Cahiers du Bicentenaire d'Alzon 2010 N° 1

Tour du monde assomptionniste en 41 pays

Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)

3. ANGLETERRE

Fondation de l'Assomption en Angleterre, 1901.

C'est le 15 août 1901 que le P. Marie-Joseph Laity (1867-1950) arriva à Londres, envoyé par ses Supérieurs préparer le terrain pour une fondation. Le P. François Picard (1831-1903) avait procédé dès 1881 à l'achat d'une maison en Angleterre. Le contexte était identique entre 1880 et 1900 : il s'agissait d'abord de trouver un asile hospitalier pour une Congrégation française chassée de son sol. L'archevêque de Westminster, le cardinal Herbert Vaughan (1832-1903) invitait l'Assomption à fonder une paroisse dans la capitale anglaise. C'était aussi réaliser un vœu cher au Père d'Alzon remontant aux années 1850, vœu qu'il ne put mettre en œuvre malgré le désir des Religieuses de l'Assomption de prendre des Assomptionnistes comme aumôniers de leurs premières maisons en Angleterre (Richmond, en 1849 ; Londres Kensington, 1857). Par suite des redistributions structurelles opérées en 1923 dans toute l'Assomption, la Région d'Angleterre passa en 1923 sous l'obédience de la Province de Paris avant d'être reconnue comme province à part entière en 1946(1). Elle a fait retour en l'an 2000 dans le giron français, province-mère(2). L'usage courant ne distingue pas toujours entre Angleterre, partie Sud de l'île, Grande-Bretagne, l'île en son entier, et Royaume-Uni, ensemble politique formé par la Grande-Bretagne et l'Irlande laquelle jusqu'en 1921 fut entièrement possession anglaise. Concrètement les débuts de l'Assomption française en Angleterre, puis ceux de l'Assomption anglaise, furent modestes. Il furent rendus possibles d'ailleurs grâce aux Petites Sœurs de l'Assomption déjà sur place depuis les années 1880. Le P. Laity trouva un logement d'emprunt au presbytère de Mile End. Une petite communauté put naître en novembre 1901, dans une installation provisoire de fortune, dans le quartier londonien de Bethnal Green. L'Assomption y bâtit prieuré et église. Entièrement rénové, le prieuré a été inauguré le 11 juin 2005.

Sources documentaires :

Sur l'Angleterre et l'Assomption, voir le bulletin de l'ex-Province d'Angleterre et de l'actuelle région : Assumptionist Newsletter ou Newsletter, le bulletin The Assumptionnist. Articles dans L'Assomption et ses Œuvres, 2002, ,n° 688, p. 4-7 ; 2005, n° 703, p. 16-20 et A Travers la Province, juin 2005, n° 200, p. 8-9.

Angleterre, année 1810.

La victoire du Lion contre l'Aigle :

L'Angleterre ou plus exactement le Royaume-Uni forme l'âme de la lutte contre la domination française sur l'Europe. Son souverain, George III (1738-1820) qui a succédé à son grand-père en 1760, George II (1683-1760), souffre d'une porphyrie aiguë, ce qui donne à penser qu'il est aliéné. En 1811, il doit laisser la place au Prince de Galles, déclaré régent et successeur en 1820 sous le nom de George IV (1762-1830). Malgré ces perturbations dynastiques et le discrédit dont pâtit une Cour dissolue, la politique étrangère du pays ne faiblit pas, animée principalement par William Pitt (1759-1806), dit le second Pitt, de 1783 à 1801 et de 1804 à sa mort, en 1806. Son remplaçant temporaire, Henry Addington (1757-1844), signe la paix d'Amiens en 1802 et réorganise les finances du pays en créant un budget moderne. Les ministères qui se succèdent, Charles-James Fox (1749-1806), Spencer Perceval (1762-1812) et Robert Banks Jenkinson Liverpool (1770-1828), conduisent la même politique : vaincre à tout prix la France napoléonienne en fomentant des coalitions européennes avec l'aide du Prince Klemens von Metternich (1773-1859) et en soutenant la guerre de libération nationale en Espagne. Malgré la gêne que crée le blocus pour l'industrie britannique, celle-ci poursuit son expansion et sa mécanisation. Une sorte d'union sacrée soude les habitants, qu'ils soient nobles, bourgeois, ouvriers, paysans ou encore irlandais catholiques, contre l'hégémonie française personnalisée par Napoléon caricaturé en ogre. En 1815, au retour de la paix, la Cité de Londres apparaît déjà comme la capitale financière de la planète et la tête d'un empire colonial rayonnant sur le monde entier. Au Congrès de Vienne (1815) qui refait la carte politique de l'Europe,Lord Robert Stewart Castlereagh (1769-1822) engrange pour son pays le bénéfice de l'endurance britannique avec l'acquisition des têtes de pont stratégiques : avec Gibraltar arrachée à l'Espagne en 1713, le Canada et l'Inde détachés de la France en 1763, l'Australie explorée et annexée en 1770, Ceylan et Malacca (1802), Malte (1810), Le Cap, les îles Maurice et Seychelles, quelques Antilles, les îles Ioniennes et Corfou (1814), Singapour acquise en 1819 deviennent terres anglaises, faisant oublier la perte des colonies américaines (guerre de 1776-1783), devenues les Etats-Unis d'Amérique (U.S.A) contre lesquels l'Angleterre doit soutenir une nouvelle guerre entre 1812 et 1814.

La résurrection du catholicisme institutionnel :

Sur le plan religieux, le catholicisme va gagner du terrain en Angleterre où l'anglicanisme demeure religion d'Etat, du fait de l'immigration irlandaise et de l'afflux temporaire, sous la Révolution, de membres du clergé français exilé. En avril 1829, l'émancipation des catholiques est votée au Parlement de Londres, grâce au travail intrépide de l'avocat O'Connell. Il se crée en 1833 un mouvement favorable à l'union romaine, dit le mouvement tractarien ou mouvement d'Oxford dont une des figures marquantes est John Henry Newman (1801-1890). Pie IX (1792-1878) rétablit sur l'île la hiérarchie catholique en 1850, provoquant une belle vague anti-papiste : des 47 anciens sièges épiscopaux de l'Angleterre du XVIème siècle, est rétabli, à la place des quatre vicariats apostoliques du XVIIIème siècle, l'archevêché de Westminster qui se trouve à la tête de douze évêchés suffragants : Southwark, Plymouth, Clifton, Newport et Menevia, Shrewsbury, Liverpool, Salford, Hexham et Newcastle, Leeds et Beverley, Nottingham, Birmingham, Northampton. Sous Léon XIII (1810-1880) sont érigés les sièges de Middlesbrough, Portsmouth et Menevia. Par comparaison, on compte de nos jours en Grande-Bretagne 7 archevêchés (Birmingham, Cardiff, Glasgow, Liverpool, Saint Andrews and Edinburgh, Southwark et Westminster), 22 évêchés et un exarchat.

De nos jours, le Royaume-Uni entretient des relations diplomatiques avec le Saint-Siège au plus haut niveau (1982). En 1979, le statut diplomatique avait déjà été accordé au délégué apostolique qui restait cependant accrédité seulement auprès de l'épiscopat du pays, non auprès de la Cour de Saint-James. La légation avait été établie en 1923, la délégation apostolique en 1938. Le pape Jean Paul II s'est rendu en mai-juin 1982 en Grande Bretagne. Dès le pontificat de Jean XXIII, les relations avaient été dégelées avec l'anglicanisme : le 2 décembre 1960, le primat anglican de Cantorbery, le Dr Geoffroy Fisher (+ 1972), était reçu en audience au Vatican. Dernièrement, le 23 novembre 2006, le pape Benoît XVI a reçu au Vatican le Primat de la Communion anglicane, le Dr Rowan Williams.

Fiche d'identité du Royaume-Uni, 1810.

Population  : 13 millions 400. 000 habitants. Forte croissance urbaine. Environ 59 millions 900. 000 habitants en 2003.

Première puissance industrielle et commerciale . L'Angleterre pratique au XIXème siècle une politique de 'splendide isolement'.

Langue  : anglais.

Superficie  et divisions administratives : Angleterre avec 131. 760 km2, Ecosse avec 78. 772 km 2, Pays de Galles avec 20. 768 km2 donc un total de 244. 046 km2 pour la Grande-Bretagne avec îles. L'Irlande compte 84.000 km2 dont 13.573 km2 pour l'Ulster.

Régime politique  : monarchie constitutionnelle dont l'acte le plus ancien remonte au IXème siècle et une charte dite la Grande Charte à 1215. Par les Actes d'union de 1536 et de 1543 le pays de Galles est uni à l'Angleterre. Par l'Acte d'union de 1707, l'Ecosse est intégrée à la couronne d'Angleterre formant ainsi le Royaume-Uni de Grande-Bretagne. L'Irlande à son tour est réunie à la Grande-Bretagne en 1800 (situation inchangée jusqu'en 1921).

Constitution  : La pratique parlementaire anglaise se fonde sur la Déclaration des droits de 1689 et l'Acte d'établissement de 1701, imposant à la monarchie le choix des ministres dans le parti majoritaire aux Communes (Tory et Whig). Le droit de suffrage est limité mais élargi par la réforme électorale de 1832, dite Reform Bill, la vie politique accaparée par la gentry et la grande bourgeoisie.

Monnaie  : Livre sterling, unité monétaire pour tout le Royaume-Uni, divisée en cent pence valant autrefois vingt shillings de douze pence. Le Souverain de 1829 est la monnaie d'or anglaise de valeur égale à la livre sterling. Bien que pays membre de l'Union européenne, le Royaume-Uni n'est pas passé, jusqu'à présent, à la monnaie européenne, l'euro.

Capitale  : Londres (London), capitale du Royaume-Uni. Pour le pays de Galles : Cardiff, pour l'Ecosse : Edimbourg. Pour la partie Irlande-Ulster : Belfast. Londres compte déjà en 1815 plus d'un million 100.000 habitants, première place financière et commerciale du globe. Y ont été signés les traités de 1671, 1688, 1718, 1830, 1840, 1852, 1915, 1921, 1948 et 1954.

Fêtes nationales  : Ce sont les fêtes de la monarchie, notamment. Drapeau de l'Union Jack. L'Angleterre a pour patron saint Georges, martyr de Nicomédie, fête le 23 avril ; l'Ecosse saint André fêté le 30 novembre ; le pays de Galles saint David fêté le 1 er mars et l'Irlande saint Patrick fêté le 17 mars. Hymne national : God save the queen.



(1) Au temps de sa plus grande expansion dans les années 1955-1965, la Province d'Angleterre comprit neuf communautés : Londres Bethnal Green qui fut centre de paroisse, d'écoles paroissiales et même berceau d'alumnat en 1911, Brockley paroisse prise en charge en 1906 d'où la communauté fut retirée en 1997, Rickmansworth (fondation dès 1903), Newhaven (communauté entre 1902 et 1970), Charlton paroisse et écoles paroissiales (1903), Hitchin (collège Saint-Michel dirigé par l'Assomption entre 1926, remplacé en 1967 par une nouvelle construction à Stevenhage, remis ensuite au diocèse ; à Hitchin-Foxhole, ouverture d'un alumnat en 1953), Nottingham (collège Becket fondé en 1931, remis au diocèse en 1970), noviciat à Capenor (ouvert en 1948 après le provisoire Bindon House de 1943, fermé en 1955, transféré à Heathfield en 1956), alumnat à Walsworth (ouvert de 1953 à 1964). La Province imprima une petite revue The Assumptionist. A cause du manque de personnel, elle refusa d'autres fondations dont une mission prometteuse en Ouganda, mais chercha à collaborer à la Mission A.A. au Congo (B.O.A., octobre 1962, n° 7, vol. III, p. 164-165). Elle compta un maximum de 80 religieux. Des chroniques de l'Assomption anglaise sont données dans la revue L'Assomption et ses œuvres : 1954, n° 501, pages 8-11 ; 1962, n° 529, p. 3-5 ; 1964, n° 535, p. 16-24. Le premier assomptionniste de langue anglaise fut le P. Edmund O'Donnell (1796-1869). La création de la Province d'Angleterre, décidée au Chapitre général de mai 1946 est datée du 21 août 1946 : elle est saluée par la circulaire n° 63 du P. Gervais : Circulaires du P. Quenard, B.P., Paris, 1946, p. 375-379.

La Province d'Angleterre eut comme Supérieurs Provinciaux de 1946 à 2000 : P. James Whitworth (1946-1952), P. Austin Treamer (1952-1961), P. Walter Robertson (1961-1964), P. Paul Mac-Nicholas (1964-1968), P. Dunlop Kieran (1968-1971), P. Bernard Rickett (1971-1974), P. Andrew O'Dell (1974-1983), P. Aidan Furlong (1983-1988), P. Andrew O'Dell (1988-1994) et le P. Robert Henshaw (1994-2000). L'Assomption donna un évêque au pays : Mgr Andrew Beck (1904-1978), évêque coadjuteur de Brentwood en 1948, transféré à Salford en 1955, promu archevêque de Liverpool en 1964 : L'Assomption et ses œuvres, 1957, n° 512, p. 12 à 14.

(2) Par 18 voix favorables, le 32ème Conseil de Congrégation, tenu à Jérusalem du 1er au 15 juin 2000, vota le rattachement des communautés de Hitchin, de Bethnal Green et d'Edgware à la Province de France (d'après AA Informations, juin 2000, n° 4, dossier page 5). La décision est enregistrée dans Documents Assomption, 2000, n° 25, pages 12-13. Le P. Robert Henshaw a fait à plusieurs reprises le point sur la situation dans le bulletin A.T.L.P. : 2000, n° 157, p. 8-11 (Vers le changement de statut) ; 2001, n° 172, p. 19-21 (Centenaire A.A. à Londres).

 

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