Hommage souvenir au Père Bruno Chenu
par Alain Cordier

Valpré, le 17 janvier 2004

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Dévoilement de la plaque-souvenir.

A cet instant, je me souviens d’un visage. « La trace d’un visage », du visage de Bruno Chenu, inscrit et creuse son appel. Visage, écrit-il en prolongement de la méditation de celui qu’il nomme « l’incontournable Levinas », visage comme « épiphanie, irruption du sensé, inauguration de la compréhension, événement original de la signification ».

La trace signifie, oriente et donne sens. Elle ouvre un chemin. Souffle fragile, de par cette fragilité même, profond appel. Mais elle se révèle par la disparition du passeur. La révélation prend source dans l’épreuve de cette perte, passage nécessaire pour que s’inscrive en nous la trace proposée. Nous nous surprenons à comprendre maintenant ce qui a été tracé. Une exigence nouvelle surgit en nous, en réponse à un appel venu d’avant toute volonté. Créer nos propres traces suppose l’épreuve de ce recevoir-là, transmettre à notre tour suppose d’ouvrir nos cœurs à cette réception-là.

Bruno Chenu écrit que « dans le temps de l’histoire, le repérage de la trace active l’ardeur dans la quête de la face ». Dans cette quête-là, Bruno nous précède, même si aujourd’hui son visage s’est voilé à nos yeux pour se révéler à notre intime. Quête toute attente, ardente attente, projection vers l’autre comme sens profond du temps, de l’homme en son temps. « Urgence prophétique » pour dire le tout de ce déplacement vers l’autre, si l’on comprend dans ce mot l’exigence de l’inquiétude éthique rappelée sans cesse aux souverains et aux peuples. Dans « l’Eglise au cœur » – autre trace si ardemment souhaitée – nous lisons que « tout prophète prend des risques, et d’abord pour lui-même. La parole est onéreuse pour celui qui la profère. Si le prophète veut bouger l’Eglise et le monde, c’est qu’il s’est bougé lui-même ou qu’il a été bougé ». Appel radical, prix fort, audace de l’altérité portée à son plus haut, ainsi se lève en nous l’exigence qui rassemble l’œuvre apostolique de l’Assomption et l’entreprise Bayard. A ce seuil-là, en conscience, se joue l’engagement.

La plaque-souvenir mise maintenant au jour, fait ainsi symbole de la trace laissée en nous par l’épiphanie de Bruno Chenu. Il s’agit de nous laisser surprendre dans notre intime, par cette trace que nous ne commençons qu’à peine à découvrir. Dans « Disciples d’Emmaüs », nous lisons que « l’élément de surprise est inhérent à la rencontre du Christ. Le Seigneur est celui qui est toujours en train de « passer », dans le double sens d’inviter le disciple à la pâque et d’exprimer sa liberté souveraine que nul ne peut fixer à demeure. » Cette surprise-là, liberté de Dieu et par Dieu, invite à procéder « à une relecture – « le Christ était là et je ne le savais pas. » » Relecture donc, ce matin, dans nos cœurs brûlants du feu de la tendresse du Père pour son Fils, pour tous ses Fils.

Invitation à pressentir la lumière, car écrit Bruno, « le visage donne plus à voir que ce que nous en percevons. Il donne toujours plus à écouter que ce que nous entendons. L’enveloppe charnelle n’est jamais le terme de la rencontre : elle est une porte battant sur l’infini, dans la vibration de l’immatériel ». Cette plaque-souvenir est une porte, une rencontre, un symbole c’est-à-dire ce qui réunit toute différence visible ou invisible. Elle est visage, trace d’un visage qui nous conduit. A cet instant, je me souviens de son visage.

Alain Cordier.

 Page réalisée par D. Remiot

à partir de documents disponibles sur le site de La Croix et avec l'aimable autorisation de celle-ci
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