Saint-Augustin

J'espère ton royaume aujourd'hui

par Soeur Douceline

PORTE LE FARDEAU DE TON FRÈRE

Nous portons notre prochain dans notre marche vers Dieu...

La loi du Christ est amour et nous ne pouvons l'accomplir qu'à la condition de porter les fardeaux les uns des autres. « Sou­tenez-vous mutuellement avec douceur et patience, dit l'Apôtre, appliquez-vous à con­server l'unité de l'Esprit par ce lien qui est la paix » (Ép 4, 2).

Quand tu étais malade, ton prochain te portait; maintenant tu es guéri ; porte à ton tour ton prochain. «  Portez les fardeaux les uns des autres, c'est ainsi que vous accomplirez la loi du Christ. » Homme, c'est en agissant ainsi que tu vas parfaire ce qui te manquait. « Prends ton grabat et marche ! » L'ayant chargé sur toi, ne reste pas sur place: en route !

Aimer son prochain, le soutenir, c'est déjà se mettre en route. Vers quel lieu ?  Vers le Seigneur ton Dieu, vers celui que nous devons aimer « de tout notre cour, de toute notre âme, de tout notre esprit...   Nous ne sommes pas encore parvenus jusqu'au Sei­gneur, mais nous avons notre prochain avec nous.

Le Seigneur, en nous recommandant de nous aimer les uns les autres, a donné une très grande importance à ce précepte, le formulant ainsi : « A ceci tous vous reconnaî­tront pour mes disciples : à cet amour que vous aurez les uns pour les autres.  »

Or, un des devoirs de cet amour, c'est de porter mutuellement nos fardeaux. Ce devoir, qui n'est pas éternel, nous conduira à l'éter­nelle béatitude ; là nous n'aurons plus de fardeaux à porter pour nous entraider...

On raconte que lorsque les cerfs traversent un bras de mer en quête d'une île à pâturages, ils s'alignent de façon à poser les uns sur les autres le fardeau de leur tête avec leur charge de bois : celui qui est derrière allonge le cou et pose sa tête sur le dos de celui qui le pré­cède. Mais comme le chef de file n'a pas où reposer sa tête, on dit qu'ils le remplacent tour à tour. Quand il est fatigué, il passe en queue, en cédant ainsi sa place à celui qui le suivait quand il ouvrait la marche.

Ainsi, portant les fardeaux les uns des autres, ils traversent le bras de mer et par­viennent à la terre ferme.

Q 83.71.1.

 

Il ne faut refuser l'amitié de personne

«  Que chacun par l'humilité estime les autres supérieurs à soi... » (Ph 2, 3).

Cette estime du prochain ne doit pas être une simple apparence : nous devons croire réellement qu'il peut y avoir en autrui quelque chose de caché par quoi il nous est supérieur, même si nous imaginons posséder des qualités évidentes.

Ces pensées qui répriment l'orgueil et stimulent la charité font que des frères por­tent les fardeaux les uns des autres non seule­ment avec sérénité, mais vraiment de bon cour.

Quand il s'agit de porter un jugement sur un inconnu, ne jugeons jamais : car on ne connaît un homme que par l'amitié. C'est pourquoi, d'ailleurs, nous avons plus de courage à sup­porter les défauts de nos amis : parce que leurs qualités nous réjouissent et nous charment.

Il ne faut refuser l'amitié de personne. A celui qui veut lier amitié avec nous, non qu'il faille aussitôt ouvrir les bras, mais agir de façon à pouvoir l'accueillir.

On peut regarder comme un ami celui à qui nous osons confier nos projets.

   Et si quelqu'un désirant notre amitié n'ose pas s'avancer, intimidé par notre rang et la considération dont nous sommes entouré, nous devons descendre jusqu'à lui et lui offrir cordialement et humblement ce qu'il n'ose pas demander...                                                                                                                

Voilà donc la loi du Christ, c'est que nous portions les fardeaux les uns des autres. Si nous aimons le Christ, nous supporterons facilement les faiblesses du prochain, même si nous ne l'aimons pas encore pour le bien qui est en lui... Ne pas aimer le Christ, ce n'est plus une faiblesse, c'est la mort. C'est pourquoi veillons avec soin, en implorant la miséricorde de Dieu, à ne pas négliger le Christ à cause de notre frère qui est faible, nous qui devons aimer ce frère à cause du Christ...                                        

Q 83.71.5-6-7.

 

Si votre frère est faible...

Il faut d'une certaine façon participer au mal dont on veut délivrer le prochain, non pas pour le partager avec lui, mais pour l'aider : on se baisse pour relever celui qui est par terre, on lui tend la main, on ne se laisse pas tomber, on se baisse seulement et on relève celui qui est tombé.

Rien ne peut nous inciter davantage à nous soutenir mutuellement comme la pensée de tout ce que le Seigneur a enduré pour nous : « Ayez entre vous les mêmes sentiments qui furent dans le Christ Jésus : lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu... » (Ph 2, 5-6)... L'Apôtre a voulu nous montrer que le Seigneur, le Verbe fait chair qui a habité parmi nous, tout en étant sans péché, a cependant porté les nôtres : il n'a pas regardé son propre intérêt, mais le nôtre. Nous aussi, nous devons, à son exemple, porter généreusement nos far­deaux respectifs.

A cette pensée s'en ajoute une autre ; c'est que le Fils de Dieu a assumé la nature humaine, tandis que nous, nous sommes tout simplement des hommes. Nous devons donc penser que telle faiblesse de l'esprit ou du corps que nous voyons chez un frère, nous aurions pu ou nous pourrions l'avoir. Si donc notre frère est faible, soutenons-le et agissons envers lui comme nous voudrions qu'il agisse à notre égard si nous étions à sa place et lui à la nôtre...

Q 83.71. 2-3-4.

Ne laisse pas en arrière ton compagnon de route

    Ceux qui marchent vite doivent songer à ceux qui marchent plus lentement.

    Quand deux hommes font route ensemble, celui qui a un rythme de marche plus rapide, qu'il s'arrange pour régler son pas sur celui de son compagnon, car celui-ci ne peut en faire autant.

Si le premier suit son rythme propre, l'autre ne saurait le suivre. Il est donc néces­saire que le plus leste modère sa vitesse pour ne pas laisser son compagnon derrière lui.

PS 90(2).1.

 

Que chacune de vous fasse ce qu'elle peut ; ce que l'une n'arrive pas à faire, elle le fait dans l'autre qui le peut si elle aime en elle ce que ses propres forces ne lui permettent pas d'accomplir. Que celle qui a moins de force ne gêne pas celle qui peut davantage, et que celle-ci n'accable pas une autre, plus faible.

Vous devez votre conscience à Dieu ; entre vous, vous ne vous devez rien si ce n'est de vous aimer les uns les autres.

        L 130.31.

Quand nous marchons, l'un va plus lente­ment, l'autre plus vite ; tous deux avancent cependant.

Il faut donc stimuler ceux qui s'arrêtent, rappeler ceux qui rebroussent chemin, rame­ner ceux qui s'égarent, exhorter les retarda­taires, emboîter le pas à ceux qui marchent rapidement...

S Denis 18.1.

 

On pèche de deux manières contre un homme : quand on lui fait du tort, et en ne l'aidant pas quand on le peut.

ME 1.26.50.

 

Si quelqu'un veut être mon serviteur, qu'il me suive...         

   «  Ce que vous avez fait pour l'un des plus petits de mes frères, vous l'avez fait pour moi... »

C'est en raison de ce dévouement qu'il a voulu se faire et s'appeler notre serviteur : « Le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie pour la multitude. »

Chacun de nous est donc serviteur du Christ, par ce qu'il a fait pour être notre serviteur.

Frères, quand vous entendez cette parole du Christ : « Là où je suis, là sera aussi mon serviteur », ne croyez pas qu'elle s'adresse seulement aux bons évêques et clercs. Soyez tous les serviteurs du Christ, chacun selon son pouvoir : en vivant bien, en secourant les indigents, en faisant connaître le nom et la doctrine de Jésus Christ  et que chaque père de famille comprenne que ce nom de serviteur l'engage à une profonde affection pour son foyer...

JN 51.12-13.

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