Guzman Carriquiry, sous-secrétaire du Conseil pontifi cal pour les laïcs, témoigne de la diversité des motivations et des engagements des laïcs aux côtés des congrégations.

Recueilli par Isabelle de Gaulmyn, à Rome

Comment voyez-vous à Rome le renouveau des mouvements de laïcs engagés auprès des congrégations ?
Guzman Carriquiry :
Ce qu’on appelle les tiers-ordres, du point de vue juridique, dépendent de la Congrégation pour la vie religieuse. Mais au plan pastoral, c’est nous, au Conseil pour les laïcs, qui les suivons. Il faut replacer cela dans un contexte plus large de réorganisation de la vie associative des laïcs dans l’Église. Nous avons d’abord les mouvements traditionnels de l’Action catholique, engagés dans le monde. À côté, sont venus s’ajouter depuis une trentaine d’années d’autres formes associatives: les mouvements et communautés nouvelles, les ONG, où participent beaucoup de chrétiens, même si leur vocation n’est pas explicitement religieuse. Et enfi n, cet autre courant, qui connaît lui-aussi une forte croissance, la participation des fi dèles laïcs au charisme et à la vie des familles d’ordres ou congrégations religieuses.

Comment faites-vous le travail de discernement ?
— En réalité, beaucoup de supérieurs de congrégation viennent nous demander conseil. Ils nous expliquent qu’ils ont noué des relations avec des laïcs, à un niveau paroissial, ou dans le cadre des oeuvres, écoles religieuses par exemple, et qu’ils souhaitent fi xer un cadre à ces relations. Ces supérieurs ont conscience que le charisme qui leur a été donné pour susciter une vie de totale consécration au Christ, est aussi un don pour l’édi- fi cation de l’Église. Parfois même, le fondateur lui-même avait prévu une association de laïcs. Le problème est de savoir comment l’organiser: soit une forme associative très autonome, soit au contraire un tiers-ordre étroitement rattaché à la congrégation.

Comment les aidez-vous à trouver la bonne solution juridique ?
— Nous leur posons la question des vraies motivations de la congrégation religieuse pour créer ces associations. Certaines font cela, poussées par l’inquiétude : ce sont des congrégations ou des ordres vieillissants, qui ne savent pas comment seront ensuite gérées leurs oeuvres, comment prendre en charge les religieux âgés. La création d’une association de laïcs veut alors indirectement répondre au manque de vocations religieuses. Là, nous disons danger : c’est une très mauvaise solution, car la congrégation n’a pas la force de transmettre le charisme, elle ne fait que transmettre les oeuvres. À nos yeux, il doit au contraire s’agir d’un processus naturel : si la congrégation a encore en elle une énergie missionnaire, les laïcs sont attirés par ce témoignage de radicalité de vie chrétienne. On peut alors envisager la création d’une association autonome, mais en lien aussi bien avec le charisme de la congrégation que son diaconat.

 

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