De la fidélité créatrice
Intervention pour le forum laïcs religieux assomptionnistes
Valpré, 23-25 novembre 2007
J F PETIT,aa
Les familles spirituelles sont-elles en train de constituer un visage inédit de l’Eglise de France ? A voir l’assemblée bariolée de Lourdes des 19-21 octobre derniers, il semble bien que quelque chose soit en train de naître sous nos yeux. La reconnaissance qu’en dehors de ce que le Cardinal Ricard, présent au rassemblement, a appelé les « communautés hiérarchiques », en clair, les paroisses, un souffle nouveau soit en train de lever du côté des « communautés associatives », à savoir les multiples formes de travail en commun, association, collaboration entre laïcs et religieux montre qu’aujourd’hui, beaucoup reçoivent comme un don de l’Esprit le désir d’un enracinement ou d’un accompagnement dans une famille spirituelle, d’un réel partenariat dans la mission.
L’Eglise avait déjà encouragé cette orientation puisqu’après le synode sur la vie consacrée en 1994, l’exhortation post-synodale Vita consecrata avait reconnu comme heureux ce désir de laïcs d’une participation à la mise en œuvre du charisme des congrégations.
A Lourdes, la famille de l’Assomption s’est reouvée très à l’aise dans tous les débats et les questions nombreuses qui ont été traitées, notamment dans les ateliers. J’en donne quelques unes pour que vous en ayez une idée : comment accompagner la naissance d’un groupe ? comment vivre la dimension de famille spirituelle ? qui est garant du charisme ? Et les jeunes ? Bref, les questions ont été traitées de façon très ouverte, sans tabou, avec la reconnaissance que les nouvelles formes d’association témoignent d’une vitalité de l’Eglise définie comme Peuple de Dieu, où l’appel universel à la sainteté retentit, où la présence concrète à la société se trouve comme médiatisée par la figure de fondateurs et fondatrices de congrégations capables de donner un élan missionnaire inédit aux choix apostoliques en fidélité aux motivations spirituelles d’origine.
Justement, depuis quelques années maintenant, l’Eglise et les congrégations parlent de « fidélité créatrice ». Cette expression, paradoxale dans sa formulation – c’est ce qu’en littérature on appelle un oxymore – veut traduire le souci d’une double attention :
- attention à l’histoire de la congrégation, aux continuités d’une tradition spirituelle, à la préservation d’un héritage, de la sagesse d’un institut, d’un patrimoine légué par des fondateurs, à la dimension de continuité des engagements, des choix, aux bases stables et durables qui ont permis de construire efficacement pendant des générations
- attention aux signes des temps, à la quête d’un nouveau départ, aux défis que le monde présent demande de vivre ici et maintenant, au besoin d’un rafraichissement et d’un renouvellement, d’une refondation, d’initiative, d’action résolue contre l’immobilisme ou l’agitation , le découragement, l’absence de visée apostolique voire même d’écoute des appels de l’Esprit ;
En première approche, la fidélité semble nous renvoyer vers le passé, la création vers l’avenir. Comment vivre de façon féconde cette tension, puisqu’il s’agit bien d’une tension, dans un corps comme une congrégation comme l’Assomption, sans sacrifier :
- la fidélité par des propositions de choix apostoliques hasardeux, décalés,
- la créativité, en se contentant d’aider à la gestion les affaires courantes, en refusant toute initiative, en n’aidant pas à hiérarchiser ensemble des priorités, en ne témoignant pas d’un certain nombre d’opportunités qui me paraissent offertes par le contexte?
J’aurais pu répondre à tout cela en privilégiant un discours volontiers théologique, références bibliques et magistérielles à l’appui, vous renvoyant à de nombreux textes sur le sujet : l’appel universel à la sainteté dans la constitution dogmatique Lumen gentium 5 du concile Vatican II, l’exhortation sur les laïcs ou Vita Consecrata… mais avant tout l’appel des disciples et les récits de vocation dans l’Evangile.
J’aurais pu aussi vous dire les défis perçus par l’Assomption, m’inspirant dans ce cas des orientations des chapitres récents pour aider à se familiariser avec elles ou dans l’esprit aussi de la lettre de 1994 sur la collaboration religieux-laïcs de Claude Maréchal , alors supérieur général. Ce niveau assez opérationnel ne sera pas non plus le mien, notamment parce que je pense qu’il faut prendre le temps d’abord bien réfléchir à cette démarche à mener que nous entreprenons ensemble, laïcs et religieux.
Quelques questions qui peuvent trotter dans votre tête :
- Pourquoi est ce que l’Assomption s’est engagée dans cette direction ?
- Comment est ce que je peux m’emparer de cette question ?
- Quelle réponse je(nous) allons pouvoir y apporter ?
Il n’est pas nécessaire de se laisser emporter par la circonspection devant ces questions, puisque certains laïcs parmi vous sont déjà résolument engagés dans un compagnonnage, dans une collaboration effective, par des responsabilités confiées, et parfois même reconnues à travers des lettres de mission, dans de multiples formes de lien, matériel, spirituel notamment à travers le réseau des volontaires, donateurs, bienfaiteurs, à travers les grandes œuvres comme l’Hospitalité Notre Dame de Salut ou Bayard ou les paroisses. Certains d’entre vous ont d’ailleurs déjà commencé une formation à l’esprit de l’Assomption.
Je voudrais donc traité sur le fond de cette question de la fidélité créatrice Ayant peu de temps, je suis obligé de faire des choix dans un sujet très vaste. Tissons donc sommairement la toile de fond du problème [1].
I/ LA TOILE DE FOND DU PROBLEME
1. Nous sommes en train de changer de monde sans avoir de modèle préétabli pour construire le nouveau : les bouleversements des modes de vies, les renouvellements de technologie, la mondialisation… nous affectent individuellement et collectivement. Nous ne pouvons donc plus en rester à une vision immuable du charisme, des œuvres, de l’apostolat… qui, moyennant quelques ajustements ou concessions raisonnables, feraient encore l’affaire.
Il me semble qu’à l’Assomption, nous sommes plutôt bien armés pour percevoir ces défis du monde postmoderne : nous avons notamment de bons « capteurs », comme notre structure internationale ou comme Bayard et une capacité de reprise réflexive collective ce qui se passe autour de nous.
2. La situation de l’Eglise actuelle en France est marquée par des tendances lourdes qu’il est difficile de ne pas voir : difficulté de la relève des cadres, baisse de la pratique, difficultés financières, perte de la mémoire, crise de la transmission, tensions internes… certes, cela ne doit pas masquer des signes de vitalité : la progression du catéchuménat, la qualité de la formation, la mobilisation des jeunes certes au coup par coup, le renouveau de l’organisation dans certains diocèses, le succès surprenant du rassemblement sur la catéchèse. Mais globalement, on ne peut que constater une asthénie progressive et des fragilités qui invitent non pas à vouloir « maintenir le cap » à tout prix mais à garder le courage de l’initiative, à mieux s’appuyer sur les sources vives de l’Evangile, de la vie religieuse apostolique et du charisme assomptionniste pour mieux proposer ce qui nous vient de Dieu, l’annoncer avec plus d’audace.
3. L’Assomption a fait le choix de vivre une aventure inédite, en s’engageant résolument dans une alliance laïcs religieux, sans souci de « faire tendance », « comme les autres », sans pression de l’urgence absolue sous peine de disparaître. Son seul désir est de mieux comprendre son charisme, comme don fait à l’Eglise et reçu ensemble. En d’autres termes, comme congrégation, l’Assomption a résolument renoncé à toute forme d’autarcie, parce que nous savons que les signes des temps ne peuvent se lire qu’en Eglise, parce que nous savons bien que dans les congrégations comme dans la vie, les sécurités d’un moment (aisance matérielle, rayonnement spirituel, dynamisme apostolique…) sont fragiles et peuvent basculer. Notre fidélité comme religieux ne peut plus aujourd’hui se renouveler sans le témoignage, la sensibilité et les compétences des laïcs, comme il s’exprime notamment aujourd’hui aussi beaucoup mieux dans le travail de collaboration inter-assomption avec les congrégations féminines, comme l’a montré le rassemblement chez les Petites Sœurs de l’Assomption à Paris il y a peu de temps, où plusieurs laïcs ont participé. C’est ensemble que nous découvrons les meilleures façons de faire advenir le Royaume, en articulant nos charismes et nos vocations respectives, non dans une ignorance mutuelle, dans la concurrence ou dans la soumission. De part et d’autres, nous avons besoin d’être reconnus dans notre identité spécifique sans nous y enfermer, nous avons besoin d’être valorisés dans ce que nous faisons, pour nous permettre de nous réapproprier un passé, souvent marqué par un compagnonnage de fait et envisager, dans la fidélité, un avenir lié à un projet spirituel permettant un équilibre de vie, une authentique prise en compte de la dimension spirituelle, une vie fraternelle de qualité.
Plus que jamais, nous sommes donc conscients que nous nous engageons dans une phase encore incertaine, de recherche, « déstructurante » et « restructurante », dont on voit mal comment il ne passerait pas par une redéfinition des rôles, des formes institutionnelles et des champs d’apostolat. Ce mouvement encore en phase exploratoire, non stabilisé, peut avoir quelque chose d’exaltant. Il peut permettre de retrouver l’audace du Père d’Alzon, de réouvrir réouverture d’une famille comme la notre à une dimension communautaire élargie. Mais il n’est pas sans risques non plus, ceux de la frustration d’attentes impossibles à prendre en compte, d’interprétations hasardeuses du charisme, de dispersion dans les champs d’action secondaires, de déstabilisation des personnes. Déjà des pas significatifs ont été accomplis : le passage de l’idée de collaboration à celui d’alliance, la mise en œuvre de modalités de partenariat plus claires avec, pour certains, des lettres de mission, la réception plus grande au sein de l’Assomption du désir spirituel des laïcs du partage de notre charisme, l’acceptation plus large de leur participation dans les structures et commissions à tous les niveaux.
Comment avancer de façon significative désormais ? Sans doute en faisant un retour pour approfondir mieux cette idée de fidélité créatrice.
II/CERNER MIEUX L’IDEE DE FIDELITE CREATRICE
Là encore, il me m’est possible que d’être programmatique. Pour être complet, il faudrait avoir un regard d’ensemble sur les réalités de l’Assomption. J’indique donc ici simplement quelques directions de recherche pour essayer de fonder l’idée de fidélité créatrice. Plusieurs voies seraient ici praticables, notamment à partir de la Bible, de la théologie de la vie religieuse, du regard sur l’Eglise mais je parlerai d’abord à partir de mon domaine de compétence, à savoir la philosophie.
Il me semble important de dire d’abord qu’humainement, la fidélité conduit de façon indiscutable à une ouverture spirituelle. Néanmoins, celle-ci est très remise en cause. La postmodernité consacre l’éphémère et le « jetable après usage », le « tout à l’égo » comme aimait le rappeler Bruno Chenu. Cette idée de « fidélité créatrice » demande donc à être envisagée dans ses aspects fondamentaux. Regardons d’abord du côté de la fidélité.
Disons d’abord que la fidélité ne fait sens qu’en lien avec d’autres dimensions. Je pense notamment à l’amour et à la liberté, la réalisation de soi, la disponibilité et la présence, la promesse ou l’engagement. C’est chacune de ces relations multiples qu’il faudrait clarifier pour les établir plus solidement cette idée de « fidélité créatrice ».
1. On ne peut penser une fidélité entre deux partenaires d’une alliance sans un respect, bien plus sans un amour réciproque. Il ne sert à rien de vouloir être fidèle à quelqu’un sans l’aimer vraiment, ce qui veut dire être capable de se donner à lui, de vouloir son bonheur, de lui pardonner, d’accepter ses moments de faiblesse. Cet amour suppose que chacun s’engage librement sans contrainte, pression extérieure ou mobile inavoué.
2. On ne peut établir une fidélité sans la volonté d’une réalisation équilibrée de soi. Il ne s’agit donc pas de se sacrifier pour l’autre mais de trouver les modalités pour que chacun trouve son plein épanouissement. Cela passe par une découverte de l’interdépendance, d’une présence renouvelée à soi, où je deviens plus disponible à moi autant qu’à l’autre. Dans une relation de fidélité, on ne doit pas s’engager dans la précipitation, sans se connaître vraiment, car il s’agira aussi de grandir de part et d’autre sous peine d’asphyxier notre partenaire, ou, à l’inverse de devenir son instrument, de favoriser la participation et la croissance plutôt que la fusion et la confusion, bref, favoriser l’enrichissement mutuel.
3. Enfin, la fidélité requiert une authentification des engagements mutuels. Les formes peuvent être variées. Il peut s’agir d’un contrat, d’un serment d’une promesse, d’un vœu de fidélité. Peut être avons-nous du mal à imaginer des formes qui ne soient pas marquées par une dimension d’absolu. La fidélité dans l’amour prend souvent appui sur l’inconditionnel « je continuerai à t’aimer quoi qu’il arrive ! » « Si l’amour nous lie, rien ne pourra nous séparer ». N’est il pas possible d’envisager des formes temporaires, plus circonscrites d’engagement justement pour qu’on ne confonde pas la fidélité et la fixité, l’immuable ? Bien des fidélités s’émoussent en effet non simplement à cause de charges trop lourdes à porter, par manque de constance mais aussi par manque de renouvellement, de créativité, dans la sclérose des habitudes et la dispersion extérieure.
C’est pour cela qu’il faut aussi regarder du coté de la créativité.
B. Une fidélité créatrice
1. Une fidélité créatrice suppose une lutte active et continuelle contre le conservatisme, le repliement frileux, le refus de tout changement, la priorité à la lettre sur l’esprit, l’absence de prise de risque où se jouent en réalité notre vocation d’homme et de femmes. Cette conception de la fidélité peut avoir quelque chose d’angoissant dans un monde où certains aimeraient bien se fixer sur quelques certitudes intangibles, ne pas devoir avoir à reprendre la marche, pour ne pas dire l’exode, ne pas avoir à renégocier sans cesse avec notre partenaire.
2. Créer dans la fidélité requiert ne pas interrompre l’esprit d’audace, d’inventivité qui nous constitue. Ce flux vital nous anime, ce souffle nous traverse pour imaginer des solutions neuves, pour mettre en œuvre des énergies insoupçonnées, pour préconiser des développements originaux. La créativité spontanée n’existe, elle s’éduque et elle s’exerce en permettant de faire des expériments, en acceptant des approximations et même des loupés. Elle n’est pas qu’une affaire de volonté qui dicterait des actes à accomplir mais cherche plutôt à créer les conditions d’une spontanéité heureuse, où chacun peut sans crainte proposer ses idées, mettre en œuvre ses talents. De même qu’il y a des conditions sociales qui favorisent l’invention, un cadre favorable à des idées régénératrices favorise aussi une fidélité authentiquement créatrice.
3. Ce cadre humain me semble être celui d’une confiance fondamentale devant la vie. La fidélité créatrice est toujours un bon en avant par delà les limites, celles de nos fragilités, de nos inconsistances mais aussi des fragilités et des insuffisances de notre environnement. L’authentique fidélité est mue par l’espérance, au delà parfois des ruptures, régressions, des blessures. Elle fait crédit, donne du temps. Elle se donne le projet d’assumer l’avenir, à travers les chemins périlleux de l’existence mais surtout en raison de la joie qui peut en résultat. La fidélité créatrice est non seulement dilatation des potentialités personnelles et communautaires mais aussi prise de position face à l’indisponibilité et au pessimisme ambiant, face aux emprisonnements intellectuels ou matériels, aux tentatives de possession de notre environnement ou plus positivement face aux attentes non réalisées, parfois énoncées de manière fugitive, face aux libérations encore à accomplir. La fidélité créatrice apparaît comme une réserve face à un monde trop plein, une possibilité de dégagement de toute forme de répétition du passé, sans pour autant conduire à la dérobade ou à la fuite en avant perpétuelle.
Au terme de cette exploration sommaire, il parait nécessaire de particulariser notre approche. Comment prendre au sérieux de la spécificité de notre groupe de laïcs et de religieux ? La prise en compte de la différence de nature entre laïcs et religieux au sein de cette alliance même si nous avons le même fondement baptismal serait à notamment considérer de près. Peut être que pour vivre cette fidélité créatrice, nous devrions d’abord examiner comment nous mettre en présence les uns et les autres pour découvrir ce que nous sommes réellement, notre patrimoine commun et les défis que nous avons à relever ensemble. Des choix sont donc à opérer.
III/ OPERER DES CHOIX
Certains diront que le seul choix à opérer, c’est de se mettre à l’écoute de ce que l’Esprit nous dit ici et maintenant. D’autres qu’il faut aujourd’hui se concentrer sur l’essentiel. Autant de points de vue qui méritent d’être approfondis, mis en dialogue, sous peine de rester trop dans le flou ou les questions de sensibilité personnelle. Par quoi faut il commencer ? (a) Se reconcentrer sur la contemplation de Jésus Christ pour mieux construire le Royaume ? (b)Par la refondation d’un tissu élargi de laïcs et de religieux à partir de nos communautés assomptionnistes ? (c)Par le discernement des appels missionnaires parce que ce sont eux qui nous invitent à une fidélité créatrice ? Ces questions me semblent toutes importantes. Il ne s’agit pas de sombrer dans une exclusive là encore. Mais l’ordre des questions est aussi déterminant. En l’occurrence ici : faut il d’abord écouter les appels du monde ou se reconstituer un cœur d’apôtre ? Faut il mieux nous organiser pour mieux répondre ?
Assez volontiers, je mettrai en avant l’idée qu’il nous faut d’abord (1) réapprendre à être sensible à ce qui nous environne (2) pour mieux revenir questionner notre héritage spirituel (3) avant de revoir l’organisation de notre réseau.
1. Réapprendre à être sensible à ce qui nous environne. Il s’agit d’abord de réitérer le geste de tous les fondateurs. Le Père d’Alzon a discerné ce qui lui semblait le plus important : il a eu la passion du Royaume, le goût de la formation, la fibre sociale, le sens de la mission. Mais il a toujours privilégié l’ecclésialité, le partage des intuitions, des ressources et des compétences. Sa fidélité créatrice s’exerce par une attention aiguë aux souffrances humaines et spirituelles mais aussi aux initiatives apostoliques qui pourraient se destiner et être soutenues par le plus grand nombre.
Aujourd’hui, nous devons réapprendre, dans des vies assez sécurisées à d’abord nous laisser toucher au cœur par les appels de notre environnement. Certes, nous disposons aussi de nombreux moyens d’analyse, de multiples capteurs et baromètres, indicateurs en tout genre… à commencer par le réseau d’échange que nous constituons. Notre difficulté est peut être de hiérarchiser les informations, pour ne pas être séduit par l’attrait de la nouveauté, la partialité de certains points de vue efficacement mis en valeur, l’émotivité de l’enthousiasme… et d’en faire un usage plus partagé. Bref, je plaiderai assez volontiers pour une mutualisation des ressources, pour une interaction renforcée entre nous sur ce que nous voyons, pressentons ou vivons aussi pour que le discernement des responsabilités, l’interpellation mutuelle se fasse sur des bases élargies et éclaircies. Qu’est ce qui nous pose question aujourd’hui ? Quelles grilles d’analyse devons nous privilégier ? Comment travailler autant sur des instruments d’analyse à mettre en place que sur les thématiques et les projets à l’Assomption ?
2. Revenir questionner notre héritage. Un effort considérable a été entrepris depuis les années 1980 pour mieux cerner les traits distinctifs de notre histoire et de notre charisme. Colloques, travaux d’historiens, publications, anthologies… se sont succédés dans un effort d’élucidation de notre passé, sans peur, ni tabou, salué par tous. Mais la diffusion de ces documents a surtout concerné les religieux qui ont par ailleurs été les bénéficiaires des formations. L’implication des laïcs a été pour l’heure peu réfléchie, la constitution de documents appropriés n’a pas été réellement passée si bien que sur ce sujet nous sommes encore peu avancés dans un réel partenariat. Notre histoire du partenariat laïcs- religieux dans ces différentes formes comporte beaucoup de « pages blanches » et n’a pas pour l’heure donné lieu à une vision historique synthétique. Or celle ci pourrait donner au plus grand nombre les capacités d’un discernement historique en fidélité au charisme. Savons-nous faire de notre histoire une force, un point d’appui pour de nouvelles aventures missionnaires ? Notre passé peut nous aider à faire des choix d’avenir. Mais est ce vraiment actuellement un solide point d’appui spirituel ? Y puisons nous aussi une liberté suffisante pour nous aider dans les choix apostoliques à opérer ? Savons-nous y déceler des parcours, des figures parlantes pour mieux partager la mission aujourd’hui ? La transmission du charisme, notamment liée à l’internationalisation, est bien vivante. Mais le passé est encore peu interrogé de façon problématisé, dans un souci d’engagement opérationnel responsable. Ainsi nous ne faisons pas encore assez de notre héritage une force de communion entre nous, et un moyen de se rapprocher d’attentes, de résister au rétrécissement de notre espace d’expérience lié au vieillissement du corps assomptionniste dans l’hémisphère Nord, pour libérer des potentialités inemployées, faire naitre des questions et des vocations diversifiées.
3. Affiner notre organisation. Les modalités de notre alliance laïcs-religieux sont encore très embryonnaires. La discussion entre les partisans d’une modalité plus institutionnelle et ceux d’une gestion moins contraignante est pour l’heure inachevée. Nous cherchons encore plutôt de façon pragmatique à accueillir la diversité, à promouvoir la communion dans un souci que tous nous soyons au service de la mission. Nous voyons bien que,de part et d’autre, nous avons besoin d’un redimensionnement mais nous ne sommes pas encore dans une période d’imagination forte de nouvelles structures, qui pourraient être associatives et conformes au droit canon. La promotion de formes ministérielles spécifiques inspirées par le charisme correspondant aux finalités apostoliques de l’Assomption est encore peu étudiée et mis en œuvre. Comment mieux tirer partie des expériences des autres instituts ? Comment mieux partager nos richesses, nos sagesses respectives, notre espérance commune dans l’Evangile ? Comment mieux signifier cette relation mutuelle et cette complémentarité qui nous caractérise entre religieux et laïcs ? Ces questions restent à creuser.
En conclusion, il me semble indéniable que nous ne sommes qu’au début de la maturation d’une nouvelle conscience ecclésiale à l’Assomption, liée à l’intégration progressive de nos différents état de vie, à des conditions culturelles et religieuses assez novatrices. Sans doute vivons nous une rupture avec une vision dépassée des rapports entre religieux et laïcs, pensant les premiers comme détenteurs et dépositaires absolus du charisme de leurs instituts et les seconds comme des auxiliaires ou collaborateurs zélés des premiers. Mais ce que cette rupture instaure précisément est loin d’être totalement dévoilé pour l’Assomption si ce n’est déjà la conviction partagée par toute l’Eglise de l’égale dignité chrétienne et de l’universelle vocation à la sainteté.
J F PETIT,aa
[1] Cf aussi J. Leveque, ocd www. perso.orange.fr/j.leveque-ocd/fidelite.htm