Cahiers du Bicentenaire d'Alzon 2010 N° 5

Le P. d’Alzon et l’Assomption vus par des contemporains, des historiens et des Assomptionnistes

Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)

18. Mise au point de Marie-Eugénie de Jésus (1865)

Les relations écrites entre le P. d’Alzon et l’une de ses dirigées spirituelles les plus connues, Mère Marie-Eugénie de Jésus (1817-1898), fondatrice des Religieuses de l’Assomption, canonisée en juin 2007, remontent à l’année 1839. Nourries, elles se poursuivirent jusqu’en 1880. Riches d’amitié, d’entraide, de soutien mutuel, elles ne sont pas exemptes de temps en temps d’incompréhensions et de malentendus passagers qui témoignent au moins, au-delà des questions de personnes, d’un climat de franchise et d’ouverture assez exceptionnel.

« Mon cher Père,

En réfléchissant à ce que vous me disiez dans votre précédente lettre que j’avais bien raison de penser que nous n’étions pas au même point de vue, et en cherchant le vôtre, il m’est venue une idée lumineuse, qui contient peut-être l’explication de ce qui remplit nos lettres depuis quelque temps. Quand vous m’avez proposé de redevenir plus étroitement un appui pour moi, j’ai été assez sotte pour ne penser qu’à ce qui dans mon âme peut en avoir besoin, mes tentations, mes peines, mes péchés, mes obscurités, mes défaillances, toutes choses dont je vous ai assommé dans le passé… C’est pour me faire du bien sur ce terrain intime et délicat qu’il m’a semblé impossible que des lettres pussent suffire. Mais il y a un autre point de vue…, c’est la direction de la Congrégation et de ses œuvres ; là, mon Père, je n’ai pas besoin d’attendre quoi que ce soit et je croyais vous l’avoir bien montré à mon dernier voyage à Nîmes. Je vois bien que quelquefois vous vous figurez que j’ai des idées, des vues, des systèmes, des je ne sais quoi, en opposition avec les vôtres, et je voudrais au moins que vous me les disiez pour que je les fisse tomber. Je ne suis sur ce terrain ni susceptible, ni anxieuse comme sur le premier ; je suis sûre de vouloir et de pouvoir m’entendre avec vous, et je ne vois absolument rien de changé à ce que nous avons été sur ce point pendant 20 ans, vous, me laissant ma légitime liberté de Supérieure Générale, et moi tenant le plus grand compte de vos avis et de vos opinions. Quant à votre Congrégation, j’ai pris il y a quelques années la sage résolution de ne point m’en mêler du tout… Permettez que je m’y tienne, rendant service à l’occasion, en recevant avec beaucoup d’affection et de reconnaissance, offrant ce que je croirai bon, et du reste vous laissant avec les vôtres arranger et décider ce qui vous va le mieux ».

Extrait d’une lettre de Marie-Eugénie de Jésus au P. d’Alzon, datée du 25 mai 1865, citée d’après Lettres d’Alzon, t. V, page 315 n. 3. Lettre consignée dans les écrits déposés de sa Cause.

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