Le P. d’Alzon et l’Assomption vus par des contemporains, des historiens et des Assomptionnistes
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
13. Séparation d’avec l’Assomption (1857)
Les trente premières années de la vie de la Congrégation A.A. ont été marquées par de fortes instabilités au niveau des vocations. Celle du Frère Marie-Joseph Lévy, un jeune alsacien d’ascendance juive dont le P. d’Alzon baptisa la sœur et la mère, connut quelques turbulences. Il préféra en 1857 entrer dans l’Ordre des Dominicains où sa vie religieuse s’épanouit. Il n’y eut pas d’indélicatesse de sa part, malgré le caractère précipité de son départ de l’Assomption, car il sut remercier sa première famille religieuse de tout l’apport qu’elle lui avait prodigué.
« Mon bien cher Père,
Avant de partir pour le noviciat de Flavigny, je veux vous remercier de tout mon cœur des soins paternels que vous avez prodigués à un fils, non pas ingrat, mais forcé par la volonté de Dieu, en présence de laquelle tout doit céder, de quitter le berceau dans lequel il a si longtemps vécu, et la famille qu’il a toujours aimée fortement, et le maître, l’ami, le père qui l’a formé, corrigé, élevé et préparé pour de là embrasser une vie nouvelle dont la tige était l’ancienne. Très cher et bien aimé Père, que Dieu vous bénisse mille fois et encore mille et mille fois pour vous récompenser de toutes les peines, de tous les ennuis, de toutes les sollicitudes que je vous ai apportés en vous rendant le maître de ma misérable et déraisonnable personne.
Bénissez-moi, mon bon Père, et priez surtout afin que ce que vous croyez une tentation se change en épreuve dont vous aurez à subir tous les travaux et où je pourrai recueillir tous les mérites. Adieu, mon Père, votre toujours affectionné fils qui vous chérit tendrement, vous embrasse de bien loin, en attendant que la Providence permette qu’il puisse le faire d’aussi près que son cœur le désire. Je suis à vos genoux, bien aimé Père, le plus soumis et dévoué de vos enfants ».
Lettre inédite du Frère Marie-Joseph Lévy (1833-1879), ex-A.A. devenu dominicain, au P. d’Alzon, Paris, 27 août 1857 (ACR OI 18).
![]()