Ceux qui ont pris la route
Claudio - Au service de la Parole
Le 24 novembre 2001, à Florence, le frère Claudio Molteni a été ordonné prêtre. « Suivre Jésus Christ, répond-il afin d’expliciter le début de son parcours, était une manière pour moi de donner une valeur suprême à ma vie et à celle des autres ». Par un jeu de questions réponses, il donne les raisons d’un tel choix de vie et de service.
Claudio, d’où vient ta décision de demander le presbytérat?
Je pense qu’à l’origine de mon chemin humain et spirituel, il y a une grande passion pour la vie. J’ai toujours cultivé la confiance et l’espoir de pouvoir contribuer, avec mes limites, à construire un monde fondé sur des valeurs de fraternité, de justice, d’accueil des autres et d’engagement vers les derniers, de partage des biens matériels et spirituels. Dans le bien commun je retrouve mon bien personnel.
À travers quelles étapes es-tu passé?
La paroisse de Sacconago à été le premier lieu où j’ai cultivé mes idéaux de jeunesse. J’étais attiré par des grandes figures comme Gandhi, Martin Luther King, Mère Teresa de Calcutta. Toutefois il y avait un modèle qui dépassait tous les autres: Jésus Christ. Suivre Jésus était une manière de donner une valeur suprême à ma vie et à celle des autres.
Y a-t-il des personnes qui ont marqué ta « sequela Christi »?
Après le départ de l’abbé Mirko, qui avait marqué positivement mon premier cheminement, Celeste Pianezze m’avait invité pour me demander si j’étais d’accord de faire un choix de vie au service des plus pauvres. « Voilà un choix qui valait la peine d’être fait! », me disais-je. Il a fallu un peu de temps pour mûrir la décision et après quelques mois j’ai rejoint Celeste à Induno Olona. Nous y avons passé plusieurs années avec des jeunes prisonniers de la drogue, des malades mentaux et des jeunes abandonnés. Malgré les difficultés et les sacrifices, personne n’aurait pu m’éloigner de ce choix… sauf le Seigneur !
Des crises, des difficultés?
La première crise a été le choix de Celeste de s’orienter vers la vie religieuse. Son choix mettait en discussion mon propre futur puisque, tout seul, J’ai demandé l’aide à un père jésuite, Virginio Spicacci, qui m’a invité à passer un peu de temps dans une communauté à Nerviano, où il proposait à des jeunes en discernement la possibilité de vivre ensemble et de travailler, sous sa direction spirituelle. J’ai compris progressivement que le Seigneur ne m’avait pas abandonné, au contraire. Il m’invitait non pas « à faire » des choses pour avoir des mérites, mes mérites, mais à me laisser aimer par Lui. On ne possède pas la capacité d’aimer, on peut seulement l’accueillir et la transmettre. L’accueillir signifie reconnaître sa propre pauvreté. Qu’il est difficile de reconnaître sa pauvreté !
Est-ce que tu travaillais, entre temps?
J’ai continué à travailler, en utilisant mon diplôme d’infirmier professionnel. Un ami, médecin, m’avait en effet proposé de soigner les malades du sida, à domicile, dans leurs derniers mois de vie. C’était au début des années 90. Plusieurs jeunes, touchés par la maladie, ne trouvaient pas de places dans les hôpitaux. Avec ce médecin, Massimo, nous avons choisi de travailler seulement quatre heures par jour et de consacrer le reste du temps, nuit comprise, au service des malades. Ce fut une expérience inoubliable. Un vis-à-vis avec la mort, non seulement physique mais aussi intérieur. Que peut-on dire
à quelqu’un qui est en train de mourir ? Les limites humaines et professionnelles sont vite mises en évidence. Ce qui m’a frappé ce fut de voir ces jeunes, souvent des squelettes, qui nous remerciaient continuellement et qui se préoccupaient de notre propre état de santé. Devant ces malades j’ai fait l’expérience d’être servi. Luigi, Pierangelo, Gianni, Speranza, Claudio, Gilberto, Antonella… J’étais tellement saisi par cette expérience que je ne voyais rien d’autre de plus important pour ma vie. Mais le Seigneur guettait…!
De quelle manière?
Une maladie. Une mauvaise hépatite m’a obligé à abandonner tout ce que j’étais en train de
faire. Pourquoi? Brouillard. Lentement je me suis rendu compte que le Seigneur m’appelait à accomplir des nouveaux pas. Jusque là il m’avait demandé de soigner le corps de mes frères. Il fallait soigner aussi les blessures intérieures de l’homme, les solitudes, les pauvretés invisibles aux yeux. Dans ces profondeurs il y avait seulement une Parole qui pouvait arriver: la Parole du
Seigneur. J’ai décidé de partager la vie des Augustins de l’Assomption. J’ai commencé mon chemin en 1994 et progressivement le chemin dans le choix de la vie consacrée est devenu toujours plus clair jusqu’au choix définitif en 1998. Je viens de recevoir le sacerdoce le 24 novembre 2001! Un don de plus à restituer à mes frères. Le sida, grâce à la tri-thérapie, fait maintenant moins de victimes parmi les malades européens. Il reste une grande nécessité d’annoncer à l’homme une Parole qui n’est pas comme les autres. Une Parole qui accomplit ce qu’elle dit, surtout là où il n’y a plus rien à dire, où personne n’est plus capable de faire quelque chose pour nous.