NOUVELLES DE MADAGASCAR
P. Marcel CATTEAU : CINQUANTE ANS DE SACERDOCE
Il y a cinquante ans.
50 ans depuis le jour de mon ordination, mais presque 79 ans depuis le début de la préparation à ce sacerdoce.
D’ailleurs celui-ci en lui-même, même s’il unit le prêtre intimement au Christ - grâce d’union intime dont je remercie le Seigneur - a été en même temps un moyen de travailler en son nom par lui et pour lui. Combien de fois au terme de mes tournées n’ai-je pas dit enfin Seigneur c’est ton travail que je fais. Dans mon idée, il aurait fallu que cette pensée soit un constat de réussite.
Mon témoignage de vie sacerdotale pourrait commencer ici, mais ce que j’ai dit plus haut [dans le denier bulletin, n°14], me semble important, pour comprendre l’appel du Seigneur.
J’ai été à deux doigts de la rupture, mais après coup, je suis sur que Dieu ne voulait pas mon départ ; il me voulait à son service et à celui de mes frères et sueurs qui s’avéreront être des malgaches.
Après un an de pastorale à Lyon et deux ans à Davézieux, tenant compte de mon désir d’aller à Madagascar, le Supérieur Provincial de l’époque, ce n’était plus le Père Bellard - je crois que c’était le Père Charpentier - me dit de me préparer au départ.
J’y ai passé à peu près quarante sept ans (comme le Père Jean-Claude De Rosny qui est arrivé quelques mois après mois par bateau).
J’ai du acquérir une expérience de la mission auprès des pères plus âgés, mais aussi en corrigeant les nombreuses erreurs que j’y ai faites. On ne comprend pas, d’emblée un peuple qui nous a toujours été inconnu. A la Sanfily, à Mahavatse, à Ambohimahavelo, puis à Betioky et Ampanihy, à Tana, seul ou avec un autre père. Nous nous partagions les tournées. Celles-ci étaient prévues deux mois à l’avance lors de la réunion des catéchistes ; il fallait être fidèles à nos programmes... Je pense y avoir été toujours fidèle, bien que parfois je me déplaçais pour rien, les gens étant pris par un enterrement qui avait la priorité.
J’ai participé à des actions importantes, du moins elles le paraissaient à l’époque : le Forum régional qui donna naissance à la (malheureuse) Troisième République ; aux distributions de vivres à l’occasion des sécheresses, mais ce n’était pas cela qui était au cœurs de mon action missionnaire.
Je pensais que le développement plongeait ses racines dans la connaissance du Christ. Que, par conséquent, faire connaître Jésus-Christ, même si on n’avait pas les moyens de faire autre chose, - mon idéal était d’être un missionnaire aux mains nues - c’était aussi travailler pour le développement.
En effet, pour les « païens » que je ,rencontrais, Jésus était un étranger; il fallait leur faire comprendre que non, il était le frère de tous ; déjà l’accès à cette foi demandait de faire un saut dans la nouveauté. Cette ouverture dans le Christ pouvait être à la source d’une recherche de développement en tous domaines.
Être chrétien, nous rattachait à une famille qui avait les limites du monde. Étranger moi-même, je devais faire attention de respecter les valeurs de la tradition malgache.
Combien j’ai été heureux de célébrer les premiers baptêmes et les premières eucharisties à des endroits où cela ne s’était jamais fait !
Malgré cela, je ne vais pas mentir, j’ai toujours eu du mal à prier ; à reconnaître que ce que je comprenais et faisais venait de Dieu. De le remercier. Comment trouver les accents pour remercier le Seigneur pour tout ce qu’il a fait pour moi, malgré les soucis que je lui causais ?
Pourtant, qu’aurais-je pu faire sans lui ? Seul, je disais mon office régulièrement puis avec l’autre père ou l’autre frère, mais l’oraison !!!
Tout est grâce, c’est à travers toutes ces circonstances qu’on découvre, à un moment où on nous demande de nous arrêter, ou du moins à nous appliquer à faire quelque chose d’autre, la ligne de conduite de Dieu et sa volonté.
Dieu caché, mais présent, Dieu que je connais par ton Fils aide moi à reconnaître que tu as fait, malgré tout, par moi de grandes choses et à te remercier. !
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