Discours d’hommage à Bruno Chenu
par André Antoni
Valpré, le 17 janvier 2004
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Ce n’est pas sans émotion que nous nous retrouvons à Valpré,
au moment où nous allons dévoiler la plaque-souvenir de l’amphithéâtre-Bruno-Chenu.
Bruno a vécu plusieurs années à Valpré. C’est
ici, dans les années de la réforme conciliaire, qu’il a
structuré sa foi et qu’il a acquis la base de sa personnalité de
théologien. Bruno n’a jamais suivi un cours dans cet amphithéâtre,
pas plus qu’il n’y a enseigné quand il y avait encore le
scolasticat assomptionniste. Mais la communauté de Valpré a toujours
beaucoup compté pour lui. Il est vrai que le Centre est un lieu de rencontres
humaines et spirituelles, un lieu de propositions, un lieu où l’?glise
essaie de rassembler les hommes d’aujourd’hui pour leur parler
de la Bonne Nouvelle.
C’est dans cette maison aussi que Bruno a été ordonné prêtre, le 30 mars 1968. Nous avons encore eu la chance de pouvoir célébrer le 35e anniversaire de cet événement lors du Forum Laïcs-religieux organisé ici à Valpré le 30 mars 2003.
Un religieux me disait dernièrement que Bruno a été un beau modèle d’Assomptionniste. Il est vrai que nous avons besoin de figures auxquelles nous désirons nous identifier. Des hommes qui, à travers leurs parcours d’humanité, donnent des indications sur le chemin à suivre. Bruno a été un homme de dialogue, plus prompt à écouter qu’à parler. Il vivait cela dans sa vie communautaire, veillant à ne pas interrompre un débat en émettant des positions tranchées. Il le faisait en tant que théologien œcuméniste. Il le défendait aussi en tant que journaliste, il aimait que le débat s’instaure au sein du peuple de Dieu.
Bruno était un homme de Dieu et un homme d’Eglise. Ces deux expressions pourraient paraître démodées, mais je suis persuadé qu’elles peuvent dire quelque chose d’authentique sur Bruno.
Homme de Dieu avant tout, car l’Assomptionniste qu’il était a centré toute sa vie sur le Christ. C’est dans sa parole méditée quotidiennement qu’il trouvait ses principales sources d’inspiration. Bruno savait qu’il y avait une « urgence prophétique » et que c’est dans la mesure où l’homme écoute la Parole de Dieu que celui-ci trouve des porte-voix pour se faire entendre dans notre histoire.
Il a été un homme d’Eglise, non pas l’Eglise telle que se la représentent la plupart de nos contemporains. Une institution vieillotte et qui chercherait avant tout à préserver sa structure et son organisation. Non, il s’agissait pour lui de l’Eglise communauté, lieu de rassemblement de frères et de sœurs d’origines et de conditions diverses, une mosaïque plutôt qu’un monolithe, l’Eglise carrefour des nations plutôt que Sanctuaire du Temple.
Bruno avait l’Eglise au cœur. « Vivre l’Eglise aujourd’hui, écrivait-il, c’est donc aimer tout ensemble le Christ, Dieu comme l’homme et l’être humain, poussière appelée à devenir Christ. Ce n’est jamais séparer ce que le Christ a uni en lui. C’est se mobiliser pour la venue du Règne de Dieu, accomplissement de l’histoire sous forme de pleine justice et d’amour irradiant, et en dresser les signes prophétiques.
C’est continuer à fredonner la petite musique de l’Evangile en pleine humanité. Vivre l’Eglise, c’est croire qu’il y aura un soleil, demain, pour les pauvres ».
Enfin, je tiens à citer Bruno dans l’une de ses dernières conférences. C’était en Alsace à Guebwiller, le 3 avril 2003, six semaines avant sa mort. Il avait choisi d’intituler son intervention « Au plaisir de croire, ou Dieu et l’homme souffrant ». Bruno habituellement si discret, si prude, si réservé sur lui-même, avait pour une fois livré une part de son expérience personnelle. Et c’est l’expérience de sa maladie et de sa souffrance qu’il a confiée à l’attention de ses auditeurs.
Bruno nous livre dans ces quelques pages, une sorte de condensé de son expérience de la maladie. Il donne une belle définition de l’homme : « Etre homme, c’est se tenir aussi dans l’épreuve ».
Bruno n’a pas cherché une consolation à bon marché dans une vie de prière ou dans la religion. Mais il a été plus loin dans sa découverte de Dieu. Il a trouvé un repos de l’âme qui lui permettait de dire avec le psalmiste « Ton amour, Seigneur, vaut mieux que la vie » (Ps. 63,4) et sa conférence se terminait par une confession de foi où il disait qu’il croyait que « l’amour du Seigneur est aussi porteur de vie, jusqu’en vie éternelle. » Et il concluait : « c’est cette foi-là qui fait mon plaisir ».
Bruno était un croyant, un homme debout, et comme le dit notre Règle de Vie, un assomptionniste qui a fait preuve d’audace, d’initiative et de désintéressement. Sa vie annonce le Royaume.
André Antoni
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à partir de documents disponibles sur le site de La Croix et avec l'aimable autorisation de celle-ci |
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