UNE PERSONNALITE FORTE

EMMANUEL D'ALZON

d'AlzonE mmanuel d'Alzon, un fils des Cévennes qui vécut toute son existence (1810-1880) dans la Rome du Midi au XlXe siècle, Nîmes: méridional d'origine, d'allure et d'esprit, tel peut être défini géographiquement et psychologiquement l'homme d'Eglise, vicaire général de son diocèse pendant 40 ans, qui fit naître les deux familles religieuses des Augustins (1845) et des Oblates de l'Assomption (1865), et participa fortement à la naissance des Religieuses de l'Assomption (1839).

De ses attaches familiales cévenoles (Le Vigan), Emmanuel garde plus d'un trait: vif et même impétueux dans ses choix comme dans ses aversions, Fidèle aux idées, aux hommes comme aux causes qu'il embrasse, il se définit volontiers lui même comme un tempérament tout d'une pièce, "catholique avant tout", c'est-à-dire en son temps ultramontain, anti-protestant, prompt à l'action et généreux dans ses engagements. De même, sous sa plume voisinent aussi bien les expressions d'allure romantique les plus policées, toutes de finesse et de sensibilité, que les saillies incandescentes frappées du plus pur esprit ironique ou marquées "à la Veuillot" du talent du polémiste. Le vocabulaire alzonien, particulièrement riche dans une correspondance volumineuse, ne craint pas de juxtaposer les épithètes ou diminutifs les plus familiers et les plus chaleureux aux invectives ou rappels à l'ordre les plus directs. Son adverbe favori n'est-il pas le fréquent "rondement", décliné sur tous les tons et asséné parfois avec une brutale franchise ?

Et cependant ce méridional "pur-sang", qui fréquentera plus souvent Rome que Paris, échappe aussi aux classifications et stéréotypes trop faciles. Sur le plan politique par exemple, s'il est vrai qu'il se révèle, de sa naissance à sa mort, d'un anti-libéralisme presque viscéral et sans faille, nous remarquons aussi qu'il ne refuse pas les évolutions qui s'imposent à lui comme à son temps: 1848 fait de lui un "républicain du lendemain"; ses convictions monarchistes ne lui interdisent pas, à la fin des années 1860, de regarder vers la démocratie naissante. Aristocrate de grand nom, à la tête d'une puissante fortune quand il hérite de sa famille (1860), il ne se lie pas à la classe dominante, la bourgeoisie, ni à ses intérêts. Cet aristocrate sait parler au peuple et entend entraîner ses congrégations au service des besoins populaires. L'éducation des élites qu'il développe à Nîmes en reprenant le collège de l'Assomption (1844) mobilise un temps les forces vives de ses religieux, mais très vite Emmanuel laisse libre cours à d'autres initiatives qui cherchent à atteindre les masses : orphelinat du P. Halluin à Arras (1868), alumnat (1870) pour milieux populaires que l'on a pu appeler "le sacerdoce des pauvres", pèlerinages des foules à partir de 1872 et création avec le P Vincent de Paul Bailly dès 1873 d'une presse populaire qui deviendra une puissante centrale d'opinion, la Bonne Presse (Aujourd'hui, "Bayard Presse").

L'enfant ou le jeune homme habitué dans les années 1816-1832 à la demeure princière de Lavagnac (Hérault), au style et aux mœurs d'allure seigneuriale de cette aristocratie provinciale, mourra pourtant pauvre et dépouillé sous l'humble froc de religieux "moine-apôtre", le 21 novembre 1880. C'est là l'itinéraire authentique d'une vie évangélique, véritable paraphrase positive du "jeune homme riche" selon Matthieu 19, 16-22, laquelle a su rompre le cours obligé d'un destin personnel très typé, pour être infléchie avec "hardiesse, générosité et désintéressement" en direction de rivages et d'enjeux plus universels.

"JE NE PUIS AIMER JESUS-CHRIST SANS
VOULOIR QUE TOUS L'AIMENT !"

(Directoire du P. d'Alzon aux religieux de l'Assomption)

LE DON D'UNE VIE ECCLESIALE " PLEINE "

N ous nous interdirions effectivement toute compréhension possible de la vie d'Emmanuel d'Alzon si nous ne la référions pas au choix volontaire qu'il a fait d'engagements ecclésiaux progressifs, mûris à la lumière d'une foi vive, personnalise, engagée et ouverte à l'univers :

" LE CHRIST EST MA VIE "
(Directoire du P. d'Alzon aux religieux de l'Assomption)

L 'esprit qui l'anime et qu'il développe lui est inspiré par une foi qui déborde tout naturellement les limites d'un diocèse, d'un pays ou d'un continent, pour lui même, pour les combats qu'il mène et pour les champs apostoliques qu'il assigne à ses deux congrégations. Vaste comme la foi, universel comme l'Eglise, unifié comme sa vie.

Jean-Paul Perier-Muzet, a. a.

Vous trouverez ici beaucoup plus de détails sur Emmanuel d'Alzon, avec, notamment, sa biographie complète.

 

 Page réalisée par D. Remiot
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