L’oecuméniste passionné de l’Eglise du Christ,(extraits)
par le pasteur Jean Tartier
Valpré, le 17 janvier 2004
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Je voudrais tout d’abord et avant toutes choses vous dire que je suis très heureux de participer à cette journée en hommage à Bruno Chenu et de rendre grâces, à mon tour, pour tout ce qu’il fût parmi nous et pour nous. Mais en même temps, je reste très impressionné de faire partie de cette table ronde, et de cet aréopage de collaborateurs proches de Bruno qu’ils ont côtoyé au quotidien, connaissant toutes les facettes de sa personnalité, alors que moi je ne l’ai connu qu’au travers de notre collaboration au Groupe des Dombes. Je ne suis donc pas forcément le mieux placé pour vous parler de la passion œcuménique de Bruno.
Car, et ce sera ma première remarque, on ne peut parler de cette passion, sans évoquer toute la personnalité de Bruno, sans mentionner ce qu’était le croyant et le militant, sans regarder au travail du journaliste comme à la recherche du Théologien. L’œcuménisme n’est pas un domaine à part, une spécialisation parmi d’autres, mais engendre intérêts, convictions et interrogations qui irradient toute la personne dans la totalité de ses engagements. On ne peut abstraire Bruno, l’oecuméniste de talent, de tout ce qu’il a été par ailleurs. D’autres ici en parleront alors tout aussi bien que moi.
Ce que j’ai aimé chez Bruno, c’est sa discrétion
même, cette capacité à s’effacer pour se mettre à l’écoute
et entrer dans les préoccupations et les problématiques de l’autre… alors
que je connais quelques bavards œcuméniques qui savent occuper
le terrain et vous noient de belles et pieuses paroles.
Mais la discrétion n’exclut pas la conviction et j’ai toujours
admiré son sens de l’à-propos, quand il fallait parler
et dire son sentiment, son talent de pédagogue et de bon vulgarisateur
quand il fallait exposer, par exemple, les enjeux de communion entre nos Eglises.
Il me semble que la conviction œcuménique de Bruno se résumait
dans cette recherche de communion, cette « koinonia » entre nos
Eglises qui est beaucoup plus qu’une juxtaposition de nos diversités.
Tout le mouvement œcuménique est dans cette recherche exigeante
d’Unité et Bruno savait bien s’en faire le porte-drapeau
(…)
Bruno aimait trop son Eglise, les autres Eglises, pour ne pas s’empêcher de les critiquer au besoin, et de les vouloir encore plus fidèles à la mission qui nous est confiée par le Christ. Mais cette « koinonia » est pour Bruno beaucoup plus et autre chose qu’un concept oecuménique commode pour décrire la recherche de l’unité ecclésiale. C’est une exigence de foi, un devoir spirituel. (…)
Mais il est encore une note que je veux retenir de l’œcuménisme de Bruno ; c’était son sens de la disponibilité, de l’hospitalité de l’autre : Je me souviens notamment de notre voyage à Rome en 2001, pour recevoir au nom du Groupe des Dobes, le prix de la faculté Pontificale Marianum ; je me souviens de son attitude souriante, attentif et disponible, alors qu’il sortait juste d’un traitement médical long et douloureux. Et j’ai trouvé, pour terminer mon propos, ce beau passage sur l’hospitalité dans son dernier ouvrage sur les « disciples d’Emmaüs » (page 125)
6. L’hospitalité. Plus nous nous reconnaissons nomades dans la vie, plus nous avons besoin de bénéficier de l’hospitalité et de la pratiquer en faveur des autres Aujourd’hui, nous sommes des sédentaires qui nous barricadons sur notre territoire en nous méfiant des incursions des autres, soupçonnés a priori d’être des intrus. Il n’est plus possible de laisser sa porte ouverte. Les voisins s’ignorent, les étrangers sont repoussés sur les marges de la société. L’impératif résonne sur tous les tons : « chacun dans sa chacunière », « tout à l’ego ».
L’hospitalité doit être une nouvelle conquête de l’homme, car elle consiste à surmonter la peur instinctive, à reconnaître en l’autre un semblable fraternel plutôt qu’un loup menaçant, à s’accueillir mutuellement, à confirmer la dignité de l’autre ou à la redonner s’il l’a perdue. Beaucoup de tensions sociales seraient atténuées si la pratique de l’hospitalité redevenait une expression fondamentale de l’éthique commune, si l’on se sentait vraiment obligés les uns à l’égard des autres. Pensons simplement aux relations religieuses : catholiques et protestants ont changé de regard les uns sur les autres à partir du moment où ils se sont accueillis non seulement dans leurs maisons mais aussi dans leurs lieux de culte.Après l’avoir découverte chez les musulmans arabes, Louis Massignon s’est fait le chantre de l’hospitalité entre les croyants monothéistes parce que cette vertu a sa source en Dieu même comme Trinité et constitue un signe de la présence de Dieu au milieu des hommes. Et selon l’invitation de Thérèse de Lisieux, nous pouvons tous nous retrouver « à la table des pêcheurs ». « Le repas d’hospitalité est la préfiguration de l’extension à toute l’humanité de la dernière Cène, où un certain hors-la-loi condamné à notre place nous a tendu le pain et le vin de l’hospitalité divine. » Et tout accueil a des potentialités libératrices, épanouissantes, pour celui qui est reçu, souvent en situation de vulnérabilité. »
Cela résume bien aussi, à mes yeux, la passion œcuménique de Bruno. Un œcuménisme de vision large, ancré dans le mystère eucharistique. Merci Bruno pour ton hospitalité, l’hospitalité de ton cœur, de ton acuité théologique et de ton dévouement que tu as offert à beaucoup.
Jean Tartier
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à partir de documents disponibles sur le site de La Croix et avec l'aimable autorisation de celle-ci |
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