre une formation spécialisée (AVP. Approche des voeux perpétuels) au centre « Mater Christi » (« Formation pour la vie religieuse en Afrique de l’Ouest ») à Bobo-Dioulasso (Burkina- Faso).
Comme vous le voyez, personne ne chôme. Et pour le moment, sur le plan santé, tout le monde tient le coup. Et s’adapte avec souplesse aux rigueurs nocturnes (!) de l’harmattan et aux pics de chaleur de la saison sèche. On ne peut pas en dire autant des véhicules qui, de panne en panne, nous oblige à des démarches impossibles tantôt pour faire une réparation, tantôt pour trouver une pièce « anodine » et pourtant introuvable à Sokodé, à Lomé, à Accra et au Nigeria. Ni des cuisiniers embauchés pourtant sur de bonnes recommandations, mais qui très vite font surtout preuve de leur incompétence. Plus délicates, les ruptures de stock de gaz-butane (monopole Total), sans raison ni préavis, qui peuvent durer plusieurs semaines, les délestages électriques (ni annoncés, ni excusés), les silences d’internet…
Au Burkina-Faso et dans quelques pays voisins, des manifestations populaires ont réagi à l’augmentation des prix des biens de première nécessité. Le Togo n’est pas épargné par la vie chère, mais est resté calme. Pourtant dans un contexte de pauvreté généralisée que le gouvernement lui-même reconnaît. « Un individu, affirme le communiqué du Conseil des ministres du 7 mars, est considéré comme pauvre s’il dispose d’un revenu annuel inférieur à 242 094 F CFA à Lomé, 156 115 F CFA dans la Région centrale… » (soit 210-220 euros). Sur ces bases, 77,7 % sont pauvres dans notre région. Et les produits alimentaires de base viennent d’augmenter de 33 %.
Les bonnes nouvelles sont peut-être à chercher du côté de l’Eglise du Togo qui, en six mois, vient d’accueillir trois nouveaux évêques (sur 7). Suite à des conflits et à des tensions internes, deux diocèses ont été vacants pendant près de deux ans. Le nouvel évêque d’Atakpamé, Mgr Nicodème Barrigah, sait très bien que son itinéraire et son expérience de diplomates dans des contextes difficiles (conseiller et secrétaire de nonciature au Rwanda, au Salvador, en Côte d’Ivoire et en Israël) pourront lui être bien utiles dans ses nouvelles responsabilités.
Bernard Jouanno