L’Orient Chrétien
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
Une synthèse sur les orientations actuelles du magistère de l’Église en matière œcuménique(1)
Milan ŽUST
Je vous remercie de votre invitation et de la confiance que vous avez bien voulu m’accorder, mais aussi et surtout pour le service que vous rendez au dialogue entre l’Église catholique et les Églises sœurs. Votre histoire est très riche dans ce domaine et j’ai constaté que la première des trois priorités que s’est donnée votre Congrégation (lors de son Chapitre Général de 2005) est la « mission œcuménique » en Orient.
Il existe différents documents concernant les relations avec les Églises orthodoxes et les Églises orthodoxes orientales. Aujourd’hui, je ne pourrai cependant pas vous en parler dans le détail, une liste des règles que vous pouvez trouver dans ces documents risquant en effet d’être relativement ennuyeuse. Dans mon exposé, je tenterai toutefois de vous en présenter l’essentiel. Ceci dit, je vous invite à lire ces documents et à en faire une lecture spirituelle, en demandant au Seigneur qu’il vous aide dans la compréhension de leur sens profond et que ces textes puissent contribuer à une attitude nouvelle envers nos frères et sœurs orthodoxes, de même qu’envers tous les autres chrétiens.
Les documents principaux sont les suivants. Le décret Unitatis redintegratio du Concile Vatican II (1964) ; l’encyclique du Pape Jean-Paul II Ut unum Sint (1995) ; la lettre apostolique du Pape Jean-Paul II Orientale Lumen (1995) ; le Directoire pour l'application des principes et des normes sur l'œcuménisme (1993) du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens; le document sur La dimension œcuménique dans la formation de ceux qui travaillent dans le ministère pastoral (1995) de ce même Conseil pontifical.
Il me semble surtout important de vous parler de ce qui est à la base de tout engagement œcuménique. Dans la promotion de l’unité entre les chrétiens, il est très important d’encourager avant tout l’ouverture à l’Esprit-Saint, cette Personne divine, qui nous fait semblables au Christ et nous conduit vers le Père, vers la pleine communion à l’image de la Sainte Trinité.
Le chemin que l’Évangile nous propose n’est pas facile. Mais nous savons bien qu’au plan spirituel, on n’arrive à rien sans une conversion du cœur, une conversion permanente. Il s’agit d’un des aspects fondamentaux du mouvement œcuménique, comme le souligne le décret Unitatis redintegratio du Concile Vatican II : « Cette conversion du cœur et sainteté de vie, unies aux prières publiques et privées pour l’unité des chrétiens, doivent être regardées comme l’âme de tout l’œcuménisme et appelées à bon droit œcuménisme spirituel ».(2) Ce renouveau de notre relation avec le Christ, comme le dit Paul Florensky, grand penseur religieux russe, est le meilleur chemin conduisant vers la pleine communion : plus nous sommes proches du Christ, plus nous serons proches les uns des autres. Notre rapport au Christ nous aide à avoir à nouveau confiance dans les autres.(3)
Ce mode de recherche de l’unité et de la pleine communion est appelé aujourd’hui le plus souvent « œcuménisme spirituel ». Depuis quelques années, cette expression est au cœur du programme du Conseil pontifical pour l’unité. Toutefois, il ne faut pas y voir un nouveau courant de pensée : au début du siècle dernier, l’Abbé Paul Couturier et d’autres en parlaient déjà ; plus tard, cette expression a été utilisée par le Concile Vatican II. Sur la base de cette longue expérience, le Cardinal Walter Kasper utilise cette expression et parle de cette réalité dans ses conférences et ses articles. A la fin de l’année dernière, il a également publié un livre intitulé Manuel d’œcuménisme spirituel(4) que vous pouvez trouvez dans diverses langues (française, anglaise, italienne, allemande, bientôt aussi russe, ukrainienne, espagnole, portugaise, polonaise, tchèque, arabe, et probablement encore quelques autres).
Le « spirituel »
Avant de parler d’œcuménisme spirituel, il faut d’abord – comme le Cardinal Kasper lui-même le souligne dans l’un de ses articles – clarifier le sens attribué au mot « spirituel ». Ce mot, en effet, n’est pas univoque et est souvent mal interprété, jusqu’à créer beaucoup de confusion et certaines déviations dans la vie chrétienne, mais aussi dans la société d’aujourd’hui en général.
Il existe surtout le risque de comprendre le mot « spirituel » comme lié à la dimension psychique de l’homme, comme son aspect « immatériel », en opposition à l’aspect corporel ou « matériel ». Les deux aspects, l’âme (dans le sens de la psyché) et le corps, sont importants ; toutefois, on risque de trop pencher vers un de ces deux extrêmes si l’on ne donne pas la place qui revient à la dimension qui ouvre l’homme à la transcendance, à l’autre. En anthropologie orientale, on parle de troisième élément, l’esprit ou le cœur, qui représente la dimension de l’homme lui permettant d’entretenir des relations avec Dieu et avec les autres personnes humaines. Il s’agit de la présence de l’Esprit Saint dans l’homme. Le « spirituel », comme le dit le mot lui-même, est lié à la Personne de l’Esprit Saint. L’esprit humain n’est au fond que l’ouverture à la troisième Personne divine, qui – selon la parole de Saint Paul, – « verse l’amour de Dieu dans nos cœurs » (Rm 5,5).
Notre ouverture à l’Esprit Saint rend nos paroles et nos gestes spirituels, semblables à ceux du Christ. Ce n’est pas grâce à une loi ou à une éthique que nous avons appris, même si elles ont un rôle important dans notre éducation spirituelle. C’est la rencontre, ce sont les relations personnelles qui font de nous des amis du Christ et nous conduisent vers le Père.
Et, plus nous sommes en relation avec le Christ, plus nous devenons semblables à Lui et prêts à accepter les autres dans leur diversité, jusqu’à mourir l’un pour l’autre, comme il l’a fait pour nous. C’est Lui qui nous rend capables de vivre la communion entre nous, de devenir le vrai Corps du Christ qui est l’Église. Voici donc le vrai sens du mot « spirituel », comme aussi de l’expression « œcuménisme spirituel ».
En ce sens, la prière pour l’unité des chrétiens a une grande importance, car la communion est un don que nous ne pouvons réaliser par nos propres moyens, mais que nous pouvons nous disposer à accueillir(5). Il existe différentes façons et occasions de prier, en privé et avec les autres, pour l’unité, et on trouvera des propositions concrètes dans le manuel que j’ai cité. Je voudrais, pour ma part, m’attarder sur l’acte même de prier, d’entrer en relation personnelle avec le Seigneur, qui sans doute, si la prière est sincère, change notre attitude envers les autres.
La prière, la relation personnelle avec le Seigneur, nous dispose intérieurement à accueillir l’autre, malgré sa diversité, voire même le mal et les offenses. Cela n’est possible que grâce à l’amitié avec le Christ, qui Lui-même nous a accueillis malgré nos péchés. Cette expérience du pardon et de la réconciliation nous conduit à la conversion du cœur, autre aspect fondamental de notre démarche vers l’unité que le Cardinal Kasper souligne dans la préface à son manuel.(6)
Pour ne pas être trop abstrait, j’aimerais évoquer une conversion célèbre, celle de l’apôtre Pierre. Il était très proche du Christ et désirait sincèrement suivre le Seigneur. Mais à ce désir se sont unis d’autres désirs qui peu à peu sont devenus les plus forts, à tel point qu’il a voulu se placer – sans s’en rendre compte – au dessus du Christ et lui enseigner ce qu’il devait faire. Plus encore, il a appris que l’acte le plus grand était de mourir pour le prochain et il a promis de donner sa vie pour Jésus. Nous savons bien ce qui s’est passé ensuite : devant une simple servante, qui en Israël était considérée une personne sans aucune valeur, Pierre a nié connaître le Seigneur. Il a révélé sa propre condition, celle d’un pécheur, qui veut être bon envers les autres, mais au fond est encore centré sur lui-même, intéressé surtout par son propre salut. Mais cela était en quelque sorte inévitable, tant qu’il n’avait pas encore expérimenté l’amour de Dieu et son pardon. Au moment où Pierre déclare son égoïsme, sa rupture avec le Seigneur qui venait à peine d’être condamné à mort devant le Sanhédrin, il rencontre le regard d’amour et de miséricorde du Seigneur. Ce regard a touché le cœur de Pierre, qui s’est lavé de son péché avec ses propres larmes.
Après cette expérience amère, mais salutaire et bienheureuse, Pierre aussi est devenu capable d’aimer, de donner sa vie pour les autres. En outre, grâce à cette expérience du pardon qui l’a lié inséparablement au Christ, Pierre a été en mesure d’unir les apôtres après leur dispersion et de devenir un symbole de l’unité de la première communauté chrétienne. C’était bien sûr l’œuvre de l’Esprit Saint, auquel Pierre a ouvert son cœur, et qui est descendu sur tous les apôtres le jour de la Pentecôte. Si nous voulons être les disciples du Christ, nous sommes invités à parcourir un chemin semblable à celui de Pierre et des autres disciples. Il ne suffit pas seulement d’apprendre, nous sommes surtout invités à accueillir le pardon grâce à l’œuvre de l’Esprit Saint, qui nous aide à établir une relation plus solide avec le Seigneur et aussi avec nos frères et sœurs.
Malgré tant de choses qui nous séparent et semblent nier la possibilité d’un retour à la pleine communion, il ne faut pas oublier un autre aspect : « Ce qui nous unit est beaucoup plus fort que ce qui nous divise ».(7) Il est juste que nous insistions sur cela, car on est en général trop souvent tenté de voir plutôt les choses qui sont sources de division. Mais si l’on considère les trésors communs de notre foi et de nos pratiques pastorales, on s’aperçoit que les différences ne sont pas déterminantes et ne peuvent être considérées comme de vraies causes de divisions.
C’est pour cette raison, comme l’écrit le Cardinal Kasper, que les chrétiens ne sont pas complètement divisés, mais ils gardent en réalité une certaine communion(8). Il ne nous reste qu’à faire progresser la communion partielle vers la pleine communion. Mais pour cela nous avons tous besoin d’une grande humilité. Pourquoi ? Parce que la majorité de nos Églises ou Communautés ecclésiales, surtout les plus traditionnelles, affirment quant à elles avoir la plénitude de la vérité. Je n’ai pas l’intention d’aborder cette question complexe, tout comme je ne suis pas en mesure de dire si elle est juste où pas, mais tant que nous sommes encore sur la terre et ne sommes pas arrivés à l’eschaton, il serait peut-être plus juste d’ajouter que nous sommes encore en chemin vers cette plénitude. En effet, normalement nous affirmons que nous sommes déjà sauvés, mais pas encore complètement, que le Christ a déjà assumé la nature humaine, mais que chacun de nous devrait encore vivre sa propre pâque avec Lui. Nous disons aussi de l’Église qu’elle est sainte, mais nous sommes tout à fait conscients que les croyants sont encore des pécheurs. Nous vivons dans tous les aspects de notre vie personnelle et ecclésiale cette tension entre le « déjà » et le « pas encore ». Il s’agit d’une tension saine, réaliste et encourageante, si elle est comprise dans un sens positif et sur l’exemple d’une multitude de saints qui ont beaucoup souffert pour parvenir à la sainteté.
Alors, si nous pouvons – au moins pour les Églises traditionnelles – affirmer avoir déjà la plénitude de la vérité, de la foi et de la communion, il serait peut-être plus juste et sincère d’ajouter aussi l’autre aspect qui n’est pas facile à admettre : à savoir que nous sommes encore en chemin vers cette plénitude et qu’elle sera accomplie seulement quant nous serons tous unis, quand toute les Églises seront en pleine communion. Je ne dis pas uniformes, mais unies, dans la communion. Comme les apôtres après la Pentecôte, après la venue de l’Esprit Saint : si différents, tous pécheurs, ils ont tous abandonné le Christ, mais grâce à son pardon, grâce à l’amour divin versé dans leurs cœurs, ils ont été réunis dans l’Église, le corps du Christ vivant dans l’histoire. En lui, tous les chrétiens sont déjà unis, et en même temps nous sommes encore tous en marche vers la communion pleine et visible.
D’où la nécessité de reconnaître une multitude de dons qui se trouvent dans les autres Églises et Communautés. Le Cardinal Kasper, à la suite des divers documents du Magistère de l’Église Catholique, n’hésite pas à affirmer que « certains éléments du mystère chrétien ont parfois été mieux mis en valeur par d’autres Églises et Communautés ecclésiales. L’Esprit Saint leur a fait don de manières particulières de lire et de méditer l’Écriture sainte, d’autres formes de célébration liturgique et de dévotion personnelle, d’expressions variées de témoignage chrétien et de sainteté de vie. Tous ces trésors, en Orient et en Occident, ou Nord comme au Sud, peuvent à bon droit être considérés comme dons de l’Esprit Saint à l’unique Église du Christ ». Et il conclut : « Cet échange des dons est une des manières qu’utilise l’Esprit Saint pour faire accéder l’Église “à la vérité tout entière” (Jn 16,13). Les chrétiens sont donc invités et encouragés à participer ensemble à des activités spirituelles, à se servir de ressources communes, à faire ensemble tout ce qui est possible, en fonction de l’actuel degré de communion ».(9)
Mais s’il en est ainsi, pourquoi ne le reconnaît-on pas, pourquoi alors une telle méfiance les uns envers les autres ? Les raisons sont diverses, mais je crois que les préjugés que nous avons les uns contre les autres jouent un rôle important. Ceux-ci ne sont pas seulement le résultat d’une longue séparation, mais aussi d’une ignorance et d’une méconnaissance réciproques. Cette situation n’est pas facile à surmonter, il ne suffit pas d’apprendre, de savoir. Ma propre expérience, comme celle de beaucoup d’autres me le confirme.
Je viens de Slovénie, d’un pays à grande majorité catholique. Je ne savais rien de l’orthodoxie, mais petit à petit je me suis laissé contaminer par les préjugés. J’ai vu par exemple quelques icônes, mais j’en ai méprisé la peinture, que je trouvais bizarre. J’ai vu à la télévision une partie de la liturgie et cela m’a paru encore plus étrange, par exemple les bougies et le fait de baiser les icônes, les vêtements liturgiques des prêtres, etc. Déjà, simplement par ignorance, je me suis fabriqué des préjugés. J’imagine les difficultés encore plus grandes rencontrées par ceux qui ont enduré des souffrances infligées par l’une ou l’autre partie, même si cela n’avait rien à voir avec le christianisme, en ce sens que les personnes ont été blessées dans leurs convictions religieuses pour des raisons politiques et idéologiques. L’ennemi a recours à tout pour mettre les chrétiens les uns contre les autres, et malheureusement nous nous laissons provoquer…
Comment me suis-je libéré de mes préjugés ? Cela a été surtout grâce aux relations personnelles que j’ai pu avoir avec des personnes ayant eu une expérience vivante et positive de l’autre tradition chrétienne, celle de l’Orient chrétien. Elles ont aimé cette Église et ses richesses, et elles m’ont transmis cet amour et leur intérêt pour cette tradition. A travers l’amitié qui me liait à elles, ce qu’elles aimaient est aussi devenu pour moi une valeur importante. Ces personnes m’ont transmis aussi une clé de lecture de l’icône et de la liturgie byzantine, ainsi que d’autres aspects de cette tradition. Si, avant, j’ai refusé les icônes et leur vénération, maintenant je les sens très proches de moi, soit grâce à celui qui me les a présentées, soit grâce au rapport avec le Seigneur que j’ai pu approfondir aussi à travers les images sacrées.
Après avoir trouvé ces trésors, et d’autres encore, dans la tradition des chrétiens d’Orient, j’ai vu croître en moi aussi la confiance dans la sincérité de leur recherche de Dieu et dans leur « orthodoxie ». Ma confiance a également grandi dans les cas où je ne pouvais pas comprendre leurs manières de faire, leurs comportements, leurs expressions. Et cette confiance m’a de nouveau aidé à connaître mieux soit les personnes, soit leurs traditions.
Certes, le changement de mon rapport avec la tradition de l’Orient chrétien ne s’est pas réalisé en un instant. Il m’a fallu beaucoup de temps et des rencontres. Je sais que plus de temps et de patience sont nécessaires dans les situations où ont eu lieu des offenses et où des conflits sont encore ouverts. Seule la grâce de Dieu peut guérir ces blessures, et nous avons besoin d’une quantité énorme de patience. Il faudrait toutefois ne pas se décourager quand les relations semblent ne progresser que très lentement.
A travers l’expérience que je viens de décrire, j’ai compris quelle importance jouent les relations personnelles dans l’engagement en faveur d’une plus grande communion entre les chrétiens. Pendant mes études à Paris, je suis souvent allé prendre mes repas à l’Institut de Théologie Orthodoxe Saint-Serge, même si je n’avais pas de cours à y suivre. C’était pour rencontrer des personnes, pour partager un repas, pour se raconter des choses de la vie quotidienne, etc. Cela m’a aidé à mieux pénétrer dans ce nouvel univers qu’était pour moi l’Orient chrétien. Aussi dans mon travail actuel, je continue à considérer très importantes les rencontres à caractère non officiel. Ce n’est qu’ainsi que peut se créer une atmosphère favorable qui permettra ensuite de parler de questions plus délicates. Si des préjugés demeurent, on sera toujours capable de trouver des arguments démontrant que l’autre a tort et on essaiera de convaincre l’autre de son erreur. Par contre, si on se connaît et si on a confiance en l’autre, on comprendra mieux ce que l’autre veut dire et on interprétera de manière positive ce qu’on n’est pas encore en mesure de comprendre.
Cette atmosphère basée sur la confiance est très importante surtout pour le dialogue théologique. Le Cardinal Kasper a souvent souligné que pour avancer dans le dialogue théologique avec l’Église orthodoxe, qui dure désormais depuis presque trente ans, il faut d’abord savoir s’écouter et se parler. La connaissance de la théologie, de l’histoire et d’autres domaines est très importante, mais elle peut ne pas suffire, s’il n’y a pas de réelle confiance en l’autre. En effet, si l’on cherche bien dans la grande quantité de citations bibliques et des Pères dont nous disposons, on trouvera toujours des arguments soit pour justifier la proposition de l’autre, soit pour la contredire. Bien sûr, parallèlement à la confiance, il nous faut aussi développer notre capacité au discernement pour ne pas être naïfs. Mais en général, il est préférable de créer une bonne atmosphère de confiance pour pouvoir continuer et approfondir le débat une prochaine fois, plutôt que de vouloir à tout prix produire un document final, ce qui peut aboutir à une conclusion prématurée ou à des discussions purement polémiques, qui risquent même d’aggraver les relations.
Dans mon exposé, je me suis limité à la préface du manuel du Cardinal Kasper. La majeure partie de cet ouvrage offre ensuite des idées concrètes, et vous pourrez en prendre connaissance par vous-mêmes. J’ai voulu me concentrer sur cette première partie, car il m’a semblé important de vous parler un peu plus longuement de ce qui est à la base des indications concrètes présentées dans le reste de ce livre et des autres documents du Magistère. En effet, si l’on reste ouvert à l’Esprit Saint, si l’on s’engage dans la vie spirituelle, on est déjà au service de la communion et de l’œcuménisme. Il n’est pas nécessaire d’en parler explicitement, surtout quand on se trouve face à des personnes qui n’acceptent pas ce discours. Il suffit de se laisser guider par l’Esprit Saint, qui nous rend semblables au Christ et nous aide à nous reconnaître comme fils et filles du même Dieu, le Père. Cela peut nous coûter beaucoup, peut-être même la vie, mais si cela se passe dans la similitude au Christ, nous n’avons rien à craindre.
Je veux surtout souligner que, plus que tout, c’est la relation avec le Christ, la participation à la vie de la Sainte Trinité, la communion qui importe. Puisse le mystère de la Sainte Trinité, le modèle de toute communion, nous donner de participer à Sa vie divine et de trouver une juste relation avec toute personne humaine !
Notes :
(1) Ce texte est celui d’un exposé donné par le P. Milan ŽUST s.j., le 30 avril 2007, à Rome, au cours d’une retraite organisée pour les religieux de la Mission d’Orient de l’Assomption. Le P. Žust travaille au sein du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens.
(2)Unitatis redintegratio, 8
(3) Cf. P. Florenskij, « Zapiskao hristianstve i kul’ture [Note sur le christianisme et la culture] », in Sočinenija v četyreh tomah [Œuvres en quatre volumes], t. II, Moskva, Mysl’, 1996, p. 547-559.
(4) W. Kasper, Manuel d’œcuménismespirituel, Nouvelle Cité, 2006
(5) Cf. W. Kasper, op. cit., p. 12.
(6) Cf. W. Kasper, op. cit., p. 13.
(7)Ut Unum Sint, 20 ; citation des paroles du pape Jean XXIII.
(8) Cf. W. Kasper, op. cit., p. 16.
(9) W. Kasper, op. cit., p. 16-17.