L’Orient Chrétien
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
Les Pères de l’Église et la théologie orientale(1)
Au sens strict et ecclésiastique du terme, on appelle « Pères de l'Église » les personnalités, généralement des évêques, dont les écrits et l'exemple de la vie ont contribué à établir et à défendre la doctrine chrétienne. Ce sont donc des personnages dont l'orthodoxie fait autorité et dont la sainteté a été reconnue. On range pourtant fréquemment parmi les Pères de l'Église certains auteurs importants , comme Origène , dont l'étude est indispensable aux spécialistes des Pères de l'Église. Ce sens large de l'expression, qui définit un domaine d'étude, peut être dit scientifique ou universitaire. Contrairement à la liste des Docteurs de l'Église, celle des Pères de l'Église n'est pas officiellement établie par les Églises.
L'Église catholique a tendance à assigner un terme à une « période patristique » et à considérer Jean Damascène et Isidore de Séville comme les derniers Pères. L'Église orthodoxe ne voit pas les choses de la même façon et estime que la paternité ne suppose pas obligatoirement l'antiquité. L'Église orthodoxe estime qu'un Père n'est pas forcément un écrivain. Elle a tendance à considérer comme Pères de l'Église les Pères du D ésert et les grands fondateurs de la vie monastique, car leur travail d'ascèse et de direction spirituelle est éminemment doctrinal.
On peut classer les Pères de l'Église selon leur époque (apostoliques), la nature de leurs écrits (apologistes), le style de leur pensée (orientaux ou occidentaux, de l'école d'Alexandrie ou de celle d'Antioche), leur langue (latine, grecque ou syriaque), leur milieu de vie (de l'Empire chrétien), etc.
La connaissance des Pères de l'Église et de leurs écrits s'appelle la « patristique » ou la « patrologie ».
Pères apostoliques
Les Pères du IIe siècle
Les apologètes
La littérature anti-hérétique
Pères grecs
Pères latins
Les Pères qui ont combattu l'arianisme
Les Pères cappadociens
Pères grecs
Pères latins
Pères syriens
Pères grecs antérieurs à la crise iconoclaste
Pères grecs défenseurs des saintes images
Pères latins
Les Pères propres à l'Église orthodoxe
Les théologiens du Moyen-Âge propres à l'Église catholique
Si la théologie peut s'appliquer à toutes les religions, le christianisme est sans doute celle qui l'a le plus revendiquée. La théologie est ainsi reconnue comme une discipline scientifique par les chrétiens. La théologie veut « rendre raison de la foi chrétienne ».
La théologie désigne à la fois l'ensemble des doctrines chrétiennes et leur étude systématique. On peut aussi parler de la théologie de telle ou telle grande figure (théologie johannique, théologie paulinienne, théologie d'Augustin ou augustinisme). On parle aussi de théologie calviniste ou de théologie luthérienne (donc protestante).
Dans l'Église orthodoxe, la théologie n'est pas considérée comme une discipline spéculative et déductive mais comme la connaissance expérimentale d'un Dieu qui se manifeste à sa Création. Le titre de "théologien" n'est d'ailleurs attribué qu'à trois saints seulement : saint Jean l'Évangéliste, saint Grégoire de Nazianze et saint Syméon le Nouveau Théologien.
À la fondation de l’Église chrétienne, dès l’époque apostolique, il fallait d’abord que l’Évangile et l’Église s’incarnent d’une façon nouvelle dans le monde gréco-romain qui semblait alors constituer une unité compacte. En réalité, sous son vernis extérieur de culture gréco-romaine, se cachaient des différences fondamentales dans le caractère national des Romains et des Grecs, des Syriens et des Égyptiens, qui, tous, faisaient partie d’un même Empire forcement centralisé, la pax romana. Le Latin aime les idées claires et précises, il s’intéresse surtout à la vie concrète et à ses problèmes, au droit et à l’Etat. Le Grec est plus porté sur la théorie, la vision du divin, il aime la spéculation et les discussions théologiques. Pour lui, le monde concret est une manifestation du divin, alors que pour le Latin, c’est le résultat d’une action divine ayant en soi sa propre valeur et avec lequel il faut se mesurer. Le Grec voit dans l’homme l’image de Dieu , qui doit se conformer à Dieu par une transfiguration de plus en plus profonde. Le Latin voit dans la vie humaine une activité et une marche de l’homme vers Dieu.
Tertullien et Origène ont souvent été présentés comme des représentants typiques de l’Occident et de l’Orient. Tertullien, c’est le juriste romain qui s’attache toujours aux cas concrets, le polémiste violent et le dialecticien, qui exprime habituellement ses convictions chrétiennes dans des définitions juridiques objectives. Origène, quant à lui, cherche avant tout à voir immédiatement en esprit l’univers céleste, celui du Christ ressuscité. Au lieu de formules figées, il nous propose une pensée dynamique, où Dieu sera , dans la plénitude finale , « la mesure de tout mouvement ». Ce ne sont là évidemment que des indications qui pourraient amener à schématiser et à trop simplifier. Mais il est indéniable qu’il existait au point de départ entre Latins et Grecs des différences fondamentales. Avec l’évolution historique de l’Occident et de l’Orient dans un sens très différent, on comprend que l’Église ait acquis ici et là une autre physionomie. C’était ainsi qu’on trouva finalement face à face une Orthodoxie grecque et un Catholicisme latin, ce qui ne signifiait pas forcement une opposition. En effet, il était normal que l’Église en tant que mystère s’incarne différemment, de par sa vocation d’universalité, et que, tout en gardant partout l’essentiel, elle prenne dans chaque peuple un visage nouveau. Mais l’opposition et la rupture sont intervenues parce que chacune des deux parties a cherché à se poser en absolu et à imposer à l’autre sa façon de voir comme étant la seule valable.
Avec le catholicisme romain et les Églises issues de la Réforme, l'Église orthodoxe est une des trois expressions majeures du christianisme. Elle compte environ deux cents millions de baptisés. Comme l’Eglise catholique, elle est issue de la Pentecôte et du témoignage des Apôtres. En général, les historiens datent de 1054 la séparation de l'orthodoxie et du catholicisme – on disait autrefois les Grecs et les Latins – mais il faut considérer plutôt cette date comme une étape d'un lent processus de discorde qui a abouti à la séparation effective du XIIIe siècle.
Son rayonnement dans le monde
Pour les orthodoxes, l'Église universelle se manifeste en plénitude dans chaque communauté eucharistique, autour de l'évêque qui témoigne de cette continuité apostolique. La communion des évêques se structure en Églises « autocéphales », interdépendantes, dont chacune désigne librement son primat. Une Église autocéphale est généralement présidée par un « patriarche ». À l'origine espaces de civilisation, la plupart de ces patriarcats sont devenus depuis deux siècles des « Églises nationales ». Le patriarche de Constantinople ou patriarche « œcuménique » est investi d'une primauté d'honneur depuis que l'Orient et l'Occident chrétiens se sont séparés.
On appelle parfois l'Église orthodoxe, l'« Orient chrétien », dans la mesure où elle s'est développée dans la partie orientale de l'Empire romain. Elle englobe une part non négligeable des Arabes du Moyen-Orient, la plupart des pays balkaniques, la Roumanie, – orthodoxie « latine » –, une partie du Caucase et les grandes Églises : serbe, bulgare, ukrainienne, polonaise, et surtout l'Église russe. La nécessité économique et surtout les tragédies de l'histoire – révolutions communistes, effondrement de la Grèce d'Asie, troubles du Moyen-Orient… – l'ont amenée à s'implanter dans l'Occident entier, de l'Europe de l'Ouest aux Amériques et en Australie. En France, elle compte environ deux cent cinquante mille baptisés. Les missions orthodoxes ont été vigoureuses : mission byzantine jusqu'au cercle polaire, mission russe pré-révolutionnaire à travers la haute Asie jusqu'au Pacifique Nord. Elles reprennent aujourd'hui en Afrique noire, dans le cadre du patriarcat d'Alexandrie.
Il existe aussi des Églises seulement « autonomes » dont le primat est confirmé ou désigné soit par l' « Église-Mère » – les Églises d'Ukraine et du Japon, par exemple, sont sous l'autorité du patriarcat de Moscou – soit par le patriarcat œcuménique comme en Crète, en Finlande ou en Estonie. De ce point de vue, une situation particulièrement complexe en Ukraine oppose Constantinople et Moscou.
Par contre, l'importante « diaspora » contemporaine n'a pas encore trouvé un statut canonique et les « juridictions » qui représentent les Églises d'origine s'y affrontent. Des Églises locales plus ou moins autonomes, polyethniques et pluriculturelles semblent s'y préparer, notamment aux États-Unis et en France.
Les fondements de la foi orthodoxe
Tandis que l'orthodoxie restait partiellement fidèle à l'ecclésiologie de communion du premier millénaire, le catholicisme majorait de plus en plus le rôle du Pape, ce qui conduira à la révolte du protestantisme au 16 e siècle. À cela s'est ajoutée une difficulté théologique concernant l'origine et le rôle du Saint-Esprit qui procède du Père et du Fils, Filioque, selon l'Occident, du Père seul ou du Père par le Fils selon l'Orient.
La foi orthodoxe se fonde sur l'Écriture et sur les diverses expressions de la Tradition, qui est la vie du Saint-Esprit dans le Corps du Christ. Parmi ces expressions, les plus importantes sont les écrits des Pères de l'Église et des grands théologiens byzantins. La règle de foi elle-même se concentre dans les définitions des Sept Conciles œcuméniques qui ont suggéré le mystère de La Trinité – Nicée I, en 325 ; Constantinople I, en 381 – et celui de la divino-humanité du Christ – Ephèse, en 431 : Marie « Mère de Dieu » ; Chalcédoine, en 451 ; Constantinople II, en 553 ; Constantinople III, en 680 ; Nicée II, en 787 : l'icône.
Au cœur du message, la mort-résurrection du Dieu-Homme qui porte en lui toute l'humanité. Avec celle-ci, le Christ descend dans la mort et dans l'enfer pour les anéantir, pour nous ouvrir les voies de la résurrection et de la transfiguration de l'univers. L'Église-Eucharistie fait de nous à la fois des pécheurs pardonnés et des créateurs créés car « Dieu s'est fait homme pour que l'homme puisse devenir Dieu ». Le Christ-Esprit révèle que Dieu est simultanément unité absolue et diversité absolue, Uni-Trinité, source de toute communion. De même en effet il existe un seul Homme, dans la diversité irréductible des personnes. La puissance de Dieu est celle de l'amour. Il est donc crucifié sur tout le mal du monde mais permet à ceux qui s'enracinent en lui par la confiance, l'humilité, la créativité, de devenir des témoins de la résurrection, des artisans du Royaume de la Vie déjà secrètement présent dans la profondeur de l'Église et de toute existence.
Sous bien des scories, l'Église est le Corps du Christ, le Temple du Saint-Esprit, la Maison du Père, la source maternelle d'une infinie miséricorde. C'est pourquoi, d'ailleurs, les prescriptions de l'Église sont toujours adaptées aux situations personnelles par ce qu'on appelle l'« économie ». Ce mot, qui désigne la relation de Dieu avec sa création, souligne la portée existentielle de toute règle qu'elle peut relativiser. C'est ainsi que les divorcés-remariés peuvent être réadmis à la communion eucharistique, la décision ultime revenant à l'évêque. Comme dans l'Église primitive, un homme marié peut être ordonné prêtre. Par contre, depuis le VIIe siècle, les évêques se recrutent en principe parmi les moines.
La liturgie, le monachisme, l'icône
Le message pascal – la joie pascale – s'inscrit dans une ample et complexe liturgie, dans une hymnographie foisonnante qui entrecroise les cycles journaliers et hebdomadaires, les fêtes fixes et le cycle proprement pascal. Chaque dimanche, premier et huitième jour de la semaine est le jour eucharistique par excellence.
Unie pour la date de Pâques et le cycle pascal, l'orthodoxie, pour les fêtes fixes, reste divisée entre le calendrier grégorien, comme en Grèce ou en Roumanie, et le calendrier julien, en retard de 13 jours : c'est ainsi que l'Église russe, l'Église serbe et celle de Jérusalem célèbrent la fête de Noël le 7 janvier, c'est-à-dire le 25 décembre selon le calendrier julien.
Le monachisme, dont la place est essentielle dans l'Église comme exemple et comme intercession, a mis au point une méthode de contemplation, « art des arts et science des sciences », partiellement exposée dans un ample recueil de textes spirituels, la Philocalie ou « amour de la beauté ». Cette méthode, qui utilise les rythmes du corps pour faciliter l'union de 1'intelligence et du cœur profond, comporte trois grandes étapes : la praxis, la « pratique », qui permet d'accéder à la paix et au silence intérieurs ; la théoria physikè ou contemplation de la nature qui conduit à aimer Dieu à travers sa création ; la théosis, la « déification », vision transformante de la lumière divine. Le père spirituel, guide nécessaire, est un spirituel qui a parcouru cette voie et reçu la grâce de lire dans les cœurs et de pouvoir dire une parole de vie.
L'icône est le seul art traditionnel qui subsiste dans le monde chrétien. Peinte selon des règles précises, elle peut représenter une personne, une scène – le plus souvent décrite par l'Écriture – ou un symbole : ainsi la célèbre icône de Roublev représente l'hospitalité d'Abraham pour évoquer La Trinité. Elle fait surgir des visages pénétrés d'une vivante éternité.
La modernité
Après trois quarts de siècle d'écrasement totalitaire, l'Église orthodoxe se remet difficilement. Au-delà de la fusion parfois messianique ou de l'écrasement, elle a du mal à préciser ce que serait une relation libre avec l'État ; il lui est aussi difficile de surmonter le nationalisme religieux, pourtant condamné par un synode de Constantinople de 1872. Dans son vieux rêve de tout englober, elle a du mal à accepter la modernité et à dialoguer avec les autres chrétiens et les autres religions, avec le risque de s'enfermer ainsi dans le ritualisme. Elle fait de l'âge patristique une sorte d'âge d'or dont il faudrait seulement répéter les formulations. Il lui est difficile d'envisager lucidement ses propres problèmes, dont les plus graves sont sans doute la désignation de l'épiscopat et le nationalisme religieux. Pourtant elle recèle des trésors de sainteté et de beauté, elle a donné au 20 e siècle des martyrs par milliers. Il faut la connaître avec le cœur.
La vie de Syméon nous est connue, outre les éléments autobiographiques contenus dans ses écrits, par son disciple Nicétas Stéthatos. Né en 949 à Galatai en Paphlagonie, dans une famille de petite noblesse provinciale, le futur Syméon est nommé Georges. Il se rend à Constantinople pour ses études et il est reçu chez un oncle, fonctionnaire impérial. À la mort de cet oncle, il tente d'entrer au monastère du Stoudion, mais il n'a alors que 14 ans. Il fait cependant la connaissance d'un moine qui deviendra son père spirituel : Syméon le Pieux ou Syméon le Studite. Trop jeune pour être admis, il reste "dans le monde" jusqu'en 977, où il entamera une carrière politique. En 976, il retourne brièvement en Paphlagonie pour régler sa situation de famille, et l'année suivante, il est enfin admis au Stoudion. L'higoumène Pierre le confie à la direction de Syméon le Pieux. Georges reçoit alors l'habit monastique et le nom de Syméon. Un an plus tard, il entre au monastère de Saint-Mammas. En 980, l'higoumène Antoine de Saint-Mammas le fait ordonner prêtre, et peu après, à la mort d'Antoine, c'est Syméon qui est désigné comme higoumène par le patriarche Nicolas.
L'influence de Syméon le Pieux, qui lui avait enseigné le goût de l’expérience spirituelle personnelle porte ses fruits. Sa vie spirituelle se purifie, s’approfondit, l’amène à une communion riche, lumineuse, personnelle avec le Christ Ressuscité. C'est aussi une période d'intense activité où il doit rénover les bâtiments du monastère, rétablir la discipline monastique. C'est de cette époque que datent les Catéchèses qu'il dispensa à ses moines. Son énergie, sa force de conviction ne lui font pas que des admirateurs : il eut aussi à se défendre d'une révolte d'une trentaine de moines, que le patriarche Sisinnius envoya en exil.
Quelques années plus tard, à partir de 1003, un procès lui est intenté par le métropolite Étienne de Nicomédie au prétexte, selon Nicétas Stéthatos, de la vénération que Syméon avait pour son défunt père spirituel Syméon le Pieux. En effet, depuis 16 ans, l'higoumène de Saint-Mammas avait introduit, à la date anniversaire du décès de son Père spirituel, un "office" à Syméon, selon une pratique courante. Sous cette pression, et en accord avec le patriarche Sergius, Syméon se démet de sa charge d'higoumène en 1005. Le procès aboutit en 1009 à une condamnation de Syméon à l'exil. Débarqué à Chrysopolis, sur la rive asiatique du Bosphore, il s'installe à Paloukiton, à proximité de la chapelle de Ste Marine avec quelques disciples. Il n’écrit plus, semble-t-il, que des hymnes. Réhabilité par le patriarche de Constantinople, il demeure néanmoins à Paloukiton, où il meurt le 12 mars 1022. Il fut canonisé moins d’un demi-siècle après sa mort, l’Église se reconnaissant donc dans son témoignage.
Une expérience spirituelle dans un contexte ritualiste
Au tournant de l'an Mil, l’Église en Orient comme en Occident tendait à s'identifier à une chrétienté d'Empire. Les rites devenaient ritualisme, l'expérience spirituelle se raréfiait. Alors qu'une soif de spiritualité allait secouer l'Europe sous la forme des mouvements contestataires cathares et bogomiles ; au sein même d'un monastère de Constantinople Syméon et ses disciples portèrent témoignage dans l’Église de la liberté prophétique et de l’expérience de l’Esprit. Leur insistance sur la conscience personnelle, sur le "père spirituel" librement choisi, quelle que soit sa place dans la hiérarchie, sur l’intériorisation personnelle des Écritures, souligne cette liberté au cœur même du sacrement.
Ses œuvres
Fort de son expérience spirituelle, Syméon se sent tenu de faire rayonner la lumière. Il va devenir écrivain, poète. Il écrit ainsi, outre les Catéchèses, des Traités théologiques et éthiques des Chapitres théologiques gnostiques et pratiques, des Lettres et des Hymnes, où, fait exceptionnel en Orient, il multiplie les données autobiographiques, non par complaisance, mais pour le partage. Tous ces textes sont accessibles en français dans la collection Sources chrétiennes.
Syméon, ou l'expérience de Dieu
Le message de Syméon ne se limite pas aux seuls moines, mais s’adresse à tous, y compris à "ceux qui vivent au milieu du monde". Pour lui, tout homme peut vivre l’expérience de la foi. L’Esprit repose sur l’Église comme corps sacramentel du Christ, mais le baptême, pour être pleinement vécu, doit être actualisé par une expérience consciente dans l’Esprit ; il en est de même pour l’eucharistie. Quoique l'ordre hiérarchique soit, selon lui, une réalité nécessaire de l'Eglise, il ne lui confère pas pour autant - et en tant que tel - une autorité ; l'enseignement est réservé aux spirituels, qu'ils soient évêques, prêtres ou laïcs, moines ou non.
Jeunesse et formation
Grégoire de Nazianze naît en Cappadoce en 330 après J.-C., de Grégoire l'Ancien, évêque de Nazianze et de son épouse Nonna. Il a aussi une sœur aînée, Gorgonie, et un frère cadet, Césaire. Destiné à succéder à son père sur le siège épiscopal, il reçoit sa première formation dans le cercle familial, avant de fréquenter les écoles de grammairiens de Césarée de Cappadoce, puis de poursuivre des études supérieures à Alexandrie et à Athènes à la fin de 350. Il est l'élève de Prohaerésios.
En 358 son père le rappelle à Nazianze et l'oblige à devenir prêtre (361). Il commence par se réfugier chez son ami Basile de Césarée avant d'accepter son ministère en 362. Comme l'empereur Valens favorise l'arianisme, le métropolite Basile de Césarée l'enjoint d'accepter le siège épiscopal de Sasimes, mais l'évêque arien Tyane l'empêche d'en prendre possession. Il retourne alors à Nazianze jusqu'à la mort de son père (374), puis s'isole à Séleucie d'Isaurie.
Constantinople
Invité à Constantinople après la mort de Valens (378) pour lutter contre la forte Église arienne qui y détenait la plupart des églises, il devient évêque de la ville à l'entrée de Théodose le Grand en 380. Il se heurte néanmoins à de fortes oppositions au concile de 381, qu'il préside un moment. En effet, il n'obtient l'adhésion ni du siège d'Alexandrie, resté fidèle à Maxime, ni de Rome, hostile au transfert des évêques. Sa position doctrinale, l'homoousios (consubtientialité du Père, du Fils et du Saint-Esprit, selon le credo de Nicée), ne l'emporte pas. Il démissionne dès 381, mais continue de combattre les hérétiques jusqu'à sa mort en 390.
Œuvre
Il a laissé 45 discours, dont deux discours contre l’empereur Julien l’Apostat, et cinq discours théologiques définissant le dogme trinitaire contre l’arianisme, notamment ce qu'on a appelé le diophysisme christologique et l'union hypostatique des deux natures dans l'Incarnation ; de nombreux poèmes théologiques et autobiographiques ; une tragédie : la Passion du Christ.
Note :
(1) Exposé donné par Vencelas GOROKHOV a.a., le 4 septembre 2007, dans le cadre du Stage de formation à la Mission d’Orient organisé par l’Assomption à Plovdiv, en Bulgarie, du 25 août au 15 septembre 2007.