Ceux qui ont pris la route

Nicolas - Tous les chemins du monde

Depuis qu’il est enfant, Nicolas a beaucoup voyagé à travers le monde. Mais depuis son premier engagement en 1999, c’est avec la famille assomptionniste qu’il a décidé de continuer le périple de sa vie.

« La vie est un chemin, dit-on, avec des paysages… à traverser. La mienne commence par une succession de voyages au gré des déménagements familiaux. Né au Canada où j’esquisse tout juste mes premiers pas, je commence à nouer mes chaussures dans une maternelle de Vienne, en Autriche; j’apprends à lire et à écrire dans une école primaire de l’Ouest parisien; et je conquiers mon indépendance de «teen-ager» (adolescent) dans un établissement français à Washington. Outre des traces indélébiles sur les passeports, ces voyages familiaux nous donnent le goût des dépaysements prolongés. De retour en France, j’enfile lycée, bac et études supérieures pour me retrouver avec un diplôme d’école de commerce en poche: à l’assaut des vastes horizons du monde. Mais dans les virages de cette route, en apparence toute tracée, une question tourne et retourne mon intérieur insatisfait: qu’est-ce que je vais faire de ma vie?

Deux ans dans la brousse au Burkina

Mon départ en coopération au Burkina-Faso répond alors à ma terrible soif de découvertes: je veux m’imprégner de la complexité d’une vie radicalement différente, m’y attacher. Pendant deux ans, j’enseigne l’anglais à des collégiens, logeant et mangeant au coté de religieux burkinabé. J’ai aimé faire de ce quotidien de sueur sur les copies, de bière de mil sous le karité (1) , de discussions dans la cours, une vie «intra» ordinaire. La brousse qui porte les cultures de mil, les vélos qui slaloment à Ouagadougou en sont des souvenirs d’une merveilleuse banalité. Et dans cet attachement au mystère d’un pays qui n’est pas le mien, j’ai même trouvé de nouvelles couleurs à la France: saisissant combien je n’étais pas burkinabé, mais français, et curieux des visages qui m’accueillent.

Un an avec les «frères de galère» du Je sers

Me revoilà donc sur Paris. Je rêve d’un autre «pont entre les hommes»: entre la finance et la précarité cette fois. Pour commencer mon premier boulot, je me fais alors accueillir sur le bateau «Je sers » à Conflans Sainte-Honorine (Yvelines) avec d’autres compagnons qui ne savent trop où aller. Mais les dossiers clients me quittent au bout de six mois. Je dispose enfin de temps pour retrouver ceux avec qui j’habite et partager au quotidien les soucis, les espoirs, les questions. Assurément Dieu m’accompagne partout où je vais, mais pour aller où? Avec Lui, l’avenir est large! Pendant un an, chaque fois que je me demande ce que je fais ici, s’impose cette unique certitude: je ne vois pas d’«ailleurs» où je pourrais être. Au coude à coude avec des frères de galère en recherche comme moi d’un horizon qui se débloque, je découvre peu à peu que je suis là pour aimer ceux avec qui je vis. D’un amour qui veut des actes. La route toute tracée et les bifurcations trouvent ici le cadre des paysages à venir. J’ai besoin de me laisser déranger par le monde qui souffre pour découvrir ce qui me sépare de Dieu et j’ai besoin de frères avec qui construire l’humanité qui nous rapproche de Lui. Ces frères, je crois les trouver à l’Assomption.

L’Assomption, un hasard et une nécessité

Mon engagement surgissait comme une surprise et une évidence pour habiter le lieu du repos de mon cœur: une affaire de hasard et de nécessité. D’autres chemins auraient pu me combler: j’aime le travail, j’aime la vie de famille… Mais c’est la vie de communauté qui m’a surpris la première. Dans mon désir de suivre le Christ tous azimuts, l’Assomption est arrivée par hasard. Elle comblait ce que je découvrais comme une respiration vitale. J’étais heureux de me lever chaque jour avec des frères pour prier, d’imaginer des projets pour l’Église et le monde, de faire la fête et d’inviter des amis. L’Assomption, c’était aussi la nécessité d’un bonheur dont je tenais le bout. J’ai alors continué ce bout de chemin vers de nouveaux paysages. Voyage en plaine d’Alsace, douillettement installé entre les Vosges et le Rhin; voyage au pays de la théologie en questionnant les tréfonds de mon existence ; voyage aux visages de Malaisie, de Grèce, de Roumanie, de Vietnam, aux côtés d’étudiants et de frères enracinés ailleurs. Et j’ai goûté cette ouverture communautaire qui fait se rencontrer des personnes si différentes. Ce paysage humain, parfois un peu compliqué et pas très coordonné, voilà ce que j’aime à l’Assomption. Il fait le charme de notre famille… Une famille qui voudrait être aussi la vôtre.»

(1) arbre d’Afrique

 

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