Emmanuel d’Alzon avait envisagé différentes formes de participation de laïcs à « l’Ordre de l’Assomption ». L’Église a tôt fait de le ramener dans le droit chemin des règles de l’époque !

Jean-Michel Brochec

Dès le départ, le fondateur des assomptionnistes avait conçu une congrégation qui intégrait les laïcs. Ainsi, les Constitutions de 1855 défi nissent la première Assomption non comme une congrégation cléricale, mais comme une association de prêtres et de laïcs. Dès le début, existent donc des religieux qui ne sont pas appelés au sacerdoce mais aussi, et c’est une originalité, des frères séculiers laïcs, appelés Frères du tiers-ordre.

Des tertiaires hommes et femmes

Les deux premiers profès furent deux professeurs de l’enseignement public, Jules Monnier (1815-1856) et Eugène Germer-Durand (1812-1880), qui, renonçant à leur situation professionnelle élevée, ont rejoint le père d’Alzon au Collège de l’Assomption et en ont élaboré le projet avec lui. Ne vivant pas en communauté, ils pouvaient « se livrer, sous la direction de l’Ordre, à des oeuvres de zèle, de charité et d’apostolat ». Un noviciat propre leur était réservé, avec un règlement propre comportant des exercices spirituels soutenus et des formes de participation à la vie apostolique de l’Assomption. Le régime des tertiaires de l’Assomption comprenait aussi une branche féminine : la femme du professeur Germer- Durand, Cécile, oblate de l’Assomption après son veuvage, en fut d’ailleurs un des premiers membres.

Rome ne comprenait pas

Le tiers-ordre tel que le concevait d’Alzon n’était pas une simple association de piété mais une partie constitutive de l’Assomption et de son projet apostolique : les frères séculiers étant considérés comme appartenant à l’Ordre, selon une disposition à faire reconnaître par l’Église. Mais Rome ne comprenait pas bien que des laïcs, ne vivant pas en communauté et ne pouvant pas prononcer les voeux traditionnels de religion, fassent partie intégrante de la congrégation. Les discussions ont duré un demi-siècle, sans succès. Dans les Constitutions de 1906 et de 1918, on ne parla plus de tertiaires mais d’affi liés à l’Assomption, expression qui disparut dans le texte de 1923, aligné sur les strictes dispositions du Code de Droit canonique de 1917.

Dès lors, en se soumettant, bon gré, mal gré, aux exigences de la Sacrée Congrégation des évêques et réguliers, il ne resta que les religieux de choeur et les religieux convers. Ainsi disparaissait une des intuitions signifi catives de la fondation. Mais, les gènes alzoniens sont toujours là et on peut lire, à la lumière de cette histoire, la recherche actuelle d’une forme institutionnelle d’alliance avec des laïcs partageant notre spiritualité et nos oeuvres apostoliques.

 


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