Jubilé

LE JUBILÉ ? CA CONTINUE

Après un démarrage en force en novembre 2009, on pourrait croire que le soufflé est retombé. Il n’en est rien.

Le 2 décembre, le comité de pilotage, lui-même piloté par Robert Migliorini, s’est réuni pour faire le point sur les réalisations et préciser les projets.
Les productions éditées ont été jugées de qualité (disponibles sur le site du bicentenaire www.alzon-2010.org) et le calendrier a été respecté. 15.000 timbres à l’effigie du P. d’Alzon ont été édités et distribués. Le premier numéro de La Lettre du 21, envoyée par internet à 3200 personnes, a été lu par 1300 lecteurs. Mais la retraite d’Alzon en ligne n’a pas rencontré un grand succès, en partie à cause de la difficulté de l’inscription en ligne. Le site dédié correspond bien à un site « boîte à outils », une sorte d’intranet développé. Il est régulièrement mis à jour. Mais, pour être amélioré, il demande un travail éditorial qu’il n’est pas possible de mener à bien pour le moment. Pour toucher les nouvelles générations, il faudrait plutôt s’orienter vers le modèle des réseaux sociaux, type Facebook. Une session de formation pourrait être organisée.

En attendant, voici des novelles du front :

 

On souhaite beaucoup que les communautés saisissent l’occasion de l’année d’Alzon pour des initiatives originales, pas nécessairement compliquées, en particulier pour resserrer les liens avec les laïcs qu’elles rencontrent.

 

COMMENT DEUX JEUNES AFRICAINS
VOIENT-ILS  LE P. D’ALZON ?

A Sokodé, au Togo, trois postulants et quatre regardants se familiarisent avec les Augustins de l’Assomption et leur fondateur. Comment perçoivent-ils celui-ci dont d’années, de kilomètres, de différences sociales et culturelles les séparent ? Un postulant et un pré-postulant répondent.

 

Georges Houssou, pré-postulant
Emmanuel d’Alzon, témoin hier, témoin aujourd’hui.

Il y a un adage populaire africain qui dit que c’est au bout de l’ancienne corde qu’on tisse la nouvelle  et un auteur, en personnifiant un peu le temps, a exprimé la même réalité en disant que « le présent doit monter sur les épaules du passé pour mieux regarder l’avenir ». Ce que je veux partager se situe dans ce cadre.

Pré-postulant à la communauté de Sokodé, je travaille à purifier mes motivations vocationnelles avec les Augustins de l’Assomption. Et pour moi, le P. d’Alzon est l’ancienne corde au bout de laquelle je veux tisser la nouvelle. Il me semble que le  devoir de mémoire, mais aussi le souci d’un jeune qui veut engager son avenir avec une famille religieuse, commandent et exigent de ne pas reléguer aux oubliettes le fondateur et son héritage.  Pour moi, dans les limites de ce qu’il m’a été donné jusque-là d’apprendre et de comprendre, les idées du Fondateur des Augustins de l’Assomption sont toujours d’actualité et compatibles à notre temps, à notre Afrique.

J’admire sa contemplation de l’itinéraire de Jésus-Christ. Je suis surpris de son sens aigu de la communion. Du coup, Emmanuel d’Alzon est à la fois témoin de son temps et témoin aussi de notre temps, de notre continent. Aujourd’hui plus que jamais, en Afrique, au Togo, nous avons besoin de nous s’approprier les idées du P. d’Alzon. Nous devons les utiliser comme une armure contre les injustices, les intolérances, les conflits ethniques qui rongent le vécu quotidien du togolais et le rendent lourd. Que c’est beau de penser comme lui : « Aux inventions de la haine, il faut opposer les inventions de l’amour ». Bien sûr, pour le P. d’Alzon, penser ne suffit pas, il faut agir. Fait étonnant, il propose le modèle d’action basé sur l’amour : l’amour du Christ, l’amour de sa mère, l’amour de l’Église ; avec une méthodologie propre : voir large, voir grand, en vue de l’avènement du Règne de Dieu. Emmanuel d’Alzon est pour moi un vrai témoin du Christ !

 

Jean-Claude Diwediga, postulant
Emmanuel d’Alzon, homme de Dieu, social et universel.

Le Père Emmanuel, fondateur des Augustins de l’Assomption, est un homme de Dieu qui me rejoint dans mes réalités chrétiennes et sociales en tant que Africain (de l’ouest). Je trouve en lui un homme « universel ».

Il n’est d’aucun temps ni d’aucun lieu. Sa vision des choses est adaptable partout et pour toutes les générations sans distinction aucune. C’est un HTT (Homme Tout Terrain). J’admire l’esprit de fraternité qu’il a laissé à ses fils. Dans mon expérience de postulant à l’Assomption à la communauté de Sokodé, je ne cesse de méditer sur les valeurs humaines de franchise, d’honnêteté, de sincérité, de justice et liberté que le Père Emmanuel d’Alzon a laissé comme héritage à ceux qui s’engagent à suivre le Christ. Comme Africain, je suis vraiment sensible à cela.

Mon aspiration profonde : vivre pour le Règne de Dieu à travers l’amour du Christ et l’amour du prochain à l’Assomption. Il s’agit pour moi de me mettre au service du Royaume, dans la simplicité, la vérité, l’unité et la charité. C’est la grâce que j’attends du bicentenaire de la naissance de celui dont je veux suivre les traces pour reprendre, en substance, le titre du livre du Père Jean-Paul Sagadou.

 

D’ALZON ET LES DROITS DE L’HOMME
« TOUS LES DROITS SONT SOLIDAIRES »
Emmanuel d’Alzon, dans La Liberté pour Tous, 11 avril 1848
(Titre et sous-titres d’ATLP)

 

Tous les droits sont solidaires, tous doivent être également défendus. En laisser périr un seul, c'est s'exposer à les voir tous périr; et ceux qui, par un calcul égoïste, croient pouvoir abandonner celui des autres pour se cramponner plus fortement au leur, s'aperçoivent bientôt que leur lâche trahison retombe fatalement sur eux-mêmes.

Les libertés étranglées
(…) Pendant les dix-huit dernières années, quel abus une fraction du pays n'a-t-elle pas fait de son pouvoir ? Les classes « moyennes » n'avaient-elles pas prétendu tout ployer au niveau propre à tout ce qui est « moyen », c'est-à-dire « médiocre »? La liberté, qu'en avaient-elles fait ? Liberté d'association, réduite au droit de prendre des actions dans les entreprises industrielles, pour le plus grand bénéfice des spéculateurs; liberté de la presse, étranglée par les lois de septembre; liberté d'enseignement, garrottée par les entraves universitaires. La pensée faisait peur à ceux que préoccupaient avant tout les intérêts matériels. Le monopole était leur propriété; ils avaient créé une France dans la France même. Aussi, quand l'heure de la chute a sonné, quelle stupeur n'a pas été celle de ces hommes (…) qui ont vu pourtant qu'en dehors de leur peuple factice, il y avait le vrai peuple avec sa patience déçue, son organisation fortement préparée, ses légitimes réclamations, son courage plus fort que les baïonnettes et le canon, et ce sentiment d'un droit longtemps asservi, mais qui devait finir par triompher des despotiques prétentions de nos omnipotents, et des bastilles dont ils s'entouraient, et de leur mitraille, dernière raison de ceux qui n'en ont pas!

Rendez-nous des comptes maintenant !
(…) On s'habituait à compter comme n'ayant de valeur que la matière et ce qui se rattache aux combinaisons, aux jouissances, à la possession de la matière. Et voici que le peuple vient et dit à ces hommes d'écus et de plaisir: "Vous avez voulu tout pour vous. Il vous semblait que pour que vous pussiez être sans inquiétude les heureux du siècle, vous ne deviez pas nous permettre de posséder même notre conscience. Et vous avez détruit, en nous, par tous les moyens, la foi qui la faisait vivre au fond de nos cœurs. Dans la crainte que nous ne sentissions trop fort que nous étions des hommes, vous n'avez pas voulu nous laisser même ce qui pouvait nous consoler de la privation de vos joies; vous avez voulu nous réduire au sort de ces infortunés « qui ont perdu le bien de l'intelligence ». A notre tour, maintenant! Rendez nous compte des biens de la matière, dont vous êtes les possesseurs et auxquels vous semblez uniquement tenir."

Tous les droits de l’homme
(…) Il faut que le peuple se venge du mépris de ses droits par le maintien des droits de tous, des exclusions de l'égoïsme par la générosité, seule vengeance digne de lui (…) .Dans la société qui se prépare, il ne s'agira pas seulement du respect de la propriété; il s'agira aussi du développement successif de tous les droits auxquels l'homme peut prétendre (…) 
Droits de l'association, dont les applications s'étendent aux travaux de l'industrie comme à ceux de l'intelligence;
Droits de la pensée, qui veut pouvoir se communiquer librement et sous toutes les formes;
Droits de la famille, qui veut, avec l'héritage des biens, pouvoir transmettre un héritage non moins précieux de principes et de sentiments;
Droits du citoyen, qui ne veut obéir qu'à des lois égales pour tous;
Droits de l'individu, qui veut se développer selon la mesure des facultés que lui a départies la Providence.
Tout cela veut être étudié sans doute plus en détail, et nous y reviendrons; mais, dès aujourd'hui, nous tenons à ce que l'on comprenne toute notre pensée. (…)

 

Pourquoi publier des articles de d’Alzon dans La Liberté pour Tous ?
Quand on évoque la naissance de la presse à l’Assomption, on fait référence à la Revue de l’Enseignement Chrétien, La Croix Revue, Le Pèlerin…et on oublie souvent La Liberté pour Tous, le premier journal créé par d’Alzon depuis le Collège de Nîmes, avec M. Germer-Durand. Ensuite, nous sommes familiers des écrits  spirituels du fondateur. Mais la compréhension de sa pensée et de sa personnalité serait incomplète sans ce type de textes, au style souvent vigoureux, témoignant d’une conscience politique et d’une foi engagée. Celui publié aujourd’hui reste d’actualité et devrait avoir une résonnance particulière chez des Assomptionnistes de beaucoup de pays.

 

 

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