Soeur de la congrégation de Sainte-Clothilde, Bernadette Delizy a réalisé sa thèse de doctorat en théologie sur les relations entre les congragations religieuses et les chrétiens qui cheminent avec elles. Elle souligne l'importance de ce phénomène aujourd'hui dans l'Eglise.

Des laïcs qui cheminent avec des religieux: est-ce une nouveauté dans l'Eglise ?
Soeur Bernadette Delizy:
non, cela existe depuis longtemps dans l'histoire. Les Tiers-ordre en sont un exemple. tiers-ordre ne désigne pas un ordre inférieur à celui des religieux ou des religieuses. Tiers-ordre signifie troisième Règle de vie. Chez les Franciscains, le Tiers-ordre, qu'on appelle aujourd'hui la Fraternité franciscaine, a précédé les frères !

Parfois, l'Eglise a même permis à des laîcs d'être membres du même institut que les religieux. c'est la cas de la sainte-Famille de Bordeaux où, dans un même institut, on trouve aujourd'hui une branche de religieuses, une branche de prêtres, un institut séculier et une branche laïque. Lors de la fondation, le but était de toucher tous les secteurs de la société. Mais ce fut plutôt une exception car, la plupart du temps, l'Eglise demandait une séparation: à l'époque, on était laïc ou l'on était religieux. On ne constituait pas de groupes ensemble.

- Comment ces Tiers-ordre se sont-ils développés à l'époque contemporaine ?
- ils ont connu une grande évolution et sont devenus ce qu'on appelle aujourd'hui les "groupement de vie évangélique ». Ainsi la Fraternité franciscaine, mais aussi les Congrégations mariales, fondées par les jésuites, et qui sont devenues la Communauté de vie chrétienne (CVX). Il s’agit de mouvements de laïcs qui se rattachent à une spiritualité particulière et qui ont connu un véritable renouveau à l’époque du Concile. Depuis vingt ans, on voit un mouvement similaire se dessiner, mais selon des modalités différentes.

– C’est-à-dire ?
– On voit par exemple des laïcs proches de congrégations diverses qui demandent à vivre leur vie de laïcs selon la spiritualité d’un fondateur. Dans d’autres cas, leur but va être de faire vivre l’intuition évangélique du fondateur dans l’oeuvre d’une congrégation, par exemple les établissements d’enseignement. On voit aussi d’autres types de groupes comme les Maristes en éducation. Éducateurs par leur métier, ils souhaitent vivre le projet mariste là où ils sont. De même, les laïcs associés aux Auxiliatrices de la charité vont s’engager à vivre une présence au monde ouvrier dans l’esprit des fondateurs.

– Ce renouveau est donc un fruit du Concile ?
– Il avait commencé avant Vatican II. Mais on peut dire que c’est aussi un fruit du Concile, au moins sous deux aspects : Vatican II a invité les congrégations religieuses à retrouver leurs sources fondatrices, et il a souligné combien chaque baptisé était appelé à vivre de Dieu qui est saint.

– En France, combien de personnes sont concernées ?
– C’est très difficile à dire. Pour préparer le rassemblement de Lourdes, en octobre prochain (lire page suivante), une enquête a été réalisée. Elle révèle que plus de 35 000 personnes sont concernées, et encore, sans compter ceux qui dans des institutions congréganistes ont mission d’y faire vivre l’Évangile à la manière des fondateurs. Ceux-là, il est diffi - cile de les dénombrer ! Ainsi, dans un établissement d’enseignement, on peut prendre en compte le directeur qui a reçu une lettre de mission, mais comment compter ceux des membres de l’équipe éducative qui se sentent engagés ? En fait, il y a de multiples façons de cheminer avec les congrégations religieuses et le rassemblement de Lourdes permettra justement à des personnes vivant des engagements différents de se rencontrer et d’échanger. Il s’agira aussi de faire prendre conscience à l’Église de ce que l’Esprit a donné à notre temps pour sa mission… Et de rendre grâce !

– Les évêques y voient-ils une concurrence à l’Église diocésaine ?
– Non ! Les évêques connaissent ces réalités et les encouragent. Il se peut que tel ou tel groupe, petit, leur soit inconnu, ou qu’une poignée de chrétiens de leur diocèse retrouve ailleurs un groupe plus important. Mais ils savent que des chrétiens trouvent auprès des religieux et religieuses une source pour les enrichir. De plus, les chrétiens qui cheminent auprès de congrégations sur les pas de leurs fondateurs sont, la plupart du temps, bien engagés dans la vie paroissiale et sociale. Il n’y a pas de concurrence. En fait, la vie religieuse a permis à des hommes et des femmes de venir à une vie spirituelle ou de l’approfondir : on part d’une amitié, d’une collaboration, et on se ressource ensemble pour devenir acteurs de la mission, au sens fondamental. C’est ce qui s’est passé pour l’Assomption : des laïcs se sont rassemblés qui ne travaillent pas pour les mêmes oeuvres – l’Hospitalité ou Bayard, par exemple – voire qui ne travaillent pour aucune oeuvre mais qui souhaitent tous participer à une même mission : faire advenir le règne de Dieu. C’est le coeur de la mission, « Que ton Règne vienne », qui est ici partagé.

 

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