Le P. d’Alzon et l’Assomption vus par des contemporains, des historiens et des Assomptionnistes
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
16. Opinion de Frédéric Fabrège (1861)
La fortune veut que les Archives départementales de l’Hérault conservent des papiers de la famille Fabrège de Montpellier. Une lettre du jeune Frédéric à ses parents contient une série de remarques et d’opinions assez enlevées qui ont trait à la politique pro-italienne de Napoléon III à laquelle fut mêlée, comme on le sait, le P. d’Alzon. Qui a dit que ‘politique et religion font rarement unanimité ou bon ménage ensemble’ ?
« Chers parents, je ne suis pas étonné que M. d’Alzon ait échoué dans sa candidature. C’est un homme qui réunit toutes les qualités morales qu’on puisse exiger, mais c’est un esprit arriéré, intolérant, d’une vertu antique mais aux idées anciennes. Sans doute, c’était une protestation contre la politique odieuse de notre gouvernement ; mais condamner les moyens mis en pratique pour constituer la nationalité italienne, ce n’est pas refouler un sentiment national légitime et sacré. Or M. d’Alzon, comme son parti, en est encore à fonder des vœux sur une coalition du Tsar et de Palmerston pour détrôner l’Empereur et rétablir le Pape. De telles opinions sont insensées, dangereusement anti-françaises. On doit être honnête, mais non pas rétrograde. C’est précisément ce caractère arriéré qui rend à jamais impossible toute restauration. Ce n’est pas la légitimité que l’on redoute : ce sont les légitimistes. Je crains, sans doute, qu’on n’ait fait de cette élection une démonstration anti-religieuse. Dans ce cas, je la déplore, mais si elle a été inspirée par un sentiment libéral et par une sympathie naturelle pour l’indépendance de la France, je m’en félicite, bien que très attaché à M. d’Alzon : car, ainsi que le disait Donoso-Cortès, ‘La cause est tout, l’homme n’est rien’… ».
Extrait d’une lettre inédite de Frédéric Fabrège à ses parents du 19 juin 1861, retranscrite d’après le manuscrit original déposé aux Archives Départementales de l’Hérault (18F59). Frédéric Fabrège (1841-1915) est un ancien élève du collège de l’Assomption de Nîmes, montpelliérain, qui fit des études de droit à Paris puis se consacra surtout à la restauration de l’ancienne cathédrale de Maguelonne.