NOUVELLES D’AMÉRIQUE LATINE
COLOMBIE
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Pastorale des jeunes et action sociale Bogotá
Une action sociale dans le silence
Depuis le mois d’avril 2009, la Fondation “Mi Hogar Asuncionista” (Mon Foyer Assomptionniste) a mis en marche un projet appelé “Brigada Asuncionista Nocturna” (Brigade assomptionniste nocturne). Il s’agit d’un groupe de jeunes de notre paroisse de l’Assomption de Notre Dame, de Bogotá, qui se sont engagés à aller à la rencontre des « habitants de la rue ». Tous les mercredis, de 19 à 21 heures, ils apportent un casse-croûte (un pain et une boisson chaude) à des gens sans foyer de “Siete de Agosto” (Sept Août), le quartier de la prostitution, des travestis, vendeurs de drogue, alcooliques etc. Nos jeunes sont accompagnés par deux jeunes religieux, Eduin et Juan Manuel, et parfois par d’autres adultes.
Pendant que nous leurs offrons ce que nous apportons, nous pouvons parler avec certains d’entre eux, ce qui nous permet de leur dire un mot et de partager leur histoire ; d’autres simplement prennent la nourriture et s’en vont ; et il y en a –ceux qui ont pris de la drogue peu avant– qui ne prennent rien car ils ne sentent pas la faim. Mais nous les invitons tous à venir pendant la journée à « Mon Foyer Assomptionniste », où ils trouveront linge propre, nourriture, douche, soins médicaux et accueil fraternel de la part des laïcs de la paroisse. Ce service est organisé par les Laïcs de l’Assomption.
Juan Manuel Núñez Rubio, a.a.
(jmnraa@gmail.com)
Bogotá, 11 novembre 2009
Voici quelques témoignages de ces jeunes brigadistes
« Cet mouvement a commencé au début de 2009 et a lieu chaque mercredi soir: nous laissons de côté notre ego pour pouvoir donner quelque chose de ce que nous avons reçu, qui est le don du service et du dévouement envers l’autre, et dont la rétribution est le fait même de faire du bien et calmer en partie la faim d’un habitant, pour un soir au moins. Nous trouvons gratifiant quand ils nous disent « Dieu vous le rende » ou simplement « merci ». La raison pour laquelle je fais partie de ce projet social c’est d’essayer d’apporter un mot d’encouragement à cette population vulnérable, c’est le désir de me mettre, corps et âme, au service des miséreux, car c’est là l’essence de l’amour fraternel. Sachant qu’ en tant qu’enfants de Dieu nous sommes tous frères nous agissons concrètement et nous créons ainsi un monde plus fraternel, plus juste et plus égalitaire. Je trouve mon bonheur dans le combat pour un monde meilleur ».
(Ludwing Galvis, 17 ans).
« Pour moi, il est important d’aider quelqu’un qui est dans le besoin. Dans ce cas, sont les habitants et personnes qui vivent dans la rue. Je crois qu’ils ont besoin d’appui moral, économique etc. ; et partager de la nourriture avec eux tous les huit jours peut les aider un peu. C’est une grande joie que de pouvoir rendre service à ces gens; en plus, c’est une profonde expérience que de parler avec eux, car ils peuvent m’apprendre beaucoup de choses sur la réalité de leur vie, tandis que moi je puis être un témoignage d’aide pour eux. » (Luisa Galvis, 17 ans).
« Notre brigade de chaque mercredi nous aide à baisser un peu la tête, puisque, avec cette activité, nous comprenons cette réalité que nous sommes tous égaux et qu’il n’y a pas de raison pour discriminer une personne à cause de son apparence. Là nous entrons en dialogue avec les habitants de la rue, nous mettons à leur place, les écoutons et comprenons que la vie doit être la même pour tous et non pas plus agréable pour certains. »
(Cristian Fabián Montealagre, 17 ans).
« La brigade est un lieu pour faire nôtres les besoins de quelques-uns (ceux qu’on nomme “gamines ([enfants de la rue ou “sans valeur”), que nous aidons en leur offrant une nourriture digne et, ce qui est plus important, un appui moral. Les habitants de la rue sont des personnes qui malheureusement ne partagent pas le même sort que nous. Ce que nous voulons faire à la brigade c’est de les aider à se réhabiliter à travers l’amour de Dieu et à trouver leur propre lieu dans notre monde. »
(Diana Paola Flor Laschov, 21 ans, étudiante universitaire).
« Ce temps que je passe avec les jeunes brigadistes dans leur parcours nocturne du quartier ‘permissif’ de « Siete de Agosto » est un temps de grâce car j’ai vu là comment leur foi se confronte à la réalité. Ceux qui y prennent part sont des jeunes qui, sans être les seuls, apprennent peu à peu à sortir d’eux-mêmes, et se configurent, jour après jour, comme autant de samaritains et samaritaines en chemin. Ils ont la joie de voir le visage de Dieu dans les exclus de la société, mais cette joie ne s’épuise pas là car ils sentent aussi l’exigence, dans l’amour, d’engager leur vie pour que cette réalité soit un jour différente. Être dans la Brigade n’est que le premier pas. Mais c’est un pas ferme vers la venue du règne de Dieu »
(Fr. Eduin Alexander Rincón Galarza a.a., galarzayh@gmail.com).

Chances et défis en Amérique Latine
Père Julio Navarro, tu reviens de Colombie et d’Equateur pour une visite post-canonique. De quoi s’agit-il ?
Depuis le début de ce deuxième mandat du P. Richard comme Supérieur Général, nous avons convenu en Conseil que toute Visite canonique aux Provinces serait suivie (entre six mois et une année après) d’une post-visite canonique faite par l’Assistant général chargé de cette Province. L’objectif est de faire, avec les confrères et avec les instances du gouvernement provincial, une relecture de la Carte de visite laissée par le Général à la Province et à chaque communauté. Cette relecture permet de voir comment la Province ou la communauté locale est en train de répondre aux défis signalés par le Général et comment elle met en œuvre ses recommandations. En d’autres mots, nous ne voulons pas que la Carte de visite soit un document uniquement bon pour les archives, mais reste un instrument d’animation permanent de notre vie religieuse et de notre mission apostolique. L’idéal serait que tout Chapitre local ait la Carte de visite comme référence ; la même chose pour les Conseils du Provincial.
D’après toi, quelles sont les chances et les défis de l’Assomption dans ces deux pays que tu viens de visiter ?
La Colombie, devenue Région de la Province du Chili en mai 2004, compte actuellement dix religieux, dont sept colombiens (un transféré aux Philippines), deux espagnols et un jeune profès chilien. Il faut compter aussi trois religieux dans la paroisse de Cali, qui appartiennent à la Province d’Europe du Nord.
Les défis pour l’Assomption colombienne sont clairs. D’abord, la pastorale des vocations et la formation de jeunes religieux : Dans les dix ou douze dernières années nous avons eu un bon nombre de vocations; malheureusement, beaucoup nous ont quitté aussi ; mais un nouvel effort se fait dans la pastorale des vocations avec l’aide d’une équipe qui intègre des Petites Sœurs de l’Assomption et des laïcs assomptionnistes. Le Collège Emmanuel d’Alzon, avec un peu plus de mille élèves, a un assez grand prestige. Il continue à être l’œuvre « phare » de l’Assomption en Colombie; il est actuellement sous la responsabilité de deux jeunes religieux colombiens ; leur souci est de donner au collège comme institution et à l’éducation qu’il transmet une plus grande empreinte assomptionniste.
Finalement, il y a la Paroisse N. D. de l’Assomption, située dans un quartier populaire, avec un bon nombre de laïcs qui collaborent dans la pastorale paroissiale et aussi dans un programme de service social aux habitants de la rue à travers « Mi Hogar Asuncionista ». Le grand défi reste la pastorale des jeunes, dans un quartier où probablement 50% des habitants ont moins de vingt ans !
À Riobamba, en Equateur, nous sommes depuis treize ans (juillet 1996). Cette communauté a toujours été définie comme une communauté de mission et une fondation latino-américaine. De fait, un nombre significatif de religieux, en général de jeunes, se sont succédés dans cette mission : chiliens, brésiliens, colombiens, mexicains. Le 26 octobre 2008 a été ordonné prêtre le premier confrère équatorien, Marco Silva, originaire du diocèse de Riobamba. Plusieurs jeunes équatoriens sont venus à l’Assomption et ont reçu la formation initiale à la vie religieuse. Actuellement José Luis Lata se prépare à faire ses premiers vœux le 3 janvier 2010.
Ici aussi les objectifs, et par conséquence les défis de la mission, sont clairement définis : insérer le charisme de l’Assomption dans cette Eglise locale, témoigner d’une vie religieuse et communautaire de qualité, travailler pour la pastorale des jeunes et des vocations, former des laïcs, accompagner des communautés ecclésiales de base.
Mais nos trois confrères, en ce moment : un chilien, un brésilien et un équatorien sont sollicités pour beaucoup d’autres services, en plus de deux paroisses dont ils ont la charge, tant au niveau du diocèse que de la vie religieuse. Par exemple, le responsable de la Radio du diocèse, depuis sa fondation, a toujours été un Assomptionniste ; nous avons toujours collaboré dans la formation et la direction spirituelle des séminaristes du diocèse ; le Vicaire épiscopal pour la vie religieuse est en ce moment le P. Miguel Fuentealba.
Dans l’avenir, avec la préparation du Chapitre général de 2011, que vois-tu d’important à promouvoir dans la collaboration interprovinciale pour le continent américain ?
En fait, il faudrait parler de trois Provinces, de quatre Régions, plus trois communautés (Buenos Aires et Riobamba), de huit pays dans le continent, de quatre langues différentes. La collaboration au niveau de l’Amérique Latine se fait déjà depuis plusieurs années. Une collaboration plus grande est toujours possible au niveau de tout le continent, surtout dans le domaine de la formation initiale, de l’apprentissage de langues, de la formation permanente (sessions internationales) ; aussi au niveau du laïcat assomptionniste et du Volontariat. Il nous manque peut-être un peu plus d’initiative et d’audace au niveau de nouvelles structures de gouvernement et d’animation. Les nouvelles générations auront probablement une plus grande ouverture à l’internationalité et à la mission hors frontières. Je pense que le grand défi du prochain Chapitre Général 2011 se situe à ce niveau-ci. Personne ne peut dire par où nous conduira l’Esprit dans cette année 2010 du Bicentenaire et de préparation du Chapitre !
Merci Père Julio Navarro pour ce bel exemple d’une visite post-canonique.
julionavarroroman@hotmail.com
Rome, le 27 novembre 2009.
MEXIQUE
Uune semence tombée en terre
Fr. Magloire Mumbere Katavu, A.A. (1980-2009)
Décédé le 17 Novembre 2009 à 14h30 à Puerto Vallarta, JALISCO ( MEXIQUE)
Première profession religieuse à Butembo le 16 septembre 2003
Mort tragique
Le Fr. Magloire est mort, noyé, le mardi 17 novembre, durant la journée de détente et de promenade de la communauté de formation des jeunes profès. Ils se baignaient dans une rivière proche au village de Quimixto (à quelques 900 kms. de la ville de Mexico). Magloire était arrivé au Mexique le 19 août 2007 et étudiait en troisième année de théologie. Il avait demandé à faire sa profession perpétuelle. Sa communauté se composait du formateur, le P. Flavio Bustos, de deux Frères congolais (Magloire et Joseph Mahamba), et de deux Frères mexicains (Roberto Reyes et Jesús Tlecuile).
Des témoignages nombreux nous ont été envoyés à propos de sa personne et sa vie. Voici le récit de Rafaël, un laïc assomptionniste, qui nous transmet quelque chose de l’attachement très fort que les gens ont montré lors de ses funérailles.
« Cette année la célébration du P. d’Alzon fut vraiment très différente. Le P. Miguel Díaz. diffusera bientôt peut-être une vidéo très spéciale, élaborée pour la famille de Magloire ; on y trouvera un résumé de toutes les funérailles, depuis l’arrivée de sa dépouille à San Andrés pour y être veillée, jusqu’à ce qu’elle fut déposée dans le cimetière du village.
Une multitude aux funérailles
Le dimanche précédent, Bollo, mon épouse, et moi, dit Rafaël, nous avions accompagné Magloire dans la célébration liturgique à la chapelle Saint Augustin d’un hameau très petit et pauvre de la nouvelle paroisse. Nous avions parlé sur des projets nouveaux et il s'est montré très enthousiaste. Dans la lecture de ce dimanche se trouvait cette phrase : « personne ne connaît le jour ni l’heure ». On fit des commentaires sur les difficultés que la communauté assomptionniste a rencontrées à San Andrés [elle a pris en charge cette paroisse récemment en août 2009]…
Quelques jours après, se produisit le drame de la noyade. Lorsque le corps de Magloire arriva à l’entrée du village, une grande foule est sortie pour l’accueillir et dès là il fut porté par les gens. Le Vicaire épiscopal aussi est venu nous accompagner dans la célébration liturgique (….). La messe fut intensément vécue par les très nombreux fidèles. Mais le lendemain, à l’enterrement, ce fut incroyable : le village entier y était. Après la messe, on emmena le corps au cimetière (je n’imaginais pas que la pente était si raide) et pendant tout le parcours, deux kilomètres peut-être, l’on découvrait des gens qui nous attendaient et qui criaient ‘vive Magloire’. J’ai vu une dame très simple qui lui apportait un bouquet de chrysanthèmes jaunes. Elle n’était pas de ceux qui avaient eu le plus de contact avec lui, mais elle avait retenu quelques pesos de ses achats pour honorer notre frère. Ce fut énorme, l’amour qu’on nous a témoigné ce soir-là (…) ; on aurait cru que ce jeune homme n’aurait eu que de simples funérailles, mais là, à des milliers de kilomètres de chez lui, et arrivé ici il y a deux mois et demi à peine, il était très entouré.
On dépose une semence et on obtiendra des fruits…
J’ai compris que Magloire était une offrande que le Seigneur avait jugée digne et qu’Il nous la rendait afin sceller à travers lui la relation entre l’Assomption et le village de San Andrés. Maintenant je sais que malgré les intérêts de ceux qui ne nous ont pas bien accueillis et la malveillance qu’ils avaient pu déployer contre nous, le village entourera maintenant la communauté et se tiendra fidèlement à côté d’elle. Nous déposons une semence et nous obtiendrons des fleurs et aussi des fruits. Le Vicaire Episcopal lui-même augurait des vocations laïques et religieuses pour l’Assomption…»
Rafael Martínez Guizar
Mexico, 23 novembre 2009
raphael_martinez_guizar@hotmail.com
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