Ceux qui ont pris la route
Fabien - «Marchons»
Fabien ne connaît pas les chemins par lesquels sa vocation va le mener. Mais il est bien décidé à avancer – avec les jeunes d’abord – et à témoigner que le Christ accompagne chacun dans sa randonnée de la vie.
« Si je devais choisir un mot pour parler de ma vocation et de mon ministère, je parlerais d’un marcheur, je ne suis pourtant pas un sportif. Un marcheur par définition avance, ne reste pas là où il est, et donc il grandit. La marche pour être intéressante se pratique à plusieurs, cela évite de se perdre et permet de découvrir de nouveaux horizons ensemble. Pourtant le marcheur apprécie de se retrouver seul de temps en temps.
Une enfance en Belgique
J’ai passé la plus grande partie de mon enfance et adolescence chez les oblates de l’Assomption, à Froyennes en Belgique. J’aime dire, que je leur dois d’être ce que je suis aujourd’hui, un homme debout, plein de vie, entier, avec un caractère bien trempé (trop pour certains), par contre, je ne leur dois pas d’être assomptionniste. Ce n’est qu’une demi-vérité, car c’est sans doute grâce à leur témoignage que j’ai demandé le baptême à l’âge de 18 ans. C’est un assomptionniste, le père Marie-Gérard Hirn, qui m’a baptisé. Rien alors ne me laissait penser à la vie religieuse. Je poursuivais mes études de menuiserie à Tournai en Belgique. Pendant ce temps, je travaillais dans des restaurants. C’est la période où j’ai appris à marcher seul. Travailler dès l’âge de 14 ans, ça forge le caractère et ça arrondit les fins de mois quand on est jeune étudiant et que les seuls revenus sont ceux de l’aide sociale. J’ai alors découvert dans cette marche ce qu’est que le monde du travail et combien, pour s’en sortir, il fallait compter sur soi. Et sur soi.
Que vais-je faire de ma vie?
Et puis tout est allé très vite, je termine mes études tant bien que mal, en retard dans mes travaux pour les examens, déjà. Une question surgit subitement, Plus moyen d’avancer tant elle se fait présente: Que vais-je faire de ma vie? Je finis par en parler à ma marraine, une oblate de l’Assomption qui me renvoie vers le père Marie-Gérard, le supérieur de la communauté de Lille qui accueille des jeunes en discernement. Une nouvelle marche commence. Je pars pour la France avec, pour tout bagage, mon diplôme de menuisier en poche. J’ai la chance de trouver tout de suite du travail dans mon domaine et je partage la vie de la communauté. Enfin, façon de parler: je pars le matin et je rentre le soir. N’est-ce pas la condition de vie de beaucoup de familles en France? Mais cela me permet de commencer à y voir plus clair sur mes questions. Dans la partie où l’on marche à plusieurs, il y en a toujours un qui voit ce que l’autre ne voit pas. C’est dans cette période que je découvre les assomptionnistes. Je suis attiré par leur ouverture leur sens du concret, quand je rentre de mon atelier de menuiserie, je n’ai pas l’impression d’atterrir sur un nuage. Je viens de rencontrer une congrégation jeune et dynamique. Pour ce qui est de jeunesse, j’ai appris à relativiser. Pendant ce temps, je m’investis chez les Scouts de France. C’est là que se dévoile ma passion pour les questions liées à l’éducation. J’accompagne alors des jeunes adolescents dans leur marche, avec leurs questions, leurs coups de gueules, leurs joies, enfin tout ce qui fait la vie des ados. Il paraît que c’est un âge difficile: je préfère dire que c’est un âge passionnant car les ados veulent toujours aller plus loin, pousser les limites. N’est-ce pas ce que fait un marcheur? En marchant avec eux, nous avons découvert, chacun selon ses besoins, de nouveaux horizons.
Lille, Sceaux, Cachan, Denfert
Deux années passent, les assomptionnistes me plaisent et j’y vois plus clair sur ma vie. Elle sera au service de Dieu et de l’Église dans cette congrégation. Je demande alors le postulat, avec l’idée de travailler à mi-temps pour prendre plus de temps en communauté. Et bien sûr, comme en randonnée quelquefois, les chemins ne sont pas comme sur les cartes. Le supérieur me demande d’arrêter mon travail pour commencer des études au séminaire interdiocésain de Lille. Je découvre encore un autre monde. Passionnant. C’est cette fois, ma fibre pastorale qui se réveille. Je m’y fais de bons amis, et je découvre les réalités très diversifiées de l’Église de France. La formation qui y est dispensée est très pastorale, on ne s’y ennuie pas. Pour des questions de commodité, je fais deux ans de postulat, histoire de finir mon premier cycle au séminaire. Viennent le noviciat à Sceaux, en banlieue parisienne et la première nomination à Cachan, dans une communauté qui accueille des étudiants en discernement, comme à Lille. Expérience intéressante, si ce n’est que les horaires des étudiants ne sont pas vraiment les mêmes que les miens et les nuits parfois courtes. J’ai repris mes études au séminaire interdiocésain d’Issy-les-Moulineaux. Les Scouts de France me remettent la main dessus dès ma sortie du noviciat. Il n’a pas fallu insister beaucoup. Trois ans passent et me voilà depuis deux ans à la communauté de Denfert-Rochereau à Paris. J’ai fait mes voeux perpétuels en novembre 2001 et ai été ordonné diacre en octobre 2002.
Marcher avec les jeunes
Depuis ma sortie du noviciat, je n’ai cessé de travailler avec des jeunes, chez les Scouts d’abord et en collège-lycée ensuite. Je suis marqué par la solitude des jeunes, le silence qui règne autour d’eux, à commencer dans leur famille. Dans l’établissement scolaire où je suis, je suis connu pour arpenter les couloirs et la cour de récréation. Marcher, toujours marcher avec les jeunes, être à l’écoute, se taire et témoigner auprès de chacun que le Christ marche avec eux, même quand ils ont l’impression d’être seuls. Voilà comment je conçois mon ministère. Je ne sais pas où cela va me conduire mais dans tous les cas, il y a toujours des nouveaux chemins à parcourir avec de nouvelles rencontres à faire et de nouveaux horizons à contempler.