Le son de nos paroles
frappe les oreilles ;
le maître est à l’intérieur.
Ne croyez pas qu’un homme
puisse apprendre quelque chose
d’un autre homme.
Nous pouvons vous avertir
en faisant du vacarme avec notre voix ;
s’il n’y a pas à l’intérieur
quelqu’un pour vous instruire,
c’est en vain que nous faisons du bruit.
Saint Augustin
Homélies sur la première épître
de saint Jean.
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Aux lendemains de sa conversion, Augustin (354-430) revint à Thagaste, son pays natal, décidé à y vivre en moine, sans autre ambition que la recherche de Dieu. Son premier biographe, Possidius, nous résume ainsi ce « saint loisir » auquel il s’adonnait alors : « Ce que Dieu lui faisait comprendre et lui révélait dans sa méditation et sa prière lui servait à enseigner présents et absents, les premiers par ses conversations, les seconds par ses livres.»
Nous n’avons plus le privilège d’entrer en conversation avec lui, ni d’entendre sa voix. Il nous reste à lire ses nombreux écrits, marqués le plus souvent par les débats de l’époque dans lesquels il était engagé. Ce sont des « écrits d’occasion », parfois difficiles à comprendre faute de connaître le contexte. De plus, ils sont volumineux et demandent un temps considérable pour être lus intégralement.
Nous avons choisi de proposer des extraits, en les situant brièvement dans leur contexte, si nécessaire, et en indiquant leur portée spirituelle. Ce sont des textes courts, mais suggestifs. S’ils proviennent de différentes périodes de la vie d’Augustin, et portent la trace des occasions dans lesquelles ils ont vu le jour, ils ne gardent pas moins une valeur permanente. C’est le principal critère qui a guidé cette sélection. Ces textes voudraient nous faire découvrir Augustin, mais aussi nous aider à faire notre propre chemin spirituel.
Leur disposition obéit à un ordre à la fois chronologique et thématique. Pour certains, cet ordre s’imposait de lui-même. Ainsi, la suite chronologique : adhésion à la secte des manichéens, conversion, choix de la vie monastique. Ainsi encore la suite des trois thèmes étroitement liés : autorité de la foi, le Christ, l’Église. Viennent ensuite des thèmes d’ordre spirituel, moins étroitement unis entre eux, comme la recherche de Dieu, la règle de l’amour, l’amitié. Le tout culminant dans la célébration de la paix.
Ce qui importe dans ce parcours, c’est moins d’entendre la voix d’Augustin, à jamais éteinte, que d’écouter le Maître intérieur, hôte permanent du coeur de l’homme. De toute manière, la voix ne peut émettre que des sons, mais c’est toujours le Verbe intérieur qui en révèle le sens. La voix peut avertir, la Vérité seule instruit.
Père Marcel Neusch,
assomptionniste |
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354 :
Naissance d’Augustin le 13 novembre à Thagaste (Souk-Ahras, en Algérie),
de Patricius et de Monique.
366-369 :
Études à Madaure, « cette ville où j’avais fait mon premier séjour hors de
chez moi pour me former aux lettres » (Confessions II, 3, 5).
369 :
Année d’oisiveté à Thagaste. « On me lâchait les rênes pour le jeu» (Id. II, 3, 8). Vol des poires.
370-373 :
Poursuite des études à Carthage. « Je cherchais sur quoi porter mon amour,
dans mon amour de l’amour. » (Id. III, 1, 1). Naissance de son fils Adéodat (371-372), lecture de l’Hortensius, adhésion à la secte des manichéens.
373 :
Professeur à Thagaste. Mort d’un ami (Id. IV, 4, 7).
374-383 :
Professeur à Carthage. Rédaction d’un ouvrage sur la beauté
(Id. IV, 15, 24).
383-384 :
Séjour à Rome, où il espérait rencontrer des étudiants plus tranquilles,
mais qui s’avèrent mauvais payeurs (Id. V, 8, 14).
384-387 :
Professeur à Milan. Renvoi de sa concubine. Il écoute la prédication
d’Ambroise. Lecture des livres platoniciens, puis des lettres de saint Paul,
conversion (août 386), retraite à Cassiciacum où il mène une vie « quasi
monastique ». De ce séjour, on a les Dialogues et les Soliloques.
387 :
Baptême dans la nuit du 24 au 25 avril 387, en même temps que son ami
Alypius et que son fils Adéodat.
387-388 :
Séjour à Rome. Mort de Monique à Ostie (387). À Rome, il enquête sur
la vie monastique. Rédige Les moeurs de l’Église catholique. Retour en
Afrique.
388-390 :
Retraite à Thagaste. Mort d’Adéodat.
391 :
Prêtre à Hippone (Hippo Regius), évêque « coadjuteur » de Valerius (395),
et évêque titulaire en 396.
397 :
Début de la rédaction des Confessions.
403 :
Concile de Carthage. Augustin échappe à l’embuscade que lui tendent les
donatistes.
407 :
Commentaire de la première épître de saint Jean. « Aime, et fais ce que tu
veux ! » Il rédige La première catéchèse (406-412 ?).
410 :
Rome est envahie et pillée par les troupes d’Alaric (24 août). Parmi les
réfugiés romains en Afrique se trouve Pélage.
411 :
Conférence entre catholiques et donatistes (1er-8 juin) qui s’achève en
faveur des catholiques. Un édit de 412 condamne les donatistes.
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Dans cette page des Confessions, l’une des plus célèbres, Augustin renvoie
à son expérience de Dieu au jardin de Milan, un Dieu présent au coeur de
l’homme : « Toi, tu étais plus intime que l’intime de moi-même, et plus
élevé que les cimes de moi-même. » (III, 6, 11).
Bien tard je t’ai aimée,
ô beauté si ancienne et si nouvelle,
bien tard je t’ai aimée !
Et voici que tu étais au-dedans, et moi au-dehors
et c’est là que je te cherchais,
et sur la grâce de ces choses que tu as faites,
pauvre disgracié, je me ruais !
Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi ;
elles me retenaient loin de toi, ces choses qui pourtant,
si elles n’existaient pas en toi, n’existeraient pas !
Tu as appelé, tu as crié et tu as brisé ma surdité ;
tu as brillé, tu as resplendi et tu as dissipé ma cécité ;
tu as embaumé, j’ai respiré et haletant j’aspire à toi ;
j’ai goûté, et j’ai faim et j’ai soif ;
tu m’as touché et je me suis enflammé pour ta paix.
Quand j’aurai adhéré à toi de tout moi-même,
nulle part il n’y aura pour moi douleur et labeur,
et vivante sera ma vie toute pleine de toi.
Mais maintenant, puisque tu allèges celui que tu remplis,
n’étant pas rempli de toi je suis un poids pour moi.
Il y a lutte entre mes joies dignes de larmes
et les tristesses dignes de joie ;
et de quel côté se tient la victoire, je ne sais.
Il y a lutte entre mes tristesses mauvaises
et les bonnes joies ;
et de quel côté se tient la victoire, je ne sais.
Ah ! malheureux ! Seigneur, aie pitié de moi.
Ah ! malheureux ! voici mes blessures, je ne les cache pas :
tu es médecin, je suis malade ;
tu es miséricorde, je suis misère.
N’est-elle pas une épreuve, la vie humaine sur la terre ? […]
Et mon espérance est tout entière uniquement
dans la grandeur immense de ta miséricorde.
Donne ce que tu commandes et commande ce que tu veux. […]
Ô amour qui toujours brûles et jamais ne t’éteins,
ô charité, mon Dieu, embrase-moi !
Confessions, X, 27, 38-29, 40
BA 14, p. 209-213. |
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En quête de sagesse, Augustin à l’âge de 19 ans, se laisse séduire par la secte
des manichéens qui lui promettent de tout expliquer par la raison, sans
exiger la foi, comme les catholiques. Augustin se laisse séduire et se fait
séducteur au point d’y entraîner plusieurs de ses amis.
Mon but est donc de te prouver,
si je puis, la témérité impie des
manichéens, lorsqu’ils attaquent
ceux qui, dociles à l’autorité de la
foi catholique, commencent par
croire, pour se fortifier et se préparer
à l’illumination divine, avant
de pouvoir contempler cette vérité
que la pensée seule aperçoit.
Tu le sais, Honoratus : si nous
sommes tombés aux mains de ces
hommes [les manichéens], c’est
uniquement parce qu’ils prétendaient
mettre de côté la
contrainte de l’autorité et, par la
pure et simple raison, introduire
auprès de Dieu et délivrer de toute
erreur ceux qui voudraient bien les
écouter.
Quel motif me fit, pendant près de
neuf ans, mépriser la religion que
mes parents avaient implantée en
moi dès mon enfance et suivre ces
hommes en disciple attentif, si ce
n’est de les entendre affirmer que
nous étions dominés par une
crainte superstitieuse et que l’on
nous imposait de croire avant de
réfléchir, tandis qu’eux ne pressaient
personne de croire sans
avoir au préalable démêlé et tiré au
clair la vérité ?
Qui n’aurait été séduit par ces
promesses, surtout un jeune
homme à l’âme éprise du vrai et
que des discussions avec quelques
personnes cultivées avaient rendu
orgueilleux et beau parleur ? Tel
j’étais quand ils m’ont rencontré,
plein demépris, bien entendu, pour
ce qui me semblait contes de
bonne femme, désireux de posséder,
pour que je m’en abreuve, le
vrai sans voile ni fard qu’ils me
promettaient.
En revanche, quel motif me retenait
et m’empêchait de me fixer définitivement
chez eux, si bien que j’en
restais à ce qu’ils appellent « le
degré des Auditeurs », sans renoncer
aux espoirs et aux affaires de ce
monde ? Quoi, si ce n’est que je les
voyais, eux aussi, plus habiles et
abondants à réfuter autrui que
fermes et assurés à prouver leurs
propres dires ?
Mais à quoi bon parler de moi, qui
déjà étais chrétien et catholique ?
[…] Toi, tu n’es pas encore chrétien,
qui, sur mon conseil et malgré une
vive aversion pour les chrétiens, as
consenti tout juste à reconnaître
qu’ils méritaient de ta part
audience et examen, rappelle-toi,
je t’en prie : à quoi t’es-tu laissé
prendre, sinon à la promesse,
pleine de suffisance, de rendre raison
de tout ?
L’utilité de croire 1, 2
BA 8 p. 211-213 |
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Alors que les manichéens prétendaient le dispenser de croire, Augustin
considère l’adhésion préalable à l’autorité de la parole de Dieu comme le
passage obligé pour parvenir à la compréhension de Dieu et de l’homme.
Et maintenant, ravivez votre
attention. Tout homme veut
comprendre ; personne qui n’ait ce
désir. Mais tous nous ne voulons
pas croire. On me dit : « Je veux
comprendre pour croire. » Je
réponds : « Crois pour comprendre. » ; voici donc une discussion
qui s’élève entre nous et qui va
porter tout entière sur ce point :
« Je veux comprendre avant de
croire », me dit l’adversaire ; et moi
je lui dis : « Crois d’abord et tu
comprendras. » Pour trancher le
débat, choisissons un juge. Parmi
tous les hommes à qui je puis
songer, je ne trouve pas de meilleur
juge que l’homme que Dieu lui même
a choisi pour interprète. En
pareille matière et dans un débat
de ce genre, l’autorité des littérateurs
n’a rien à faire ; ce n’est pas
au poète de juger entre nous, c’est
au prophète […].
Tu disais : « J’ai besoin de comprendre
pour croire » ; et moi : « Crois
d’abord pour comprendre. » La
discussion est engagée ; allons au
juge ; que le prophète prononce
ou plutôt que Dieu prononce par
son prophète. Gardons tous deux
le silence. Il a entendu nos
opinions contradictoires ; « Je veux comprendre, dis-tu, pour croire » ;
« Crois, ai-je dit, pour comprendre »,
et le prophète répond : « Si vous ne
croyez pas, vous ne comprendrez
pas. » (Is 7, 9) […]
Par conséquent, mes très chers
frères, cet homme que j’ai pris
comme adversaire et avec lequel
j’ai engagé une discussion qui a été
portée au tribunal du prophète, n’a
pas tout à fait tort de vouloir
comprendre avant de croire. Moi
qui vous parle, en ce moment, si je
parle, c’est pour amener aussi à la
foi ceux qui ne croient pas encore.
Donc, en un sens, cet homme a dit
vrai quand il a dit : « Je veux
comprendre pour croire » ; et moi
également je suis dans le vrai
quand j’affirme avec le prophète :
« Crois d’abord pour comprendre. »
Nous disons vrai tous les deux :
donnons-nous donc la main ;
comprends donc pour croire et
crois pour comprendre ; voici en
peu de mots comment nous pouvons
accepter l’une et l’autre ces
deux maximes : comprends ma
parole pour arriver à croire, et crois
à la parole de Dieu pour arriver à la
comprendre.
Sermon 43 in
Les Plus Beaux Sermons de saint Augustin,
réunis et traduits par Georges Humeau,
t. I, p. 181-189. EA, 1986. |
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Tout au long de sa vie, Augustin cultivera l’amitié en mesurant sa fragilité.
Il écrira : « En toutes choses humaines, rien n’est amical pour l’homme,
sans un homme qui soit son ami. Mais combien rarement s’en trouve-t-il
un sur l’esprit et les moeurs duquel on puisse compter avec une entière
sécurité ? » (Lettre 130 à Proba)
Quelqu’un a bien parlé en disant
de son ami : c’est la moitié de
mon âme. Car j’ai éprouvé moimême
que mon âme et son âme
n’avaient été qu’une âme en deux
corps. Voilà pourquoi la vie m’était
en horreur : je ne voulais pas vivre,
diminué de moitié ; voilà pourquoi
aussi peut-être je craignais de
mourir, pour que ne mourût pas
tout entier celui que j’avais beaucoup
aimé. […]
En vérité, pourquoi cette douleur
avait-elle pénétré si facilement
jusqu’au plus intime de moi, sinon
parce que j’avais répandu mon âme
sur le sable, en aimant un être
mortel comme s’il était immortel ?
Oui, ce qui par-dessus tout me
réconfortait et me faisait revivre
c’étaient les consolations d’autres
amis, avec qui j’aimais ce qu’au
lieu de toi j’aimais ; c’était là une
énorme fiction et un mensonge
prolongé, dont le frottement
adultère corrompait notre esprit
que démangeait notre désir d’entendre.
Mais cette fiction ne mourrait
pas pour moi, même si l’un de
mes amis venait à mourir.
Il y avait autre chose qui, dans ces
amitiés, prenait davantage le
coeur : causer et rire en commun,
échanger de bons offices, lire
ensemble des livres bien écrits,
être ensemble plaisants et ensemble
sérieux, être parfois en
désaccord sans animosité, comme
on l’est avec soi-même, et utiliser
ce très rare désaccord pour
assaisonner l’accord habituel,
apprendre quelque chose les uns
aux autres ou l’apprendre les uns
des autres, regretter les absents
avec peine, accueillir les arrivants
avec joie, et faire de ces manifestations
et d’autres de ce genre,
jaillies du coeur de gens qui aiment
et s’entraident, exprimées par le
visage, par la langue, par les yeux,
par mille gestes charmants, en faire
comme les aliments d’un foyer où
les âmes fondent ensemble, et de
plusieurs n’en font qu’une.
C’est cela que l’on chérit dans les
amis, et on le chérit à ce point
qu’en lui-même l’homme a
conscience d’être coupable, s’il
n’aime pas qui redouble d’amour,
ou si, envers qui l’aime, il ne redouble
pas d’amour, sans rien demander
au corps de l’être aimé hormis
des marques d’affection. De là ce
deuil, si l’un d’eux vient à mourir, et
les ténèbres de la souffrance, et le
coeur amolli par une douceur qui
s’est changée en amertume, et la
vie perdue de ceux qui meurent
devenant la mort de ceux qui
vivent.
Heureux celui qui t’aime toi, et son
ami en toi, et son ennemi à cause
de toi ! Celui-là seul en effet ne
perd aucun être cher, à qui tous
sont chers en Celui que l’on ne perd
pas […].
Confessions IV, 6, 11-10, 15
BA 13, p. 427-435. |
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Les manichéens disaient que le mal était une substance qui contaminait la
nature humaine de l’extérieur et que l’homme n’y était pour rien. À l’écoute
des sermons d’Ambroise, Augustin réalise que le mal relève de la
responsabilité de l’homme. C’est là aussi une donnée immédiate de la
conscience. Reste l’énigme du mal subi. Augustin ne parvient pas à lever
l’ultime point d’interrogation.
Je fixais mon attention pour saisir
ce que j’entendais [en écoutant
Ambroise] : à savoir que le libre
arbitre de la volonté est la cause du
mal que nous faisons, et ton juste
jugement celle de nos souffrances ;
et cette cause, je n’étais pas capable
de la saisir clairement. Aussi,
pour tirer hors de ce gouffre le
regard de mon esprit, je faisais des
efforts, mais j’y plongeais encore ;
je multipliais les efforts, et j’y
plongeais encore et encore.
Une chose en effet me soulevait
vers ta lumière : j’avais conscience
d’avoir une volonté autant que de
vivre. Aussi, quand je voulais ou ne
voulais pas quelque chose, ce
n’était pas un autre que moi qui
voulait ou ne voulait pas, j’en étais
absolument certain ; et là se
trouvait la cause de mon péché,
déjà je m’en rendais compte.
Mais quand j’agissais malgré moi,
je subissais plutôt que je n’agissais,
je le voyais bien ; ce n’était
pas là une faute, mais un châtiment,
je l’estimais ainsi ; et il
n’était pas injuste que j’en fusse
frappé, puisque je te concevais comme juste, je l’admettais sans
peine.
Mais je reprenais alors : « Qui m’a
fait ? N’est-ce pas mon Dieu, qui est
non seulement bon mais le bien
même ? D’où me vient donc de
vouloir le mal et de ne pas vouloir
le bien ? Est-ce pour motiver un
châtiment que je subisse justement
? Qui a mis en moi, et y a
planté, cette pépinière d’amertume,
alors que j’étais fait tout
entier par mon Dieu plein de
douceur ? Si le démon en est
l’auteur, d’où vient le démon luimême
? Et si, même lui, par une
volonté dévoyée, de bon ange s’est
fait démon, d’où est venue en lui
aussi la volonté mauvaise qui
devait le faire démon, puisqu’il
avait été fait ange tout entier par
un créateur très bon ? »
Ces pensées m’accablaient
derechef, et me suffoquaient.
Confessions VII, 3, 5.
BA 13, pages 584-587. |
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Gagné à la vérité catholique, Augustin hésite devant le choix qui s’impose,
partagé entre deux volontés qui se disputent son coeur, « l’une ancienne
l’autre nouvelle, celle-là charnelle celle-ci spirituelle » (Confessions VIII,
5, 10).
Cette dispute dans mon coeur
n’était qu’une lutte de moimême
contre moi-même. Alypius,
lui, rivé à mes côtés dans cette agitation
sans précédent, attendait en
silence le dénouement […]. La solitude
s’offrait à moi comme un
endroit plus propice au travail des
larmes. Je me retirai assez loin ;
ainsi même la présence d’Alypius
ne pourrait pas m’être à charge. Tel
était alors mon état. Il le comprit
[…]. Et je pleurais dans la profonde
amertume de mon coeur brisé.
Et voici que j’entends une voix,
venant d’une maison voisine ; on
disait en chantant et l’on répétait
fréquemment avec une voix comme
celle d’un garçon ou d’une fille, je
ne sais : « Prends, lis ! Prends,
lis ! » À l’instant, j’ai changé de
visage et, l’esprit tendu, je me suis
mis à rechercher si les enfants
utilisaient d’habitude, dans tel ou
tel genre de jeu, une ritournelle
semblable ; non, aucun souvenir
ne me revenait d’avoir entendu
cela quelque part. J’ai refoulé
l’assaut de mes larmes et me suis
levé, ne voyant plus là qu’un ordre
divin qui m’enjoignait d’ouvrir le
livre, et de lire ce que je trouverais
au premier chapitre venu […].
Aussi, en toute hâte, je revins à
l’endroit où Alypius était assis ;
oui, c’était là que j’avais posé le
livre de l’Apôtre tout à l’heure, en
me levant. Je le saisis, l’ouvris et
lus en silence le premier chapitre
où se jetèrent mes yeux : « Non,
pas de ripailles et de soûleries ;
non, pas de coucheries et d’impudicités
; non, pas de disputes et de
jalousies ; mais revêtez-vous du
Seigneur Jésus Christ, et ne vous
faites pas les pourvoyeurs de la
chair dans les convoitises »
(Rm 13, 13). Je ne voulus pas en lire
plus, ce n’était pas nécessaire. À
l’instant même, en effet, avec les
derniers mots de cette pensée, ce
fut comme une lumière de sécurité
déversée dans mon coeur, et toutes
les ténèbres de l’hésitation se dissipèrent
[…].
Tu me convertis, en effet, si bien à
toi, que je ne recherchais plus ni
épouse ni rien de ce qu’on espère
dans ce siècle ; j’étais debout sur la
règle de la foi, comme tu le lui avais
révélé [à Monique] tant d’années
auparavant. Et tu convertis son
deuil en joie, une joie beaucoup
plus abondante qu’elle ne l’avait
désirée, beaucoup plus attachante
et plus chaste que celle qu’elle
attendait de petits enfants nés de
ma chair.
Confessions VIII, 12, 28-30
BA 14, p. 65-69. |
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Après sa conversion, Augustin fait le choix de la vie monastique, réunissant
autour de lui des compagnons, décidés à vivre « unanimes à la maison,
ayant une seule âme et un seul coeur tournés vers Dieu » (Règle).
Or, je craignais l’épiscopat à tel
point que, parce que ma
renommée commençait à prendre
quelque importance parmi les
serviteurs de Dieu, je ne me
rendais pas là où je savais qu’il n’y
avait pas d’évêque. Je me gardais
de cela et je suppliais Dieu tant que
je pouvais de me laisser sain et
sauf dans ma basse condition et de
ne pas m’exposer dans un poste
élevé. Mais, comme je l’ai dit, le
serviteur ne doit pas contredire son
maître.
Je vins en cette ville [Hippone] pour
voir un ami que j’espérais pouvoir
gagner à Dieu et amener avec moi
au monastère ; j’étais apparemment
tranquille, puisque la ville
avait un évêque. Je fus réquisitionné
et fais prêtre et, par ce degré, je
parvins à l’épiscopat. Je n’apportai
rien, je ne vins à cette église
qu’avec les vêtements que je
portais alors. Et puisque je me disposais
à vivre au monastère avec
mes frères, le vénérable Valérius,
d’heureuse mémoire, mis au
courant de mon projet et de ma
décision, me donna ce jardin où se
trouve maintenant le monastère. Je
commençai à réunir des frères
décidés à s’engager, mes compagnons de pauvreté, qui ne possèderaient
rien comme moi et se
disposeraient à m’imiter : j’avais
vendu mon pauvre petit bien et j’en
avais distribué le prix aux pauvres ;
ainsi feraient ceux qui voudraient
se joindre à moi, afin que nous
vivions sous le régime de la
communauté ; et ce qui nous serait
commun, c’était un grand domaine
surabondant, Dieu lui-même.
Je parvins à l’épiscopat ; et je vis
qu’il était nécessaire à l’évêque
d’assurer l’hospitalité à ceux qui
allaient et venaient ; si l’évêque ne
le faisait pas, il passerait pour
inhospitalier. Mais si cette habitude
avait été introduite dans le
monastère, cela aurait été inconvenant.
Et j’ai voulu avoir dans
cette « maison de l’évêque » un
monastère de clercs.
Voilà comment nous vivons. Il n’est
permis à personne dans la communauté
d’avoir quelque chose en
propre […]. Ce n’est permis à
personne ; si certains ont quelque
chose, ils font ce qui n’est pas
permis. Or j’ai bonne opinion de
mes frères ; et, leur faisant
toujours confiance, je me suis
gardé d’enquêter à ce sujet ; parce
qu’une telle enquête me paraissait
impliquer une mauvaise opinion à
leur égard. Je savais, en effet, et je
sais que ceux qui décident de vivre
avec moi connaissent notre
engagement, connaissent notre
norme de vie.
Sermon 355, 2 (Traduction Goulven Madec)
NBA 6 (1996), p. 17-20. |
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Comment définir le bonheur ? Si les hommes désirent tous être heureux, ils
sont divisés sur la nature du bonheur. Ni la profession des armes, ni celle
d’avocat ou de juge, ni celle d’agriculteur ou de marin, ni aucune autre n’est
désirable au point de s’identifier avec la vie heureuse. La vie n’est vraiment
heureuse qu’autant qu’elle est éternelle. Le bonheur ne veut rien moins que
l’éternité.
Tout homme, quel qu’il soit, veut
être heureux. Personne qui ne
désire être heureux, et qui ne le
désire par-dessus tout. Je dirai
plus, tout ce qu’on peut désirer
d’ailleurs, c’est pour le rapporter
au désir d’être heureux. Les
hommes sont entraînés par des
passions diverses, l’un désire une
chose et l’autre en veut une autre ;
il y a dans le genre humain bien des
conditions différentes, et dans
cette multitude de conditions chacun
choisit et adopte celle qui lui
plaît ; mais quel que soit l’état de
vie dont on fasse choix, il n’est personne
qui ne veuille être heureux.
La vie heureuse est donc le bien
commun que tous ambitionnent ;
mais quel moyen d’y arriver, quel
chemin prendre pour y parvenir,
c’est là que les hommes ne sont
plus d’accord. Si donc nous cherchons
la vie heureuse sur terre, je
ne sais si nous pourrons la trouver,
non que ce que nous cherchons
soit mauvais, mais parce que nous ne cherchons pas le bien là où il se
trouve.
L’un dit : « Heureux ceux qui
suivent la profession des armes » ;
un autre soutient le contraire et
dit : « Heureux ceux qui cultivent
les champs.» «Vous vous
trompez, dit celui-ci, heureux ceux
qui brillent au barreau par leur éloquence,
qui défendent les intérêts
de leurs concitoyens et dont la
parole devient l’arbitre de la vie et
de la mort des hommes. » « Non,
répond celui-là, heureux bien
plutôt ceux qui jugent et qui ont
l’autorité pour écouter les débats
et prononcer la sentence. » « Vous êtes dans l’erreur, dit un autre, heureux ceux qui traversent les
mers, ils apprennent à connaître du
pays et réalisent des gains considérables
? » […] Comment se fait-il
donc que de toutes les conditions
de la vie, il n’en est pas une seule
qui soit agréable à tous, tandis que
tous sont unanimes pour aimer la
vie heureuse ?
Sermon 306, 3 (éd. Vivès). |
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La christologie d’Augustin tient en cet axiome : « Le Christ Dieu est la
patrie vers laquelle nous allons, le Christ homme est la voie par laquelle nous
allons. C’est à lui que nous allons, par lui que nous allons. » (Sermon 124,
3, 3). Les platoniciens refusent l’Incarnation.
Mais l’incarnation du Fils
immuable de Dieu par laquelle
nous sommes sauvés et qui nous
permet d’atteindre ce que nous
croyons ou ce que nous
comprenons si peu que ce soit,
vous vous refusez à l’admettre.
Ainsi découvrez-vous de quelque
façonmais de loin, et avec des yeux
troubles, la patrie où nous devons
demeurer ; et pourtant, le chemin
qu’il faut suivre, vous [les
philosophes] ne le tenez pas […].
Oh ! si tu avais connu la grâce de
Dieu par Jésus Christ notre
Seigneur ! Si tu avais pu voir dans
l’Incarnation où il a pris une âme et
un corps d’homme, le plus beau
chef-d’oeuvre de la grâce ! Mais
que faire ? C’est en vain, je le sais,
que je parle à un mort [Porphyre],
du moins pour ce qui te regarde
[…]. Mais pour être à même
d’acquiescer à cette vérité, vous
aviez besoin de l’humilité, vertu
bien difficile à persuader à des
têtes comme les vôtres […].
Pourquoi, au nom de ces opinions,
refusez-vous d’être chrétiens,
sinon parce que le Christ est venu humblement et que vous êtes
orgueilleux ? Auriez-vous honte,
par hasard, d’être corrigés ? C’est
là précisément le vice des
orgueilleux. Il est honteux, certes,
pour les savants de quitter l’école
de Platon et de se faire les disciples
du Christ, qui, par son Esprit, apprit
à un pêcheur à dire avec sagesse :
« Dans le principe était le Verbe et
le Verbe était auprès de Dieu et le
Verbe était Dieu. » Tel est le début
du saint évangile que nous
appelons selon Jean, dont un platonicien
disait, comme nous
l’avons souvent entendu raconter
par le saint vieillard Simplicien
élevé depuis au siège épiscopal de
Milan, qu’il faudrait l’écrire en
lettres d’or et le placer dans toutes
les églises à l’endroit le plus
apparent.
Mais auprès des orgueilleux, Dieu,
le Docteur par excellence, a perdu
tout crédit, dès lors que « le Verbe
s’est fait chair et a habité parmi
nous. » C’est peu pour ces malheureux
d’être malades, il faut
encore qu’ils se glorifient de leur
maladie et rougissent des remèdes
qui pourraient les guérir. Une
pareille conduite ne réussit pas à
les relever, mais leur chute aggrave
encore leur mal.
La Cité de Dieu X, 29
BA 34, p. 529. |
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Découragé par le peu d’intérêt que suscite sa catéchèse, un diacre de
Carthage s’adresse à Augustin qui lui donne des conseils d’abord d’ordre
pédagogique. Quant au contenu à transmettre, qu’il raconte le Christ et
enseigne l’amour !
Ainsi le Christ est-il venu avant
tout pour que l’homme apprît
combien Dieu l’aime, et qu’il
l’apprît afin qu’il s’enflammât
d’amour pour celui qui le premier
l’a aimé, et afin qu’il aimât son
prochain, suivant l’ordre et l’exemple
de celui qui s’est fait le prochain
de l’homme, au temps où
celui-ci n’était pas son prochain,
mais errait bien loin de lui ; et toute
l’Écriture divine, qui a été écrite
avant, l’a été pour prédire la venue
du Seigneur ; et tout ce qui, après,
a été consigné par écrit et confirmé
par l’autorité divine, raconte le
Christ et enseigne l’amour. Il est
donc manifeste qu’en ces deux
commandements de l’amour de
Dieu et du prochain, sont résumés,
non seulement toute la Loi et les
Prophètes – seule Écriture sainte
qui existât au moment où le
Seigneur exprima ces commandements
–, mais aussi tous les
ouvrages des Lettres divines qui
ont été écrits plus tard pour notre
salut et confiés à la postérité.
C’est pourquoi il y a dans l’Ancien
Testament occultation du Nouveau,
et dans le Nouveau Testament manifestation de l’Ancien. À cause
de cette occultation, les hommes
charnels, qui comprennent de
façon charnelle, furent et sont
encore sous le joug de la crainte du
châtiment ; grâce à cette manifestation,
au contraire, les hommes
spirituels, ceux qui autrefois frappèrent
à la porte avec piété et se
virent ouvrir même les mystères
cachés, et ceux qui maintenant
cherchent sans orgueil, pour éviter
que ne leur soient fermés même les
mystères révélés, du fait qu’ils
comprennent de façon spirituelle,
se trouvent libérés par le don de la
charité.
Et, parce que rien n’est plus opposé à la charité que l’envie, et que l’envie
a pour père l’orgueil, le même
Seigneur Jésus Christ, Dieu
homme, est à la fois le signe de
l’amour divin à notre égard etl’exemple
de l’humilité humaine
parmi nous, afin que notre forte
enflure soit guérie par un antidote
plus fort encore ; car c’est une
grande misère qu’un homme
orgueilleux, mais c’est une miséricorde
plus grande qu’un Dieu humble.
Propose-toi donc cet amour comme
fin à laquelle tu rapporteras tout ce
que tu diras ; et, quoi que tu racontes,
raconte-le de telle manière que
ton auditeur en entendant croie, en
croyant espère, et en espérant
aime.
La Première Catéchèse 4, 8
BA 11/1 p. 69-73. |
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Dès sa conversion, Augustin s’enthousiasma pour le chant des psaumes.
« Comme je prenais feu pour toi à leur contact » (Confessions IX, 4, 8).
Ces psaumes, il les prie et les commente intégralement, selon un principe
qui vaut pour toute l’Écriture : « Le Nouveau Testament est caché dans
l’Ancien, et l’Ancien dévoilé dans le Nouveau. »
Le Christ est la clef secrète de leur compréhension.
Il faut rapporter le tout au Christ, si
nous voulons saisir le véritable
sens ; ne nous écartons point de la
pierre angulaire, de peur que notre
intelligence ne tombe en ruine ;
qu’en lui se consolide tout ce qui est
mobile et chancelant, qu’en lui
s’affermisse tout ce qui est incertain.
Quelque doute que fassent naître
dans notre esprit les saintes
Écritures, que l’homme ne s’éloigne
pas du Christ, et s’il le découvre dans
ses lectures, qu’il soit certain de les
avoir comprises, et qu’il ne se
persuade point qu’il les comprend,
tant qu’il n’y rencontre pas le Christ,
« qui est la fin de la loi pour justifier
ceux qui croiront en lui » (Rm 10, 4)
(in Ps 96, 2).
Que votre charité soit attentive.
C’est un point des plus importants
que nous ayons à étudier, non
seulement pour comprendre notre
psaume, mais pour en comprendre
beaucoup d’autres, si vous vous
attachez à cette règle. Quelquefois
un psaume, et non seulement un psaume mais une prophétie quelconque,
parle du Christ seulement
comme chef, et quelquefois passe
du chef au corps ou à l’Église, sans
qu’il paraisse avoir changé de personne
; car la tête ne se sépare pas
du corps, mais il en est parlé
comme d’un seul homme… Vous le
voyez donc, il y a des paroles [dans
le psaume] qui se disent du chef, et
d’autres qui se disent du corps.
(in Ps 90 2, 1).
Dieu ne pouvait faire aux hommes
un don plus excellent que de leur
accorder pour chef son Verbe, par
lequel il a créé toutes choses, et de
les unir à lui comme ses membres,
afin qu’il fût tout à la fois Fils de
Dieu et fils de l’homme, un seul
Dieu avec le Père, un seul homme
avec les hommes ; afin qu’en
adressant nos prières à Dieu, nous
n’en séparions pas le Fils, et que le
corps du Fils, offrant ses prières, ne
soit point séparé de son chef. Ainsi
notre Seigneur Jésus Christ, unique
Sauveur de son corps mystique,
prie pour nous, prie en nous, et
reçoit nos prières. Il prie pour nous
comme notre prêtre, il prie en nous
comme notre chef, il reçoit nos
prières comme notre Dieu.
Reconnaissons donc, et que nous
parlons en lui, et qu’il parle en
nous. (in Ps 85, 1).
Discours sur les psaumes
Cerf, 2007. |
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Dans le conflit avec les donatistes, qui ont fait schisme, ce qui est en jeu,
c’est le salut. Car « la Tête et le Corps forment un même tout », si bien que
se retrancher du Corps du Christ, c’est se séparer de la Tête. Conséquence :
« Hors de l’Église catholique, on peut tout avoir, sauf le salut ! »
Courons donc, mes frères !
Courons et aimons le Christ.
Quel Christ ? Jésus Christ. Qui estil,
celui-là ? Le Verbe de Dieu. Et
comment est-il venu vers des
malades ? Le Verbe s’est fait chair
et a habité parmi nous […]. Son
corps, où gît-il ? Ses membres, où
souffrent-ils ? Où dois-tu être pour
te trouver sous la dépendance de la
tête ? […]. Voici ce que disent le
Christ ou le psaume, c’est-à-dire
l’Esprit de Dieu : « Ton commandement
est souverainement large ! »
(Ps 118, 96). Et il y a quelqu’un pour
tracer en Afrique les frontières de la
charité ! Étends la charité à travers
le monde entier, si tu veux aimer le
Christ, car ses membres se trouvent
dans le monde entier.
Si tu n’aimes qu’une partie, tu es
séparé ; si tu es séparé, tu
n’appartiens pas au corps ; si tu
n’appartiens pas au corps, tu n’es
pas sous la dépendance de la tête.
Qu’importe que tu aies la foi, si tu
outrages en même temps ! Tu
adores le Christ en sa tête et tu
l’outrages en son corps ! Mais lui
aime son propre corps. Si, toi, tu t’es
retranché du corps même, la tête,
elle, ne s’est pas retranchée du
corps. C’est en vain que tu m’honores, s’écrie à ton adresse la tête, de
là-haut, c’est en vain que tu
m’honores !
C’est comme si quelqu’un voulait te
baiser au visage en même temps
t’écrasait les pieds ! L’homme
t’écraserait peut-être les pieds avec
des souliers cloutés, tout en
voulant te prendre la tête entre les
mains et te donner un baiser. Au
milieu de ses compliments, ne
t’écrierais-tu pas : « Que fais-tu,
l’homme ? Tu m’écrases les
pieds ! » Tu ne dirais pas : « Tu
m’écrases la tête ! » puisqu’il honorait
ta tête. Mais la tête crierait plus
fort pour défendre ses membres
qu’on écrase, que pour elle-même,
parce qu’on l’honorait de marques
d’affection.
La tête ne crie-t-elle pas : « Je ne
veux pas de tes démonstrations de
politesse ! Cesse de m’écraser les
pieds ! » Alors, toi, dis-lui, si tu
peux : « Comment ? Je t’ai écrasé les pieds ? » Dis-lui, à la tête : « J’ai
voulu te donner un baiser, j’ai voulu
t’embrasser. » « Mais, ne vois-tu
pas, insensé, que la tête que tu
veux embrasser, en raison d’un certain
lien qui unit toutes les parties,
communique avec ce que tu
écrases ! Tu m’honores en haut et
tu m’écrases en bas ! »
Homélies sur la première épître de saint Jean,
X, 8, BA 76n p. 421-423. |
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Dans son combat pour réduire le schisme donatiste, Augustin manifeste
une nette préférence pour la discussion théologique, mais devant la violence
que le parti de Donat faisait régner, il s’est rallié à l’usage de la contrainte,
non sans ressentir un certain malaise.
Cette crainte, dit-il, qui te déplaît,
a été [pour une foule de cités]
l’occasion de devenir catholiques
par l’intermédiaire des lois promulguées
par les empereurs, depuis
Constantin […] jusqu’aux empereurs
actuels qui pensent être
tenus en toute justice de maintenir
contre vous le jugement de celui
que vos ancêtres ont choisi de
préférence aux évêques. C’est donc
ces exemples, mis sous mes yeux
par mes collègues, qui m’ont fait
changer de position. Primitivement,
en effet, mon avis se ramenait
à ceci : personne ne devait être
contraint à l’unité du Christ ; c’est
par la parole qu’on devait agir, par
la discussion qu’on devait combattre,
par la raison qu’on devait
vaincre : je craignais qu’autrement
nous n’eussions comme faux
catholiques ceux que nous avions
connus comme francs hérétiques.
Mais cette opinion, qui était
mienne, devait céder, non devant
des mots, mais devant des exemples.
Pour commencer, on m’opposait
ma propre cité qui, jadis tout
entière acquise au parti de Donat,
se convertit à l’unité catholique par crainte des lois impériales […] Et il
en était de même pour beaucoup
d’autres cités dont les noms
m’étaient énumérés. Ainsi la force
même des choses m’obligea à
reconnaître qu’en ce domaine aussi
pouvait bien se comprendre la
vérité de cette phrase de l’Écriture :
« Donne au sage l’occasion et il
sera plus sage encore. » (Pr 9, 9).
Combien, en effet, en connaissonsnous
dont on peut affirmer qu’en
eux se manifestait déjà le désir
d’être catholiques, bouleversés
qu’ils étaient par l’évidence
aveuglante de la vérité, mais que la
crainte d’une violente réaction de
la part des leurs poussait chaque
jour à différer. Combien d’entre
vous étaient retenus, non par la
vérité, qui n’a jamais été votre fort,
mais par la lourde chaîne d’une
habitude invétérée ! [...] Combien
pensaient que le parti de Donat
était la véritable Église pour la
bonne raison que, s’y trouvant en
sécurité, ils avaient d’autant moins
de vivacité, de goût et d’ardeur à
s’enquérir de la vérité catholique !
Combien en trouvaient l’accès
interdit par les rumeurs malveillantes
qui prétendaient que nous
placions je ne sais quoi d’aberrant
sur l’autel du Seigneur ! Et,
considérant que, si l’on était chrétien,
peu importait que ce fut dans
l’un ou l’autre parti, combien
restaient dans le parti de Donat
simplement parce qu’ils y étaient
nés et que personne ne les forçait à
passer au catholicisme.
Lettre 93 à Vincentius,
in André Mandouze, Saint Augustin.
L’aventure de la raison et de la grâce.
Et. Aug., 1968, p. 371-373.
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Augustin se fait le chantre de l’amour, signe distinctif du chrétien. « Qu’il
voit s’il a la charité et qu’alors il dise : “Je suis né de Dieu.” Mais s’il ne
l’a pas, il possède sans doute le caractère du sacrement qui lui a été imposé,
il n’en est pas moins un déserteur » (V, 6).
Si [dans cette épître] Jean paraît
dire telle ou telle chose, il
revient toujours à la charité et veut
y rapporter tout ce qu’il aura dit [..].
En tous les cas, maintenant la
chose est claire d’après ce qu’il
dit : tout homme qui n’est pas juste
ne vient pas de Dieu, non plus, ditil,
que celui qui n’aime pas son
frère (I Jn 3, 10). Ainsi c’est l’amour
seul qui différencie les fils de Dieu
et les fils du diable. Qu’ils se
signent tous du signe de la croix du
Christ ; qu’ils répondent tous :
« Amen » ; qu’ils chantent tous :
« Alléluia » ; qu’ils soient tous baptisés
; qu’ils entrent dans les
églises ; qu’ils s’entassent dans
l’enceinte des basiliques : les fils
de Dieu ne se distinguent des fils
du diable que par la charité. Ceux
qui ont la charité sont nés de Dieu ;
ceux qui ne l’ont pas, ne sont pas
nés de Dieu.
Il est grave, le jugement ainsi
porté ; elle est grave la discrimination
ainsi opérée. Aie tout ce que tu
veux ; si cela seul tu ne l’as pas,
rien ne peut te servir à quoi que ce
soit. Mais si tu n’as pas le reste, possède la charité et tu auras
accompli la Loi. Celui qui, en effet,
aime l’autre, a accompli la Loi, dit
l’Apôtre, et : la plénitude de la Loi,
c’est la charité (Rm 13, 8-10). Voilà,
je pense, cette perle dont le
marchand que nous décrit
l’Évangile était en quête : il trouva
une seule perle et vendit tous ses
biens pour l’acheter. Cette perle de
grand prix, c’est la charité, sans
laquelle tous les biens que tu possèdes
ne te servent à rien ? Si tu
n’as qu’elle, elle te suffit.
Maintenant tu vois avec la foi ; au
jour du jugement, tu verras face à
face. Si, en effet, nous aimons
lorsque nous ne voyons pas, avec
quel empressement accueilleronsnous
Dieu lorsque nous l’aurons
vu ! Mais, où donc trouver à nous y
exercer ? Dans l’amour de nos
frères. Tu peux me dire : « Je n’ai
pas vu Dieu. » Peux-tu me dire :
« Je n’ai pas vu d’homme » ? Aime
ton frère. Si, en effet, tu aimes ton
frère que tu vois, tu verras Dieu en
même temps parce que tu vois la
charité elle-même et que Dieu
habite en elle.
Homélies sur la première épître
de saint Jean V, 7
BA 76, p. 227-229. |
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C’est dans cette parole, l’une des plus célèbres, que se résume la morale
d’Augustin, à condition de bien l’entendre. Il s’agit de la « dilectio » : un
amour désintéressé, dont Dieu nous a aimés et « d’où rien ne peut sortir que
de bon ».
Voici que le Père a livré le Christ
et que Judas l’a livré. Leur
conduite n’apparaît-elle pas
comme assez semblable ? Judas
est un traître, le Père est-il donc
aussi un traître ? « C’est
impensable ! », dis-tu […] Le Père a
livré le Fils ; le Fils s’est livré ;
Judas l’a livré. Voilà une seule et
même action, mais qu’est-ce qui
nous permet de [les] distinguer ?
[…] C’est que le Père et le Fils ont
agi par amour ; mais Judas, lui, a
agi par trahison. Vous voyez qu’il
ne faut pas considérer ce que fait
un homme, mais l’esprit, l’intention
dans lesquels il agit […] Telle est la
force de la charité ! Voyez qu’elle
seule peut faire la distinction ;
voyez qu’elle seule différencie les
actions humaines entre elles […].
Nous avons parlé d’actions semblables
? Pour des actions
différentes, nous découvrons qu’un
homme est amené à sévir par
charité et à caresser par malice. Le
père frappe son enfant et le trafiquant
d’esclaves caresse son
esclave. Si on propose les deux
choses, les coups et les caresses,
qui ne choisirait celles-ci et ne fuirait ceux-là ? Si tu considères le
rôle que joue chacune, la charité
frappe et l’iniquité caresse.
Voyez un point sur lequel nous
attirons votre attention : les
actions humaines ne se distinguent
les unes des autres qu’en les rapportant
à la racine de la charité. Car
on peut accomplir beaucoup d’actions
qui ont bonne apparence,
tout en ne provenant pas de la
racine de la charité. Car les épines
ont des fleurs elles aussi. Certaines
choses paraissent dures, pénibles,
mais on les accomplit pour corriger,
inspiré par la charité.
Ainsi voilà une fois pour toutes le
court précepte qu’on te dicte :
« Aime et fais ce que tu veux ! »
[dilige et quod vis fac !] Si tu te tais,
tu te tais par amour ; si tu cries, tu
cries par amour ; si tu corriges, tu
corriges par amour ; si tu épargnes,
tu épargnes par amour. Qu’audedans
se trouve la racine de la
charité. De cette racine rien ne peut
sortir que de bon.
Homélies sur la première épître
de saint Jean VII, 7-8
BA 76, p. 303-305. |
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À la suite de la chute de Rome, en 410, Augustin, obligé de défendre la foi
chrétienne, met en évidence les fondements spirituels respectifs des deux cités,
la cité terrestre, périssable, et la cité de Dieu, la seule qui ait les promesses
de la vie éternelle.
De fait, les deux cités sont
mêlées et enchevêtrées l’une
dans l’autre en ce siècle, jusqu’au
jour où le jugement dernier les
séparera. Je vais donc, dans la
mesure où la grâce divine m’y
aidera, exposer ce que j’estime
devoir dire sur leur origine, leur
développement, la fin qui les
attend. Je servirai par là la gloire de
la cité de Dieu qui, comparée ainsi
à l’autre, se détachera par opposition
avec un plus vif éclat (CD I, 35).
Deux amours ont fait deux cités :
l’amour de soi jusqu’au mépris de
Dieu, la cité terrestre, l’amour de
Dieu jusqu’au mépris de soi, la cité
céleste.
L’une se glorifie en elle-même,
l’autre dans le Seigneur. L’une
demande sa gloire aux hommes ;
pour l’autre, Dieu témoin de sa
conscience est sa plus grande
gloire. L’une dans sa gloire dresse
la tête ; l’autre dit à son Dieu : « Tu
es ma gloire et tu élèves ma tête. »
(Ps 3, 4). L’une, dans ses chefs ou
dans les nations qu’elle subjugue,
est dominée par la passion de
dominer ; dans l’autre on se rend
mutuellement service par charité, les chefs en dirigeant, les sujets en
obéissant. L’une en ses maîtres,
aime sa propre force ; l’autre dit à
son Dieu : « Je t’aimerai, Seigneur,
toi ma force » (Ps 17, 2).
Aussi, dans l’une les sages vivant
selon l’homme ont recherché les
biens du corps ou de l’âme ou les
deux ; et ceux qui ont pu connaître
Dieu ne l’ont pas glorifié comme
Dieu ni ne lui ont rendu grâce, mais
se sont égarés dans leurs vains
raisonnements et leur coeur insensé
s’est obscurci ; s’étant flattés
d’être sages [c’est-à-dire s’exaltant
dans leur sagesse sous l’emprise
de l’orgueil], ils sont devenus fous :
ils ont substitué à la gloire du Dieu
incorruptible, des images représentant
l’homme corruptible, des
oiseaux, des quadrupèdes et des
serpents [car à l’adoration de telles
idoles, ils ont conduit les peuples
ou les y ont suivi] ; et ils ont
décerné le culte et le service à la
créature plutôt qu’au Créateur qui
est béni dans les siècles
(Rm 1, 21-24).
Dans l’autre au contraire, il n’y a
qu’une sagesse, la piété qui rend
au vrai Dieu le culte qui lui est dû,
et qui attend pour récompense en
la société des saints, hommes et
anges, que Dieu soit tout en tous
(Rm 1, 25).
La Cité de Dieu, XIV, 28
BA 35, p. 465-467. |
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Dans sa quête de Dieu, Augustin marque toujours trois degrés : il interroge
d’abord le monde extérieur, sensible, puis l’intériorité spirituelle (les « vastes
palais de la mémoire »), d’où il s’élance vers ce qu’il y a au-dessus d’elle.
Ce commentaire reflète l’expérience d’Ostie (Confessions IX, 10, 23).
À force d’entendre chaque jour :
« Où est ton Dieu ? » et de me
nourrir chaque jour de mes larmes
j’ai médité jour et nuit cette parole :
« Où est ton Dieu ? » et à mon tour
j’ai cherchémon Dieu, afin d’essayer
si je ne pourrais point seulement
croire, mais encore voir quelque
chose. Je vois en effet lesoeuvres de
Dieu, et non le Dieu qui les a faites
[…] Je considérerai la terre ; mais la
terre a été faite. J’y trouve sans
doute une beauté admirable ; mais
elle a un auteur […] Tout cela est
admirable, tout cela digne d’éloges,
tout cela nous ravit […] J’admire tout
cela, je le chante, mais j’ai toujours
soif de celui qui a fait tout cela.
Je rentre donc en moi-même, et je
me demande ce que je suis, moi qui
veux approfondir tout cela : je trouve
que j’ai une âme et un corps ; un
corps que je dirige, une âme qui me
conduit […]
Mais Dieu est-il donc quelque
chose de semblable à notre âme ?
Dieu sans doute ne peut être vu que
de l’esprit,mais non à lamanière de
l’esprit. Car cette âme cherche
quelque chose qui est Dieu, et dont
on ne puisse lui dire insolemment :
« Où est ton Dieu ? » Elle cherche une vérité immuable, une substance
indéfectible. Or, telle n’est
pas notre âme […]
Cherchant donc mon Dieu dans les
choses visibles et corporelles, et ne
le trouvant point, cherchant encore
en moi sa substance, comme s’il
était demême nature quemoi, et ne
l’y trouvant pas non plus, je sens
que mon Dieu est supérieur à mon
âme. Donc afin de l’atteindre : « J’ai
médité ces choses et répandu mon
âme au-dessus de moi. » (Ps 41, 5).
Quand mon esprit pourra-t-il atteindre
ce que l’on doit chercher dans
les régions supérieures, s’il ne se
répandait au-dessus de lui-même ?
À demeurer en lui-même, il ne
verrait que lui ; et en se voyant, il ne
verrait point Dieu. Que mes
insulteurs me disent maintenant :
« Où est ton Dieu ? », oui qu’ils le
disent : pour moi, tant que je ne
verrai point, tant que je suis
éloigné, jeme nourris nuit et jour de
mes larmes. Qu’ils me disent
encore : « Où est-il ton Dieu ? » ; je
cherche mon Dieu dans tous les
corps, soit terrestres, soit célestes,
et ne le trouve point ; je le cherche
dans la substance de mon âme, et
ne le trouve point.
Et toutefois, j’ai résolu de chercher
mon Dieu, et de comprendre par les
créatures visibles les beautés invisibles
de Dieu ; et « j’ai répandumon
âme au-dessus de moi » ; il ne me
reste plus rien à atteindre, si ce
n’est mon Dieu ; c’est là, c’est audessus
de mon âme qu’est la
demeure de mon Dieu ; c’est là qu’il
habite, c’est de là qu’il me regarde,
de là qu’il m’a créé, de là qu’il me
dirige, de là qu’il me conseille, de là
qu’il me stimule, de là qu’il m’appelle,
de là qu’il me redresse, de là
qu’il me conduit, de là qu’il me fait
aboutir.
Discours sur les psaumes : Ps 41, 7-8
Cerf, 2007. I, p. 647-650. |

Au début des Confessions, Augustin écrit : « Notre coeur est sans repos
tant qu’il ne repose pas en toi ! » C’est dans le coeur de l’homme que le Christ,
venu ici-bas, se donne à rencontrer.
Si te plaisent les corps, à Dieu fais-en louange,
et sur leur Artisan retourne ton amour,
pour qu’en ce qui te plaît tu ne déplaises pas.
Si te plaisent les âmes, en Dieu qu’elles soient aimées,
parce qu’elles aussi sont sujettes à changer,
et que, fixées en lui, elles deviennent stables :
autrement, elles s’en iraient et périraient.
En lui donc qu’elles soient aimées !
Emporte vers lui avec toi celles que tu peux et dis-leur :
celui-ci, aimons-le : c’est lui qui fit ces choses, et il n’est pas loin.
Car il ne les fit pas pour s’en aller ensuite,mais issues de lui, elles sont en lui.
Et voici : où est-il ? où la vérité a-t-elle de la saveur ?
Il est dans l’intimité du coeur, mais leur coeur s’est égaré loin de lui.
Revenez, prévaricateurs, à votre coeur
et attachez-vous à celui qui vous a faits.
Soyez stables avec lui et vous serez stables,
reposez-vous en lui et vous serez en repos […].
Le repos n’est pas où vous le cherchez.
Cherchez ce que vous cherchez,
mais cela n’est pas où vous cherchez !
Vous cherchez la vie heureuse dans la région de la mort.
Elle n’est pas là. Comment y aurait-il vie heureuse
où il n’y a même pas de vie ?
Et il est descendu ici-bas, lui, notre vie,
il a emporté notre mort,
il l’a tuée de l’abondance de sa vie,
il a tonné en criant que nous retournions d’ici vers lui,
au lieu secret d’où il s’avança vers nous,
d’abord dans le sein même d’une vierge,
où l’épousa la créature humaine, chair mortelle,
pour n’être pas toujours mortelle. […]
Il est parti loin de nos yeux afin que nous,
nous revenions à notre coeur et l’y trouvions.
Oui, il est reparti, et voilà qu’il est ici.
Il n’a pas voulu être longtemps avec nous,
et il ne nous a pas laissé, car, s’il est reparti,
c’est vers un lieu d’où jamais il n’est parti […].
Confessions IV, 12, 18-19. BA 13, p. 439-441. |
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Destinée à Proba, riche dame romaine, la lettre 130 traite de la prière de
demande. S’il nous est demandé de prier, ce n’est pas pour informer Dieu
de nos désirs, qu’il ne saurait ignorer, mais pour former en nous le désir de
Dieu qui veut nous combler de ses dons. Il s’agit d’ajuster notre désir au
don de Dieu.
C’est celui qui sait donner de
bonnes choses à ses fils qui
nous oblige à demander, à
chercher, à frapper (Lc 11, 9-13).
Pourquoi Dieu agit-il ainsi,
puisqu’il connaît ce qui nous est
nécessaire, avant même que nous
le lui demandions ? Nous pourrions-
nous en inquiéter, si nous ne
comprenions pas que le Seigneur
notre Dieu n’a certes pas besoin
que nous lui fassions connaître
notre volonté car il ne peut
l’ignorer, mais qu’il veut par la
prière exciter et enflammer nos
désirs, pour nous rendre capables
de recevoir ce qu’il nous prépare.
Or ce qu’il nous prépare est chose
fort grande, et nous sommes bien
petits et bien étroits pour le
recevoir. C’est pourquoi il est dit :
« Dilatez-vous ; ne portez pas un
même joug avec les infidèles. »
(2 Co 6, 13-14).
Oui, c’est chose bien grande, que
l’oeil n’a jamais vue parce qu’elle
n’a pas de couleur, que l’homme
n’a jamais entendue parce qu’elle
n’a pas de son ; qui n’est pas venue dans le coeur de l’homme, parce
que c’est vers elle que le coeur de
l’homme doit monter (1 Co 2, 9).
Nous serons d’autant plus capables
de la recevoir que notre foi en
elle sera plus grande, notre
espérance plus ferme, notre désir
plus ardent. Un désir continuel
formé dans la foi même, dans
l’espérance et la charité, est donc
une continuelle prière. Cependant
nous prions aussi Dieu verbalement
à certaines heures et à certains
temps fixés, pour nous avertir
par ces signes concrets, pour nous
révéler à nous-mêmes les progrès
que nous avons fait dans le désir et
nous exciter à le rendre plus ardent
encore […].
Cela étant il est bon et utile de
vaquer longuement à la prière,
lorsque de bonnes actions et le
devoir d’état ne nous en
empêchent pas, quoique dans ces
occupations mêmes il faille toujours
prier avec ce désir que j’ai
mentionné. Car ce n’est pas,
comme quelques-uns le pensent,
prier longuement que de prier avec
beaucoup de paroles. Autre chose
est un long discours, autre un sentiment
durable du coeur. Du
Seigneur lui-même il est dit qu’il
passa la nuit en prière et qu’il prolongea
sa prière (Lc 6, 12). N’a-t-il
pas voulu par là nous donner un
exemple, priant dans le temps à
l’heure opportune, exauçant avec
le Père dans l’éternité.
Lettre 130 à Proba.
La prière en Afrique chrétienne,
par A.G. Hamman et Martin Steiner. DDB,
1982, p. 115 sv. |
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À l’extérieur, Dieu avertit, c’est à l’intérieur qu’il instruit. Augustin écrit
à la jeune Florentine : « Tiens pour absolument certain que même quand
tu pourras apprendre quelque chose par mon intermédiaire et d’une manière
salutaire, tonMaître véritable sera toujours leMaître intérieur de l’homme
intérieur. » (Lettre 266).
Car vous voyez là, mes frères, un
grand mystère. Le son de nos
paroles frappe les oreilles ; le
maître est à l’intérieur. Ne croyez
pas qu’un homme puisse apprendre
quelque chose d’un autre
homme. Nous pouvons vous avertir
en faisant du vacarme avec notre
voix ; s’il n’y a pas à l’intérieur
quelqu’un pour vous instruire, c’est
en vain que nous faisons du bruit.
Alors, frères, vous voulez vraiment
savoir ? N’avez-vous pas tous
entendu ce sermon ? Combien
sortiront d’ici sans avoir rien
appris ?
En ce qui me concerne, je me suis
adressé à tous, mais ceux à qui
cette onction ne parle pas à
l’intérieur, ceux que l’Esprit Saint
n’instruit pas de l’intérieur, ils
reviennent chez eux sans avoir rien
appris. L’enseignement de l’extérieur,
c’est en quelque sorte une
aide ou des avertissements ; il a sa
chaire dans le ciel celui qui instruit
les coeurs. C’est pourquoi il dit luimême
dans l’Évangile : « Ne vous
faites pas appeler maître sur la terre. Un seul est votre maître, le
Christ » (Mt 23, 8.10).
Qu’il vous parle donc lui-même à
l’intérieur, puisqu’aucun homme ne
s’y trouve, car même si quelqu’un
se trouve à ton côté, il n’y a personne
dans ton coeur ? Que dis-je ! Que
ton coeur ne soit pas vide de toute
Présence ! Que le Christ soit dans
ton coeur ! Que son onction soit
dans ton coeur, afin que ce coeur
altéré ne soit pas dans la solitude
et privé des sources où il peut se
désaltérer.
Il est donc à l’intérieur, le maître
qui enseigne ; c’est le Christ qui
enseigne ; c’est son inspiration
qui enseigne. Là où il n’y a ni son
inspiration ni son onction, nous
faisons retentir en vain nos paroles
à l’extérieur. Telles sont ces
paroles, frères, les paroles que
nous faisons retentir à l’extérieur ;
elles sont comme les soins du cultivateur
pour un arbre. L’homme travaille
à l’extérieur : il donne de
l’eau et apporte tout son zèle à la
culture. Quels que soient les soins
qu’il donne à l’extérieur, est-ce lui
qui forme les fruits ? Est-ce lui qui
revêt la nudité des branches avec
l’ombre des feuilles ? Accomplit-il
quelque chose de tel à l’intérieur ?
Homélies sur la première épître
de saint Jean III, 13
BA 76, p.177-179.
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Au terme d’un patient exercice de l’esprit pour entrer dans l’intelligence de
la foi au Dieu Trinité, Augustin a conscience d’être loin encore du face-àface
auquel son coeur aspire. Ce qui nous guette, c’est de renoncer à chercher
par lassitude.
Dirigeant mes efforts toujours
d’après cette règle de foi,
autant que je l’ai pu, autant que tu
m’as donné de le pouvoir, je t’ai
cherché ; j’ai désiré voir par l’intelligence
ce que je croyais ; j’ai beaucoup
étudié et beaucoup peiné.
Seigneur mon Dieu, mon unique
espérance, exauce-moi de peur
que, par lassitude, je ne veuille
plus te chercher, mais fais que
toujours je cherche ardemment ta
face (Ps 104, 4). Ô toi, donne-moi la
force de te chercher, toi qui m’as
fait te trouver et qui m’as donné
l’espoir de te trouver de plus en
plus. Devant toi est ma force et ma
faiblesse : garde ma force, guéris
ma faiblesse. Devant toi est ma
science et mon ignorance : là où tu
m’as ouvert, accueille-moi quand
je veux entrer ; là où tu m’as fermé,
ouvre-moi quand je viens frapper.
Que ce soit de toi que je me
souvienne, toi que je comprenne,
toi que j’aime ! Augmente en moi
ces trois dons, jusqu’à ce que tu
m’aies reformé tout entier […].
Délivre-moi, Seigneur, de l’abondance
de paroles dont je souffre à
l’intérieur de mon âme, qui n’est que misère devant ton regard, mais
qui se réfugie dans ta miséricorde.
Car ma pensée ne se tait point, lors
même que ma bouche se tait. Si du
moins je ne pensais qu’à ce qui
t’agrée, je ne te demanderais pas
de me délivrer de cette abondance
de paroles.
Mais nombreuses sont mes pensées,
telles que tu les connais,
pensées d’homme, car elles sont
vaines. Donne-moi de n’y pas
consentir et, lors même que j’y
trouve quelque attrait, de les
désavouer néanmoins et de ne pas
m’y appesantir en une sorte de
sommeil. Qu’elles ne prennent
jamais sur moi assez d’empire pour
être à la source d’une part de mes
activités ; mais que mes jugements
du moins soient à l’abri de ces pensées,
ma conscience à l’abri, sous
ta sauvegarde […].
Quand nous t’aurons atteint,
cesserons ces paroles que nous
multiplions sans t’atteindre : tu
demeureras seul tout en tous
(I Co 15, 28) : nous ne dirons sans
fin qu’un seul mot, te louant d’un
seul mouvement et ne faisant nous
aussi qu’un seul tout en toi,
Seigneur, Dieu seul et unique, Dieu
Trinité, tout ce que j’ai dit dans ces
livres et qui me vient de toi, que les
tiens le reconnaissent ; et si
quelque chose vient de moi, toi et
les tiens, pardonnez-le moi. Amen.
La Trinité XV, 28, 51
BA 16, p. 565-567.
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Parmi les pages les plus célèbres de La Cité de Dieu, il y a ces dix définitions
de la paix : cinq pour la paix dans l’être individuel ; cinq pour l’aspect
social. Une définition très générale couronne l’exposé : « La paix de toutes
choses, c’est la tranquillité de l’ordre. »
Quiconque observe quelque peu
les choses humaines et notre
commune nature le reconnaîtra
avec moi : de même que tous
désirent la joie, il n’est personne
qui n’aime la paix. Puisque même
ceux-là qui veulent la guerre ne
veulent rien d’autre assurément
que la victoire, c’est donc à une
paix glorieuse qu’ils aspirent à
parvenir en faisant la guerre.
Qu’est-ce que vaincre, en effet,
sinon abattre toute résistance ?
Cette oeuvre accomplie, ce sera la
paix. C’est donc en vue de la paix
que se font les guerres, et cela
même par ceux qui s’appliquent à
l’exercice des vertus guerrières
dans le commandement et le
combat. D’où il est clair que la paix
est le but recherché par la guerre,
car tout homme cherche la paix
même en faisant la guerre, et nul
ne cherche la guerre en faisant la
paix.
La Cité de Dieu XIX, 12.
La paix du corps,
c’est l’agencement harmonieux de ses parties.
La paix de l’âme sans raison,
c’est le repos bien réglé de ses appétits.
La paix de l’âme raisonnable,
c’est l’accord bien ordonné de la pensée et de l’action.
La paix de l’âme et du corps,
c’est la vie et la santé bien ordonnées de l’être animé.
La paix de l’homme mortel avec Dieu,
c’est l’obéissance bien ordonnée dans la foi sous la loi éternelle.
La paix des hommes, c’est leur concorde bien ordonnée.
La paix de la maison,
c’est la concorde bien ordonnée de ses habitants
dans le commandement et l’obéissance.
La paix de la cité, c’est la concorde bien ordonnée des citoyens
dans le commandement et l’obéissance.
La paix de la cité céleste, c’est la communauté parfaitement ordonnée
et parfaitement harmonieuse dans la jouissance de Dieu
et dans la jouissance mutuelle en Dieu.
La paix de toutes choses, c’est la tranquillité de l’ordre.
L’ordre, c’est la disposition des êtres égaux et inégaux,
désignant à chacun la place qui lui convient.
La Cité de Dieu XIX, 13, 1
BA 37, p. 99-109. |
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Circoncellions
À l’origine, c’était un « prolétariat agricole », rassemblant des paysans
endettés, en révolte contre les propriétaires romains, et qui s’étaient mis
hors la loi. Ils semaient partout la terreur, n’hésitant pas à massacrer leurs
adversaires. Selon Augustin, ce nom leur venait de ce qu’ils rôdaient
autour des granges (cellae), soit pour les piller, soit pour les incendier. Les
donatistes, dont ils étaient devenus le bras armé, recouraient volontiers à
leurs services dans la lutte contre l’Église catholique.
Donatistes
Avec les donatistes, Augustin découvrait une vieille querelle de famille qui
divisait l’Église en Afrique du Nord depuis la dernière grande persécution,
celle de Dioclétien en 303. À l’origine de cette division, il y a le refus
opposé par certains à la réintégration dans l’Église des « lapsi », ceux qui
avaient trahi leur foi. Ils exigeaient de les soumettre à un nouveau baptême.
Ces « re-baptiseurs », refusant de cohabiter avec les « lapsi », formèrent une
Église séparée, « l’Église des martyrs », que Donat, évêque dissident
(313-347), organisa et implanta dans toute l’Afrique. Augustin, qui les
désigne comme le « parti de Donat », s’employa à réduire ce schisme.
Hortensius
L’Hortensius, un livre (perdu) de Cicéron, figurait au programme du jeune
étudiant de Carthage, alors âgé de 19 ans, qui fut enthousiasmé à sa
lecture. Il s’agissait d’une « exhortation à la philosophie » (Confessions
III, 4, 7). « Ce livre changea mes sentiments », écrit-il, mais il devait aussi
le laisser insatisfait. « Une seule chose venait briser l’élan d’une telle
flamme : le nom du Christ n’était pas là. » Ce nom, il ira le chercher dans
une secte, le manichéisme, avant de se convertir à la foi catholique.
Manichéens
Le manichéisme, c’est d’abord un homme, Mani, né en Perse, le 14 avril 216.
Il prêche une doctrine dualiste, qui se répand dans tout l’empire romain, et
même au-delà. Persécuté, il subit un horrible martyre et meurt en 277.
Augustin s’est laissé séduire et s’est fait séducteur (Id. IV, 1, 1). Ce qui l’a
séduit, c’est la promesse d’une vérité rationnelle, qui dispensait de croire,
notamment sur la question du mal. Les manichéens, qui identifiaient Mani
avec le paraclet promis par Jésus, se prétendaient les « vrais chrétiens ». Ils
rejetaient l’Ancien Testament, oeuvre d’un dieu mauvais, et ne gardaient du
Nouveau que ce qui s’accordait avec leur dualisme. Ils honoraient le Christ
comme un prophète. Augustin mettra neuf ans à s’en détacher.
Pélagiens
Originaire des Îles britanniques, où il naquit en 350, Pélage s’établit à
Rome où il connut le succès comme prédicateur. Arrivé en Afrique du Nord
avec les réfugiés, lors de la chute de Rome (410), sa doctrine devint assez
vite suspecte à Augustin. Là où Pélage faisait appel à la liberté de
l’homme, et donc à sa capacité à obtenir son salut, Augustin insiste sur la
misère de l’homme (péché originel) et donc sur la nécessité de la grâce de
Dieu. Face à Pélage, qui rend le Christ inutile, Augustin se fait le champion
de la grâce, en se référant principalement à saint Paul : « Qu’as-tu que tu
n’aies reçu. Et si tu l’as reçu, pourquoi t’en faire gloire comme si tu ne
l’avais pas reçu ? » (I Co 4,7). Pélage et ses disciples furent condamnés
par des conciles africains, ainsi que par Rome.
Platoniciens
C’est à Milan qu’Augustin découvrit la philosophie platonicienne. « Averti
par ces livres, je rentrai en moi-même. » (Confessions VII, 10, 16). Il en
reçut une clarté nouvelle sur la question du mal, de l’âme et de Dieu. Mais
s’ils ont découvert la patrie où aller, ces philosophes, « nos plus proches
voisins », n’ont pas connu la voie qui y conduit, le Verbe fait chair. Ils prétendent
réaliser leur salut par leurs propres moyens. Ils méprisent la grâce du Christ. « Pourquoi refusez-vous d’être chrétiens, sinon parce que
le Christ est venu humblement, et que vous êtes orgueilleux ? » (Cité de
Dieu, X, 29). Augustin interpelle ainsi Porphyre, disciple de Plotin : « Oh !
si tu avais connu la grâce de Dieu par Jésus Christ… »
Vandales
Population d’origine germanique, qui franchit le Rhin en 406, et s’établit
dans le Sud de l’Espagne. À partir de 428, les Vandales gagnèrent
l’Afrique du Nord, sous la conduite de leur chef, Genséric. Devant l’échec
de la résistance militaire, Augustin devait plaider pour la résistance
spirituelle en demandant aux responsables de l’Église de ne pas fuir
devant le danger : « Lorsque le danger est commun aux évêques, aux
clercs et aux laïques, que ceux qui ont besoin de protection ne soient pas
abandonnés par ceux qui peuvent les secourir. » (Lettre 228). Augustin
mourra alors que la ville d’Hippone est assiégée depuis trois mois.
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Augustin n’a jamais écrit de traité de christologie ; mais le Christ est
partout présent dans sa vie et ses oeuvres. Sa pensée sur le Christ, c’est sa
vie spirituelle entière, son expérience personnelle et communautaire du
Christ, la conversion et la liturgie. Et sa conversion est elle-même liturgique :
il se fit baptiser ; ce n’était pas une formalité à l’époque.
Le christianisme pour lui n’est pas une religion du Livre ; il est la
religion du Christ, Verbe créateur et sauveur. Toute son activité pastorale
concerne le mystère du Christ ; les controverses sont elles-mêmes des
actions de pastorale requises par les divers antagonismes religieux dont
souffrait la chrétienté africaine ; et leurs enjeux sont, du reste,
christologiques et liturgiques.
Augustin ne s’adresse pas particulièrement à quelque élite
intellectuelle ou spirituelle, mais à tout chrétien, au public, au peuple de
Dieu. Philosophes, théologiens et théologiennes, amis d’Augustin, je vous
souhaite bonne lecture ; mais n’oubliez pas le bon peuple : c’est à lui
qu’Augustin s’adressait ordinairement.
Lire, lire simplement, ce n’est pas simpliste.
Père Goulven Madec, assomptionniste.
« Lire saint Augustin aujourd’hui en philosophie et en théologie »,
publié dans : Chez Augustin, Institut d’études augustiniennes,
Paris, 1998, pp. 22-23. |
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Des vies de saint Augustin
- Lucien Jerphagnon, Saint Augustin, le pédagogue de Dieu, Gallimard, coll. “découvertes”, 2002
- Peter Brown, La Vie de saint Augustin, Seuil, 2001
- Serge Lancel, Saint Augustin, Fayard, 1999
- Bernard Sesé, Petite Vie de saint Augustin, DDB, 1992
Des introductions à sa pensée
- Marcel Neusch, Initiation à saint Augustin, Un maître spirituel, Cerf, 1996
- Goulven Madec, Introduction aux “Révisions” et à la lecture des oeuvres de saint Augustin, IEA, 1996
- Jean-Louis Chrétien, Saint Augustin et les actes de parole, PUF, 2002
- Jean-François Petit, Saint Augustin et l’amitié, DDB, 2008
Une revue
Itinéraires augustiniens
(deux numéros par an)
Orantes de l’Assomption
78830 BONNELLES
01 30 88 48 50
|
Un centre de recherche
Institut d’études augustiniennes
3, rue de l’abbaye
75006 PARIS
01 43 54 80 25 |
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Saint Augustin (354-430)
De la conversion personnelle à l’engagement ecclésial
Né à Thagaste le 13 novembre 354, Augustin est mort à Hippone, le 28 août
430. Sa vie s’est déroulée, pour l’essentiel, en Numidie, lointaine province
romaine d’Afrique du Nord. Ses Confessionssont le récit inégalé de son inlassable
quête de vérité. Cette vérité, il l’a d’abord cherchée dans une secte,
puis chez les philosophes, avant de revenir au Christ, « ce nom qu’il avait
déjà bu avec le lait maternel ». C’est à Milan, en août 386, que se produisit le
choc décisif, lorsqu’il entendit, venant d’une maison voisine, une voix qui
chantait : « Prends, lis ! Prends, lis ! » Il tombe sur une page de saint Paul, qui
l’invite à se « revêtir du Christ ». Ayant reçu le baptême à Pâques 387, il
r e t o u r n a
à Thagaste où il vécut en moine, avec des « compagnons de pauvreté », dans
la recherche de Dieu. Devenu prêtre en 391, à l’appel des chrétiens
d’Hippone, puis évêque titulaire de cette ville en 396, il fut mêlé à tous les
conflits de l’époque qui troublèrent l’Église catholique, dont il sera pendant
40 ans la tête pensante, avec toujours la même passion de la vérité.
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Les plus beaux textes de saint Augustin fait partie de la collection « Vienne ton règne ».
Comité de rédaction : Noël Le Bousse, Marie-Bernard Kientz, Claude Maréchal, Hervé Stéphan,
Benoît Gschwind, assomptionnistes. Texte : Père Marcel Neusch, assomptionniste.
Maquette : Nicolas Crouzier, Benoît Gschwind. Secrétariat de rédaction : Patricia Richet.
Livret réalisé en collaboration avec Prions en Église - Novembre 2009
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