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Justice et Parix

Du handicap à l 'engagement

La profession perpétuelle de quatre frères a été l’occasion pour la commission d’évoquer la façon dont chacun de ces jeunes religieux porte le souci des personnes touchées par la pauvreté, la précarité ou l’exclusion. Elle a voulu connaître plus précisément ce que vit l’un deux, Pierre-Duong.
Extraits de ATLP n. 218, juillet 2008

Je suis doublement précaire depuis ce 4 août 2004 où j’ai perdu définitivement la vue. Cela a été un passage, une conversion.
Au centre de rééducation de Marly, j’ai découvert le nouveau monde des aveugles. Monde intéressant et précaire. Nous étions tous sur le même plan, à être « formés ». On se comprend facilement, on se salue en se cognant. La canne blanche, c’est difficile à accepter, certains ne l’acceptent jamais, c’est comme avoir vieilli avant l’âge. Pourtant la vie humaine continue, et l’amour aussi: j’ai vu un jeune accidenté devenu aveugle en fauteuil qui a séduit une malvoyante. Ils se sont mariés il y a deux ans !
En sortant, je me suis dit: il faut bosser, assumer ce qui m’arrive. Qu’importe le bonheur ou le malheur, les difficultés ou les facilités: faire des études! J’ai eu le courage de redémarrer de loin, assumer une vie tout simplement humaine, assumer une vie spirituelle. Suivre les cours, ça va, mais ce n’est pas facile: il faut aussi valider.
L'expérience de la charité, c’est long à venir. II a fallu un an avant la réponse de la Cotorep. Et après, encore une année au séminaire pour découvrir des associations: Valentin Haüy, GIAA (pour les étudiants aveugles), Les amis de M. Pouget (pour les prêtres, diacres, religieux et religieuses aveugles), Voir Ensemble (ex Croisade des Aveugles).
Cette dernière association, je l’ai rejointe initialement pour être utile aux aveugles vietnamiens. Mais j’ai vu beaucoup de dossiers pour l’Afrique qui sont prioritaires: je me suis converti pour ne pas me restreindre au Vietnam. On est 10 à se retrouver 5 ou 6 fois par an. On reçoit des dossiers qui viennent de partout, on les étudie, on vote et on délègue quelqu’un pour faire le suivi et le compte rendu.
A mon retour au Vietnam en 2006, en tant qu’aveugle, je me demandais: que faire pour mon pays? J’ai découvert de bonnes choses, notamment un copain, ancien salésien, aveugle par accident, qui a tenté de monter un foyer d’aveugles, dont 4 sont étudiants. II y a aussi beaucoup de petits foyers tenus individuellement par des aveugles. Un enjeu important pour le pays, c’est la reconnaissance de la « Canne Blanche » comme signe officiellement reconnu et socialement adopté. En France, il y a des lois, une protection sociale, une charité organisée qui est formidable. Au Vietnam, c’est à titre personnel, privé. II y a aussi des injustices, par exemple deux jeunes aveugles qui étaient masseuses dans un hôpital ont été violées, mais on ne sait pas où demander secours, on se tait.
Je garde ma vocation au ministère. Si je deviens prêtre, c’est la miséricorde divine qui passera par mes mains. J’ai senti quelque chose qui me pousserait vers l’accompagnement des jeunes: ils viennent me voir pour parler de leur vie, et ils reviennent. J’ai été frappé par la réaction d’une enfant pendant le forum: « toi tu n’es pas aveugle! ... » parce que je l’avais entendue parler la bouche pleine!
A part à la commission Justice et Paix, selon moi, on parle très peu de solidarité à l’Assomption. Si tu demandes à un frère en formation ce qu’est la solidarité à l’Assomption, on ne sait pas répondre: le 1 % peut-être? Mais à l’Assomption, on a la chance de pouvoir s’exprimer. Ma participation à la solidarité, c’est surtout par la prière personnelle et communautaire, pour les bienfaiteurs..

phamma.pham@laposte.net

 

 

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