Cahiers du Bicentenaire d'Alzon 2010 N° 5

Le P. d’Alzon et l’Assomption vus par des contemporains, des historiens et des Assomptionnistes

Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)

15. L’abbé Combes au collège de Nîmes (1858)

Parmi tous les noms de professeurs et d’enseignants qui sont couchés sur le Registre du Personnel du collège de l’Assomption de Nîmes, il en est un, celui d’Emile Combes (1835-1921) que la postérité a relevé avec quelque humeur parfois et ironie souvent, celui d’un ecclésiastique tonsuré, natif de Roquecourbe dans le Tarn, plus connu des dictionnaires comme homme politique anticlérical de la IIIème République que comme commentateur des œuvres de saint Thomas d’Aquin. Et pourtant !

« Parmi les hommes que j’ai connus pendant les cinq ans de mon séjour à l’Assomption, je dois mentionner un petit abbé féru de saint Thomas d’Aquin, qui professait la philosophie et nous surveillait à l’occasion. Très actif, très remuant, un peu brouillon, si j’en crois certains souvenirs, il affectait des idées fort libérales, ce qui n’était pas pour déplaire à la direction du collège dont l’esprit était généralement hostile au gouvernement de l’Empire ; plus tard même, bien après ma sortie de l’Assomption, vers 1863, l’abbé de Cabrières redevenu secrétaire de l’évêque de Nîmes, l’abbé Grancolas, professeur d’histoire à l’Assomption depuis 1858 et Numa Baragnon, jeune avocat à Nîmes, fondèrent un journal semi-politique qui, à propos de littérature, eut parfois des démêlés avec la préfecture. Dans mon ancienne chambre à Clermont, je dois avoir une photographie représentant ensemble les trois rédacteurs de ce journal dont le nom et l’existence furent également éphémères.

Donc, l’abbé Combes, professeur de philosophie, nous vantait le libéralisme de saint Thomas d’Aquin et se plaisait à nous en faire une citation : Tyranni occidenti sunt. Que pense aujourd’hui de saint Thomas et des tyrans le Président du Conseil des ministres, le grand laïcisateur des écoles congréganistes, enragé persécuteur des moines auxquels il a la prétention d’interdire la prédication dans les églises ?

C’est vers 1858 que l’abbé Combes quitta l’Assomption où il n’était pas très d’accord avec le sous-directeur aujourd’hui évêque de Montpellier ; il se donne actuellement la satisfaction de lui confisquer son traitement d’évêque, aujourd’hui que, petit abbé défroqué, il occupe comme premier ministre de Loubet la place de Richelieu ! Comment la tête ne lui tournerait-elle pas ? Il tranche de l’homme d’Etat, il se prélasse à l’Hôtel Beauvau, morigénant cardinaux, archevêques, évêques, avec la marque du goujat parvenu, alors que dans une organisation normale il était appelé à finir ses jours dans une soutane râpée.

C’est à lui, déjà ministre de l’Instruction publique vers 1895 ou 1896, que mon ami et ancien camarade de Bernis, député de Nîmes, rappelé à l’ordre pour avoir interrompu le ministre, servit l’algarade suivante : ‘Vraiment, monsieur le ministre, vous n’êtes guère généreux de me faire rappeler à l’ordre pour vous avoir interpellé, c’est ainsi que vous en usiez jadis, il y a quarante ans, quand vous me punissiez, moi élève de l’abbé Combes, pour avoir parlé pendant la prière’ !

D’après le récit inédit de Charles Lugagne-Delpon, élève au collège de Nîmes entre 1855 et 1860, natif de Clermont-l’Hérault. ACR : OH 321. L’ex-ecclésiastique Emile Combes qui fut un temps professeur de philosophie au collège de l’Assomption de Nîmes, devint médecin et fit carrière ensuite dans la vie politique où il se signala pour une grande ardeur anti-congréganiste et une pratique sectaire, radicale, antilibérale des dispositions législatives du pays.


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