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Mission d'Orient

Interview de Mgr Louis-Armel Pelâtre, Assomptionniste, évêque titulaire de Sasimes, Vicaire Apostolique d’Istanbul (Turquie).

Après avoir diffusé le témoignage de Sœur Fruges Mpiacka, Oblate de l’Assomption en Turquie (AAINFO n° 16 , p.17), voici une interview de Monseigneur Pelâtre, Assomptionniste, évêque à Istanbul.”
Mgr Pelâtre reçoit le Pape Benoît XVI dans la Cathédrale Catholique d’Istanbul

« Qu’a été pour vous, Père Louis-Armel Pelâtre, la canonisation de Sœur Jeanne Jugan, à laquelle vous venez de participer, le 11 octobre 2009 ? »
 Je suis très heureux d’avoir pu participer à la canonisation à Rome de Sœur Jeanne Jugan, fondatrice des Petites Sœurs des Pauvres, car elles ont été fondées dans mon diocèse d’origine et ma propre maman est maintenant une de leurs pensionnaires. Elles sont aussi présentes à Istanbul depuis les origines. Jeanne Jugan est une compatriote. Son histoire n’est pas banale : elle fut pendant vingt-sept ans mise à l’écart du gouvernement de sa propre Congrégation et elle a supporté ces abus de pouvoir sans protester, c’est déjà un grand signe de sainteté. A mon retour à Istanbul, je prêcherai à la Cathédrale sur ce sujet : Jeanne Jugan a voulu préserver son œuvre et dans l’humilité elle a accepté d’en être dépouillée ! Cela me rappelle l’expérience du Père d’Alzon qui, après sa visite à Constantinople en 1863, remit au Saint-Siège un rapport qui ne fut pas accueilli favorablement. Mais il vécut cela dans un grand détachement. Ce n’est pas la personne qui compte mais la mission confiée. Cela n’a pas arrêté l’élan du Père d’Alzon au service de la Mission d’Orient.
Notez aussi que, malgré son éloignement forcé, Sœur Jeanne Jugan pouvait discrètement parler aux novices de la Congrégation qu’elle avait fondée et leur transmettre très simplement le charisme des Petites Sœurs des Pauvres dévouées auprès des personnes âgées et malades.
« Quelles informations pouvez-vous nous donner, d’après votre expérience, en vue de relations harmonieuses entre catholiques et musulmans ? »
Les relations entre catholiques et musulmans, en Turquie, existent depuis longtemps. Nous tenons à avoir de bonnes relations entre nous. Mgr Tessier, ancien archevêque d’Alger avait coutume de dire : « Avant de penser à évangéliser les musulmans, il faut avoir avec eux des rapports évangéliques. » Ne pas chercher à convertir, mais toujours respecter. Et nous devons valoriser ce que nous avons en commun. Par les écoles, l’éducation, les hôpitaux et les activités caritatives, nous pouvons avoir une grande influence. Par contre, nous ne conseillons pas les mariages mixtes, catholique-musulman, car nos cultures sont différentes. Mgr Roncalli, délégué apostolique en Turquie, disait : « J’aime les Turcs et je suis sûr que Dieu dans sa providence leur a donné une mission. »
« A l’Assomption, la Mission d’Orient a vite pris pied en Turquie. Que faut-il faire aujourd’hui ? »
Mon désir de rejoindre la Mission d’Orient s’est concrétisé dans l’obéissance par ma venue en Turquie. Et c’est une chance, car Istanbul est maintenant une de nos seules communautés insérées en milieu musulman. Je suis persuadé que l’Assomption a sa place dans le dialogue islamo-chrétien. Mais je suis inquiet pour l’avenir. N’oublions pas que le Père d’Alzon a passé plusieurs semaines à Constantinople et qu’il y a prêché un carême et plusieurs conférences dans diverses communautés. Bien sûr nous sommes passés de l’ère de la condescendance à l’ère de l’amitié. Et si le dialogue inter-religieux doit marquer concrètement le XXIème siècle, la Turquie sera un lieu privilégié de dialogue.
Nous nous sommes retirés douloureusement d’Ankara et notre présence à Istanbul est fragilisée par l’âge des religieux. L’Assomption a beaucoup donné à l’Eglise de Turquie. Si un jeune prêtre assomptionniste Congolais peut venir et très vite être rejoint par un autre confrère ce sera une bonne chose. Actuellement, l’arrivée dans une de nos communautés parisiennes d’un jeune postulant turc, que j’ai baptisé il y a plusieurs années, est un signe d’encouragement pour notre Mission d’Orient.
Merci Père Louis-Armel pour votre témoignage. (14/10/09).

 

 

 

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