Cahiers du Bicentenaire d'Alzon 2010 N° 5

Le P. d’Alzon et l’Assomption vus par des contemporains, des historiens et des Assomptionnistes

Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)

21. Polémique publique avec Charles Bigot (1871)

Le ton très polémique que prit la controverse sur la part morale de l’Université dans la défaite française de 1870 fut alimenté également par le débat récurrent du statut de l’enseignement en France : volonté de monopole d’un côté, appuyée sur la législation napoléonienne et la pratique étatiste, revendication de la liberté de l’enseignement de l’autre, appuyée sur le droit des familles et la pratique de l’Eglise. Sous le régime dit de l’Ordre moral, après le relatif statu quo entretenu tout au long du Second Empire, on assiste de nouveau à des affrontements et à des chocs idéologiques où le P. d’Alzon n’est pas en reste, d’où cette première polémique par brochures, articles et journaux interposés.

« J’aurais été, je l’avoue, fâché de quitter Nîmes sans le rencontrer. On m’avait dit : ‘C’est une des célébrités du pays. Il a refusé d’être évêque. Il est d’une grande famille, ce qui ne gâte rien. Il a même un talent réel. C’est un orateur fougueux sinon complet. Il n’est pas fade comme la plupart des prédicateurs. Il n’a pas les poses angéliques. Il parle de religion en style de ‘ça ira’. Il est tribun au XIXe siècle, il eut été peut-être inquisiteur au XVIe. Il est une des puissances de Nîmes ; et Mgr Plantier lui-même pâlit devant lui. Il a toute une foule qui ne jure que par lui. En 1848, il a manqué ramener ici la guerre civile et les guerres de religion. Il a une maison d’éducation où il s’est ruiné pour la bonne cause, qui ne marche plus que par la charité des âmes pieuses, mais qui marche cependant, grâce à lui. Somme toute, il est quelqu’un’. C’est du R.P. d’Alzon que je parle. On l’a deviné…

Quel besoin avait M. d’Alzon, grand vicaire, homme considérable, de venir attaquer les professeurs du lycée, d’écrire publiquement que l’immoralité de leurs doctrines révoltait les pères de familles ? Ne pouvait-il garder à leur égard le silence qu’ils avaient observé au sien ? Quel besoin surtout de les attaquer au moment même où ils étaient à terre, et de leur donner en quelque sorte un coup de pied pour les achever ? Pourquoi, de la part d’un prêtre, cette insulte gratuite à des vaincus ? ».

Extrait de la brochure de Charles Bigot (1840-1893), Le R.P. d’Alzon et l’Université, 1871, p. 5-6, 7, brochure écrite suite au Discours de distribution des prix de 1871.

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