Ceux qui ont pris la route
Pierre Tran Van K. - Un enfant de la paix
Depuis sept ans, le souriant Vietnamien se prépare patiemment par des études à l’Institut catholique de Paris et en partageant la vie des frères français à repartir dans son pays, pour y fonder une nouvelle communauté des Augustins de l’Assomption.
« Quand on rencontre Pierre dans sa communauté ou dans un couloir de la Catho, on ne peut pas échapper à son sourire joyeux et communicatif. Le ton est donné: la rencontre sera simple et fraternelle. Pierre Tran Van Khue est l’homme des premières générations: à 31 ans, il est né dans l’après-guerre au Vietnam, de ces «enfants de la paix» comme ils sont appelés là-bas. Mais il est aussi de cette première génération des jeunes volontaires vietnamiens qui sont venus, à l’invitation de l’Assomption, parfaire leur formation spirituelle et intellectuelle en France, il y a sept ans déjà.
Appelé à «quitter sa terre»
Issu d’une famille de paysans de la région de Vinh, aîné de huit enfants, Pierre a goûté avec bonheur à cette vie simple et exigeante. Il y a forgé son caractère et sa foi. Au Vietnam, la catégorie des catholiques non-pratiquants n’existant pas, c’est donc la foi bien chevillée au corps, qu’il poursuit ses études d’anglais à Saïgon. Pendant six ans, il partage la vie d’un foyer d’une quinzaine d’étudiants en discernement. Comme au bon vieux temps des alumnats en France, le foyer tenu par le père Bosco, franciscain, offre l’occasion de cheminer jusqu’à un choix de vie éventuel. Pour Pierre, ce choix s’est conjugué avec la rencontre fortuite avec l’Assomption. Alors que la vie religieuse est déjà bien implantée au Vietnam, voilà que c’est une congrégation nouvelle qui lui fait signe. Le vieil appel fait à Abraham de quitter «sa terre» retentit aussi dans les terres de la sagesse confucéenne. D’autant que Pierre pressent que ce dont il s’agit au bout du compte est bien une rencontre renouvelée – et sans cesse à entretenir – du Christ lui-même.
Au plaisir de la rencontre
Depuis sept ans en France, Pierre a eu l’occasion de rencontrer beaucoup de visages de la vie communautaire assomptionniste. Communauté d’accueil de jeunes, à Cachan, communauté d’accueil de groupes à Valpré, communauté de formation à Morère, sans parler du noviciat à Juvisy. Parce que, vous l’aurez compris, Pierre a pris assez vite la décision de s’engager au sein de cette famille qui l’accueille. Pierre a le sens de la responsabilité et de la reconnaissance. «J’ai retrouvé dans ces différentes communautés un même esprit de famille, de fraternité. Cet esprit s’exprime par une simplicité dans la relation entre religieux et avec les autres» confie Pierre. Et dans un éclat de rire, il conclut: «Après tout, ce Royaume dont nous demandons la venue sans cesse, n’est pas très compliqué lui non plus!! » Pierre aime la rencontre. Différents frères rencontrés au sein de l’Assomption restent pour lui des exemples d’intériorité et d’exigence personnelle. Mais il pense aussi à toutes les personnes croisées dans ses apostolats en aumônerie de jeunes, d’hôpital ou en paroisse. Rencontres enrichissantes. Rencontres bousculantes. «Je reste marqué notamment par les questions de ces personnes hospitalisées qui, devant le non sens de la maladie, posent la question du sens de leur vie.» Rencontre à venir avec la communauté vietnamienne de Londres qu’il découvre depuis peu.
«Pierre» de fondation
Ne pas perdre le contact avec l’homme d’aujourd’hui. Voilà pour Pierre une urgence pour l’Assomption. Pour cela, il faut savoir sortir des conformismes qui guettent chacun. En pensant au retour au pays qui se dessine à l’horizon, Pierre ne peut s’empêcher de rêver: «l’Assomption a sa place là-bas, notamment en soutenant le développement d’une presse chrétienne et en aidant l’Église locale dans la formation des prêtres… et des laïcs. Il y a encore beaucoup à faire» assure t-il. Cette collaboration avec les laïcs lui paraît nécessaire pour garder ce contact privilégié avec l’homme d’aujourd’hui. Dans une société asiatique qui revendique sa quête d’harmonie mais qui prend aussi de plein fouet les évolutions de la mondialisation, le défi est grand. Pierre s’étonne. «Mon pays change si rapidement. Certes, il se développe. Mais est-ce pour un développement durable, respectant la dignité de chacun? Et au bout du compte, ce développement, que construit-il?» Question que Pierre pose aussi à notre société française bien sûr. Pierre, qui finit sa spécialisation en théologie morale à l’Institut Catholique de Paris, sait qu’il est attendu. Avec l’Assomption, d’ici peu, il est invité à devenir à son tour et avec ses frères «pierre» de fondation pour les communautés du Vietnam et d’Asie. Il fallait au moins un «enfant de la paix» pour cela.