Le P. d’Alzon et l’Assomption vus par des contemporains, des historiens et des Assomptionnistes
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
11. Souvenirs de collège (1855)
Un élève du Collège de l’Assomption de Nîmes, natif de Clermont-l’Hérault, a pris soin de consigner dans son cahier nombre de souvenirs liés à la période de sa formation scolaire. C’est grâce à une descendante de cette famille, Mme Mège, qui a bien voulu nous en transmettre une copie dactylographiée, que nous avons le plaisir d’entrer avec lui au collège en 1855, même si leur rédaction est bien postérieure à cette date.
« Le 22 octobre 1855, je fis mon entrée à l’Assomption à Nîmes, collège fondé par l’abbé d’Alzon depuis quelques années. Il s’était assuré le concours de plusieurs professeurs de l’université par des avantages pécuniaires considérables que lui rendait faciles sa fortune patrimoniale. Pus tard l’abbé d’Alzon releva l’Ordre des Augustins grâce au concours du Pape Pie IX qui avait pour lui une grande considération. L’abbé d’Alzon était un gentleman dans toute l’acception du terme : fils unique (sic), il avait quitté nuitamment le château de Lavagnac pour entrer au séminaire, forçant ainsi la volonté paternelle qui ne s’accommodait pas de cette vocation. L’Ordre qu’il releva fut appelé les ‘Augustins de l’Assomption’, nom donné au collège en l’honneur de la fête de l’Assomption [de Marie] ; c’est l’Ordre appelé vulgairement les Assomptionnistes, qui a fondé plusieurs écoles en Orient et en France, les journaux Le Pèlerin et La Croix, qui de religieux verseront dans la politique fort à tort selon moi à quelque point de vue qu’on se place. La politique doit rester le lot des laïques, j’entends la politique militante, et si les prêtres, à plus forte raison les moines, ont le droit et le devoir de s’acquitter des fonctions usuelles du citoyen, je n’admets pas qu’ils sortent de la réserve imposée aux ecclésiastiques pour se lancer à corps perdu dans les polémiques de journaux. L’ardeur intolérante et les exagérations de journaux assomptionnistes sont peut-être pour beaucoup dans la lutte sans merci engagée ces temps-ci contre la religion et la liberté du père de famille par la coalition judéo-maçonnique qui nous gouverne. Je ne dis pas cela pour excuser le moins du monde les Juifs et les sectaires dont je réprouve hautement les actes, mais je suis convaincu que ces passions ont été attisées par l’imprudence des Assomptionnistes. Et si je disais toute ma pensée, j’exprimerais quelques doutes sur leur bonne foi….
Nous fûmes reçus à Nîmes par le sous-directeur (le Père d’Alzon directeur était souvent absent de Nîmes), jeune prêtre de 25 ans ordonné à Paris depuis un an à peine. L’abbé de Cabrières, actuellement évêque de notre diocèse, n’avait rien de la sécheresse de l’universitaire du lycée de Montpellier. Il devina les tourments maternels, la rassura, me caressa, et inspira si bien confiance à tous que ma mère lui exprima un sentiment de reconnaissance dans des termes qui allèrent au cœur du jeune sous-directeur…
J’avais dix-huit mois de latin sous la férule de M. Nègre. On me plaça à tout hasard en cinquième. Notre professeur n’avait pas la vocation enseignante. L’abbé Barnouin, excellent homme, pas beau, était marqué par la petite vérole, avec l’accent et l’esprit des bourgadiers de Nîmes, mais fort bienveillant pour ses élèves. Il craignait beaucoup la chaleur et Dieu sait si le soleil était ardent. L’abbé Barnouin était corpulent ; peut-être son docteur lui avait-il ordonné une petite sieste hygiénique : à peine la classe était-elle ouverte par la prière, nous étions gratifiés du speech suivant : ‘Mes enfants, il fait bien chaud, vous avez peut-être dormi pendant l’étude, à coup sûr vous ne savez pas très bien vos leçons, vous allez les repasser pendant que je sommeillerai et vous me réveillerez dans une petite demi-heure’. Il s’accoudait sur sa table où il ronflait consciencieusement jusqu’à 16 h 30. L’un de nous le tirait alors violemment par la soutane. En voyant l’heure, il se fâchait, criait à la trahison et la même cérémonie recommençait le lendemain ! ».
D’après le récit, inédit, de Charles Lugagne-Delpon, élève au collège de Nîmes entre 1855 et 1860, natif de Clermont-l’Hérault. ACR : OH 321. Texte inédit. Quelques détails du texte manquent de précision et d’autres même sont inexacts. Le lecteur rétablira la vérité de lui-même