l’Ami de tous les jours
Gravement menacé à 44 ans d’hémiplégie et de congestion cérébrale, le P. d’Alzon est, durant quelques mois, au repos forcé à Lamalou-les-Bains (Hérault). C’est alors qu’il écrit le 21 juin 1857 aux Adoratrices du Saint Sacrement la méditation sur le Crucifix, connue sous le titre de « l’Ami de tous les jours ». Malgré les années, ce reste un texte fort. Il a été un réel appui pour beaucoup. Il nous parle aujourd’hui encore.
L’AMI DE TOUS LES JOURS
Avez – vous un crucifix, et comment vous comportez – vous à son égard ?
Quittez – le le moins possible ; mettez – le sur votre table quand vous écrivez, sur vos genoux quand vous travaillez, afin de le regarder de temps en temps et, quand vous vous endormez, laissez- le entre vos mains.
Certes, rien n’est plus sanctifiant que la Communion fréquente et l’a substantiellement présent dans le cœur, on ne peut être constamment à ses pieds ; on peut toujours avoir son image sur soi, et cette image vous dit bien des choses.
Si, le matin, en vous levant, vous baisez votre Crucifix avec amour et vous promettez à Notre – Seigneur Jésus – Christ de porter votre croix tout le long du jour ;
Si, pendant votre méditation, vous tenez la croix entre vos mains et vous vous proposez de vous immoler sur l’autel du sacrifice de Jésus – Christ ;
Si, pour réveiller votre ferveur, vous portez de temps en temps la main sur votre Crucifix ;
Si vous le serrez fortement dans les moments d’angoisse, de peines, de luttes, de tentations ;
Si, au moment de partir pour quelque bonne œuvre, vous l’adorez en vous rappelant que c’est encore Jésus – Christ que vous allez secourir dans la personne des pauvres et des petits ;
Si, au moment de pratiquer quelque austérité, vous baisez les plaies divines qui sont les fontaines de la vie de l’Eglise et les sources de notre purification ;
Si, le soir, vous allez à se pieds rendre compte de votre journée, de votre orgueil devant ses abaissements, de vos vanités devant ses humiliations, de votre lâcheté devant ses angoisses, de votre paresse en présence de la sueur de sang répandue sur ce corps divin, de votre égoïsme en face de son amour infini, de votre impatience, de vos dépits, de votre défaut de charité en face de ses longues attentes de votre cœur :
Ah ! il me paraît bien difficile que votre Crucifix ne devienne pas pour vous un ami, un confident !
Notre – Seigneur vous aimera, vous instruira, vous fortifiera à travers son image ; et, dans un commerce plus continuel, uni à votre Dieu par cet intermédiaire muet, vous sentirez comme une transformation de tout votre être ; ce ne sera plus seulement le bois, le métal qui reproduira pour vous les vrais traits du Sauveur, ils se graveront d’une manière plus vivante dans votre âme. Vous sentirez l’action plus immédiate de Celui qui, pour vous, a été attaché à la croix. Vous voudrez vous transformer en lui et dire comme saint Paul : Vivre, pour moi, c’est Jésus – Christ ! Et votre vie, prenant un caractère nouveau, vous découvrira de nouveaux horizons dans la science chrétienne, si , vous vous laissez emporter par l’amour ; et toute vie, toute science, tout bonheur, se résumeront pour vous dans ces deux mots : Jésus - Christ crucifié.
Vous avouerai – je, en toute simplicité, que le meilleur moment pour moi est surtout le soir avant de m’endormir. Il ne faut pas beaucoup d’efforts pour se laisser aller à penser à ce bon Maître dont on tient l’image entre les mains. On lui demande pardon de ses sottises ; on est tout – à – coup frappé de ce pardon qui tombe du haut de la croix ; on songe au mal que le péché lui a fait, au temps que l’on a perdu, aux grâces que l’on a reçues. On le remercie de ses bienfaits ; on lui fait des promesses enflammées ; on rougit d’être dans un bon lit, quand il est mort sur le gibet ; on s’excite à l’aimer, à réparer le temps perdu. On adore Dieu le Père en lui présentant son Fils ; on invoque le Saint – Esprit qu’il nous a envoyé; on prie pour l’Eglise qui naquit sur le Calvaire ; on a honte d’être si mauvais chrétien ; puis on prend courage dans la pensée de l’amour et de la puissance de Dieu ; et si le sommeil n’est pas venu, on trouve le temps court en pareille compagnie
Voilà quelques idées qui, je le désire, vous porteront à lier un commerce intime avec votre Crucifix. Il vous rendra Jésus – Christ présent à l’esprit et au cœur : que voulez – vous de plus ?
Priez la Sainte Vierge, qu’elle vous apprenne comment vous devez coller vos lèvres sur les plaies de son divin Fils, et y prendre le courage et l’ardeur qui doivent distinguer des âmes épouses d’un Dieu.
Que la croix soit votre bien, votre espoir, votre vie, votre récompense.
(Lettre du P. d’Alzon. 21 juin 1857.)