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Éditorial

 

Arma Virumque Cano

Chers Frères

Le 27 novembre, à Nîmes, nous avons inauguré le Musée d’Alzon, plus justement appelé en français “Lieu de mémoire”.  Vous en avez une vue partielle sur la couverture de ce numéro de AA Info, et plus d’informations à son sujet en page 18. Certains se sont demandés pourquoi avoir consenti un tel investissement de temps, d’énergie et de ressources dans la création d’un « musée » !  Ne devrions-nous pas financer des projets pour l’avenir plutôt que de nous occuper d’histoires du passé ? 

"Arma virumque cano…”  Je n’oublierai jamais ces premiers mots de l’Énéide de Virgile, que notre vieux professeur de Latin nous enfonçait dans la tête : « Je chante les armes et un homme… »  C’était de la belle poésie, même pour l’adolescent de quinze ans que j’étais alors ; et ce qui m’attirait plus encore était l’émouvant récit des aventures d’Énée devenu le fondateur légendaire de la ville où j’habite aujourd’hui.  Tout un peuple apprit à parler, à écrire, et même à penser, en écoutant, encore et encore, cette histoire que lui chantaient ses bardes et ses poètes.  Se tourner vers le passé n’était pas une perte de temps pour un Romain ; c’est ce qui faisait de lui ce qu’il était, ce qui le distinguait des autres, ce qui donnait couleur et substance à son existence.

Toute grande culture éprouve ce besoin.

« Et maintenant, je vais faire l’éloge de ces hommes pieux, nos ancêtres… », écrit Jésus, fils d’Éléazar, fils de Sirac, l’auteur du livre de l’Ecclésiastique.  Les premiers Patriarches, puis Moïse, Aaron et Phinhas, Josué, Caleb et les Juges, Nathan, David et Salomon, les prophètes et les héros d’après l’exil.  Tous sont passés en revue, parce que tous ont quelque chose à apprendre au peuple d’Israël.

« On ne construit pas une nouvelle case sans employer de vieux bambous. » Voila  comment le peuple Bamiléké du Cameroun exprime la même idée.

Nous n’aurons d’avenir que si

nous nous rappelons du passé, de la façon la plus vraie et lucide possible, en nous efforçant de laisser le passé parler par lui-même et se révéler tel qu’il est réellement, en étudiant le passé, en parlant avec ceux qui en furent les témoins 
nous nous laissons instruire par le passé, sans le rejeter parce qu’il est différent, et sans le “traduire” en des termes plus modernes, mais en permettant à cette différence de nous révéler de nouvelles questions et de nouvelles réponses qui, autrement, ne nous viendraient pas à l’esprit
nous honorons le passé, en rendant grâce à Dieu pour ce qui nous est révélé dans la riche expérience de ceux qui nous ont précédés
nous bâtissons sur le passé, plutôt que de croire naïvement que nous pouvons inventer quelque chose de radicalement et entièrement nouveau, mais en même temps avec la conviction que nous ne pouvons pas vivre dans le passé et que, comme nos ancêtres, nous devons assumer notre responsabilité envers ceux qui viendront après nous.

Notre Musée d’Alzon de Nîmes est un modeste effort dans cette direction ; et la célébration du bicentenaire de la naissance et du baptême du P. d’Alzon en est un autre.

Qu’il me soit permis de conclure sur une note personnelle, qui d’ailleurs n’est pas sans rapport avec ce qui précède : un mot de reconnaissance, du fond du cœur, pour les très, très nombreux messages que vous m’avez envoyés à l’occasion du décès de ma maman, le 24 septembre dernier. Religieux et religieuses, laïcs assomptionnistes, amis, vous reconnaissez avec moi tout ce que nous devons à nos parents, toujours présents auprès de nous, car nous en gardons un tendre souvenir ; nous avons appris d’eux tant de choses, nous leur en sommes reconnaissants, et nous prions pour qu’ils nous aident à poursuivre le bon travail qu’ils ont accompli de leur vivant.

Fraternellement,

Richard E. Lamoureux, a.a.,
Supérieur général
décembre 2009

 

La page une de couverture et la photo ci dessus réprésentent une partie du Lieu de mémoire du P. d'Alzon à Nîmes.

Voir article page 18.

 


 

 

 

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