Ceux qui ont pris la route

Pierre Tran Van H.

Aujourd’hui en communauté à Ho Chi Minh-Ville, au Vietnam, Pierre retrace les principales étapes de son parcours. Des rizières de son enfance à l’ordination cette année.

Il y a deux ans, j’ai suivi une retraite de six jours à l’occasion de la préparation des vœux définitifs. J’étais accompagné par un prêtre qui m’a proposé chaque jour pour ma méditation des textes de la Bible. Ces textes parlaient de la Création, de la libération du peuple hébreu d’Égypte, de l’Alliance, de la promesse, et de l’Amour de Dieu pour ses créatures. Pendant les trois premiers jours, j’e les ai lus d’une façon trop spéculative. Je les ai répétés tant de fois que je les connaissais par cœur. Pourtant, les images, les personnages, et Dieu même, ne me touchaient pas. Le quatrième jour, mon accompagnateur m’a posé deux questions : « Qu’est ce que tu veux vraiment chercher ? Qu’est-ce que tu désires vraiment ? ». J’ai réfléchi et réfléchi encore, jour et nuit, à ces deux questions qui m’ont hanté. Un matin, après avoir discuté avec mon accompagnateur, je suis descendu dans la chapelle. Je me suis assis à côté d’une fenêtre légèrement ouverte. Un souffle léger entrait par l’ouverture de la fenêtre. Je me sentais vraiment bien. Soudain, une voix m’a dit : « Pierre m’aimes-tu ? ». C’était une voix douce et familiale. « Pierre m’aimes-tu ? ». J’ai répondu : « Oui, Seigneur, je t’aime. ». Une paix, une joie, et une sérénité se sont emparées de moi depuis ce moment.

L’appel retentit dans notre histoire

Parler de sa vocation, c’est parler d’un appel de quelqu’un pour quelque chose. Au plus intime de soi-même. Cet appel habite en nous, et il suscite en nous une réponse, sans cesse. Mais nous ne l’entendons pas souvent. Car il est trop faible. C’est un nous désirons faire du bien, lorsque nous désirons être saint. Nous ne l’entendons qu’en désirant la perfection, la charité, et la responsabilité. Nous ne l’entendons qu’en aimant Dieu et le prochain. Cet appel ne vient pas de l’extraterrestre ! Il a retenti dans notre histoire personnelle, notre famille, notre pays. J’étais un gardien de buffles, un paysan, travaillant dans les rizières. Chaque jour, au coucher du soleil, j’entendais sonner la cloche de l’église de mon village. Elle sonnait l’heure du retour en famille pour le repas et, après le dîner, la cloche sonnait encore une fois pour rappeler tout monde à venir prier ensemble. Ce rythme paisible du quotidien a marqué mon enfance. Je désirais être prêtre. Aujourd’hui, je rends grâce pour l’ordination reçue en juillet.

Dieu n’abandonne jamais les siens

Je reconnais tout au long de ma route que l’Esprit m’a guidé et m’a ouvert le chemin. Né dans une famille pauvre, je pensais que je ne pourrais jamais aller en ville pour suivre des études. J’ai obtenu une modeste bourse après un an vécu dans les difficultés financières. Dieu n’abandonne jamais les siens nous dit la Bible. Mes études terminées, j’ai un moment hésité sur mon avenir ; mais j’ai finalement décidé de répondre à l’appel entendu dans le temps de l’enfance. Un murmure mystérieux me poursuivait et me demandait de lui consacrer toute ma personne pour son service et celui de mes prochains. Aujourd’hui je suis engagé dans la congrégation des assomptionnistes. C’est pour moi, une providence, une préparation de Dieu pour éclairer mon chemin.

La vie religieuse n’est pas monotone

Aucune vocation n’est meilleure qu’une autre. L’important, c’est de l’aimer à la passion. Et il est aussi important de répondre de manière lucide à cet appel. Être religieux ou prêtre, c’est se laisser « assimiler » au Christ. C’est être attentif, comme lui, aux événements du monde. Suivre le Christ, c’est promouvoir la justice, se dépouiller pour les plus petits. Suivre le Christ, c’est travailler comme lui : monter à Jérusalem pour mourir à cause de la justice, descendre en Galilée pour annoncer la Bonne Nouvelle au monde. Suivre le Christ, c’est visiter les veuves, les orphelins, c’est manger avec les pécheurs. Le choix d’être religieux ou d’être prêtre n’a pas de sens si je ne cherche que mon propre bonheur ! Malheureux suis-je, si je ne défends pas les petits, si je suis indifférent devant la misère du peuple. Notre engagement définitif dans la vie religieuse n’est jamais monotone. Mais il faut être conscient de sa propre faiblesse. Le religieux doit sans cesse s’appuyer sur le Christ en méditant sa parole, et en imitant sa vie.

Je me promène avec le Christ

Personnellement, j’aime bien, au moment de l’oraison, me promener avec le Christ à travers la Palestine. C’est-à-dire que toute la vie terrestre de Jésus Christ, et toute sa personne se passe comme si j’étais avec Lui au moment même. Je n’ai pas une prière particulière. Ma prière est toute la vie du Christ, toute sa personne qui se déplace dans le Nouveau Testament. Ma prière est tout ce que Jésus a fait : faire la volonté du Père, être solidaire des pauvres, promouvoir la justice, dire une parole d’espérance. Le Christ est vivant. Il actualise ce qu’il a déjà fait à travers nos actes charitables, à travers nos actes désintéressés et nos ardeurs.

 

 Webmestre: D. Remiot
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